‹ Essai sur le style & la langue de Noël Du FailChapitre 60 sur 68 · il t'emploie ailleurs, par exemple, I · texte numérisé non relu

il t'emploie ailleurs, par exemple, I

Incarnation. — Au sens libre, Propos Rust., p. 87 ; II, 86 ; II, 143. Cf. Jean d'Ivry. Secrets <■/ Loix de Mariage Montaiglon, III, 179); Ane. Th. />.. I, 305.

Indiscret [Propos Hast.. XV ; I, 133]. 1548. Jusqu'à présent, les exemples les plus anciens que l'on eû1 signalés étaient : Ronsard, Disc, h Grevin Dicl. Gén.) el E. Pasquier, Monophile, 1555 Vaganay, Rev. des lit. RabeL, IX, 310).

Indisposé. — Du Fail caractérise modestement par cet adjectif ses Propos Rustiques [Prop. Rust., p. 12: Balivern., I, 145). Mal ordonné, mal composé Cf. lai. indispositus).

Individu. — « Indivisible », substantivé ; II, 244 : « la naturelle alliance du plus riche et secrei individu ». Corps simple, qui est ici l'or des philosophes. Dans les Arrêts, individu se trouve comme terme juridique au sens d' « indivis » (Cf. par exemple éd. ir>79, p. 196). Cf. aussi Eutrapel, II, 135, « individu et inséparable ».

Induire. — Introduire dans un discours, citer (un texte) : Propos Rustiques, 12, II, 74.

In gambe. — II, 50 : « les plus in gambe ». C'est le premier exemple connu de la forme actuelle avec i (Martin du Bellay, antérieurement à du Fail, présentait la forme en gambe). C'est un italianisme [in gamba) : on remarquera l'absence du signe du pluriel.

Institut. — Balivern., I, 143, « blasmons l'institut, et façon délibérée d'autruy ». Manière de vivre, conduite. Calqué sur le lat. institution. Jusqu'ici ce mot n'a pas été signalé avant le XVIIe siècle.

Instruire. — Mettre en ordre. I, 182, « instruire leurs metz ». Au chapitre III des Propos Rustiques, il est question de banquets qui « non moins estoyent de bonne doctrine, que bien insiruicts » (bien ordonnés). « De bonne doctrine » me paraît être un jeu de mots à la Rabelais sur le double sens du verbe instruire. Au reste, ce sens d'ordonner est très rare.

Intempérance. — Propos Rust., 1549 (La Borderie, p. 121) : « einpesché par l'intempérance de l'air ». L'édition de 1547 (p. 29 portait : « l'intempérie de l'air ». L'attitude de l'auteur vis-à-vis de ce mot intempérie, dont Rabelais avait fourni, à notre connaissance, le premier exemple (I, 24;, est. bizarre et peu logique : dans le même chapitre il le remplace à un endroit par intempérance et le conserve à un autre endroit p. 32 : peu vous souciant de Vintemperie de l'air), suivant docilement en cela l'exemple donné par son interpolateur. On ne sail que conclure de cette attitude. Intempérance étail plus ancien dans la langue (Oresme), mais je ne sache pas qu'il eût jamais été employé au sens d'intempérie.

Interloquer. — II, 59. a Or dites donc, Greffier, interloquoit ce maistre juge... » Godefroy {Complém.) comprend « interrompre » et M. Courbet : « parler quand un autre parle ». Ces traductions ne me paraissent pas satisfaisantes. Si l'on se reporte au passage, on constate que l'archer faisant fonction de juge n'interrompt personne et poursuit méthodiquement son interrogatoire. Nous donnerons à ce verbe sa signification purement juridique : poursuivre une enquête (en raison d'un interlocutoire).

Interroger (s'). — Propos Rust., p. 33, au sens de : « demander, s'enquérir ».

Interroguer. — Balivern., I, 188, interrogué. II, 361, l'édition 1585 donne : « Caton, interrogé ». Mais l'édition de 15862, dont on connaît la valeur, donne interrogué. Telle était peut-être la prononciation de du Fail (Cf. Thurot, Prononc. fr., II, 227). Cependant on trouve s'interroger dans les Propos Rust. (p. 33).

Invertir. — II, 296 : « changer et invertir les noms de nostre pays ». Ce mot ne figure pas dans Godefroy, et le Dictionnaire Général le donne comme un néologisme moderne.

Iragne. — II, 52. Voir : Hiraigne.

Isnel. — Cet adjectif paraît en décadence au XVIe siècle. Pourtant Godefroy en donne d'assez nombreux exemples de cette époque. Ajouter : du Fail, II, 175 ; Le Loyer, Nephetoc, 129. H. Estienne goûtait ce mot (Clément, thèse, p 381).

Issir. — Encore assez employé par du Fail, non seulement dans le sens métaphorique de « provenir, être issu de, descendre de... » (I, 266 : II. 267, 326), mais au sens matériel, ce qui est beaucoup plus archaïque : Propos Rust., 30, vermets qui yssent de la terre renversée (l'interpolateur écrit : « vers sortans de... »); I, 190 : Jupiter... yssit hors salle ; IL 273, issant en tapinois.

