CHAPITRE LXIII
caSizarës
• D. Josef de Gafiîzares; le dernier poëte de l'ancien théâtre espagnol, était né^n 1676, presque au commencement du règne de Charles II, sous lequel, tout jeune encore, il publia déjà quelques ouvrages, mais, comme Zamora, il appartient surtout â l'époque de Philippe V, et sa vie dépassa même de quelques années le long règne de ce prince puisqu'il ne mourut qu'en 1750. La carrière des lettres ne l'absorba pas tout entier : il suivit aussi la profession militaire et fut même capitaine de cuirassiers.
Cafiizares, semblable en beaucoup de points à Zamora, lui est d'ailleurs fort supérieur. Sa fécondité, son habileté à ourdir les trames d'un drame à la fois intéressant et compliqué, le talent avec lequel il conçoit et dessine les caractères ridicules, l'abondance d'accidents comiques, de plaisanteries piquantes et ingénieuses dont il remplit ses composi-
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tions, la vivacité dé ses dialogues, la facilité élégante et souvent le naturel de sa versification, tout indique que, venu dans un temps plus heureux, il eut pris place, sinon tout à fait à côté de Lope et de Calderon, au moins parmi leurs premiers émules. Mais, à l'époque où il parut, le mauvais goût avait acquis un ascendant auquel les esprits les mieux doués étaient eux-mêmes hors d'état de se soustraire. Caôizares n'a pas échappé à cette influence. C'est elle qui lui a dicté ce grand nombre de comédies historiques, ou héroïques, ou religieuses, dans lesquelles les faits les plus absurdement invraisemblables et les sentiments les plus faux, les plus exagéi'és, les plus étranges, sont entassé» avec un appareil et un fracas dignes de nos mélodrames ; c'est elle qui, même dans le genre où il a le mieux réussi, dans ses comédies de Figurorty laisse trop souvent apercevoir, à des signes non équivoques, que le temps de la. véritable poésie, de l'esprit fin et délicat, du tact sûr et exquis, est irrévocablement passé.
Un autre trait qui caractérise tout à la fois Cafiizares et son époque, c'est que, chez lui, on commence déjà à sentir Taction de la littérature française, non pas encore à beaucoup, près directe, systématique et volontairement acceptée, mais se faisant jour par des expressions et des nuances insensibles, peut-être, aux yeux des contemporains, évidentes ' pour ceux qui, à la distance où nous sommes aujoud'hui de cette époque, comparent ces productions à celles de Lope, de Calderon,de Moreto, de Tirso, do Solis, si purement, si exclusivement
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castillanes, tant par le tour de la pensée que par Texpression.