Pour les uns l’iodisme est dû à des combinaisons
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organiques d’iode : c’est peut-être exact, quoique non prouvé, mais l’explication est, à coup sûr, insuffisante : que ce soit un iodate, un iodoalbuminate, ou de l’iode libre qui cause l'intolérance, peu importe ; le phénomèue intime n’en reste pas moins mystérieux.
2.— Khlers, Wolfadmettent que la rétention de l’iode dans l'organisme, due à un défaut d'élimination rénale, produit les accidents (cas de Wolf où un malade atteint de néphrite mourut après avoir absorbé 2 gr. 50 d’iodure de potassium, et ne présenta aucune trace d’iode dans les urines; cas analogue de M. Huguet (1)) : cette opinion est exagérée, car tous les malades qui ont de l’iodisme n’ont pas un fonctionnement rénal insuffisant, et bien des malades qui ont le rein malade n’ont pas de l’iodisme : la théorie d’Ehlers et Wolf n’est donc pas applicable dans tous les cas, bien que parfois elle soit exacte.
On peut rapprocher de cela l'influence des affections hépatiques, ainsi que l’a remarqué M. Bouveret (page 25).
3. — Ce n’est pas l'élément iode, mais l’élément potassum qui est dangereux, dit une autre hypothèse (Husemann) : avec l’iodure de sodium on ne devrait donc pas avoir d’intolérance ; cependant M. Germain Sée a souvent vu le contraire ; les remarques de MM. Simon et Regnard, s’opposent aussi aux idées d’Husemann ; de son coté M. Bourdette (2)a montré que l’iodoforme détermine des accidents analogues à ceux de l’iodure de potassium, il a observé des lésions semblables à l’autopsie ;
(1) Hoquet : Chimie médicale.
(2) BounoerTe ; Thèse Paris, 1893.
il préconise enfin le même traitement contre l’iodoformisme que contre l’iodisme.
Mn: Braley cite aussi des cas où l’iode seul a agi comme KI; Pelliziari (1) assure qu’il en est de même pour les iodures de mercure, de sodium, de fer, et M. Hallopeau (2) pour le sirop de raifort iodé.
M. Ch. Eloy a confirmé tous ces faits par des expériences précises, qui seront relatées plus loin, et l’on peut conclure que dans l’iodisme le potassium n’a aucun rôle.
4. — Affaire de doses, disent les autres : c’est là une erreur absolue et il est facile de montrer qu'avec les doses les plus variables on a eu des accidents. Barthès vit de très graves accidents chez un malade qui prit seulement quelques centigrammes d’iodure : Un malade d’'Hiffelstein (3), eut de l'intolérance après ingestion d'huile de foie de morue; Rilliet (1860) prétend avoir observé les mêmes phénomènes chez une personne qui fit un simple séjour au bord de la mer (?) : malgré ces exagérations, il est bien évident que l’on a très souvent vu les accidents iodiques avec de faibles doses.
Un individu au contraire (Julia de Fontenelle (4)) absorba 4 onces de teinture d’iode sans être incommodé : Cutteling (cité par Dujardin-Beaumetz) observa tel malade qui prit de 15 à 20 grammes de KI par jour sans ressentir aucun effet fâcheux, et arriva à un total de 3,684 grammes dans un traitement suivi.
(1) Pecrtzrarr : Lo Sperimentale, 1884.
(2) Harrorgau : Soc. Med. des Hôpitaux, 1881, p. 384, 2% s.
3) Gazette des Hôpilaüx de Paris, 1860, 4) Journal de chimie médicale, Paris, 1836.
Après cela on ne peut nier l'indifférence des doses prescrites.
5° — L'iodisme serait dû à l’impureté de l’iodure absorbé; s’il en est ainsi dans un service où dix, quinze malades prennent ce même médicament, on aurait de petites épidémies d’iodisme, ce qui n’est pas.
M. Fournier a souvent fait analyser l’iodure qui avait produit l'intolérance, et ces examens n’ont pas démontré la présence d’iodate ; de notre côté nous avons eu le même résultat négatif. Qu'importe, d’ailleurs, au point de vue du traitement, que l’on ait à lutter contre l’iodisme, ou contre l’iodatisme? c’est là une simple différence de mots.
