‹ Essai sur le théatre espagnol (volume 2)Chapitre 8 sur 64 · II · texte numérisé non relu

II

LE R or là part).

» Le mal appris ne sait pas qui entre chez lui et » il reste assis. Peut s'en faut que je ne le jette à » bas de son siège, mais il conyient de dissimuler » et de lui laisser ignorer qui je suis pour qu'en- » suite son châtiment exemplaire serve de leçon à » tous ces tyrans. (Haut,) Je prie Votre Seigneurie » de me donner sa maii; à baiser.

D. TELLO

» Couvrez-vous.

LE ROL

» C'est ce que j'allais faire, jamais je ne parlerai » découvert à qui me parle assis.

D. TELLO

» Holà I un tabouret.

y> Encore!... soiti

D. TELLO

» Je n'ai que deux fauteuils, l'un pour mon épouse » bien-aimée, (montrant Dona Maria) l'autre p(mr y> moi. N'en soyez pas blessé. C'est tout au plus si » les hommes de ma qualité offrent iQur fauteuil au » roi.

LE ROL

.» Je vois que c'est une marque de votregrandeur, » je me contente de ce qui m'appartient.

D. TELLO

» Quoique votre aspect dise assez que vous êtes » gentilhomme, puis-je savoir quel rang vous occu- » péz dans la noblesse ?

LE ROI

> Mon nom est Aguilera, je suis de la Montagne.

D. TELLO

» Je connais votre nom. Il y a eu des Aguilera » écuyers dans ma maison. Et quel est l'objet de » votre voyage ?

LE ROI

» Je suis la cour pour un procès.

D. TELLO

» Comment, lorsqu'on peut recourir à l'épée pour » se faire justice, va-t-on dépenser son argent en » procès !

» J'obéis à la loi... Le roi est en ce moment à » Madrid.

D. TELLO

» Il a amené, pour nous édifier sans doute, sa » chère Padilla...

LE ROI (se levant).

» Son épouse, et votre reine... Quiconque parlera » de lui autrement qu'avec le respect qui lui est dû, > mon épée...

D. TELLO

» Bien, très bien, je vois que le bon Aguilera est » un sujet dévoué à son roi.

LE ROI

» Je m'en fais gloire.

D. TELLO

» Asseyez-vous, bon Aguilera. Ainsi donc, le roi » est à Madrid ?

LEROI

» Si VOUS voulez le voir, il est temps d'y aller.

D. TELLO

» Si le roi pense que je puis lui être de quelque » utilité, ma maison est prête à le recevoir, les » rois qui ont bien voulu s'y arrêter y ont toujours » été accueillis comme des parents. Je me souviens » que, plus d'une fois, cet appartement même a reçu » le grand Alphonse... Celui-là était un roi, mais » on dirait que son fils n'a d'autre pensée que de » flétrir son glorieux héritage.

LE ROI

» Encore une fois, songez que vous parlez du roi » D. Pèdre, qu'il est votre souverain, et ne le fût-il » pas, qu'il est peu patient, que s'il savait ce que » vous dites de lui il vous aurait bientôt fait taire. y> (Il se lève d'un air irrité, un valet effrayé appelle » du secours,)

D. TELLO

» Silence, crois-tu que si je voulais châtier sa » hardiesse, je ne suffirais pas pour cela ?

LEROI

> Je ne sais.

D.TELLO

» Allons, son intention était bonne, c'est son zële » pour son roi qui l'a emporté, qu'on ne lui fasse » pas de mal.

LE ROL

» Je suis un sujet fidèle ; \ive Dieu.

D.TELLO

» Il n'est pas besoin de jurer.

LE ROL

» Soit.

D.DÊLLO.

» Vous aimez beaucoup le roi.

LE ROI

» C'est un devoir.

D.TELLO

» Asseyez-vous, brave Aguilera.

LE ROI

» Pardonnez cet emportement au zèle d'un sujet » dévoué de cœur à son souverain.

D.TELLO

» Et moi aussi, je suis sujet du roi, et ma maison » s'est toujours fait honneur de ne le céder à aucune » autre en loyal dévouement. C'est pour cela que ce » que vous venez de faire ne m'a pas déplu. Donnez- » moi la main.

LE ROI

» Un noble doit parler des rois avec respect.

» parce que, bons ou mauvais, ils sont sur la terre

» la représentation de la divinité, destinés dans les

y> impénétrables décrets de sa providence, les uns à

» nous châtier, les autres à nous récompenser. Mais

» laissons cela. J'avais tant entendu parler de vous

» que, passant près de votre demeure, j'ai voulu la

» visiter, et l'amour qu'on vous porte dans ce pays

» me prouve que le bruit public ne m'avait pas

» trompé sur votre compte.

D. TELLO

» II est sûr que je suis fort aimé à Alcala.

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