‹ Essai sur le système silurien de l'Amérique septentrionaleChapitre 2 sur 74 · Voyez Mémoire déjà cité · texte numérisé non relu

Voyez Mémoire déjà cité

vi] ment des dolomies grisâtres plus ou moins cristallines. La dolomie blanche est quelquefois traversée par des systèmes de petits filons de spath calcaire qui résistent plus facilement aux intempéries de l'atmosphère : de [à résultent des surfaces rugueuses et des contours déchiquetés, donnant naissance à des formes fantastiques qui surprennent et étonnent le voyageur.

« La grande Manitouline est également formée par le système magnésifère : on y trouve diverses variétés de dolomies compactes, grisâtres, à cassure terreuse, renfermant cà et là divers fossiles, notamment des Æuronia et des Evomphales, très-voisins d’une espèce de ce genre, trouvée en Russie par M. de Verneuil. Ces Évomphales, de l'ile Manitouline, avaient été pris, à tort, pour des Ammonites.

« Ce même système forme aussi la partie septentrionale du Michigan, et sur la rive orientale du lac de ce nom, le territoire de Ouisconsin; on y trouve souvent des fossiles.

ile de Michilimakimac ou de Makinau, à l'entrée du lac Michigan, est formée d’une dolomie blanche très-poreuse, remplie de cavités irrégulières plus ou moins grandes, et ayant souvent l'aspect d’une éponge. En grand, ces dolomies terreuses forment des roches bizarrement découpées, tels que des ponts naturels. L’Atlas pittoresque, publié par M. de Castelnau, en donne une idée précise.

« Cette formation magnésifère, que Pauteur a également observée sur les rives occidentales du lac Michigan, s'étend à une distance immense vers ouest, couvrant le haut Mississipi et le Missouri supérieur, et embrassant la région métallifère située en-deça des montagnes rocheuses. Dans cette dernière région, qui rappelle sur une plus grande échelle les environs de Tarnowitz en Silésie, on trouve des masses de galène à fleur de terre dans la dolomie compacte à cassure terreuse des bords du Mississipi et du Missouri.

« Ce même système s'étend aussi vers l'est; il entoure le lac Érie, et on doit lui rapporter les couches horizontales de schiste, de calcaire et de dolomie sur lesquelles se précipite la fameuse cascade de Niagara. }

« M. de Castelnau la poursuivi dans le nord de l'Etat de New-York, et il y a recueilli de nombreux fossiles. Nous citerons entre autres des fragments d’une orthocératite de 15 centimètres de diamètre, et qui probablement wavait pas moins de deux mètres de longueur, renfermée dans la dolomie; des sphæronites qui rappellent ceux des environs de Saint-Pétersbourg ; à Schoharie et à Trenton, dans le même État, des tentaculites extrêmement nombreux, d’une espèce voisme de celle de Suède; une goniatite trouvée aux chutes de la rivière Montmorency, près de Quebec, dans un calcaire compacte d’un brun noirâtre, appartenant toujours à la prolongation de ce même système, etc.

« Ce système magnésifère, qui, par la nature des roches qui le composent, rappelle souvent, ainsi que Pavait remarqué à juste titre le docteur Bigsby, le calcaire

vii] magnésien de Angleterre, se recommande particulièrement à lintérêt des géologues par l'étendue qu'il occupe. Ainsi qu on vient de le voir, il couvre la plus grande partie de l'État de New-York et des États voisins, une portion de la Pensylvanie, la presque-totalité de l'Ohio, de Pindiana, des Illinois, du Michigan, du Ouisconsin, s'étendant à louest jusqu'aux montagnes rocheuses, et au sud, le long du Mississipi, jusqu'au Ténessée, tandis qu’au nord il forme la rive méridionale des lacs Winepeg et Supérieur, et borde presque en entier le lac Huron. Suivant ensuite le Saint- Laurent, ce système s’étend sur une grande partie du Canada. On doit aussi lui rapporter d'immenses zones séparées, comme en Suède, par des zones de roches primitives, dans cette région, plus grande que l'Europe, qui est gouvernée par la Compagnie des fourrures; peut-être même comprend-il encore les couches à orthocératites, observées dans les expéditions des capitaines Parry et Ross, sur les rivages des mers polaires, notamment à Ingloolik. Enfin, toute la partie centrale de la Nouvelle-Écosse paraît aussi lui appartenir.

« On doit savoir gré à M. de Castelnau, d’avoir complété l'étude de la partie centrale et la mieux exposée de ce vaste système sur les bords des grands lacs, dans l'État de New-York et le Canada ; il a surtout mérité la reconnaissance des géologues français, en recueillant une collection considérable, qu'il a déposée dans les galeries du Muséum d'histoire naturelle. Cette collection a permis à vos Commissaires de vérifier la nature des roches décrites; on y trouve surtout de nombreux fossiles, que M. de Castelnau a figurés dans les 27 planches qui accompagnent son Mémoire, et qu'il a décrits avec soin en se livrant même à des discussions et des recherches étendues sur les espèces qui paraissaient nouvelles ou qui présentaient quelques particularités remarquables.

« En décrivant les nombreux fossiles recueillis pendant son voyage, M. de Castelnau a été conduit à traiter une question qui intéresse les zoologistes aussi bien que les géologues : celle de l’existence de pattes chez les Trilobites.

« Ces crustacés fossiles, comme on le sait, ressemblent beaucoup, par la forme générale de leur corps, aux Cymothoés et surtout aux Séroles; mais ceux-ci portent à la face inférieure du thorax une longue série de pattes ambulatoires, analogues à celles des Cloportes, et si les Trilobites avaient eu des appendices locomoteurs rigides et articulés, comme les [sopodes auxquels on les comparait, on devrait en apercevoir des traces; or, il n'en a pas été ainsi, bien que les naturalistes aient

dr

examiné des milliers de ces animaux, dont la conservation est souvent si parfaite qu'on distingue jusqu'aux facettes de leurs yeux. La plupart des auteurs en ont conclu que les Trilobites étaient des animaux privés de pattes ambulatoires, et cette conclusion aurait été légitime, si en effet ces crustacés appartenaient au même type que les Cymothoés, les Lygies et les Séroles dont on les avait rapprochés; mais, dans ces dernières années, on a reconnu que les Trilobites ont plus d'aflinité avec les Apus et les Branchippes qu'avec les Isopodes; et si le plan général de leur orga-

nisation était le même que chez les Branchiopodes, Pabsence apparente de pattes dans les fossiles n'aurait rien de surprenant et n’impliquerait pas Pabsence de ces organes chez ces animaux lorsqu'ils vivaient; car, chez les Branchippes et les Apus, les pattes ont la forme de rames foliacées et membraneuses, dont la conformation est appropriée à leurs usages dans la natation et dans la respiration, et dont le üissu est si mou et si délicat que leur destruction est facile, et que dans le travail lent de la fossilisation elles ne pourraient guère laisser de traces de leur existence. On pouvait donc, malgré toutes les observations négatives dont il vient d’être question, supposer que les Trilobites avaient été pourvues de nageoires ou pattes membraneuses, semblables à celles des crustacés branchiopodes. Cette opinion était adoptée par plusieurs carcinologistes, et s'accorde parfaitement bien avec les résultats fournis à M. de Castelnau par lexamen de quelques Calymènes de PAmérique septentrionale,

« Effectivement, sur une section transversale du thorax de lun des échantillons de Calymène trouvés par ce voyageur, on aperçoit une tache ferrugineuse qui

occupe la place où devait se trouver le tronc cylindroïde de Panimal, et un peu plus bas, du côté droit, on distingue une autre tache de même nature, mais de forme différente, qui ressemble assez à la marque qu'aurait pu produire la présence d'une patte foliacée analogue à celle d'un Branchiopode. Dans un autre échantillon, on remarque sur une fracture longitudinale deux taches de même couleur, mais étroites et allongées, qui semblent correspondre à deux anneaux distincts du thorax, et qui pourraient bien être des sections de marques analogues à celles vues de face dans l'échantillon précédent.

« M. de Castelnau considère ces taches comme des empreintes de pattes branchiales. Vos Commissaires ne croient pas pouvoir se prononcer à cet égard; mais ils reconnaissent que ces marques ont effectivement la position et à peu près la forme que devraient avoir les empreintes que produiraient les pattes foliacées des Trilobites dans l'hypothèse de Panalogie de structure entre ces fossiles et les Apus de la période actuelle, analogie qui, nous le répétons, avait déjà été admise par lun de vos Commissaires. Les observations de M. de Castelnau, bien qu’elles ne nous semblent pas suflisantes pour trancher la question, tendent par conséquent à confirmer cette manière de voir, et offrent de l'intérêt pour l’histoire des Trilobites.

