LS CLASSE DES CRUSTACÉS
De même que dans les couches siluriennes de l'ancien monde, cette classe est, dans celles d'Amérique, représentée par les espèces du groupe des Trilobites. Elles sont nombreuses, mais bien que très-voisines de celles de l’ancien continent, elles doivent presque toujours former des espèces distinctes, et je crois que cest par erreur que quelques-unes d’entre elles, telles que le calymene Blumenbachii et lasaphus caudatus, ont été mdiquées comme propres aux deux continents.
Sur les onze espèces que j'ai rapportées d'Amérique, une, l'asaphus caudatus, est regardée comme se retrouvant en Europe; cependant la comparaison des individus me fait beaucoup douter de leur identité. Cinq de ces espèces étaient décrites par les auteurs, et les six autres sont nouvelles.
Les Trilobites ont été particulièrement trouvés jusqu'ici dans deux localités qui, toutes les deux, font partie de l'État de New-York , bien que quelques espèces isolées se rencontrent dans d’autres parties : je veux parler de Trenton et de Lockport : dans le premier de ces endroits ils sont toujours incomplets, les boucliers étant séparés des abdomens; dans le second, au contraire, ils sont généralement réunis et souvent entiers : il semble donc probable que les dépôts qui les contiennent ont dû se former sous des circonstances différentes.
L'examen de quelques Calymènes trouvés dans une montagne près du Potomac en Virginie, et appartenant à l'espèce nommée Bufo par le professeur Green, m'a conduit à quelques observations dignes d'intérêt sur l’organisation de ces êtres singuliers qui, pendant si longtemps et sous le nom d’Entomolytes, furent ballottés
d'une classe à l'autre, jusqu’à ce qu’un de nos savants les plus illustres, M. Alexandre Brongniart, leur assigna leur place naturelle dans la série des êtres; ce qui n’empécha pas NL. Tilesius de les rapporter, quelque temps après, aux oscabrions, opinion que M. Latreille avait du reste précédemment émise et développée dans les Mémoires du Muséum et les Annales des sciences physiques de Bruxelles (t. 6, p. 350). Les raisons principales sur lesquelles s’appuyèrent les naturalistes qui soutinrent cette dernière opinion, consistent particulièrement dans Pabsence des pattes chez ces animaux ; fait qui semblait si bien établi, qu'un savant estimable, dont la science porte encore le deuil, chercha à prouver que d’après leur organisation ils ne pouvaient pas en avoir; effectivement, M. Audouim sexprime ainsi, dans les Annales des sciences physiques de Bruxelles, t. 8, p. 254 : « Tous les observateurs sont d'avis que les « Trilobites étaient dépourvus de pattes; ils fondent leur manière de penser sur ce « que, dans les individus complets et dans les débris nombreux qui ont été étudiés, « On na Jamais rencontré aucune partie comparable à ces appendices.
« En me rangeant entièrement à cette opinion, J'insisterai tant soit peu sur ce «sujet, parce que Je crois pouvoir déduire absence des pattes de l’organisation même «du squelette des trilobites, et donner ainsi un plus grand poids à ce caractère Jus- «qu'ici négatif. ?
Et plus loin, page 256, . Nous avons fait sentir d’une part, qu'il est aussi imvrai- «semblable de supposer des pattes très-courtes, que d’en admettre de très-longues. ?
Enfin, page 258, .et 5.°, que l'absence des véritables pattes, bien qu’elle ne soit «pas un caractère auquel on puisse s'arrêter, semble être un résultat nécessaire de . organisation du squelette de ces animaux.”
Du reste, malgré cette opinion, ce naturaliste suit avec raison la classification de M. Brongniart, et laisse les #rilobites entre les Zigies et les cymathoës. L'espèce qu'il avait particulièrement étudiée, semble avoir été le calymene Blumenbachr.
En 1828, M. Goldfuss publia dans le tome XV.° des Annales des sciences naturelles une note sur ces animaux, et en figura, pl. Il, quelques portions qu'il crut reconnaître pour des pattes. Cependant ce fait était encore des plus obscurs ; les espèces qu'il cite à cet égard sont les calymene macrophtalma et Hausmanni.