Issue. — Action de sortir ; I, 209 : à l'issue de Messieurs du Parlement.

Jargon. — II, 229. Un seigneur atteint d'une maladie vénérienne blasphème « contre toutes les hiérarchies et jargon des femmes qui ainsi l'a voient accoustré au petit point ». Dans ce passage il n'est pas question de bavardage féminin, jargonnesque ou autre. De plus, si nous considérons l'habitude qu'a notre auteur de former des couples de mots synonymes ou de sens complémentaires, nous estimerons que le mol \argon n'a pas ici sa signification courante : il doil désigner quelque chose d'analogue à « hiérarchies » qui le précède, c'est-à-dire : h corporation, catégorie, classe, séquelle, etc.* ». Ce développement du sens

1. Cf. il 283: elle se faisoil non feulement tort, mais ô toul leur sen et

de jargon n'aurait rien de surprenant. Comme l'a montré M. Sainéan, le mot argot, avant de s'appliquer ;\ une langue spéciale, a signifié « corporation ou métier des gueux ». Jargon a pu avoir de lomps à autre un développement sémantique inverse et on a pu dire « le royaume du jargon »>, ou, tout court, « le jargon », comme on disait « le royaume de l'argot », « l'argot ».

Jobe [Propos Rust.. VI. La Borderie, p. 147], - Niais. Cf. d'Aubigné, Confess. de Sancy, 1. II, ch. I. Sainéan. Argot anc, p. 174. L'interpolateur angevin se servait d'un mol très employé dans sa province (Verrier-Onillon, s. v° Job).

Joberde [Propos Rust., XIV, p. 174] : « décoction de ioberde ». Edition de 1554, lombarde. Variantes intéressantes de joubarbe. Je n'ai pas trouvé la première ailleurs que chez .1. Maugin : elle dérive de joubarbe par substitution du suff. -ard et substitution d'un e à un a devant r. La seconde présente une nasalisation, qui est assez ordinaire devant une labiale.

Jouan. -- Au chapitre I des Balivern. (I, 154), le « villageois coqu » dit en parlant de ses infortunes conjugales : « ma femme a beau monter aux eschau!'faux: je suis des Iouans ». Comme l'a très bien vu Defrémery (Rer. (rit.. 1875/1, 185-186), il y a un jeu de mots dans cette expression « je suis des Iouans » qui signifie littéralement « je fais partie des acteurs », mais qui signifiait aussi « je suis de la confrérie des maris trompés » : car le prénom louan avait ce sens, comme Jean ou Jennin dont il n'est qu'une variante (Cf. Jouan ne, femme de Robin Chevet, au chapitre V des Propos Rust.). Clément Marot commençait ainsi l'épitaphe de Jouan. fol de Madame : « .le lu/ Jouan sans avoir femme » (éd. Jannet, II, 214). Ajoutons que l'allusion au prénom est précisée dans les Baliverneries de 1549 par un détail orthographique que M. Courbet a eu tort de ne pas reproduire : le mot Iouans y est imprimé avec une majuscule (f° 12 v°).

Joyeuse-grave. — II, 339 (en parlant de la contenance de Jésus- Christ). Composé de deux adjectifs antithétiques, du type douce-amère. Je n'en connais pas d'autre exemple.

Jument. — « Au fin fond de la grand' Jument Margot qui se bride par la queue » (II, 176). Celte longue et bizarre périphrase désigne tout simplement la mer. On y discerne deux éléments cousus ensemble tant bien que mal. D'une part la mer, du moins dans l'Ouest de la France, est appelée « la grand jument » ou «< la grand jument blanche » (Cf. par ex. Léo Desaivre, Reu. des Tradit. Pop., XX,v309; XXII, 168; Sébillot, Folklore de France,

II. 10), peut-être parce qu'elle porte des navires 1. D'autre part, les navires « se brident par la queue », entendez : par le gouvernail 2. La périphrase de du Fail confond la mer et les navires.

Juvene [Balivern., I, 196]. — Notre ferial fvvene ». L'édition 1549 (f° 46 v°; Courbet, I, 55) porte : « nostre ferial estudiant ». Tel était bien le sens de ce mot calqué sur le latin et qui appartenait à l'argot scolaire.

Laboureur de nature. — Mentula. II, 37, 227. Cf. Rabelais, II, I ; Gaultier-Garguille, éd. Fourni er, p. 120. Bien que ce lerme appartienne avant tout à la langue comique, nous noterons qu'il se trouvait sérieusement employé par Guy de Chauliac dans sa Grande Chirurgie, éd. Nicaise, p. 6S.