« La Zoologie profitera aussi d'un autre fait constaté par M. de Castelnau. Un géologue américain, M. Dekay, avait établi, sous le nom de Bilobite, un genre nouveau d'après un corps fossile qu'il considérait comme appartenant à la famille des Trilobites. Or, notre voyageur s’est assuré que ce prétendu crustacé n’est autre chose que le moule de la coquille de quelque mollusque, probablement d’un Cardium où dun Spirifer.

« Nous ajouterons encore que M. de Castelnau a décrit sommairement plusieurs Trilobites, mollusques et polypiers nouveaux où mal connus, et qu'il a préparé

ainsi des matériaux dont on pourra tirer parti pour l'histoire de la faune du grand système magnésifère de PAmérique du nord.

« Ainsi que l’indique le titre même de son Mémoire, M. de Castelnau pense que ce système doit être une dépendance du systéme silurien, décrit récemment par M. Murchison; cependant, à cause de la position de ses couches, relativement à celle des autres formations américaines, et à cause de la forme généralement trèscompliquée de ses fossiles, Pauteur croit qu'il doit être considéré comme formant l'étage supérieur du système silurien, et qu'il serait peut-être mieux encore de le considérer comme constituant une formation particulière qui viendrait se placer entre celui-ci et le système carbonifère. C’est la place assignée récemment en Europe au système dévonien.

« Vos Commissaires ont vu, dans les fossiles rapportés par M. de Castelnau, la preuve évidente que son système magnésifère appartient aux terrains paléozoïques, à ceux qu'on nomme depuis longtemps terrains de transition ; quant à l'étage de ces terrains auquel on devra le rapporter, ils pensent que les données manquent encore pour se décider complétement, et qu'il sera prudent d'attendre, pour l’intercaler dans la série des formations dont la Grande-Bretagne a fourni les types, les résultats du voyage que l’un des géologues les plus distingués de l'Angleterre, M. Lyell, vient d'exécuter sur les grands lacs de l'Amérique.

« Les bassins de ces grands lacs, loin d’être placés au hasard sur le continent américain, sont placés, ainsi que nous l'avons vu ci-dessus, près de la ligne de jonction des roches primitives en couches redressées, et du grand système magnésifère en couches le plus souvent horizontales ; position analogue à celle d’une partie de la mer Baltique et des grands lacs de la Russie et de la Suëde, sur les confins des roches primitives et siluriennes.

« On savait déjà que les bords des grands lacs américains présentent, comme ceux de la mer Baltique, les traces les plus évidentes d'un grand phénomène erratique venu de la région du nord. Ces traces s'étendent même sur une partie considérable du territoire des États-Unis, car le groupe des blocs erratiques $y trouve représenté presque partout. Des blocs énormes, tantôt primitifs, et le plus souvent de roches de transition, se voient dans presque toutes les régions de ce continent : les masses sont généralement anguleuses; beaucoup doivent peser de 1000 à 1500 kilogrammes, et quelques-uns ont jusqu'à 5 mètres sur chaque face. Sur les bords du lac Supérieur M. de Castelnau a trouvé en blocs erratiques un poudingue quarzeux blanc à noyaux rouges, qui vient de la contrée au nord des lacs. Sur les es Manitoulines, où le docteur Bigsby avait déjà signalé ce phénomène, on trouve un grand nombre de blocs erratiques de roches cristallines venant aussi de la région prinutive du nord, telles que granites, diorites, amygdaloïdes, etc. M. de Castelnau y a particulièrement observé un granite rougeâtre très-quarzeux et très-micacé, contenant des cristaux d’albite blancs parfaitement caractérisés par une multitude de zones

alternatives, miroitant dans deux plans différents. 1 provient de la partie nord-est des côtes du lac Supérieur. De pareils blocs sont aussi répandus dans une grande partie du Bas-Canada, comme avaient déjà constaté les recherches de plusieurs géologues. M. de Castelnau a de même vérifié les observations des géologues américains, tels que MM. Hitchkock, Jackson, et plusieurs autres, qui avaient constaté la dissémination de pareils blocs dans les contrées situées plus au sud; il en a vu d'énormes aux environs des villages de Wippenay et d'Hoboken, dans le Connecticut, sur l’île Longue, dans le New-Jersey, etc. La direction générale du transport paraît toujours avoir été du nord au sud.

« Indépendamment des blocs, le nombre des cailloux roulés de moindre dimension est aussi fort considérable, et dans certaines parties, M. de Castelnau a vu des milliers d’acres rendus impropres à la culture par les amas de ces fragments erratiques. Il en cite particulièrement d’immenses dépôts entre Columbus et Augusta, dans la Géorgie.

« D’après les observations bien connues de MM. Jackson, Hitchkock et de plusieurs autres géologues américains, le phénomène des surfaces polies et striées existe aussi dans toute la partie septentrionale des États-Unis, ainsi que dans le Canada. IL est à regretter que M. de Castelnau wait pas été conduit à diriger sur cet objet important une attention plus spéciale ; mais , en revanche, ce voyageur a suivi le grand dépôt erratique dans la partie occidentale des États-Unis. Dans cette région, il a vu les blocs erratiques de roches primitives diminuer de grosseur en s'avançant de la région des grands lacs vers l'extrémité occidentale des Alleghanys; mais il les a rencontrés jusque dans Alabama, où ils ne sont plus très-gros, quoique encore reconnaissables. Îl paraît que cest là leur limite méridionale, car il a remarqué qu'on n’en trouve plus aucun vestige dans l’intérieur de la Floride. On peut même voyager pendant des Journées et des semaines entières, dans ce dernier pays, sans y rencontrer un seul caillou.

« Le comté de Léon, dit M. de Castelnau, dans son essai sur la Floride du nuülieu”, est le plus riche et plus peuplé de toute la Floride. Son sol est généralement formé d’une argile rouge très-ferrugineuse, qui, dans les États du sud, dénote constamment /es De terres à coton. Cette couche, qui varie en profondeur de 7 à 65 mètres, est placée au-dessus du calcaire; elle forme ici l'extrémité sud d’une bande très-étendue, qui commence dans le New-Jersey et s'étend à travers les Carolines et la Géorgie, en suivant toujours le versant oriental des Alleghanys. Peutêtre serait-ce ici le lieu de remarquer que cette bande de limon fertile occupe, par rapport au grand dépôt erratique du nord de PAmérique, une position analogue à

1 Voyez, dans les Comptes rendus des séances de l'Académie, t. XV, p. 1045, séance du 5 décembre 1842, le Rapport lu à l'Académie sur ce travail par M. Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire.

xi] celle qu'occupe, par rapport au dépôt erratique scandinave, la zone de terres limoneuses fertiles qui traverse l’Europe, de la Picardie à l'Ukraine.’

« On pourrait peut-être voir encore un trait de ressemblance entre les terrains erratiques du nord de lAmérique et du nord de l'Europe, dans les dépôts sablonneux qu’on observe sur les bords des grands lacs américains. M. de Castelnau à, en effet, rencontré d'immenses dépôts de sable blanc et très-pur qui, dans certaines parties, forment des monticules et des dunes ayant de 32 à 80 mètres de hauteur. Il cite particulièrement ceux qui forment une grande partie de la côte occidentale du Michigan, sur le lac du même nom, et entre autres celui qui est connu sous le nom de Ours endormi (s/eeping Bear), par allusion à sa forme. Telles sont encore, sur le même lac, les îles du Castor et du Manitou. Nous ne devons cependant pas omettre de rappeler que M. Schoolcraft regarde ces dépôts de sable comme de simples dunes entassées par le vent. Ils semblent néanmoins avoir quelques connexions avec les blocs erratiques, à l'extrémité orientale du lac Huron, où l'établissement anglais de Palequantachine, au bord de la baïe de Glocester, est situé sur des collines de sable et au milieu des blocs erratiques; cette question reste donc à éclaireir.

« Quoi qu'il en soit, on peut remarquer que si la situation des grands lacs américains vers les limites des roches cristallines et sédimentaires, rappelle celles de la mer Baltique et des grands lacs de la Russie et de la Suède, la direction si remarquable de ces derniers lacs trouve des termes de comparaison dans certains traits de la configuration des premiers. Le lac Huron, comme la baie d'Hudson, s’allonge en pointe vers le sud, et le lac Michigan est dirigé presque du nord au sud, avec une légère déviation vers le S.-0. Cette dernière direction est d'autant plus remarquable qu’elle est prolongée par les vastes prairies des Illinois, qui vont rejoindre POhio et le Mississipi près de leurs confluents. Leur immense étendue est entièrement formée d’un sol alluvial et profond, recouvrant des calcaires magnésifères. Une section dans ces prairies nous a présenté, dit auteur, la coupe suivante :

Sol végétal de couleur noire . . . . . 07,45 Arsiledjaunes 0 lie Sable noire SC CC OS 0 Argile d’un bleu obscur. : . . . . . 3 ,20

On rencontre au-dessous le calcaire magnésien rempli de crevasses et de fissures, dans lesquelles s'infiltre Pargile supérieure.