Enfin, M, Milne Edwards, dans son excellente Histoire naturelle des Crustacés, faisant suite au Buffon de Roret, forme avec ce groupe une légion qu'il place entre les edriophtalmus et les branchiopodes, et s'exprime ainsi (t. ILE, pag. 289) à égard des appendices en question : . Jusqu'ici on n’est parvenu à découvrir des traces bien «certaines de pattes chez aucun trilobite, et tout porte à croire que ces appendices «étaient membraneux et lamelleux comme chez les apus; car, sans cela, il serait diffi- -eile de s'expliquer leur destruction si constante et si complète.”
Les observations que J'ai été à même de faire récemment , viennent parfaitement coïncider avec lopinion de ce savant zoologiste.
Dans la figure 14." de la pl. Il, lon voit une section transversale du calymene
Bufo, lon voit une des pattes encore attachée au tronc; dans la figure 4, qui repré-
sente une section longitudinale et un peu oblique du même, il est aisé d’apercevoir une patte entière et une partie de celle du segment suivant.
L'on voit, ainsi que lavait fort bien prévu M. Milne Edwards, qu’elles étaient minces, lamelleuses, ce qui devait les rendre très-faciles à enlever au milieu des formations schisteuses dans lesquelles ces animaux se trouvent si souvent; cest donc presque uniquement dans les espèces qui avaient la propriété de se rouler en boule, que lon doit espérer les trouver ; car là elles ont été protégées par le corps contre les circonstances extérieures.
La figure 3 est destinée à montrer un autre point de lorganisation de ces êtres singuliers ; c’est que le lobe frontal, au moyen de la tête, pouvait, à la volonté de Panimal, s’abaisser ou se relever : cette dernière position est représentée par la figure 3.
Ces observations peuvent changer considérablement lidée que nous nous formons des trilobites; effectivement, sont-ils toujours des êtres à corps discoïdal, beaucoup plus élargi que la tête et divisé en trois lobes, ou celui-ci doit-il être décrit comme allongé , plus étroit que la portion céphalique et muni de chaque côté d’appendices mobiles, tentaculaires, supportés par des ares et recouverts en partie ou en totalité par une sorte de membrane ou de manteau? peut-être même ces appendices n’étaient-ils destinés qu'à porter des organes respiratoires ayant la forme d’arbuscules; ce qui les rapprocherait encore des oscabrions, dont ils formeraient le passage aux crustacés ; mais, dans tous les cas, ils doivent rester dans cette classe. Je serais d'autant plus porté à admettre cette dernière manière de voir, que, dans quelques
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échantillons, l’on voit sur la roche ambiante une sorte d'expansion ressemblant assez à la trace de petits vaisseaux arborescents.
Je dois faire remarquer que la présence des pattes que je viens de mentionner, est surtout représentée par la couleur rouge de ces parties; mais la régularité de la forme de ces taches, et leur situation à la place où l’on devait s'attendre logiquement à rencontrer les pattes, ne me permettent pas de douter de leur nature.
Je ferai observer ici que le fossile singulier, décrit par M. le docteur Dekay sous le nom de Bilobite et rapporté par lui à la famille qui nous occupe, ne peut nullement rester dans cette classe, et appartient évidemment aux mollusques, et probablement aux cardium" ou aux spirifer (voir pl. XIV, fig. 13). J'ai été à même de m’assurer de ce fait, ayant obtenu un plâtre de l'échantillon du docteur, et, de plus, ayant rapporté un échantillon absolument semblable au sien et provenant de la même localité.
Quant aux corps singuliers auxquels M. d'Orbigny a appliqué le même nom, ils sont en tout différents du précédent.
1 Les échantillons que M. de Castelnau nous a communiqués sous le nom de Bilobites (Dekay), ne sont que des Cardium déformés , appartenant à cette section , à laquelle MM. Bronn et Phillips ont donné
successivement les noms de Conocardium et de Pleurorynchus. à Éd. de Verneuil.
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J'entre actuellement dans la description des espèces que j'ai rapportées d’Amérique : ainsi que je lai déjà dit, elles sont au nombre de onze, dont six rentrent dans le genre Æsaphus, trois dans celui d'Æomolonotus, une dans celui de Calymene, et la dernière, enfin, doit constituer une coupe nouvelle.