SUR LES AG CIDENS
HELAT IFS
Histoire physiologique de la menstruation .
Il s’établit chez la femme, vers l’âge de quatorze à quinze ans, dans nos climats , un écoulement de sang par le vagin: mais quoique l’époque de son apparition ne soit point la même sur toutes les régions du glohe , elle n’en existe pas moins. En Asie , en Afrique, en Amérique, la plupart des filles sont réglées à dix et à neuf ans, tandis qu’elles ne le sont qu’à dix-huit ou vingt en Laponie. Cet écoulement de sang (la menstruation) ne doit point être considéré comme une maladie; les femmes, au contraire éprouvent des aceidens lorsqu’il n’a pas lieu, et il est pour elles un signe ordinaire de leur fécondité. Je dis un signe ordinaire , car Fabrice de Hilden et Swieten rapportent des exemples de femmes devenues mères avant d’avoir eu la moindre marque de l’écoulement naturel à leur sexe , et même sans y avoir été sujettes. Rondelet fait mention d’une femme qui accoucha douze fois, et Joubert d'une autre qui eut dix,-
huit enfans , quoique toutes deux n’eussent jamais été réglées. Le retour périodique des menstrues est à peu près le même dans toutes les nations, et il existe sur ce point plus de diversités d’individu à individu que de peuple à peuple : il v a des femmes chez lesquelles ce flux apparaît tous les quinze jours; d’autres tous les cinq ou six semaines, ou tous les trois mois; d’autres enfin seulement pendant leur grossesse. Linnéus avait connu de jeunes filles dont les unes notaient réglées que l’été, et les autres une fois l’an seulement. Pour l’ordinaire l’intervalle entre chaque apparition menstruel est d’un mois, etc. Il persiste en reparaissant ainsi à ces diverses époques pendant environ trente années, c’est-à-dire jusqu ’à l’âge de quarante-cinq à cinquante ans. En général , plus cet écoulement a commencé de bonne heure , plus aussi finit-il de meilleure heure. Sa quantité varie depuis une once jusqu’à quatre ou cinq : il est plus considérable chez les femmes qui habitent les pays chauds ; chez celles qui font usage d’alimens succulens et de boissons spiritueuses ; chez celles dont l’imagination est exaltée par des lectures érotiques, et qui se livrent a\ec ardeur aux plaisirs de l’amour; chez celles enfin qui mènent une vie sédentaire ou plongée dans la mollesse.
Il l’est moins chez les femmes qui vivent loin du tumulte et du fracas des villes, loin des objets d’art et de luxe, dans le calme et le repos des passions; chez celles qui font habituellement un exercice violent ou qui se livrent aux travaux pénibles de la campagne. Après l’âge de quarante-cinq à cinquante ans , cet écoulement cesse , et avec lui la faculté de concevoir, ou la fécondité chez la femme. Mais cette loi de la nature a présenté quelques. exceptions, f/aller parle de deux dames dont l’une accoucha à soixante-trois, et l’autre à soixante-dix ans. On trouve encore dans l’Histoire de l’académie des sciences l’exemple d’une femme âgée de cent six ans, chez laquelle les règles reparurent ; dernière circonstance qu'on peut considérer , même pour un âge beaucoup moins avancé, comme étant le résultat d’une affection organique de la matrice. En effet.
l’observation démontré que la plupart des femmes chez lesquelles les règles reparaissent apr s l’époque critique, et celles même qui ont des règles prolong es, meurent d’ulcération à la matrice.
La dépendance sous laquelle l’utérus tient en quelque sorte comme asservi la vie de la femme a été reconnue dès la plus haute antiquité, fille fut aussi bien sentie qu’exprimée par Platon , lorsque ce philosophe compare la matrice à un animal vivant dans un autre animal, maîtrisant toutes les actions de l’économie vivante. Mais il existe des organes sur lesquels la matrice exerce une influence sympathique spéciale : tels sont i 'organe cutané , la tête , la gorge, les mamelles , les viscères de la poitrine , V estomac ^ les intestins , les lombes ; circonstances qui ne doivent point échapper a l’oeil du médecin observateur, autant pour lui faire éviter de funestes méprises que pour le diriger souvent d’une manière plus salutaire dans. l’application des moyens curatifs.
L’époque h laquelle la menstruation commence à s’établir est souvent accompagnée d’accidens variés, et mérite une grande importance ; aussi les parens et les médecins y en attachent-ils beaucoup, et avec raison.
i.° Accidens relatifs ci la première menstruation .