« Leur surface privée d'arbres, mais présentant une végétation de graminées qui se distingue par son uniformité, est un des traits physiques les plus remarquables que nous offrent les parties centrales de PAmérique du nord. Luniformité du sol

1 Voyez le Rapport sur le Mémoire de M. Durocher, Comptes rendus des séances de l’Académie, tom. XIV, page 98.

xii] west relevée que par la présence, dans quelques endroits, de blocs erratiques nombreux appartenant aux roches primitives.

« L'origine énigmatique de ces prairies se rattache, dans les idées de l'auteur, à des faits qui établissent entre ces contrées et le nord de l'Europe un nouveau genre de rapprochements non moins digne d'attention que ceux signalés ci-dessus.

« I na été impossible, dit M. de Castelnau, de parcourir cette région sans éprouver la conviction qu’elle a dû, à une époque quelconque, avoir été recouverte par les eaux; en un mot, qu’elle a été le bassin d'un lac infiniment plus considérable que ceux encore si étendus qui existent dans les mêmes contrées. En s’approchant du Mississipi, les preuves de ce phénomène deviennent, ajoute-t-il, encore plus frappantes. À une ancienne époque, a déjà dit un voyageur célèbre (M. School- « craft), il y eut quelque obstacle au cours du Mississipi, près du grand tower, qui « produisit une stagnation des eaux et les porta à une élévation d'environ 40 mètres « au-dessus de leur ligne ordinaire. ” Il est en effet certain, d’après M. de Castelnau, que partout où les roches présentent, dans cette partie du Mississipi, un front abrupte sur le fleuve, elles laissent voir, à une trentaine de mètres d’élévation, une série de lignes d’eau parallèles et ‘horizontales ou allant légèrement en s'inclinant vers le nord.

« Ces anciennes lignes de niveau marqueraient, suivant l'auteur, la rive occidentale de Pancien et immense lac dont nous avons parlé, et la hauteur des lignes audessus du niveau actuel montrerait la profondeur des eaux qui en baïgnaient la base.

« La profondeur successivement de moins en moins grande de ces mêmes eaux aurait laissé des traces analogues sur les bords des lacs actuels. La partie S. E. de Pextrémité du lac Michigan a offert, en effet, à M. de Castelnau, une série de plages soulevées, analogues à celles des rivages du N.-0. de l'Europe, mais beaucoup plus nombreuses. Ces plages sont placées en amphithéâtre, les unes au-dessus des autres, et l'auteur en a compté, dans certains endroits, jusqu'à guarante-deux ainsi disposées.

« Nous ajouterons que des faits analogues avaient déjà été signalés sur les rives des grands lacs américains.

« Un voyageur plein de sagacité (Mackensie ) a remarqué, dit Playler, que les « bords du lac Supérieur présentent des traces de la diminution de ses eaux, et « qu'on peut y observer des marques de leur ancien niveau à 2 mètres au-dessus . de leur niveau actuel. Dans des lacs moins étendus, cet abaissement est encore « plus visible." ?

« M. Lyell ajoute que, d’après les observations du capitaine Bayfield, il existe, sur les bords du lac Supérieur, aussi bien que sur ceux des autres lacs du Canada,

1. Mackensie’s Voyages, p- 34 et 42, cité dans Paifair’s Illustrations of the huttonian theory, p. 360.

des traces qui conduisent à inférer que les eaux y ont occupé, à une époque antérieure, un niveau beaucoup plus élevé que celui auquel elles se tiennent aujourd’hui. À une distance assez considérable des rivages actuels, on observe des lignes de cailloux roulés et de coquilles s'élevant lune au-dessus de Pautre comme les gradins d’un amphithéâtre. Ces anciennes lignes de galets sont exactement semblables à celles que présente aujourd’hui le rivage, dans la plupart des baies, et elles atteignent souvent une hauteur de 12 ou 15 mètres au-dessus du niveau actuel. Comme les vents les plus violents n’élèvent pas les eaux de plus de À mètre à 1°,50, ces rivages élevés doivent être attribués, suivant M. Lyell, soit à l’abaissement du lac à des époques anciennes , par suite de la dégradation deses barrières, soit à l’élévation de ses rivages par l'effet des tremblements de terre, comme il en existe des exemples sur les côtes du Chili.

« C'est à une hypothèse de ce dernier genre, mais formulée en termes précis, que s'arrête M. de Castelnau. Suivant lui, le lac Supérieur aurait autrefois versé ses eaux dans le lac Michigan, qui lui-même aboutissait à un immense bassin, indiqué, sur la carte jointe à son Mémoire, sous le nom de grand lac silurien. Ce grand lac aurait jeté son trop-plein dans la mer mexicaine, qui, à cette époque, devait couvrir toute la partie occupée par les formations tertiaires et d’alluvion de la partie méridionale des États-Unis. Puis serait survenu un événement qui arrêta le passage des eaux dans l'endroit qui forme aujourd'hui lextrémité sud du lac Michigan. Cet événement aurait été le soulèvement de l'espace occupé par le grand lac silurien, et connu aujourd'hui sous le nom d'État des inois.

« Dans mon hypothèse, dit l'auteur, le soulèvement des [linois aurait été autrefois beaucoup plus considérable qu'il ne lest aujourd’hui, et il ne serait pas même impossible que labaissement progressif de cette partie du sol américain se continue de nos Jours.

« Vos Commissaires ne croient pas devoir émettre d'opinion sur cette hypothèse, qui, maloré ce qu’elle a de plausible par son accord avec les faits observés, aurait peut-être besoin d’être appuyée sur des observations encore plus nombreuses. Îls ont cru cependant devoir la citer, parce qu’elle leur paraît ingénieuse et propre à fixer l'attention sur un ordre de faits curieux, dont linvestigation ne pourra que contribuer à jeter du jour sur l'origine du continent américain.

« En résumé, le Mémoire de M. de Castelnau a offert à vos Commissaires un grand nombre de faits qui étendent ou éclaircissent les observations déjà publiées par les géologues anglais et américains. Ce voyageur a, en outre, contribué à nous faire mieux connaître la géologie des vastes contrées qu'il a parcourues, par les collections nombreuses qu'il a recueillies dans des localités dont plusieurs sont peu

1 Lyells, Principles of Geology, t. 1, p. 427.

accessibles et rarement visitées. Nous avons en conséquence Fhonneur de proposer à l'Académie de le remercier de sa communication et de lengager à continmüer avec la même activité, le même soin d'investigation, de semblables recherches dans les voyages qu'il pourrait se trouver encore dans le cas d'entreprendre.”

Les conclusions de ce rapport ont été adoptées.

De toutes les parties des sciences naturelles, la géologie est celle qui exige le plus impérieusement des études comparatives, faites en des régions diverses du globe, et qui, sous ce rapport, doit particulièrement fixer attention du voyageur; car si dans la plupart des autres branches de ces sciences un fait peut être partout bien étudié, dans celle-ci, au contraire, pour asseoir son histoire sur des bases solides, il faut lavoir observé sur des points éloignés les uns des autres, et dans lesquels il se présentera souvent sous des aspects très-différents. Ce sont ces réflexions qui m’enhardissent à soumettre aujourd’hui à linstitut quelques observations recueillies , pendant près de cinq années de voyages dans l'Amérique septentrionale.

L'Europe, et quelques régions seulement encore de cette partie du monde, ont été jusqu'ici soumises à des investigations suivies sous le point de vue géologique; dans le reste du globe nous ne trouvons que quelques points clair-semés qui aient été observés avec plus ou moins de soin, et qui sont répandus à de si grandes distances sur la surface du globe, qu'ils semblent être des oasis dans le désert.

Cependant, s’il est important de recueillir les animaux et les plantes qui existent de nos jours dans des climats lointains, ne lest-il pas aussi de réunir de tous les points ceux qui les habitèrent dans les âges passés, d'autant plus que la zoologie et la botanique sont aujourd’hui assises sur des bases assez solides pour que lon soit à peu près certain que des objets nouveaux n'auront d'intérêt qu'en augmentant le catalogue des êtres, tandis que la géologie, science d'hier, bien que les siècles ne forment que des espaces imperceptibles dans ses sublimes archives antédiluviennes , la géologie, dis-je, n’est encore, malgré de nombreux et beaux travaux, qu'une science incomplète, basée sur une collection encore bien peu nombreuse de faits bien constatés.

