I, p. XI
6. De temps à autre, M. Courbet a heureusement Introduit une ponctuation rationnelle. Qu'on lise par exemple dans Assézat (II, 115) la phrase qui commence par Monsieur luy respondll Eutrapel » (1. 12) et se termine par « non la nue simplicité du propos fust ouy. » La dite phrase est entièrement inintelligihle. mais au reste ponctuée comme dans l'original. Elle se comprend parfaltemenl dans l'édition de M. Courbet (I, 261), qui, sans toucher aux mots du texte a Introduit la ponctuation logique. Il est regrettable que M. Courbet n'ait pas poussé assez avant son travail de clarification. Ainsi, dans son
Des fautes nombreuses ont persisté dans toutes les éditions anciennes, et des conjectures restent à faire, en dehors du secours que nous prêtent souvent les leçons de ces éditions. 11 ne faudrait pas hésiter à corriger parfois du Fail, je veux dire les erreurs qu'il a laissé passer ou dont son imprimeur fut responsable. L'édition de 15862, certainement publiée par ses soins et revue par lui. est émaillée d'un assez grand nombre de coquilles, ce qui ne diminue eu rien l'importance de cette édition pour rétablissement critique du texte. Nous avons déjà discuté ailleurs quelques variantes en examinant les rapports des diverses éditions entre elles7. Il ne nous serait pas difficile de poursuivre ici ce travail d'échenillage. en signalant des cas où visiblement toutes les éditions anciennes sont fautives. Ainsi, dans un endroit du chapitre XX, là où ces éditions donnent tantôt « faire nostre eaue » (1585, 1587, 15861, 1597, 15981-2) et tantôt « faire nostre cause » (15862- 3). Assézat. bien inspiré cette fois, conjectura « faire nostre eaue» (mingere), et cette conjecture est certaine s. — Au chapitre XXVI (II, 204, 1. 1), l'insertion d'un que entre « Polygame » et « par y avoir » me parait nécessaire pour que la phrase ait un sens9. — Une phrase des Propos Rustiques demeure inextricable dans toutes les éditions anciennes et modernes : nous sommes d'autant plus autorisés à y
3e article sur du Fail (Bibl. Ee. des Chartes. XXXVIII, p. 609, n. 2), A. de la Borderie avait parfaitement rectifié la ponctuation absurde des éditions anciennes et d'Assézat pour un passage du chapitre XXX d'Eutropel II. 250). Or ce passage demeure aussi mal ponctué dans l'édition Courbet II. 112-113). Nous pourrions signaler beaucoup d'autres passages où le besoin d'une bonne ponctuation se ferait sentir. Par exemple, au chapitre XIX (II. 123), je ponctuerais : « Mais à la musique! Tout... » et. mettant un point après « coings », j'imprimerais: « Resoluement • avec une R majuscule. Au chapitre XXVI (Ass., II, 205; Courbet, II. 69), il faudrait une virgule seulement, et non un point, après •• nouvelles terres » et par suite un V minuscule à <• vous » : en lisant avec attention cette longue phrase tortueuse qui commence par •• Il me souvient », on voit que le point en question la coupe en deux contre toute raisou.
7. Voir Vie et Œuvre, chapitre VII (Baliverncries) et début du chapitre XI {Eutrapel).
s. II, 137. — Disons à ce propos que le texte de Brantôme (Dames Galantes^ exige une correction analogue; là où toutes les éditions, y compris celle de Lalanne t. IX, p. 492, 1. 15) impriment « sinon par autre cause ou salive ... il faut lire « sinon par autre eaue ou salive... »
9. Parmi les < petites conjectures » qu'on pourrait faire çà et là pour améliorer le texte, en voici une qui me parait à la fois simple et juste: au chapitre XXVI .II. 211) il est question d'Annibal vaincu, .. rompu de fait, et perdu son terrible nom... > « Rompu de fait » ne présentant guère de sens, je propose : « rompu, défait,... »
remédier que, dans son premier ouvrage, du Pail fit de constants efforts pour être clair et correct. Or nous lisons au chapitre X, avant le récit de la mésaventure des Vindellois (éd. La Borderie, p. 80) :
« et après avoir beu une volte, prindrent leur equippage, et s'en allèrent audict estang, ou chascun se mit en son lieu résolu (par serment fidèlement preste sur la faulx de Huguet) les receurent en magnifique apparat, et comme ilz le meritoient ».
La phrase est non seulement boiteuse, grammaticalement parlant, mais elle est absurde, puisque les deux hommes en embuscade n'ont pas encore aperçu l'ennemi et, par suite, n'ont pas eu occasion de le « recevoir ». Il est surprenant que La Borderie ne s'en soit pas avisé. J'insère une virgule entre lieu et résolu et je substitue l'infinitif recevoir à l'aoriste receurent. Cette construction avec l'infinitif pur est habituelle chez du Pail 10.
Au chapitre XXIX des Contes cTEutrapel, à propos de cet <( épouvantable mot de mariage », on lit avec stupeur dans l'édition Assézat11 cette phrase sans queue ni tête :
« ; mot infini, comme celuy trois fois grand entre les anciens, espou vantant, comme celuy de Hannibal, les pavez de Rome, celuy d'Alexandre à Néron, Lancelot aux chevaliers de Cornouailles et Tempestas au Collège de Montaigu :
Que ne l'attend il, Que ne l'attent an, Car Andrelot vian ».
Tout ce qu'on peut reprocher ici à J. Assézat, c'est d'avoir, selon son habitude, négligé toute indication critique et tout essai d'interprétation, bref d'avoir imprimé des insanités sans broncher. Mais en fait il reproduisait très fidèlement la leçon donnée par la famille d'éditions qui a son point de départ dans celle de 1597 et qui est ensuite représentée par 15982 et par 1603 12. Au reste, le texte donné du vivant de du Fail (1585,
10. Voir ci-dessous, p. 70. M. Behm cite il est. vrai (p. 64) un cas de « resoluz de faire. » Mais d'autre part il cite (p. 13) deux cas de résoudre avec l'infinitif pur. ■< Résolu les recevoir » est du plus pur du Fail.