La première apparition des règles, chez la jeune fille, a en effet une influence très-marquée sur les maladies qui pouvaient exister antérieurement chez elle , et sur les affections serophuleuses en particulier.
Elle s’effectue chez beaucoup d’entre elles sans aucun accident. L’écoulement de sang s’établit, et reparaît ensuite chaque mois régulièrement ; il sort alors du domaine de la pathologie. Mais il n’en est pas toujours ainsi dans un certain nombre de cas; l’apparition des menstrues est précédée de phénomènes plus ou moins remarquables : pesanteur dans les lombes, dans les cuisses, dans Thypogastre , dans les organes génitaux ; picotement dans les ma-
melles, qui augmentent beaucoup de volume, deviennent douloureuses ; état qui se fait sentir par le seul mouvement des bras, et quelquefois sans qu’on exécute de mouvement ; leurs aréoles se rembrunissent, et leurs papilles se redressent. Ces derniers phénomènes ont été plus particulièrement observés chez les filles qui ont le teint brun, les cheveux noirs, les yeux pleins de feu et de vivacité. Il arrive des changemens plus ou mois remarquables dans les organes de la voix, dont la liaison avec ceux de la génération a été reconnue par les physiologistes de tous les temps. En même temps que ces phénomènes ont lieu vers Putérus et les organes qui lui sont associés, il en survient encore de nouveaux dans les autres fonctions; tantôt il y a céphalalgie , anorexie , goûts bizarres , sentiment d’ardeur le long de la colonne vertébrale ; quelquefois rigidité le long des muscles du cou; salivation abondante, diarrhée ou constipation, sueurs plus ou moins copieuses, sommeil interrompu par des rêvasseries importunes, crachement de sang chez les sujets dont les poumons sont à la gêne dans un thorax mal conformé , ou comprimé par des corsets trop serrés. La face peut être rouge , gonflée ; quelquefois elle présente une bouffissure pâle ; l'expression des traits change. Il y a des inquiétudes dans les membres , des vertiges , augmentation ou diminution dans la susceptibilité physique et morale ; la jeune fille se livre alternativement et sans cause au chagrin et à la joie. Souvent mélancolique, elle recherche avec empressement la solitude , quelle fuit plus promptement encore , ne trouvant pour tout soulagement à ses inquiétudes vagues que le désordre même de son âme. Palpitations aux moindres émotions extérieures ou intérieures ; étoulfemens ou gêne de la respiration : chez quelques-unes, pâleur et rougeurs alternatives (feux au visage). Le sang coule des narines; il survient des bâiliemens , des quintes de toux spasmodiques : d’autres fois il s’établit des mouvemens fébriles , irréguliers , qui peuvent revenir d’une manière périodique de mois en mois, jusqu’à l’établissement du flux menstruel. Dans ce cas , un dernier mouvement
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fébrile est pins considérable, et se termine par l’apparition des règles, qui semblent alors en être la crise.
Eu générai . le sang exhalé dans les premières menstruations est en petite quantité; il est mêlé à des mucosités, à un liquide aqueux ;
du sang. Cet écoulement est ordinairement accompagné de douleurs qui se font sentir au col de l’utérus , d’une sorte d’embarras dans les organes de la génération, qui dure tant que l’écoulement a lieu, et qui se prolonge quelquefois après qu’il a cessé.
Tels sont les phénomènes que présente la première menstruation , lorsqu’elle n’est que peu laborieuse. Quelquefois elle est retardée: il survient alors ( quand elle n’a pas généralement lieu dans nos climats à seize ou dix-huit ans ) des accidens extrêmement variés, et qui ne cessent que lorsque cet écoulement s’établit, tels que des mouvemens convulsifs, une sorte de danse de Saint-Guy. Un praticien recommandable rapporte avoir vu une paralysie de tout un côté du corps qui ne s’est dissipée qu’au développement du flux menstruel.
Quelquefois les jeunes filles sont atteintes de la chlorose , ou pâles couleurs; d’autres fois une incontinence nocturne de l’urine a lieu , et ne cesse qu’au moment de l’apparition des menstrues.
Traitement. Le traitement qui convient alors consiste à favoriser l’apparition du flux menstruel , dont l’établissement fait cesser , comme par enchantement , tous ces phénomènes.
Les moyens qu’il faut employer ne sont pas les mêmes dans tous les cas. Quelques médecins font indifféremment usage des aromatiques , des emménagogues ; iis conseillent le mariage. Mais ces moyens , qui peuvent convenir dans quelques circonstances , ne sont pas applicables dans toutes. Voici donc la conduite à tenir.