Quoique mon intention ne soit ici que d'étudier le système silurien, cependant j'ai pensé qu'il était utile, pour parvenir à ce but, d'indiquer rapidement la géographie des autres formations, telles qu’elles se rencontrent dans FAmérique du nord.

Le Groure ps gLocs erramiQuEs de M. de la Bèche se trouve représenté presque partout; des blocs immenses, tantôt primitifs et plus souvent secondaires, se voient dans presque toutes les régions du continent : les masses sont généralement carrées, beaucoup doivent peser de deux à trois mille livres, et quelques-uns ont jusqu’à cinq mètres sur chaque face”. L’on en voit d'énormes dans le New-Jersey, aux environs des villages de Wippenay et d'Hobaken, dans le Connecticut, sur l’île longue, etc.; leur direction générale m'a toujours semblé être du nord au sud.

Le nombre des cailloux roulés est aussi fort considérable, et, dans certaines parties, je vis des milliers d’acres rendus impropres à la culture par les amas de ces fragments erratiques ; J'en citerai particulièrement d'immenses dépôts entre Columbus et Augusta, dans la Géorgie ; il en est de même des îles Manitoulines, qui en sont entièrement recouvertes, ainsi qu'une grande partie du Bas-Canada; mais ici ils semblent ne couvrir que la surface du sol.

Dans l’intérieur de la Floride lon n’en trouve aucun vestige, et lon peut'voyager pendant des jours et même des semaines sans rencontrer un seul caillou. I faut aussi mentionner ici les immenses dépôts de sable blanc et très-pur qui, dans certaines parties, forment des monticules et des dunes de cent à deux cent cinquante pieds de haut : Je citerai notamment ceux qui forment une grande partie de la côte occidentale du Michigan, sur le lac du même nom, et celui qui est connu sous le nom de lOurs endormi (s/eeping Bear), par allusion à sa forme, qui rappelle un peu et de loin la forme d’un gigantesque ours blane couché (voir une figure de ce banc dans mes Vues et Souvenirs de l'Amérique du nord). Telles sont encore les îles du Castor et du Manitou sur le même lac.

La FormaTIon TERTIAIRE ou supercrétacée de M. de la Bèche a été étudiée par le géologue américain Conrad, qui la divise en trois groupes :

1° Le tertiaire supérieur (upper tertiary), dans lequel la plupart des fossiles sont analogues aux espèces vivantes dans les mers des environs. Ce groupe est lié au suivant dans le Maryland, la Virginie et la Caroline du nord, et je crois que lon doit aussi y rapporter une grande partie de la Floride du milieu : maïs ici les fossiles sont généralement passés à l’état de silice.

Cette formation correspond probablement au nouveau Pliocène de M. Lyell.

2. Le tertiaire moyen (medial tertiary); formation étendue de sable et d'argile contenant des coquilles en abondance: sur cent soixante-dix espèces, M. Conrad en a reconnu vingt-trois comme identiques avec celles qui habitent de nos jours le golfe du Mexique ou PAtlantique. Cette formation s'étend le long de la côte, depuis le

1 Je dois aussi mentionner ici le bloc granitique du comté d’Halifax (Nouvelle-Écosse) qui est semblable au rocher d'Harpasa dont parle Pline, « lorsqu'on le touchait avec le doigt, il remuait, mais aucune force ne pouvait le déplacer.” Le bloc dont nous parlons a vingt pieds de long, quatorze de large et neuf d'épaisseur, et doit peser plus de soixante tonneaux; son centre forme un pivot qui s'appuie sur un autre bloc, et un enfant peut, au moyen d’une baguette, lui donner une forte impulsion.

New-Jersey jusqu’à la rivière de Santée, dans la Caroline du sud : ce groupe semble se rapporter à l’ancien Pliocène de M.-Lyell.

5.” Le tertiaire inférieur (lower tertiary), que lon rencontre principalement en Alabama, en Floride, en Géorgie et au fort Washington sur le Potomac. Parmi les espèces semblables à celles de PEurope, M. Conrad cite les suivantes : Cardita planicosta, Corbis lamellosa, Cytherea erycinoides, Bulimus terebellatus, Pyrula tricarinata, Solarium patulum, etc.

Ce groupe correspond à la formation Éocène. L'on voit que, suivant M. Conrad, le Miocène de M. Lyell manquerait jusqu'ici à la Géologie américaine.

J'ai oublié de dire que M. Conrad a cru reconnaître le groupe post-tertiaire (post tertiary) de M. Lyell sur le Saint-Laurent et le lac Champlain, et que ces formations y offrent des fossiles presque entièrement identiques avec ceux du même groupe de l'Écosse, du Danemarck, de la Norwége et de la Suède ; il ajoute que, parmi elles, il en existe au plus un pour cent d’espèces inconnues à l'état vivant.

Le SysrèmE cRÉTACÉ couvre un espace considérable, et son étude est particulièrement due à MM. Morton et Vanuxem : ce dernier le divise en trois groupes :

Le supérieur est composé d’un calcaire crayeux, et semble former un passage entre les dépôts tertiaires et secondaires. Les espèces que lon y rencontre sont inconnues à l’état vivant; mais tous les genres, à l'exception de celui de Plagiostome, y ont des représentants; cette formation est surtout intéressante, en ce qu’elle contient le Basilausaure de Harlan (Zenglodon, Owen). Ce système est très-répandu en Alabama et en Floride, et se montre aussi en Géorgie et dans la Caroline du sud.

Le moyen occupe une portion de la formation du grès vert du sud du New- Jersey, et a été retrouvé à Wilmington, dans la Caroline du nord, par M. Conrad : il est formé d’une marne grisâtre alternant avec un calcaire d'apparence oolitique : l’on y trouve beaucoup de fossiles de la division inférieure avec d’autres qui lui sont propres.

La formation inférieure s'étend sur le New-Jersey, le Delaware, le Maryland, la Caroline du sud et la Géorgie. Dans les premiers de ces États il se présente sous l'apparence du grès vert; mais dans les autres il passe le plus souvent à un calcaire grossier, tout en conservant le même caractère de fossiles : on y trouve des baculites, des hamites, des criocératites, des scaphites, etc.

M. Conrad donne la liste suivante de fossiles comme identiques avec des espèces européennes : Pecten quinquecostatus, Ostrea vesicularis, Ostrea falcata (O. larva, Nilsson), Gryphæa vomer (Ostrea lateralis, Nilsson), Trigonia aliformis (T. thoracica, Morton); jy ajouterai le Belemnites mucronatus; et pour les vertébrés : Le Mesasaurus, le Galeus pristodontus, le Lamna acuminata et le Lamna Mantell, tous de la craie.

Le Sysrème oozrrique a longtemps été considéré comme manquant à l'Amérique septentrionale ; mais dans ces derniers temps son existence a été annoncée par

M. Conrad, qui l’a rencontré dans l'État de Ohio; il est particulièrement caractérisé par la Trigonia costata, et Von commence à y trouver des ammonites.”

Le groupe du Nouveau Grès ROUGE a été particulièrement étudié par le professeur Hitchcock : il existe dans le Massachusetts, le Connecticut et le New-Jersey ; il contient des restes de poissons et des empreintes singulières, considérées par ce savant comme des empreintes de pattes d'oiseaux. L'on n’a pas observé de sources ni de couches salifères dans cette formation en Amérique. Les poissons fossiles nombreux dans ce groupe, ont été étudiés avec soin par M. Redfield, de New-York; il y a trouvé plusieurs espèces de Palæoniscus, de Catopterus, etc.

Le SysTÈme cARBONFÈRE se présente dans de très-nombreuses localités : à la montagne de Catskill, en Pensylvanie, dans l'Ohio, PIndiana, les Illinois, sur le haut Missouri, dans le Kentucky, le Ténessée, etc.

M. Conrad cite parmi les fossiles de ce groupe les espèces suivantes comme identiques avec celles de PEurope : Delthyris trigonalis, duplicicosta, cuspidata, Productus punctatus, scabriculus, scoticus, hemisphæricus et sulcatus ; Goniatites Henslowi, minuta et V Amplexus coralloides.

J'ai trouvé dans les calcaires du lac Huron le Productus antiquatus de Sowerby, qui passe pour être propre au terrain carbonifere : des restes de végétaux abondent dans ce groupe.

