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3. Au cas où le témoignage de l'Estoile aurait une valeur indépendante de celui de du Fail. on pourrait faire observer que l'auteur du Journal avait parmi ses ascendants un Pierre de l'Estoile. ciui avait professé Le droit a Orléans. Quant, à du Fail. il connaissait cette ville (cf. notre t. I p. 88, n. 0-
4. Il est vrai de dire que daèO n'esl pas attesté avant. Larivey. Cf. Albert Dauzat, Revue de Philol fr., t. xxv (1911), p.
sur le nom d'une famille orléanaise. Comme l'a fait observer La Borderie (Bibl. Ec. des Ch., XXXVI, 283), du Fail connaissait fort bien à Rennes le conseiller François Petau : or celui-ci appartenait à une famille de la bourgeoisie orléanaise. La France protestante des frères Haag signale un François Petau marchand à Orléans en 1563 (Fr. Saulnier, Le Parlement de Bretagne, t, II, n° 960).
Piaison. — II, 298, « en franche et bonne d) matière de piaison compétente ». Ce mot, qu'on ne retrouve pas ailleurs et qui n'est sans doute pas un mot à proprement parler, mais une déformation plaisante, a été pris au sérieux par Cotgrave, puis par Godefroy, lequel traduit d'après son devancier : « action de boire avec excès, boisson 2 ». Assurément du Fail a pu chercher une allusion comique au verbe d'argot pier (boire). Mais il suffit de jeter un coup d'œil sur la phrase qu'il prête ici au maîtremaçon Pihourt, pour voir que ce dernier emploie, en les déformant parfois, des ternies techniques de son métier. Ainsi la locution « en bonne et franche matière », ainsi que l'adjectif K competante » se retrouvent dans le texte du contrat passé par le même Thomas Pihourt pour la restauration du chœur de la cathédrale de Rennes en 1527 (Cf. Mélanges d'hist. et d'archéol. bretonnes, Rennes, t. II, 1858, p. 220-222). Il est donc fort probable qu'il ne faut pas s'en tenir au sens apparent et qu'on doit chercher derrière piaison un terme de menuiserie ou d'architecture. On pourrait songer au terme couyeson ou couayson qui se trouve dans le contrat précité ; mais il a existé en maçonnerie un mot espiaison, dérivé d « épi », qui n'a pas trouvé place dans les Lexiques de l'ancienne langue et que je note cependant dans un devis angevin pour la construction d'une chapelle en 1501 : « Item ung pignon entre les deux longieres, enlevé h la hauteur des deux longieres et le sourplus ù Vespiaison de lad. charpenterye 3 ».
Pie qui boit. - I, 313 ; II, 303. Enseigne d'un cabaret de Rennes. Tout le monde connaît la signification de la pie en argot, ainsi que celle des expressions croquer lu pic, piailler (boire), pion (buveur), piol (vin), etc.. Eug. Rolland (Faune pop. de i/o France, I. Il, p. 137), puis M. L. Sainéan (à plusieurs reprises et dernièrement dans Les Sources <lc Vargot ancien, I, 29) ont voulu voir dans cette pie un oiseau réel et non point un simple dérivé du
1. Telle est la leçon des éditions anciennes: 1585 (Courbet, II, loo), 1586*. 2, 1591 1598, 1603; et J'ignore pourquoi Assézat Imprime « en bonne et franche. »
2. Inutile d'ajouter que COTQBAVE n'a connu i>i(iis'j/i que par EUtrapel, a traduit au Jugé, et .s'est bien gardé de le dire. Sa méthode commence à être connue.
3. Document publié par le chanoine Ch. Urseau, dans: Bulletin archéologique, 1907, p. 122.
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grec nuîv. Il se peu! qu'ils aient raison : malheureusement ni l'un ni l'autre n'ont encore cité de texte positif démontrant l'existence d'une croyance aux habitudes d'intempérance de la pie : pas de locution proverbiale « ivre comme une pie » à mettre en parallèle avec « soûl comme une grive ». Bien entendu, la Pie nui boit de du Fa il ne prouve rien en ce sens, et il est surprenant que M. Sainéan paraisse attribuer quelque valeur démonstrative à cette enseigne facétieuse. Cette curieuse acception du mot pie au sens de « boisson » nous permet sans doute de déterminer la signification du verbe d'argot adrauuer qu'on trouve dans la VIe Ballade jargonnesque de Villon et que personne n'a compris jusqu'à présent :
Pour mieulx abbattre et oster le broullarti, Adraguerent de Grenoble maint crupault 2. Le contexte montre bien qiïadraguer veut dire « boire ». Or, il existait, un subst. drague signifiant « pie » (Voir Godefroy, s. v°) ; de sorte qu'adraguer c'était encore une façon de « croquer la pie ».
Poiteviner. II. 67. Mot glosé par du Fail lui-même : « disoit le fermier poitevinant, et faisant bien la chatemite ». Comme le dit fermier ne parle point patois, poiteviner s'applique à l'allure et au caractère. Le Poitevin, comme le Normand aujourd'hui, passait pour faire des réponses prudentes et évasives (Cf. des Périers, nouv. LX1X).
