CHAPITRE XLIX
ROJAS. — COMEDIES DE CAPE ET D EPEE ET DE FIGU- Rv^N. — LE MAITRE VALET. — D. LUCAS DEL CIGAR- RAL. — OUVRIR LES YEUX, ETC.
Nous avons dit que Rojas, dans le genre comique, n'était pas beaucoup inférieur à Moreto. Une de ses meilleures pièces est celle du Maître et Fa^ef, assez généralement désignée sous un second titre dont la forme sentencieuse a beaucoup pliis de grâce et de portée en espagnol qu'en français : Où commence t injure finit la jaloitsie. C'est le premier type d'une idée que, depuis, on a souvent reproduite sur la scène. Un jeune homme, avant d'épouser une personne qu'on lui destine mais qu'il ne connaît pas et dont il croit avoir quelques motifs de suspecter les sentiments, veut étudier à loisir son caractère et ses dispositions. Il a recours pour cela à un artifice dont l'extrême inconvenance est aussi bien déguisée que possible, dans le drame de Rojas, par les incidents qui l'ont précédé. Changeant avec son valet de nom et de qualité, il l'introduit à sa place dans la famille
de sa fiancée où il raccompagne lui-même pour le surveiller et tout voir sans être remarqué. Il est facile de comprendre ce que peuvent amener de situations comiques la lourde et prétentieuse sottise du valet prenant goût peu à peu à un rôle qu'il n'a d'abord accepté qu'avec répugnance, l'impatience et la colère du maître obligé de supporter silencieusement des balourdises qui menacent à chaque instant de faire échouer son projet et assez mal reçu parfois lorsque, ne pouvant plus se contenir, il essaye d'y mettre fin, l'étonnement du beau-père en présence du gendre étrange qu'il croit avoir choisi, le désespoir de la jeune fille qui, épouvantée du sort auquel on la destine en la livrant à un tel époux, ne peut d'ailleurs se défendre de l'impression que produisent sur son cœur la figure, la bonne grâce, l'esprit et la bTavoure du prétendu valet. Les scènes les plus divertissantes, peut-être, sont celles où le valet véritable, insulté et provoqué par un rival qui le prend pour son maître, commence à s'apercevoir ^ue le déguisement dont on l'a afi'ublé a bien aussi quelques inconvénients et s'épuise, pour y échapper, 6ïi stratagèmes burlesques ; lorsqu'enfin il ne sait plus comment cacher sa poltronnerie, ce n'est pas contre l'offenseur qu'il fait éclater son ressentiment, tout au contraire, il s'emporte contre le beau-père futur qui, surpris de le trouver si patient, essaye, en ^rai gentilhomme, de l'exciter à venger son honneur. Une pareille situation est digne de Molière, et il y ^ûtàpeinc porté plus de naturel et de comique. Ces diverses scènes, pleines d'esprit, d'enjouement- et se
liant à une intrigue intéressante et bien conduite quoiqu'un peu trop compliquée, font de cette comédie une des plus agréables du théâtre espagnol.
Imitée, ou plutôt traduite librement par Scarron sous le titre de Jodelet maître valet, elle obtint en France, dans les premières années du rëgne de ^^ Louis XIV, un succès prodigieux dont la platitude et ^:^\
la grossièreté de cette imitation reportent néces ^
sairement tout l'honneur sur ce qu'il y avait de neutï^ ^/ et de piquant dans la conception de Rojas. Ce succèi^ .^s peut d'ailleurs s'expliquer par l'imperfection du»^ u goût de l'époque, que Corneille commençait seule— .^^ ment à épurer, mais il est plus difficile de rnnrrrni gj] qu'il se soit soutenu à toutes les reprises successiv
de cette œuvre informe et que Préville se soit fa ^\{ applaudir encore dans le rôle de Jodelet.
L'idée première de la charmante comédie du Jf=^ n de Vamour et du hasard a probablement été puisiM«e aussi dans l'ouvrage de Rojas, si non directemei~Z3t, (on n'étudiait plus guère en France les poètes esp^^aignols du temps de Marivaux,) au moins à travers la mauvaise copie de Scarron. Mais le génie particulSH-er des deux écrivains a tiré, de combinaisons presq ^ue seinblables, un parti bien différent. Là où le po^^te castillan a trouvé les éléments d'une comédie franc! gaie et ingénieuse, Marivaux a trouvé la matii d'une étude métaphysique dans laquelle les mystè: du cœur et de la vanité sont dévoilés avec une si tilité et une finesse charmantes.
Un autre drame de Rojas qui, dans un genre "«^ peu différent, n'est peut-être pas inférieur au pri^^