‹ Essai sur le style & la langue de Noël Du FailChapitre 64 sur 68 · II · texte numérisé non relu

II

Palette. — II. 50. 51. Un individu, poursuivi par les sergents, se réfugie dans une chapelle et saute « sur une palette tapissée et cousue d'images ». où il reste immobile, contrefaisant un saint. — On peut comprendre : dessus d'autel, ou : tablette-piédestal servant de support à une statue de saint. Cf. Les Secrets et Loix de Mariage (Montaiglon, III, 170) :

Or, ce pendant qu'elle est pucelle,

Il n'est rien si très gracieulx,

Par quoy il pert au semblant d'elle

Un sire Dieu sur une pelle,

Tant a le maintien precieulx.

Palette est le diminutif de pelle.

Pigeon de palette. I, 293. Les hypothèses les plus extraordinaires ont été émises sur ce « pigeon de palette », qui sav.iit si bien revenir chez son propriétaire, Glaume du village de la Perrière. Assézat comprenait « pigeon voyageur ». Hippeau songeait à l'oiseau appelé spatule. Cotgrave, lisant dans du Fail que ce volatile était un « gros pigeon pâté ». ne trouvait rien de mieux que de traduire « pigeon de palelte » par « roughfooted dove », et Defrémery lui donnait son approbation [Revue (rit., 15 avril lsTG, p. 258). La vérité est que l'expression n'a jamais été rencontrée ailleurs et que Cotgrave n'a pas plus d'autorité qu'un moderne pour la définir. Je propose à mon tour une interprétation : In palette doit être la planchette sur laquelle vient se poser le pigeon. Seuls les nobles pouvaient posséder des pigeons de colombier <w\ île fuie, lui sa qualité de roturier, Glaume avait tout simplement une palette, qu'on appelait aussi volet ou assiette (Cf. Godefroy, s. v° Assiette)^.

Panosse. Terme d'injure adressé de femme à femme dans les Propos Rusligues de 1549 (La Borderie, p. 127) : « vieilles Panosses ». Cotgrave ne donne que celte signification mélaphorique de « vieille sorcière », peutn Ire d'après le texte de du Fail. Mais le sens premier est « guenille, torchon » (Cf. Godefroy). Panosse, comme panu[le, qui a le même sens, dérive de

pan. pu n ne étoffe).

1. M. E. Pl( iioi \nn de Bret . XV. 384) indique deux sens du mot palette dans i<- patois de saint Pern, Landujan, Monterai (i.-e| y.] . i" place ou stalle us mu- étable. -2° planche à pain.

LEXIQUE ' ',rî

Passe. — II, 352. « tendre... filets aux lieux... où le cours de l'eau a vraysemblablement fait plus belle passe » (= a entraîné le plus de poisson). Pour cette métaphore tirée du jeu de mail, cf. Littré, 1. Passe, 5°. L'édition 1586-2 seule donne passée, qui parait (■Ire une faute.

Passée. — Voir : Passe.

Passionner. - Tourmenter. Réfl. dans Maugin [Propos Rust., XIV ; I 129]: l'amoureux caricaturé « se passionne, se crucie et se tourmente ». Cf. l'italien passionnarsi. Tahureau, Diul, éd. Conscience, p. 10, « se passionner à l'italienne, soupirer à

fEspagnole..; ». „

Chez du Fail, act. ou réfl. : « affecter douloureusement », II,

Pataut — I, 161 (Baliccrn. : « mon pataut, mon ainy, » dit une femme à son mari. Le seul exemple de pataut qu'on ait signale avant celui-ci est un nom de chien qu'on trouve dans le Mist. du Viril Testament, II, 9. Je ne vois aucun inconvénient a l'interpréter ainsi dans notre passage : « mon gros chien », u mon gros chien-chien ». sont encore des termes de tendresse. Saoul comme Patault, dans : Propos Rust., p. 36. Ici encore, nous pouvons comprendre Patau't comme un nom de chien. On a comparé l'homme ivre à bien des animaux : la bourrique, le cochon, la vache, etc.. On l'a comparé aussi à un chien. Cf \lcripe, Nouv. Fabrique, p. 137. « saouls comme dogues » (ici <« saoul » veut dire « repu » d'une façon générale, comme c'est le cas dans le passage de du Fail, ou il n'esl pas spécialement fait allusion au liquide). Farce du Ponl aux isgnes [Ane.

Th. {r., II, 39) :

... Demain, demain.

On obéira à ce villa in Qui est plus uvre que un bracquet.

Patience, an sens de « paix ». Celte acception est fréquente au XVIe siècle, par exemple chez d'Aubigné i ; on eu trouve dans les Propos Rustiques des exemples antérieurs à ceux de Godefroys : « voyant... que... n'y avoit ordre d'avoir patience » (= qu'il n'y avait pas moyen d'avoir la paix 3. Eutrapel, 1. 227, 237 „ patience commune » = paix générale). Cette acception tardive, dont on trouve encore de- traces au XVIIe siècle >. peut

1 Par exemple Uist Univ., éd. de Ruble, m. 306: » N'aurai-je jamais de p«wÏÏ^5£ieta wi Charles IX avant le meurtre de Coligny 1= ne me laissera-ton jamais la paix?).

s v patience. Exemple de Martin du Bellay et de J. Le Houx ajouter, au Compiém . un exemple d'Henri IV, avec la traduction . répit »)• 3. Cf. encore, Pr. Rust., p. 06 « laisser manger leur soupe en pattena 4 Chez Sainl Simon, . donner patience » signifie « laisser la paix. »

s'expliquer assez bien : répit accordé par celui qui supporte, paix laissée par patience, d'où : paix en général. Mais l'influence phonétique de pacifique, pacifier, et autres dérivés de par, a dû jouer un rôle important.