Pommes de Hery [Balivern., I. 181]. — Le texte de du Fail portait (éd. 1549, f° 35 r°) : <( pommes de greussante » (Voir greussanle). Cette expression a dû sembler par trop bretonne à Jean Maugin, qui l'a remplacée par une autre. Les poires de Hery sont plus célèbres que les pommes de même provenance. On appelait ces poires et on les appelle encore besis (ou besies, ou besilles) d'IIerg. (Cf. Dubuisson-Aubenay, Itinéraire de Bretagne, édition Maitre-de Berthou, I, p. 8 ; Ménage. Dict. Etym., s. v. Besie d'Hery). M. Bizeul, qui a publié un article sur ces sortes de poires {Bévue des provinces de VOuest, 1853, I, p. 31-34), nous apprend qu'on dit pommier bezi et pomme bezi, aussi bien que poirier bezi ou poire besie. Ces fruits provenaient de la forêt voisine du bourg de Héric (dép1 de la Loire-Inférieure, canton de Nort) : c'est ce bourg que mentionne du Fail sous la forme Hiheric dans sa lettre-préface aux Arrêts (éd. Assézat, II. 376).
Porte-cornette. — II, 252, « des yvrognes le porte-cornette ». Porteétendard, cornette (métaph.). Bien que du Fail n'ait certainement pas créé ce composé, je n'en ai pas d'autres exemples.
l. on buvait pour « charmer le brouillard » (cf. ARLOTTO, éd. Ristelhuber, p. 42; — Ane. th. /';• .. VIII, 331; VII, 64).
•2. Pot (voir Sainéan, Sources, II, Gioss. étym. s. v. Corpault),
J i8 STYLE ET LANGUE DE DU FAIL
Porte-poche. — II, 139, « son guide et porte-poche ». Du Fail désigne ainsi le personnage qui accompagnait le frère quêteur et portait les besaces (Cf. Comptes du Morale Adventureux, XXII : édition Frank, I, 121). Ce composé ne se retrouve pas ailleurs.
Pouvoir. — Au sens de « pouvoir tenir dans..., pouvoir être contenu dans... » Acception dont les premiers exemples connus sont du XVe siècle et qui est assez fréquente au XVIe (Cf. par exemple Montaigne. I, 30 : « c'estoit autant qu'il en pourroii en une telle espace). Du Fail, I. .272, « des aiguilles autant qu'il en pourroii en l'Eglise X. D. de Paris ». 1.306, « la grange ne fut onc si pleine, que le balai ne peut i bien derrière l'huis ». Locution proverbiale prononcée par une femme qui surprend son mari en llagrant délit d'adultère et lui reproche de ne pas se contenter de son ordinaire : il y a toujours une place vide (malgré les grossesses notamment). Cette locution proverbiale est encore courante en Ille-et- Vilaine, avec diverses variantes de détail : par exemple un homme qui a déjà beaucoup mangé dira en plaisantant, pour s'encourager à continuer : « La grange n'est pas si pleine qu'on ne puisse y mettre encore le balai ».
Pouvre = pauvre. — Dans les Balivern. de 1549, f° 34 r°. La version de 154-8 (Assézat, I, 180) remplace par pauvre (« ces pauvres prestres »). Cf. encore. Balivern.. 1549, 43 r°. ti pouures gens » (1548, Ass., I. 192, pauvres); 44 r°, pouure populaire, ... pouuvres gens. etc.. — Dans Eutrapel (1585), du Fail s'est décidé à écrire pauvre. — Voir Thiïrot, Prononc. //.. I. 430-431.
Pouvret = pauvret. - - Balivern.. 1549, f° 34 r°, « iceluy pouuret ». Ici, l'éd. Groulleau donne : pauure (Ass . I. 180;, l'éd. Trepperel poure. Dans Eutrapel (I, 244), du Fail adopte la forme pauvret.
Poyer = payer. • - Du Fail emploie, en règle générale, la forme normale payer. Mais en Haute-Bretagne un disait poyer, et cette Forme se rencontre constamment dans les documents rennais du XVIe siècle. Du Fail lui-même parait avoir hésité, du moins au début : ainsi dans les Propos Rustiques nous trouvons (p. 85), a deux lignes de distance, poyér et payées i; C'est la prononciation provinciale qui nous explique, au chapitre XXY11 d' Eutrapel II. 218), le jeu de mois sur le nom de Guillaume Poyet, traduit en latin par solvebat Voir: baloyer; Gôrlich, Die nordwesll. l> m!., p. 23 et 41).
Pragmatiser. — II, 21 i. Se livrer à la chicane, parler le langage d( la pratique » (Eutrapel s'adresse à l'avocat Lupolde, qu'il appelle ailleurs i praticien »>). Godefroy ne connaît pas d'exemple
i On bsI tenté de corriger en peint