SAINT MICHEL
» Ne réplique pas. Il faut que tu fasses ce que » ferait François. Entre dans son couvent. Reproche » à ses moines d'avoir pu penser un instant à l'aban- » donner. C'est à toi qu'il appartient désormais d'as- » surer leur subsistance et, en outre, de leur fournir » les moyens de secourir un certain nombre de » pauvres comme le prescrit la règle que Dieu leur » a dictée. Va donc, et jusqu'à ce que tu reçoives » de nouveaux ordres, exécute scrupuleusement » ceux que je viens de te donner. Tu apprendras » ainsi à ne plus t'attaquer à François dans ses » moines. »
Lucifer reste accablé. Son désespoir s'exliale en plaintes douloureuses contre la partialité du Très Haut qui, non content d'avoir donné aux hommes tant de moj'ens de résister à ses attaques, le force ainsi à se combattre lui-même. Cependant, il faut obéir. Revêtu d'un froc de Franciscain, il se présente, à l'improviste, au milieu des religieux qui, déjà, se préparent à quitter leur retraite et à s'éloigner.
LUCFIER.
« Deo gratias, mes frères. {A part). Quel supplice !
LE PÈRE GA RDIEN
» Dieu me soit en aide ! Qui êtes-vous, mon père ? » comment êtes-vous entré ici ?
FRÈRE MCOL AS.
» Il n'a pu entrer par la porte, je l'avais fermée,
LUCIFER
» Aucune porte n'est fermée pour la puissance » divine. C'est elle qui, sans que je pusse m'y relu- » ser, m'a amené ici d'un paj's tellement éloigné que » le soleil lui-même ignore son existence ou dé- » daigne de le visiter.
LE PÈRE GARDIEN
» Votre nom ?
LUCIFER
» Je m'appelle frère obéissant forcé. On me nom- » m ait j ad is chérub in.
FRÈRE ANTOLIN (le gracioso).
» C'est sans doute un Basque.
LE P ÈRE GARDIEN
» Mon père, dites-moi ce qui vous amène. Vos pa- » rôles, le prodige de votre entrée dans ce couvent, f> malgré la clôture des portes, nous remplissent de » trouble et d'inquiétude. Je crains quelque piège de » notre grand ennemi.
LUCIFER
» Ne craignez rien. C'est par l'ordre de Dieu que » je viens, c'est lui (lui m'a chargé de vous repro- » cher votre peu de Coi. Les soldats enrôlés sous la » bannière du grand lieutenant du Christ doivent- » ils abandonner aussi lâchement la place qu'il leur » a confiée ? 11 n'^- a pas encore deux jours que l'en- » iiemi vous tient assiégés, et déjà votre force, » votre espérance se sont évanouies? Ceux qui » devraient résister comme des rocs aux attaques de
» l'impiété, en qui la moindre hésitation serait déjà » coupable, reculent ainsi à la simple menace du » danger? Sachant que Dieu a promis à notre père » que le nécessaire ne manquerait jamais à ses » entants, ils ont pu se rendre coupables au point de » douter de l'accomplissement d'une promesse di- » vine ! (A pari). Est-il bien possible que ce soit moi » qui parle ainsi ! Je me sens tout brûlant de co- » 1ère ! (Haut). Croyez qu'alors même que, dans » l'univers entier, les êtres raisonnables fermeraient, » sans exception, leur cœur à la pitié, les anges >- vous apporteraient la nourriture qui vous a été » promise, le démon lui-même s'en chargerait au » besoin.
LE FRÈRE ANTOLIN.
» Il parle avec tant de chaleur que la flamme sort » par ses yeux.
» Mon père, je vois bien que vous êtes un envoyé » de Dieu, je le reconnais à l'empire que vos pa- » rôles exercent sur nous. Je sens que, maintenant, » j'expirerais de faim mille fois plutôt que d'aban- » donner la maison de mon père saint François.
LE F RÈRE PliiRRE.
» Il n'est pas un de ses vrais enfants qui ne soit » prêt à donner sa vie pour Dieu.