Pauvre, pauvret. — Voir : Pouvre, pouvrel.

Pêcher. — II, 351, <: péché aux bouillons » (lire : bouillons) de la campagne ; métaphoriquement : pataugé dans les ennuis de la vie champêtre. Provincialisme. Coulabin : pêcher, marcher dans l'eau, dans la boue ; pêcher dans le bouillon, se crolter. Lecomte : pécher, prendre de l'eau dans ses chaussures. Dottin, etc.. On dit aussi en Ille-et- Vilaine, impersonnellement : « il pêche » = il fait de la boue.

Pécore. — Employé adjectivement [Propos Rusl., VIII, 150], « que l'esprit soit lourdaud ou pécore ». (Cf. notre emploi adjectival de bêle).

Pédale. — Pièce d'un mécanisme qu'on manœuvre avec le pied : II, 202. Le Dict. Général ne connaît pas, en ce sens, d'exemple antérieur à 1642 ; et Godefroy, après avoir donné la définition moderne [CompV), ne cite que l'expression rabelaisienne à double pédale, qui a une iout autre signification.

Pendant (s'en aller par le). — Locution argotique : II, 59. A un moment donné, un accusé sent « que son cas s'en alloit par le pendant », comprenez : devenait pendable, qu'il sentait la hart d'une lieue à la ronde. Il y a ici une équivoque : par le pendant voulait dire liltéralement : « en dévalant le long d'une pente. Cf. Lés Ténèbres des prisonniers (Marot, éd. Guiffrey, II, 546) :

Quant (ce) vient à sortir du guychet,

L'un aux verges, l'autre au fouet,

L'autre s'en va. par le pendant :

Homme ne sort quicle ne net.

Guiffrey s'est donné beaucoup de peine pour expliquer ce passage, et conclut qu'il y est sans doute fait allusion au supplice de l'estrapade. Je comprends tout simplement : « l'autre passe le guichet pour être conduit à la potence ».

Perdre ou gagner. — On trouve dans les Propos Bust., la locution sans dire qui ha perdu ou <jui ha gaigné (p. 70). La Borderie (p. 212-213) cite un exemple de la Nouv. Fabr. d'Alcripe, p. 24: sans dire qui a perdu ny gaigné. Mais on lisait déjà dans la LXII8 des Cent Nouv. Nouv. : sans demander qui Va perdu ou gaigné. Traduction : « sans autre préliminaire ni explication ». Cf. aussi Arrêts d'Amour (éd. Lyon, 1546, p. 391-302) : « ceste dame, de son authorité, et sans dire qui avoit perdu ou guigné, luy estoil venu jecter dans Le dos en jouant au tiers une poignée d'ortbies et ordure ».

LEXIQUE t 15

Peto (le bon homme). - - Par deux fois, du Fail évoque ce personnage, réel ou mythologique, à propos dos moines mendiants, lesquels vivent « sans rien faire, aux despens du peuple, et aux 'enseignes du bon homme Peto d'Orléans » (I, 323j. Cf. encore II, 137, où il est question d'un Cordelier faisant la quête « des bleds, vins... et autres dons charitatis, fondez seulement sur ce bon homme Peto marchant d'Orléans, contre ce qui est escrit, Tu vivras du labeur de tes mains ». En dehors de du Fail, je ne connais qu'un seul auteur qui ait mentionné le même personnage, c'est Pierre de l'Estoile dans son Journal à la date du samedi 2 mai 1606 : il rapporte qu'on expulsa de Paris des gueux Irlandais, gens experts en leur profession. « qui est de ne rien faire et de vivre aux despens du peuple et aux enseingnes du bon homme Peto d'Orléans ». Ce membre de phrase présente une ressemblance si frappante avec le premier exemple d'Eutrapel (I, 323), qu'on peut, se demander si le témoignage de l'Estoile est vraiment indépendant de celui de du Fail : je pencherais vers l'hypothèse d'un emprunt. — Le témoignage d'Eutrapel a été parfois invoqué par les anciens lexicographes à l'appui de l'opinion courante qui rattachait au verbe latin peto le nom du « roi Petaud » et voyait dans sa cour anarchique une cour de mendiants i. Une étymologie ingénieuse de M. Sainéan rattache le « roi Petaud » à un sobriquet populaire de l'oiseau appelé « roitelet »2. Mais au reste, rien ne prouve que le bon homme Peto de du Fail ait la moindre relation avec le roi Petaud, et que la première forme résulte d'une interprétation de la seconde. Nous avons là très probablement deux personnages distincts, et l'on peut voir dans Peto soit un sobriquet accidentellement décerné par les écoliers d'Orléans à un gueux de la villes, soit un terme d'argot latinisant : Peto faisait pendant à dabo, qui voulait dire « maître, patron 4 ». Quant à l'indication « marchand d'Orléans ». ajoutée dans le second exemple de du Fail, et qui vient contredire la définition « mendiant, gueux », c'est une simple allusion personnelle, un jeu de mots

1. Cf. Fieury de Bellingen. L'Etymol. ou Explication des Prov. //'.. I, 9 (La Haye, 1656, p. 37-38); Rabelais, éd. Le Duchat. Amsterdam 1711, 1. III. ch. 6. n. 4; Ph. Le Roux. Dict. comique (Le Roux orthographie Petaud, s. v°. et Peto à l'article Maître); l. Sainéan, Les Sources de l'argot ancien, Paris, 1912, t. II, p. 79-80. — Parmi les additions « argotiques » de Raoul TainguJ au texte de Froissart (Sainéan. ibid.. I, G) on trouve un mot petaux, Injure à l'adresse des vilains. Mais est-ce le même mot que petaud ? ?

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