Laidure. — Au sens de « laideur » manque dans Godefroy. Enlrap., II, 241. M. Vaganay (Deux mille mots) signale laidure avec le même sens dans Léon Hebrieu, trad. Pontus de Tvard, II, 114

Letabonde. — II, 107. Chanson joyeuse. Du Fail a francisé le mot Letabundus, qui désigne un psaume. Les goliards et étudiants errants chantaient des Letabundus bachiques. L'un des personnages des Propos Rustiques porte dans l'interpolation de 1548 le nom de Lelabondus. Ces mots en bundus étaient généralement francisés sous une forme féminine, même quand leur genre était le masculin (ex. : Le Tartier, Promenades printanières, 1586, f° 81 v° : es poissons ja moribondes : Des Périers, nouv. XL, où iraconde et admirabonde s'appliquent à un homme et non à une femme ; le Joconde de La Fontaine = Giocondo); cependant l'écolier limousin (Rab.. If. va) emploi le masculin antorabond.

Livre des Rois. — Périphrase comique que du Fail définit lui-même au chapitre VIII des Propos Rusliqm s, p. 56 : « le livre des Roys, qui est un jeu de caries ». Ce terme figure dans les Eludes de philol. comp. sur l'Argot, de Fr. Michel, mais n'a pas été jugé vraimenl argotique par M. Sainéan. .le le noie dans le Livre de la Diablerie d'Eloi d'Amerval, chapitre 87 (Comment Lucifer enquierf des escolliers) : l'auteur nous parle des écoliers débauchés qui étudienl « non pas os livres de Moyse, de Job, d'Hesier ne de Judich, Mais communemenl au glic, lluy en quatre, demain en trois, J'entens au beau livre des Roys ». Cf. aussi La Complainte des gosiers altérez (Montaiglon, VII, 78) :

1. C'-pendant, <1 ;i pics Lkco.mtk ' / c Parler tlolois, p. 239), la même expression >> grand jument blanche » désigne la gelée aux environs de Dol.

2. VEBRIEB-OnillON, II, 516. •• Il est comme les bateaux, il se mène par le cul. >• On connaît la locution comique « brider l'Ane par la queue » (= faire quelque chose a rebours et de travers, lf; Roux, i>:c Coin., s. v. Ane), — Le nom de Margot contient peut-être une allusion à Mer

(t Retirez vos quartes, quartier; Nul ne li! au Livre des Rois ». PronotHeaiion nouvelle (Montaiglon-Rothschild, XII, 156).

Lucane [tour lucarne, dans toutes les éditions des Balivern. (15-19, (f° 38 v°; I, 186). Cf. Thurot, Prononc />.. II, 284.

Magnâtes. — Les grands, les principaux personnages d'un pays (calqué sur le latin magnâtes, -ium). Propos Rust., p. 10: « Ces puissans Magnâtes, Monarches... » Ex. \ iolier des Hist. Rom. (1521), bibl. elzév., p. 315 : « les princes et magnâtes ». Il est à remarquer que l'italien possédait aussi la forme magnate.

Maistriser. — Sens tout spécial : « qualifier du titre de maître » ; II, 179. Pour cet emploi du suif. -iser, cf. seigneuriser du Bellay, Regrets : seigneuriser chascun d'un baisement de main ; Coulabin, signorise = blason populaire). Saint-Amand disait : « Je ne me suis pu résoudre à me mônsieuriser dans les titres de mes ouvrages ».

Manche (d'un vêtement) est masc. dans toutes les éditions des Baliverneries (I, 153; éd. 1549, f° 11 v°) : « le prit assez lourdement par le manche ». Je ne connais pas d'autres exemples de ce masculin. Dans Eutrapel (II. 173), la graphie à grandes manches (1585: Courbet, II, 38: 1586...) prouve que du Fail axait adopté le féminin. (L'édition 15982 imprime ici : « à grandes manches »). Remarquons aussi que dans les Propos Rustiques (p. 14, je tire par la manche), l'auteur avait employé le féminin. Le masculin serait-il une faute de l'édition originale perdue des Balivemeries, faute qui, comme plusieurs autres, aurait passé dans l'édition interpolée i ? C'est fort possible.

Mange-chair. — II, 193. Qualificatif ronsardien appliqué par du Fail au cimelière S. Innocent Cf. \~ie et (Encre, p. 38). Transcription du grec ^aoxoipàyo,-. -M- H. Vaganaj Deux mille mats peu connus) cite Rondelet, 17 (1558) : « Ceux qui dévorent les autres poissons sont dits ffacxo*«7ot, c'est-à-dire mange-chair ». M. Vaganay cite encore cinq composés avec mange (ajouter mange-tortues dans les Serées de Bouchet).

Mannequinage. — 1° Balivern., I, 186, « fenestrages à l'antique. manquinages (sic), embrissemens... » Dérivé de mannequin (flam. maneken). Ornement fait de figurines. — 2° Le même mot figure, mais avec un sens difficile à déterminer, dans l'interpolation de Jean Maugin [Propos Rust., VI], p. 146 : \ertevelleries, manequinages, lourderies.,. » Le mot doit désigner ici des contorsions niaises (Cf. l'expression : « jouer des mannequins »).

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