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318 fiSSAl SUR LE THÉÂTRE ESPAGNOL
simplicité un peu gauche, cette lenteur d'intelligence qui, dans les hommes doués d'une force physique extraordinaire, s'allient assez habituellement à la générosité et à la bravoure.
Une scène fprt originale et qui explique le titre de la pièce, c'est celle où le grand capitaine se trouve, à son inexprimable indignation, appelé à rendre compte devant une commission composée de ses ennemis personnels des sommes qu'il a reçues pour la conquête du royaume de Naples. Les commissaires, un peu embarrassés eux-mêmes de leur rôle, veulent s'excuser auprès du héros. Il les presse brusquement d'aller au fait.
D. FABRICE
« Je vous obéis.
GONSALVE
» Prenez garde, je suis peu patient.
D. FABRICE
» On vous a envoyé cent trente mille ducats en » lettres de changes tirées sur Valladolid.
GONSALVE
» Cela est vrai. -
D. FABRICE
» Le capitaine Requena vous a porté huit mille » piastres, je me trompe, c'est quatre-vingt mille.
GONSALVE
> Soit, huit mille ou quatre-vingt mille, c'est tout > un pour le bon payeur. Continuez.
p. FABRICE.
» La Calabre vous a fourni trois millions onze » mille écus en contributions et autres revenus.
ESSAI SUR LB THEATRE ESPA'aNÛL 319
GONSALVE
» Vive Dieu I Cela devient bien long. Ne peut-on » savoir la somme totale ?
D. FABRICE
» Si, Soigneur. En voici la récapitulation.
GONSALVE
» Voyons-la donc !
D. Ï'ABRICE,
» Vous avez reçu treize millions d'écus.
GONSALVE
» Quoi, pas davantage? Mais c'est une misère. » Grâce à moi, l'entretien de nos troupes à coûté » bien plus cher que cela à l'ennemi. Donnez-moi » ce registre... J'ai aussi mes papiers... Écrivez... » Mémoire de ce que j'ai dépensé pour des conquêtes » qui me coûtent tant de sang, de veilles et de » soucis.
D.FABRICE
» J'y suis. Votre Excellence peut continuer.
GONSALVE
» Deux millions en espions.
D. FABRICE
» Autant que cela ? . -
GONSALVE
» Et c'est peu ! Faute d'espions, on perd les occa- » sions les plus favorables. Il faut les bien payer si » l'on veut qu'ils nous reviennent, car si oe ne sont » pas eux qui donnent la victoire, au moins ils » ouvi*ent la voie qui y conduit.
D. FABRICE
» J'ai écrit. -
GONSALVE
» Cent mille ducats en poudre et en balles.
D. FABRICE
. » Vous avez dû, avec cette somme, en acheter » beaucoup.
GONSALVE
» Apprenez que nous nous servions de celles même » que nous lançait Tennemi, autrement tous les tré- » sors du roi n'auraient pas suffi à notre consomma- » tion... Mettez .encore dix mille ducats pour des » gants parfumés.
D. FABRICE
» Parleîc- vous sérieusement?
GONSALVE
» Écrivez ce que je vous dis. Après une mêlée où » vingt-sept mille hommes étaient restés morts sur » le champ de bataille et nous vivants et vainqueurs, » n'était-il donc pas raisonnable de fournir à nos » pauvres soldats ces gants parfumés pour les pré- » server de la contagion du mauvais air exhalé par » tant de cadavres ? Ne pouvant leur donner à man- » ger, ne leur devais-je pas au moins cette satisfac- » tion? Monsieur le commissaire, vous n'avez jamais » senti la chair morte.
D.FABRICE
» Non, seigneur.
GONSALVE
» On le voit bien. Continuez. Cent soixante-dix » mille ducats pour mettre les cloches en état.
ASGAGNE (autre commissaire).
» Voilà quelque chose de nouveau.
GONSALVE
» On ayait si souvent à fêter une victoire et les sa-v » cristains les mettaient en branle avec tant d'em- » pressement qu'elles ont fini par se briser. Il a^allu » renouveler les anciennes et même en ajouter de » nouvelles... Pour enivrer les troupes un jour de » combat, un demi-million en eau-de-vie.
D. FABRICE
> Étrange précaution !
GONSAtVE.
» Dites précaution sage. Comment voudriez-vous » que des hommes ordinaires, (je ne parle pas des » nobles, qui obéissent à Thonneur,) allassent boire » la mort à face découverte, uniquement parce qu'un » autre homme le leur ordonne, s'ils n'étaient pas » ivres? Croyez- vous qu'ils le fissent de sens » rassis ?