Quelques jeunes filles, arrivées à l’époque de la première menstruation, présentent une disposition pléthorique fort remarquable. Or, les emménagogues employés alors ne peuvent qu’augmenter
cei état, principale cause qui s’oppose à l’éruption des menstrues; car il est une chose digne de remarque ; c’est que la pléthore, comme la faiblesse, peuvent s’opposer egalement à l’établissement du flux menstruel. Si donc la jeune fille est pléthorique, qu elle soit d’une constitution forte , on doit avant tout recourir à la saignée du pied. Si elle est moins robuste , on se contente d’appliquer des sangsues à la vulve. Enfin , si la disposition pléthorique est encore moins marquée , on se borne aux ventouses simples , que l’on applique tous les matins à la partie interne des cuisses , au nombre de trois ou quatre. La quantité de sang que l’un tire par la saignée, le nombre des sangsues, doivent être plus ou moins considérables , selon la force de la constitution de l'individu. Des boissons adoucissantes concourent avantageusement avec les saignées générales ou locales à faire cesser l’étal de réplélion qui s’oppose a l’apparition des règles.
Si , au contraire, la jeune personne est d une constitution trcsfaible, les emménagogues sont alors indiqués. Les principales substances qu’on emploie dans ce cas sont, l’armoise, la tanaisie , la matricaire , l’absinihe en vin, en extrait, les eaux ferrugineuses. On peut y joindre l’application des vésicatoires aux cuisses, l’usage des frictions sur tout le corps , et notamment sur la région hypogastrique.
Lorsqu’elle est d’une constitution nerveuse , il faut chercher a augmenter la force des muscles et la prédominance du système musculaire sur le système nerveux. Dans ce but, on conseille l’habitation à la campagne, l’exercice actif ou passif du corps , l’équitation. On peut joindre à ces moyens hygiéniques l’usage des bains tièdes , qui communément alors produisent d’heureux effets ; mais il faut surtout diriger convenablement les impressions morales , dernière indication de la plus haute importance, et sans laquelle bien souvent il ne saurait exister de vraie médication.
D’autres fois la jeune fille dont l’écoulement menstruel éprouve un retard est d’une constitution molle et grasse , présente un état
de stupeur , d’engourdissement , au physique comme au moral , et une imagination peu active. C’est alors qu’il faut recourir aux sti— mulans physiques et moraux. L’exercice , la dissipation , la danse , les bail , les spectacles , qui exigent des mouvemens du corps et agissent en même temps sur l’imagination , sont alors spécialement indiqués; et c’est dans ce cas que le mariage peut être conseillé avec avantage.
Outre ces moyens, qui conviennent dans telles ou telles circonstances , il en est d’autres qui peuvent être applicables a tous les cas , tels que les demi-bains, les fumigations dirigées vers les organes de la génération , que l’on rend émollientes ou stimulantes , selon l’état général des forces.
Dans quelques cas , la première apparition des menstrues peut être empêchée par un vice d’organisation, comme par l’union contre nature des grandes ou des petites lèvres , l’imperforation de l’hymen , celle de l’utérus , la réunion des parois du vagin , ou la nonexistence de ce conduit, soit en totalité, soit en partie; le sang exhalé dans la cavité de l’utérus ne peut se faire jour au-dehors , s’accumule dans l’intérieur de cet organe. La jeune personne éprouve alors à chaque époque les phénomènes qui annoncent l’apparition des règles ; ces phénomènes diminuent ensuite ; enfin le ventre se gonfle , les mamelles augmentent de volume ; on voit paraître la plupart des signes de la grossesse. Mais, si on examine les parties de la génération , l’union des grandes ou des petites lèvres, l’imperforation de l’hymen, les recherches vaines pour découvrir l’existence du vagin ne laissent pas de doute sur la véritable cause des phénomènes qu’on observe. Dans ce cas, il suffit de détruire la cause qui s’oppose au libre écoulement du sang pour voir tous les phénomènes disparaître. Mais, après avoir levé l’obstacle qui s’était présenté d’abord, il faut pousser ses recherches plus profondément encore , si le sang ne s’écoule point. Piuis/i avait remarqué qu’a près avoir emporté la première membrane, il en existait encore une seconde, placée plus profondément ; il l’ouvrit, et donna issue au sang
menstruel par cette seconde opération. Un vice de conformation semblable fut également observé par Morgagni sur le cadavre d'une femme âgée , qui n’avait point eu l’écoulement de son sexe ; sa santé n’avait jamais été altérée jusqu’au moment où elle fut attaquée de la maladie dont elle mourut.