ASCAGNE
» Vous avez raison.
GONSALVE
» L'entretien des prisonniers blessés pendant une » aussi longue guerre s'élève à un million et demi. > J'ai employé deux autres millions à faire dire des » messes pour que Dieu nous donnât bonne chance, » car sans le secours de Dieu, rien n'est possible. ')8^ Trois millions en prières pour les morts.
D.FABRICE
> Pour les morts ?
GONSALVE
» Sans doute : ceux qui mourent à la guerre n'ont- » ils pas subi sur cette terre, dans un pénible métier,
» un purgatoire assez rigoureux pour mériter qu'on i ne les laisse pas dans l'autre f
ASGAGNE.
» C'est vrai.
D. FABRICE
» Mais, seigneur, votre compte monte déjà si haut » que c'est le roi qui se trouve vous devoir une forte » somme.
GONSALVE
» Ce n'est pas tout, ajoutez cent millions...
D. FABRICE
» Comment?
GONSALVE (86 levant et renversant la table et les registres).
> Pour la patience que j'ai eu, d'endurer que le » roi fit demander des comptes à un homme qui » peut se glorifier d'avoir poussé le désîntéresse- » ment jusqu'à vendre ses meubles, son argenterie, » son patrimoine même pour fournir aux besoins des » troupes, abandonnées sans récompense, sans solde » et sans vivres. »
Cette scène est une variante assez piquante du fameux mot de Scipion montant au Capitole.