Le SysrÈmE Du vieux GRÈS ROUGE ou dévonien, a été reconnu sur plusieurs points du lac Huron, à la rivière Sainte-Marie du lac supérieur et sur ce lac lui-même; dans lendroit appelé les roches peintes (pictured rocks), il forme des falaises de trois cents pieds de haut; à Granitpoint il s'étend sur d'immenses masses primitives; il existe aussi dans les États de New-York et de Pensylvanie. On y a trouvé les restes de l’Æoloptychus nobilissimus, V Avicula pectinoides, la Terebra nexilis, Atrypa decussata, desquamata et squamosa.

Dans le nord de l'État de New-York cette formation est très-étendue, et particulièrement caractérisée par des corps que les géologues américains rapportent au Règne végétal sous le nom de Fucoides et que nous avons rapprochés des Crinoides.

Cette formation est souvent composée de couches arénacées, associées à des bandes de calcaires, et se présente aussi quelquefois sous la forme de grès micacé. Elle semble être représentée dans le Ténessée par un immense dépôt de grès de couleur grise qui forme des côtes et des montagnes, et qui wa pas Jusqu'à présent offert de fossiles.

Vient actuellement le SYSTÈME sLuRIEN, qui doit former ici l'objet spécial de notre étude.

1 Je n’ai jamais, quant à moi, vu d’ammonites dans l'Amérique du nord. M. Sheppard en cite dans le calcaire magnésien des Illinois (4m. Journ. of science, t. 34, p. 140), et le D. Bigsby dit que M. Delañeld en a trouvé à l'ile Drummond. J'ai eu occasion de voir ces derniers, et de m’assurer que ce sont des Evomphales (E. Verneuillei), et je ne doute pas qu’il n’en soit de même de ceux de M. Sheppard.

Ce groupe, qui porte dans les ouvrages de plusieurs géologues, et particulièrement dans ceux de M. de la Bèche, le nom de Grauwacke, et auquel M. d'Aubuisson a donné celui de Traumate, doit la dénomination sous laquelle nous le désignons ici au savant géologue anglais, M. Murchison, qui le lui imposa en souvenir de l’ancien royaume des Silures, qui couvrait en Angleterre une grande partie de la région qui se rapporte à cette formation. Cest particulièrement aux recherches du géologiste que nous venons de citer et à celles de M. le professeur Sedgwick que lon doit la connaissance de ce groupe, qui, dans beaucoup d'ouvrages, se trouve encore désigné sous le nom de roches de transition. \

M. Buckland, dans son bel ouvrage faisant partie des Traités de Bridgewater, a inclus dans ce groupe, à l'exemple de plusieurs géologistes du continent, le vieux grès rouge et la formation houillère, qui certes, en sont bien rapprochés, et qui, dans bien des cas, présentent des passages de l’un à l'autre tels, qu’il est bien difficile de les distinguer. Tous ces groupes qui, lorsqu'on les établit, semblent offrir des caractères bien tranchés, se lient bientôt au moyen de nouvelles découvertes; car ici, pas plus qu'ailleurs, la nature n’a procédé par des sauts brusques, et des temps d’arrêts : partout, au contraire, l’on reconnaît une marche suivie qui, commençant au jour de la création, se continuera, sans doute, jusqu'à celui de la dissolution de la matière. Quoi qu'il en soit, nous restreignons ici ce groupe à son étendue la plus ordinaire, c’est-à-dire aux strates sédimentaires placées au-dessous du vieux grès rouge, il reste ainsi encore réuni au Système cambrien des Anglais, qui est principalement caractérisé par l'absence presque totale de débris organiques : du reste ce groupe aurait besoin, pour être adopté, d’une étude approfondie qui, bien probablement, le ferait définitivement considérer comme létage inférieur du système qui nous occupe.

Parcourons actuellement les divisions qui ont été proposées dans ce groupe.

M. Murchison divise le Système silurien en quatre groupes, qui se partagent en roches siluriennes supérieures et en inférieures : dans les premières nous avons, 1. la formation de Ludlow, qui a environ deux mille pieds d'épaisseur et contient des débris d'animaux vertébrés que l’on ne rencontre pas dans les divisions inférieures ; ils se rapportent à la classe des poissons : ce sont des dents, des mâchoires, des écailles, des coprolites, etc. Les autres corps organisés, sont principalement des trilobites, des leptenes, des avicules, des orthis, des térébratules, des bellerophons, des orthocératites, des trochus, des coraux, des serpules, quelques végétaux, etc. Cette formation se subdivise elle-même de la manière suivante : 1.” le Zudlow supérieur, formé principalement d’un grès micacé gris ; le calcaire d’Aymestry, composé d’un calcaire argileux, et le Ludlow inférieur, qui se présente sous l'aspect d’une argile schisteuse avec des concrétions calcaires.

2° Formation de MWenlock d'environ dix-huit cents pieds d'épaisseur, très-riche en fossiles, mais ne présentant pas de débris de vertébrés: on y trouve beaucoup de mollusques, tels que des evomphales, des atrypa, des productus, etc.; plusieurs

trilobites et des caténipores. M. Murchison partage cette formation en calcaire de W'enlock, qui est concrétionné, et en argile de Wenlock, formé d’un schiste argileux.

Viennent ensuite les roches siluriennes inférieures, qui se partagent également en deux :

3. Formation de Caradoc d'environ deux mille cinq cents pieds d'épaisseur, et formée de grès de diverses couleurs et de lits de calcaire coquillier : lon y trouve des trilobites, des mollusques et principalement des brachiopodes, des crinoïdes, des coraux, etc.

4. Formation de Llandeilo, composée de schistes calcaires obscurs, quelquefois un peu micacés, et ayant à peu près douze pieds d'épaisseur : on y trouve de grands érilobites, des orthocératites, des productus, des spirifers et aussi des mollusques appartenant à des genres encore existants, tels que des turritelles, des nautiles, des turbos, des buccins, etc. Ce fait est très-remarquable, et tendrait à faire douter de la place que ces roches doivent occuper dans la série des âges.

M. Conrad, dans son dernier rapport géologique au gouverneur de l'État de New- York (1841), a essayé de rapporter les formations siluriennes de cet État à celles établies par M. Murchison; mais en suivant les mêmes bases, il a été amené à former vingt-six groupes; en procédant de même sur la surface entière du globe, le nombre de ces subdivisions atteindrait plusieurs milliers, et je doute que la science y gagnerait dans la même proportion. Voici, du reste, sa classification : les numéros d'ordre partent des terrains les plus anciens :

1. Séries siluriennes supérieures, contenant six groupes et correspondant au calcaire d'Aymestry : 26, groupe d'Oneonta ; 25, groupe de Cazenovia ; 24, calcaire de T'ully ; 25, groupe de Sherburne; 22, schistes près d Apulica; À, ardoises noires.

Il cite comme fossiles caractéristiques les crustacés des genres Gryphæa et Dipleura.

2. Séries moyennes; comprenant onze groupes, dont les n.” 16, 17, 18 correspondraient aux roches inférieures du Ludlow ; les n.° 12, 15, 14, 15 au calcaire de Wenlock, et le 10.° au schiste du même nom. Les éléments de cette série sont : 20, calcaire d'Onondaga ; 19, calcaire cornifere; 18, grit slate (Eaton); 17, gres à fucoïdes ; 16, grès d'Oriskany ; 15, grès à crinoides ; A4, calcaire et ardoïses ; 15, calcaire à Pentamerus galeatus; 12, calcaire hydraulique; M, schistes gypseux; 10, schistes de Rochester.

Les genres de fossiles caractéristiques de cette formation sont en crustacés : Odontocéphalus, Acidapsis, Acanthotoma, Platynotus, Eurypterus; en crinoïdes : 4strocrinites, Lepocrinites, Cariocrinites , et en testacés : Phragmoceras.

5." Séries inférieures, dont les trois premiers numéros se rapporteraient au grès de Caradoc, de même que les cinq derniers; 9, calcaire du Pentamerus oblongus’ ;

; à LR À ae 1 Je ne crois pas que le vrai Pentamerus oblongus se trouve en Amérique, ce doit être celui que j'ai nommé Pentamerus Beaumont.

8, fer et ardoises vertes ; T, grès rouge; 6, schistes de la riviere des Saumons; 5, calcaire de Trenton; À, Breche; 3, calcaire à Spar; 2, grès calcifere ; À, gres de Potsdam.

Fossiles caractéristiques : en crustacés : Triarthrus, Isoletus, Ceraunus, Cryptolithus, Iænus; en testacés : Orthostoma, Cyrtolites, Phragmolites, Lyrodesma.

