‹ Essai sur le théatre espagnol (volume 2)Chapitre 44 sur 64 · FRÈRE NICOLAS · texte numérisé non relu

FRÈRE NICOLAS

» Il n'a pu entrer par la porte, je l'avais fermée.

LUCIFER

» Aucune porte n'est fermée pour la puissance > divine. C'est elle qui, sans que je pusse m'y refu- » ser, m'a amené ici d'un pays tellement éloigné que » le soleil lui-même ignore son existence ou dé- » daigne de le visiter.

LE PÈRE GARDIEN

» Votre nom ?

LUCIFER

» Je m'appelle frère obéissant forcé. On me noiii- » msiitia,dis chérubin.

FRÈRE ANTOLIN (le gracioso).

» C'est sans doute un Basque.

LE PÈRE GARDIEN

» Mon père, dites- moi ce qui vous amène. Vos pa- » rôles, le prodige de votre entrée dans ce couvent, * malgré la clôture des portes, nous remplissent de » trouble et d'inquiétude. Je crains quelque piège de » notre grand ennemi.

» Ne craignez rien. C'est par Tordre de Dieu que » je viens, c'est lui qui m'a chargé de vous repro- » cher votre peu de foi. Les soldats enrôlés sous la » bannière du grand lieutenant du Christ doivent- » ils abandonner aussi lâchement la place qu'il leur • » a confiée ? Il n'y a pas encore deux jours que Ten- » nemi vous tient assiégés, et déjà votre force, » votre espérance se sont évanouies? Ceux qui » devraient résister comme des rocs aux attaques de

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>. l'impiété, en qui la moindre hésitation serait déjà » coupable, reculent ainsi à la simple menace du » danger ? Sachant que Dieu a promis à notre père > que le nécessaire ne manquerait jamais à ses » enfants, ils ont pu se rendre coupables au point de » douter de Taccomplissement d'une promesse di- » TÎnel (A pari). Est-il bien possible que ce soit moi » qui parle ainsi ! Je me sens tout brûlant de co- » lèrel (HaiU). Croyez qu'alors même que, dans » l'univers entier, les êtres raisonnables fermeraient, » sans exception, leur cœur à la pitié, les anges y vous apporteraient la nourriture qui vous a été » promise, le démon lui-même s'en chargerait au » besoin.

LE FRÈRE ANTOLIN.

» Il parle avec tant de chaleur que la flamme sort » par ses yeux.

LE PÈRE GARDIEN

» Mon père, je vois bien que vous êtes un envoyé » de Dieu, je le reconnais à l'empire que vos pa- ■> rôles exercent sur nous. Je sens que, maintenant, » j'expirerais de faim mille fois plutôt que d'aban- » donner la maison de mon père saint François.

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