6° — Actuellement la majorité des auteurs admet une question de susceptibilité individuelle; c’est assez admissible; cependant, pourquoi tel qui supporte l’iodure aujourd'hui, pourra-t-il en être incommodé dans un mois et réciproquement? Une susceptibilité si variable nous paraît un peu mystérieuse.
Toutes ces théories, la dernière exceptée, ont donc le tort d’être trop exclusives; vraies dans un cas particulier, elles deviennent erronées dès qu’elles sont généralisées.
Il nous paraît qu'il faut admettre deux genres d’iodisme : l’un dû à une action locale, de nature caustique, irritative, que cette action soit favorisée ou non par une lésion quelconque antérieure (néphrite par exemple) ; dans cette catégorie nous rangeons les accidents graves d'intoxication.
L'autre nous paraît dû à des troubles fonctionnels, à des réflexes, à des variations circulatoires : ces dernières seraient des “effets de la vaso-dilatation, c’est-à-dire la
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conséquence directe d’un changement survenu dans la pression, et la vitesse du sang; on peut le soupçonner lorsqu'on remarque avec quelle facilité cesse l'effet, quand disparaît la cause.
. Pour établir ces hypothèses, il est bon de s'appuyer sur la physiologie.
b). Action physiologique de KI
Sous l'influence de KI, Coindet aperçut une congestion des glandes parotidiennes; on sait aussi que peu après l’ingestion du même corps, les muqueuses rougissent, les conjonctives apparaissent vascularisées.
Bogoleppoff (cité par M"° Bradley, p. 54), dans ses études sur la pression sanguine, a vu chez un chien trépané, après une injection de KI, la lumière des vaisseaux . cérébraux se doubler.
Thin (1) apporte des constatations fort intéressantes : il conclut de l’examen microscopique d’un as} iodique, (acné, bulles, pustules), qu’il y a là des degrés différents d’une lésion des vaisseaux sanguins, dont le point de départ est la congestion et la stase : « Au début, dit-il, on a un œdème limité avec congestion des vaisseaux, ensuite une efflusion du sérum avec plus: ou moins d'éléments figurés du sang; enfin destruction de la paroi du vaisseau et hémorrhagie. » Cette destruction de la paroi est évidemment due à l’action irritante de l’iode ou d’un composé iodé, action que la stase ne peut
(1) Médico.ch. Trans., LXITI, 1879, page 189.
que favoriser; on est donc autorisé à penser que dans cette lésion, il aurait sufli d'empêcher la congestion pour éviter ses conséquences. Thin, et la chose est confirmée par M. Hallopeau, à remarqué que les éruptions iodiques ont la même disposition, la même forme que l’asgencement des vaisseaux du derme.
Desexpériences plus précises ont été effectuées : d’après M. Martin (Lyon 1882), sous l'influence de l’iodoforme chez leschiens la pression sanguine est descendue de 192 à 120 millimètres (manomètre à mercure). Rummo (1) place la cause de ces phénomènes dans les centres nerveux.
En 1889, M. Trabost et M. Ch. Eloy ont successivement rendu compte d'expériences faites simultanément par des méthodes différentes et dont les résultats concordent.
Après une injection sous-cutanée, chez un lapin de grande taille, de 50 à 60 centigrammes par kilogramme du poids de l’animal, dit M. Ch. Eloy, « Na I a produit un abaissement de la tension artérielle qui, évaluée en fonction du temps, est dans le rapport d’un demi, voire même d’un tiers après 15, 80, 30 minutes, et comme je l’ai vu depuis, 60, 90 minutes. » L’abaissement a pu atteindre 40 et 49 millimètres. Durant l’expérience les vaisseaux périphériques étaient turgescents, l'élévation thermique de 3 à 4 degrés ; les muqueuses oculaire et buccale étaient enfin très congestionnées. Ce qui arriva avec Nal, se reproduisit avec KT (et cela prouve la fausseté de l'hypothèse d’'Husemann sur l’action du potassium dans
(1) Archives de Physiologie, 1883.
(2) Cu. Eroy : Gaz. Heb. de Méd. ei Ghir., 1889, ne 48, p. 770 à 775.
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