Le groupe silurien couvre une étendue considérable des deux continents, mais jusqu'ici il semble être relégué, au moins en Europe et dans PAmérique septentrionale, vers les parties froides ou au plus tempérées. Il couvre une grande partie du sud de l'Écosse, d’où il s'étend par louest de PAngleterre jusqu’en Bretagne et en Normandie; il est très-répandu dans la Norwége, en Suède et surtout en Russie; il abonde en Irlande, et on le retrouve dans les Ardennes, le Taunus et PEifel, au nord de Magdebourg, et dans les montagnes du Hartz, et il semble très-développé dans l'Amérique méridionale; mais sa formation la plus étendue est sans contredit celle qu'il nous présente dans l'Amérique du nord, où il occupe au moins trentesix degrés de longitude sur plus de dix de latitude. Effectivement, il couvre la plus grande partie de l'État de New-York et des États voisins, une partie de la Pensylvanie, la presque-totalité de l'Ohio, de lIndiana, des Hinois, du Michigan, du Ouisconsin, s'étendant vers l’ouest jusque vers les montagnes rocheuses, et au sud, le long du Mississipi jusqu’au Ténessée, tandis qu’au nord il forme la rive sud des lacs Winnepeg et supérieur’, et couvre presque en entier celui de Huron; suivant ensuite le Saint-Laurent, il s'étend sur une grande partie du Canada. On doit aussi lui rapporter d'immenses zones, alternant avec le terrain primitif dans cette région, plus vaste que l'Europe, qui s'étend depuis le Canada jusqu’à la mer polaire, et qui est gouvernée par la Compagnie anglaise des fourrures; enfin, toute la partie centrale de la Nouvelle Écosse lui appartient encore.

Des divers points sur lesquels jai pu observer moi-même cette immense formation, celui sur lequel je désire actuellement porter lattention du lecteur, est la région des grands lacs supérieurs (wpper lacs), qui embrasse FOuisconsin, le Michigan et les Illinois.

Le lac Huron est, ainsi qu'on le sait, divisé transversalement et vers sa partie septentrionale, par une chaîne d’iles formant un arc d'environ quarante-cinq lieues de long, dont la corde serait de près de trente-trois; ce petit archipel a reçu le nom de Manitoulines : il se compose principalement de Pile Drummond, de la petite et de la grande Manitouline, et de l’île du Manitou, auxquels il faut ajouter une infinité de petites îles et d’ilots.

Drummond, qui est la plus occidentale, a environ sept lieues de long sur un peu plus de deux de large. C’était autrefois le centre de PAutorité anglaise dans ces

1 Il est à remarquer que la plupart des grands lacs de ces régions semblent s'être formés au point de Jonction des formations primitives et de transition.

régions écartées, et ils y avaient construit un fort dont on ne voit plus que les ruines; car il fut incendié par les Indiens Ottowas, aussitôt après la cession qu'ils firent de cette île aux États-Unis, par suite du traité de paix de 1815. Le sol en est stérile, couvert d'arbres verts, et dans beaucoup d’endroits inondé. L'on y trouve de grandes masses d’un calcaire d’une blancheur remarquable, et en s’avançant dans Pintérieur, l’on rencontre beaucoup de blocs primitifs.

À l’ouest de cette île se présente l'entrée de la rivière Sainte-Marie, qui forme la seule communication possible avec le lac supérieur; en remontant cette rivière, l’on trouve, au nord de Drummond, l'ile Saint-Joseph ou Thessalon, qui peut avoir vingt lieues de circonférence : elle est de forme un peu triangulaire et bien boisée; sa surface est traversée par une chaîne de collines de quatre à cinq cents pieds de haut. Les Anglais avaient autrefois établi, sur la pointe sud, un petit fort aujourd’hui adorer Pile est entièrement déserte: la longitude de ce point est, suivant les observations des officiers anglais, de 84”, et la Rd de 46° 18/.

Sur la rive canadienne, l’on voit presque partout d'immenses roches s'enfoncer sous l’eau en forme de mamelons arrondis; elles sont couvertes de petits cèdres; lon arrive ensuite au lac de la Boue, qui est formé au sud par un groupe d’iles, et se trouve barré au nord par la Pointe aux herbes; puis lon passe le long du Sazlor's encampment, et Von distingue l'ile du Sucre, nommée ainsi en souvenir des érables qui la couvrent; bientôt l’on entre dans le détroit de Sainte-Marie, et l’on parvient aux chutes où les Américains ont construit le fort Brady. (Voir mes Vues et Souvenirs de PAmérique du nord.)

Si, revenant au lac Huron, nous longeons sa rive septentrionale, nous la trouverons presque entièrement formée de roches primitives; puis, nous transportant au fond de Pangle oriental de la baïe que forme la ligne des Manitoulines, nous arriverons à l'établissement de Pelequantachine (long. 79° 35’, lat. 44° 57°), où les Anglais se sont retirés après l'abandon de Pile Drummond: il est situé sur des collines de sable et au milieu de blocs erratiques, sur la baïe de Glocester.

À la rivière Sainte-Claire, par laquelle le lac Huron se lie au lac Érié, lon ne trouve qu'un sol alluvial très-riche; le courant a en ce point une rapidité d'environ deux tiers de lieue à lheure, à l'exception de l'entrée, où il est d'environ une lieue et demie.

La partie septentrionale du Michigan est généralement formée de calcaire magnésien; mais cette région est basse, humide, couverte de lacs et d’étangs, autour desquels se presse une végétation d'arbres verts rabougris.

Les petits groupes d'îles du Tonnerre et du Milieu, situés vers la baie de Saganau, sont basses, boisées et formées de calcaire magnésien.

Arrivant actuellement à l'angle sud-ouest du lac Huron, nous y trouvons un petit groupe d’iles qui forment l'entrée du lac Michigan; il est composé de trois îlots, dont le plus grand est celui de Bois-blanc, qui est bas, allongé et bien boisé; Pile

Ronde vient ensuite comme position, et son nom indique sa forme; enfin, nous trouvons Pile de Michilimakinac ou de Makinau, qui me semble devoir mériter, d’une manière particulière, Pattention du géologiste : elle est située à quatorze lieues à l’ouest de Drummond; sa forme est ovale et allongée, et sa circonférence d'environ trois lieues : sa surface est élevée, très-inégale, profondément déchirée, couverte de forêts de cèdres et d’érables, offrant beaucoup de parties marécageuses ; elle est formée d’un calcaire blanc très-poreux, rempli de cavités, et ayant souvent l'apparence d’une éponge; beaucoup de blocs ont laspect le plus singulier, étant entièrement couverts de cavités demi-sphériques, placées les unes à côté des autres; mais on trouve plus souvent des morceaux entièrement formés de loges ou de cellules, se coupant à angle droit, et dont les parois sont garnies de cristaux de carbonate de chaux; dans d'autres Pon aperçoit une infinité d’impressions triangulaires, qui semblent, au premier abord, avoir contenu des corps organisés, mais qui, selon moi, ne doivent leur forme qu'à une révolution qu'a éprouvée l’ensemble de cette formation, qui paraît avoir été minée par une action dissolvante et cristallisée de nouveau. Au fond du lac, à une grande distance de File et à des profondeurs tresconsidérables, Pon trouve des blocs énormes de ce calcaire spongieux, et la grande limpidité des eaux de ces parages permet souvent de les apercevoir.

Ainsi que nous l’avons déjà dit, le sol de cette île a éprouvé de violentes révolutions ; il semble avoir été soulevé à une hauteur de cent cinquante à deux cents pieds, puis labouré par laction des eaux, qui n’ont laissé subsister que quelques pics de forme très-remarquable, tels que la roche appelée le Pain de sucre, et dont on trouvera la figure dans mes Vues et Souvenirs de l'Amérique du nord. Cest une roche très-élevée, coupée à pic; tantôt les lignes de stratification sont verticales, tantôt elles sont inclinées ou bien deviennent horizontales; telle encore est la Roche arquée , sorte de pont naturel fort remarquable, et dont on peut voir aussi la figure dans louvrage précité.

Dans cette formation je n’ai jamais trouvé de fossiles quelconques, tandis que les calcaires des autres îles en abondent ; j'ai quelquefois pensé que lon devait la rapporter au système cambrien.

