PREMIÈRE PARTIE
Laissant de côté les obscurités qui résultent des .allusions diverses, des développements écourtés. de,s incohérences du dialogue, nous nous attacherons seulement dans la présente étude à celles qui proviennent de la langue et du style.
Comme nous le savons déjà*, du Fail n'est pas un auteur limpide; mais, comme nous l'avons également indiqué \ il ne faudrait pas le rendre responsable de toutes les étrangetés de son texte, Bon nombre d'entre elles disparaîtraient dans une édition critique faite avec méthode. Quelques corrections heureuses de M. Courbet ne suffisent pas à donner aux Baliverneries ni aux Contes d'Eutrapel le degré de clarté dont ces ouvrages seraient susceptibles 3. Quant à l'édition d'Assézat, qui est de beaucoup la plus répandue dans les bibliothèques, elle a fortement contribué à obscurcir le texte
1. voir notre ouvrage sur La Vie et l'Œuvre littéraire de Noël du Fail, conclusion.
2 Je fais surtout allusion aux chapitres du précédent ^^J^^ à la critique des éditions (ch. VII et XI). J'ajouterai ^ *^°" £ ■»*£ pitres spécialement critiques, on trouve dans mon premier ouviage diveise notes de caractère philologique.
3 Parmi ces corrections intéressantes citons par exemple : é<l Courbet, , I .237. 1 l . . qui onc ne se pleut (pour : peut): - II, 96, l. 5 : « parle ^Jf^^"
pour par Raym.). Malheureusement les corrections que M. Courbet apporta d {émis a autre à son texte restèrent tacites. L'éditeur Leme.re 1 m avait S ré par imonieusement la place, lui interdisant tout "PP^f"4^ ^ discussion de variante; de sorte que l'excellent érudit s'arrêta ^à mi-chemin entre u S «production Adèle de l'édition princeps de IHlt» édition Proprement ditp Suum atiuuei C'est à Alphonse Lemerie et non a M. K. pourDW «u« îe^Tv^ns^mié d'un Eutrapel publié sans notes critiques ni e«p£ catives C'est également Alphonse Lcmerre qui est responsable du choix des caractères fort élégants, mais minuscules, qui rendent fatigante une lecture prolongée de l'édition de 1894.
de du Fail et à indisposer contre celui-ci le public lettré. Ce n'est pas que les fautes d'impression ajoutées par cet éditeur à celles des éditions anciennes soient particulièrement nombreuses et graves *. Mais si l'on en juge par ses notes « explicatives » inexactes ou inutiles, par son silence aux endroits difficiles, par son choix souvent malheureux de la variante, par son incapacité à rectifier les bourdes les plus apparentes des éditions anciennes, enfin et surtout peut-être par sa ponctuation, on reste convaincu que J. Assézat dut comprendre assez mal le texte qu'il publiait : ce qui ne l'empêchait point, par la vertu d'une grâce spéciale que le ciel refuse rarement aux éditeurs, de trouver ce texte fort intéressant et amusant et de professer la plus sincère admiration pour Noël du Fail. Selon nous, un éditeur moderne devrait renoncer résolument à reproduire la ponctuation souvent absurde, et du reste variable, des éditions anciennes, ponctuer à la moderne, user au besoin des parenthèses et des points suspensifs, marquer en caractères gras ou en capitales les noms des devisants au moment où ceux-ci prennent la parole, bref recourir à tous les artifices typographiques capables de faire circuler de l'air et de la lumière dans les broussailles cYEutrapel. Après avoir promis dans son Introduction5, de donner au texte « une ponctuation régulière », Assézat se contenta beaucoup trop souvent de reproduire passivement celle des éditions anciennes, faisant preuve en cela d'une fidélité superstitieuse qu'il n'observait nullement par ailleurs6.
4. Chose curieuse, les fautes d'impression d'Assézat, dont nous ne croyons pas nécessaire de donner ici une liste complète, consistent principalement en ^missions de mots. Signalons, en soulignant les mots omis : II, 67, qu'il ne le changeast aucunement: il. us se laisse conduire à un je ne sais quel Orpheus; II, 213, les marmites et pots; II. 222, la plus grande et meschante finesse; ibid. : la response non trop songearde; II, 288 et fut un très mauvais voisin-, II, 322, nous faisant entrer en longues et curieuses demandes.