Pénétrant dans le lac Michigan, nous trouvons, sur la côte orientale, qui est la côte occidentale de l'État de ce nom, des dunes de sable que J'ai représentées dans mon ouvrage (voir la fig. du banc de sable dit l’ours endormi, s/eeping bear). Les îles du Castor et du Manitou présentent des formations semblables. La rive occidentale du lac, formant le territoire du Ouisconsin, offre au contraire la continuation du grand système magnésien avec ses fossiles caractéristiques. On peut particulièrement létudier dans la grande baie Verte, soit près de Pétablissement

1 M. Schoolcraft, qui habitait cette ile lorsque j’y fus, me dit y avoir trouvé des débris de Trilobites, mais ne put me dire si c'était dans des blocs erratiques ou sur place.

de ce nom, soit à la baïe des Esturgeons, soit enfin à la rivière des Ménoménies : cette formation s'étend ensuite vers le sud, couvre presque en entier le Ouisconsin et les Illinois, puis remonte vers le Michigan.

Dans beaucoup d’endroits Pon trouve la non carbonifère, qui m’a toujours paru supérieure au calcaire magnésien, qui, ainsi que nous avons déjà vu, se prolonge aussi au sud, le long du Mise | jusqu’à l'État de Ténessée.

Cette formation de calcaire magnésien s'étend à une énorme distance vers l’ouest, couvrant le haut Mississipi et le Missouri supérieur, ainsi que toute la région métallifère, où M. Nicollet la observée (Association des géologues américains, avril 1842). Il la décrit comme renfermant des 7rzlobites et des Caténipores ; la roche qui la sépare de la formation houillère serait caractérisée par la présence du Pentamerus oblongus (probablement mon P. Beaumonti); il ajoute que lon y trouve les vertèbres d’un squale et celles d’un crocodile inédit, ainsi que les débris d'un animal qu'on peut, suivant M. Harlan, rapporter à l’ordre des Enalio-sauriens de Conybeare, et qui ont paru faire partie du squelette du Saurocephalus lancifornus (Harlan). En jetant les yeux sur une carte de PAmérique du nord et en y cherchant les points que nous venons d'indiquer, on se convaincra de l’immense étendue de cette formation du calcaire magnésien, que nous proposons d'appeler système Huronien, pour des raisons que nous développerons bientôt. Effectivement, elle s'étend depuis environ le 86° jusqu'aux montagnes rocheuses, et probablement beaucoup plus à Pouest.

Étudions actuellement avec plus de détails cette formation : tout le monde sait que les grands lacs du Canada forment une série qui s'étend de l'ouest à lest, en présentant dans cette direction une chaîne de vastes nappes d’eau, dont la hauteur va constamment en décroissant, et qu'il en est de même de leur étendue”. Le lac

1 J'ai pensé que les détails suivants sur les grands lacs aideraïent à faire comprendre mes idées sur leur

formation.

Noms des lacs. Longueur. Largeur. Surface en milles carrées. Supérieur. . . . « - + + « . . 400. . . . .. 100060 80..... oo os 0 0 © PAIE Michigan. 0.0 220: 000 0 nn TON N: EE. 0880222000! RON 00 00 00 Soorol NA do do Go 640 be os svace .... 20,000. Grande baie Verte. . . . . . 100........... RAD ES elo dre de ... 2,000. on OP D ci CERE RS TT col Otaur Die 9,600.

(nie opte 5 oo 266.0 180863 5 0 0090 800 Bb 0 5 0 © 0 à 00 00 à 0 6,300. Saint Clair: LA MES SEEN? DRE EE Cr TANES SN 6. ere ES 360.

90,060 Moyenne de la profondeur. Hauteur au-dessus de la surface de la mer Atl. SUPÉTIEUDE. EN. JO CT 596.

MEN Lolo 06600 où0/ù DD © o oo o 0 040 578.

Hurontiule COMANU à LAANS OIO OO CE 578.

Saint Claice ee RC CR DOC NES RER 570.

ÉREESST TEL: MENT BANANE ENT RS GE (Dinéiate 161 57 0000 oMR 5 HOD SENS. 2 ENREREETS A 232.

Ainsi les lacs contiennent plus de quatorze mille milles cubes d’eau, ce qui forme probablement plus de la moitié de la masse d’eau douce répandue sur la surface du globe.

Michigan seul fait une exception à cette règle, sa direction étant presque du nord au sud, avec une légère déviation vers l’ouest, ce qui est à peu près la ligne que nous présentent les chaînes des montagnes de PAmérique du nord et la plupart de ses rivières. Au sud de la pointe méridionale du lac dont nous venons de parler, sétendent les vastes prairies des Illinois, qui vont rejoindre lOhio d’une part et le Mississipi de l’autre. L'origine et la formation de ces prairies a été jusqu'ici une énigme; leur immense étendue, entièrement formée dun sol alluvial et profond, recouvrant des calcaires magnésiens ‘; leur surface privée d'arbres’, mais offrant une végétation de graminées frappante par son uniformité, est un des caractères physiques les plus remarquables que nous présentent les parties centrales de PAmérique du nord. L'uniformité du sol n’est relevée que par la présence, dans quelques endroits, de blocs erratiques nombreux et appartenant aux roches primitives.

Il m'a été impossible de parcourir cette région sans éprouver la conviction qu’elle .a dù, à une époque quelconque, avoir été recouverte par les eaux, et avoir formé le bassin d’un lac infiniment plus considérable que ceux déjà si étendus qui existent encore dans les mêmes contrées. En s’approchant du Mississipi, les preuves de ce phénomène deviennent encore plus frappantes : 4 À une ancienne époque, dit le « célèbre voyageur Schoolcraft, il y eut quelque obstacle au cours du Mississipi « près de Grandtower, qui produisit une stagnation des eaux et les porta à une « élévation d’environ cent trente pieds au-dessus de leur ligne ordinaire. ” IL est certain que partout où les roches présentent, dans cette partie du Mississipi, un front abrupte sur le fleuve, elles laissent voir, à une centaine de pieds d’élévation, une série de lignes d’eau parallèles ou allant légèrement en sinclinant vers le nord.

Si, actuellement, nous portons nos regards sur la formation géologique des parties septentrionales et occidentales du lac Huron, nous verrons qu’elles présentent généralement le caractère d’une vaste formation silurienne, mais avec des caractères particuliers, qui, ainsi que Je lai déjà dit, m’engagent à proposer, pour ces couches, le nom de formation huronienne : sous le rapport minéralogique, elle est généralement composée de calcaire magnésien, ayant souvent l'apparence de grès; et sous le point de vue géologique, elle se distingue par ses fossiles, qui, pour la plupart, constituent des groupes très-remarquables : tels sont, entre autres, les actinoceras, de Stokes (conotubulaires, de Troost), sortes d’orthocératites à orga-

1 Une section dans les prairies nous a présenté :

Sol végétal de couleur noire. . . . . . . . . .. 1 pied }. Argile jaune et sablonneuse . . . . . . . . . .. 4 — SABIEMMOIT RE I Re Argile d’un bleu obscur . . . . . . .. D 0 ol 256

Au-dessous, le calcaire magnésien rempli de crevasses et de fissures dans lesquelles s’infiltre largile

supérieure.

12 k nisation très-compliquée; les Juronia, du premier de ces naturalistes, et qu’il rapporte aux zoophytes, mais qui me semblent être mieux placés dans le voisinage des corps que nous venons de mentionner: [à aussi abondent les singuliers polypiers du genre Catenipora; mais les Trilobites y paraissent au contraire très-rares, tandis qu'ils pullulent dans la plupart des autres formations siluriennes de PAmérique du nord, à Trenton et à Schoharie, par exemple. Ces couches, que l’on commence à trouver dans les îles de la rivière Sainte-Marie du lac supérieur, s'étendent sur la chaîne des Manitoulines, couvrent le Michigan, le Ouisconsin, les Illinois, et se prolongent à l’ouest jusqu'aux montagnes rocheuses, et au sud Jusqu'au Ténessée.

Je vais actuellement exposer ma théorie sur les changements géologiques que cette région me semble avoir éprouvés, et je proposerai de donner à l’ensemble de ces phénomènes le nom de Soulevement des Ilinous.

Dans mon hypothèse le lac supérieur déversait autrefois ses eaux dans celui de Michigan, qui lui-même aboutissait à un immense bassin, indiqué sur ma carte sous le nom de grand lac Silurien, et dont le trop plein se Jetait probablement dans la mer mexicaine, qui, à cette époque, devait couvrir toute la partie occupée par les formations tertiaires et d’alluvion; mais un événement survint qui arrêta le passage des eaux dans l'endroit qui forme aujourd’hui Pextrémité sud du lac Michigan : cet événement fut le soulèvement de espace occupé par le grand lac Silurien, et connu ajourd’hui sous le nom d'État des Illinois. Ce soulèvement me semble facile à prouver par la succession de plages soulevées que présente la partie sud-est de lextrémité du lac Michigan; ces plages sont disposées en amphithéâtre, les unes au-dessus des autres; et J'en ai compté, dans certains points, jusqu’à quarante-deux ainsi disposées.

Les lignes d’eau placées à une grande élévation sur les collines du Mississipi, et dont nous avons parlé, seraient aussi expliquées; car ces roches formaient probablement la rive occidentale du lac, et la hauteur des lignes au-dessus du niveau actuel, montrerait la profondeur des eaux qui baignaiïent leur base. Voyons actuellement quel fut le résultat naturel de ce soulèvement. Les eaux du lac supérieur cherchèrent pendant quelque temps à suivre leur cours accoutumé vers le sud ; mais leur passage étant obstrué, elles s’étendirent partout où elles le purent, et formèrent la baie Verte; alors, ne trouvant pas d’'issue, elles durent s’accumuler à une élévation considérable, et déposèrent probablement ces immenses amas de sable que l'on remarque en tant d’endroits sur la côte du Michigan et qui forment souvent des dunes de plus de cent pieds d’élévation : puis les eaux revinrent sur elles-mêmes, déchirèrent l'ile de Makinau, telle que nous la voyons, se creusèrent un passage vers Pest ét s'étendirent dans le lit du lac Huron; ici, elles furent encore arrêtées, et cherchèrent successivement à passer par la baie de Glocester et par celle de Saganau, enfin, elles réussirent à se creuser un passage par les rivières Saint-Clair et du Détroit, et s’étendirent dans le bassin qui forme aujourd’hui le lac Érié. Ici, arrêtées

de nouveau, elles se creusèrent avec une force incroyable une route à travers les roches gigantesques qui forment aujourd'hui les rives escarpées de la rivière de Niagara, se précipiterent du haut des rocs en formant la célèbre cataracte de ce nom, et s’'étendirent tranquillement dans le bassin du lac Ontario, jusqu’au moment où, encore une fois trop resserrées dans ce lit, elles cherchèrent enfin une issue vers la mer par le Saint-Laurent. Il est aisé de s'assurer de l'étendue du pays qui fut inondé par les eaux avant leur écoulement, par inspection des roches qui les entourent, et particulièrement par celles qui forment la partie nord-ouest de l'État de New-York, et qui, généralement, appartiennent au système dévonien : là, dans cent endroits, lon voit les lignes concentriques formées par les courants : ce fait est surtout remarquable à Rochester, à Médina, etc.

Dans mon hypothèse le soulèvement des Illinois aurait été autrefois beaucoup plus considérable qu'il ne Pest aujourd'hui, et il ne serait pas même impossible que labaissement progressif ne se continuât de nos Jours. Il est très-probable aussi que la masse énorme d’eau formant le grand lac Silurien, ainsi soulevée, dût s'étendre à de grandes distances et couvrir tout le centre de cette partie du continent.

Quant à l'époque géologique à laquelle appartient notre système huronien, nous croyons, tant à cause de la position respective de ses couches, qu'a cause de la forme généralement très-compliquée de ses fossiles, qu'il doit être considéré comme formant l'étage supérieur du silurien , ou peut-être même serait-il mieux de le considérer comme constituant une formation particulière qui viendrait se placer entre celui-ci et le carbonifère. Quant à l’époque réelle à laquelle eut lieu cette grande révolution, on concoit qu'il est très-dificile de la déterminer ; car elle est certainement très-ancienne et bien antérieure aux âges historiques : on pourrait seulement s’en former une idée, s'il était possible d'établir approximativement lépoque à laquelle s’est formée la chute du Niagara. MM. Bakewell, Hall, Fairholme, Forsyth, Conybeare, Lyell, de la Bèche, et beaucoup d’autres se sont occupés de ce sujet : le premier cherche à établir que ce grand phénomène eut lieu il y a un peu moins de dix mille ans (Londons magazin of Nat. history, n. 12); mais tous ces savants ont pris pour base de leurs théories un point qui ne me semble pas encore bien établi : Pusure des roches qui forment la cascade par le mouvement des eaux et par conséquent sa rétrocession vers le lac Érié.

Nous allons passer à la description des fossiles que nous avons rencontrés dans les formations siluriennes de l'Amérique du nord, en y ajoutant les espèces répandues dans les collections ou citées dans les ouvrages; nous aurions pu augmenter de beau-

coup leur nombre, mais il nous semble que cet avantage eût été plus que contrebalancé par l'incertitude des localités et des formations. Les trilobites seulement ayant été Vobjet de Fétude particulière des naturalistes américains, et ayant nous-même déposé au Muséum d'histoire naturelle une collection complète des moules des espèces existant dans les collections de ce pays, nous avons pensé qu'un catalogue de toutes

les espèces trouvées jusqu'ici dans ces régions aurait quelque intérêt sans présenter les mêmes inconvénients.

Le nombre total des espèces de fossiles décrits ou mentionnés ici se monte à cent quatre-vingt-sept espèces, dont cinquante appartiennent à la classe des crustacés ; vingt-six aux mollusques univalves et trente-neuf aux conchifères. Les polypiers sont au nombre de quarante-sept; les crinoïdes, de dix-huit; sept enfin ne présentent que des débris et appartiennent à des classes incertaines et probablement en partie à celle des poissons.

Dans ce nombre deux espèces de crustacés, le calymene Blumenbachii et V'asaphus caudatus, ont été indiquées comme identiques dans les deux continents, mais le premier a été reconnu par M. Conrad comme devant former une espèce distincte, et le second m'a aussi semblé différer notablement de celui d'Europe.

Parmi les univalves aucun ne se retrouve en Europe, si ce n’est le Bellerophon striatus, encore est-il un peu différent. Dans les bivalves la proportion est beaucoup plus forte; car les espèces suivantes ont paru identiques : Orthis parva, Michelin? Flabellulum, Panderi, Terebratula mesogona, Stricklandii, imbricata, prisca, Produëtus antiquatus; mais il est possible que ce dernier appartienne aux terrains carbonifères.

Pour les polypiers le nombre d’espèces identiques semble être encore plus considérable ; mais l’on sait combien il est difficile de distinguer dans cette classe les espèces voisines les unes des autres, surtout lorsqu'elles sont à létat fossile, et par conséquent sans leurs animaux, et presque toujours en fragments incomplets. Quoi qu'il en soit, les espèces que je crois avoir reconnues, sont au nombre de douze : Lithodendron irregulare, Gorgonia ripisteria, Eschara scapellum, Strombodes pentagonus, Calamopora basaltica, Gothlandica, inflata et fibrosa, Cyathophyllum hexagonum, Ceratites, Columnaria sulcata et Astrea mamillaris.

L'on voit combien était fausse l’ancienne théorie, qui établissait à priort que, dans les formations anciennes, les espèces étaient partout les mêmes. Il y a certainement des rapports très-grands entre les fossiles siluriens de lAmérique septentrionale et ceux de la Suède, et surtout de la Russie; cependant la proportion d'espèces identiques ne semble pas excéder une sur huit.

Sous le rapport de la division générique, nous trouvons que les fossiles que nous énumérons ici offrent les résultats suivants : ils se répartissent en quarante-cimq genres, dont quatorze offrent encore des espèces vivantes, et trente et un semblent avoir disparu de la surface du globe ; mais il faudrait probablement ne pas compter

comme siluriens trois des genres de mollusques, et alors nous aurions encore onze genres existants, trente et un éteints, ou un peu plus dun tiers. Nous présentons

ici la liste de ces genres, en faisant précéder d’un astérisque ceux qui sont éteints :

Crustacés. Suite des Mollusques. Suite des Polypiers. * Calymene. Turritella. * Columnaria.

* Homalonotus. Trochus. * Cyathophyllum.

*Arcturus. *Spirifer. Lithodendron.

*Asaphus. Terebratula. Gorgonia.

*Productus. *Axi :

Mollusques. s Fe, PR HE Pentamerus. Astrea.

Re ; Orthis. 3 Syringopora.

e à Atrypa. Strombodes.

Huronia.

: * Leptæna. Eschara.

Cyrtoceras. ne * Orthoceras. TR PEER Encrinites.

Ron 0 Venus?

Sidemina. FE RE | LINE, Perna? , DE Nelimenia. É * Caryocrinites.

, £ Cardium. z :

Tentaculites. Pentremites.

*Evomphalus. Polypiers. * Cyathocrinites.

*Bellerophon.

Pentacrinites.

Pileopsis. *Catenipora. * Apiocrinites.

* Goniatites. * Calamopora. * Crinosoma.

Page 1