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questions que cette science était tenue de résoudre, et la méthode à l'aide de laquelle il fallait marcher à la solution de ces questions. D'où donc a pu sortir cette accusation d'athéisme? Voici tous les éclaircissemens qu'il m'a été possible de recueillir. Vous avez dit la réalité divine, au lieu de dire Dieu tout simplement : vous êtes athée. Vous refusez au syllogisme la puissance de livrer la divinité au regard de l'homme , et vous nous parlez d'une faculté spéciale qui saisit directement la cause des causes, comme la conscience saisit l'âme, comme la perception sensible saisit le corps : vous êtes athée! Vous voulez que le théologien se mette en garde, quand il aborde le sujet de son étude contre toute préoccupation qui pourrait fausser son regard ; vous l'engagez à ne pas transporter légèrement , dans la sphère divineydes phénomènes visiblement empruntés à l'homme ou à la nature ; vous desirez qu'une théologie soit autre chose qu'une négation ou une exagération de l'anthropologie et de la cosmologie : vous êtes athée ! Vous avez autrefois émis vos doutes sut quelques attributs que nous apercevons clairement dans la cause suprême ; avoir une fois contesté un des attributs de Dieu, n'est-ce pas constamment nier Dieu lui-même ? Vous êtes athée !
Le grand crime de la philosophie actuelle, qu'elle se montre ici ou là, à la Sorbonne ou ailleurs, c'est d'être , pour une classe d'hommes, honorables du
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reste, mais qui ne comprennent et ne veulent comprendre que le passé , ce que l'a faite notre chef et. notre maître en philosophie , c'est-à-dire éclectique, ou , ce qui , pour eux , revient au même , hostile à toute religion en général , et en particulier à la religion chrétienne? C'est là au fond la raison véritable de toute cette colère.
Il faut s'entendre une fois pour toutes et se parler franchement. Il est un problème qui nous intéresse au plus haut point et que nous ne saurions laisser|dans le doute: c'est le problème, de notre destinée. D'où peut venir sa solution? Ou bien l'Etre suprême nous donnera lui-même le mot de l'énigme , et , dans ce cas, nous aurons une religion; ou bien l'homme, par sa raison seule, trouvera la solution désirée , et alors nous aurons une philosophie. Nos adversaires , nous le savons de reste, admettent comme possible et comme légitime la première de ces formes? Croient-ils également à la possibilité et à la légitimité de la seconde? Il y a pour le clergé une théologie et une morale révélées. Y a-t-il aussi pour lui une théologie et une morale naturelles? Toute la question est là. Si le clergé croit puérils et illégitimes les efforts de l'esprit humain tendant par ses seules forces à la connaissance du devoir et de Dieu , qu'il le dise hautement ; mais alors qu'il accepte et poursuive toutes les conséquences de son principe; qu'il déclare coupable et impie la libre
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recherche de la vérité^ c'est-à-dire la philosophie; qu'il fasse fermer nos chaires pour ouvrir en leur place des chaires de théologie positive; qu'il refoule enfin l'Europe pensante à cette période du moyen âge où la philosophie n'était que la très humble servante de la théologie, c'est-à-dire où la philosophie n'était pas. Si au contraire à côté de la théologie positive on admet la philosophie comme une science distincte, si l'esprit d'examen se fait reconnaître et s'asseoit comme une puissance indépendante en face de l'autorité , il faut bien consentir aux diversités nécessaires que doivent inévitablement amener, au moins momentanément, dans leurs résultats respectifs deux méthodes si différentes. Vouloir que du premier jet la pensée humaine, abandonnée à elle-même, touche le but avec autant de précision que la pensée divine, ou, ce qui revient au même, faire de l'homme un dieu, c'est plus qu'une folie: c'est presque une impiété. A ïa rigueur toute philosophie, et par conséquent l'éclectisme, pourrait , aboutir à l'hérésie, sans sortir de son droit. Que sera-ce (je ne parle pas ici de l'éclectisme en général; sa cause est dès long-temps gagnée) , que sera-ce , dis-je , si l'éclectisme local, puisqu'on lui donne ce nom, faisant à l'esprit sacerdotal , à propos des attributs de Dieu, les concessions ci-dessusindiquées, a toujours montré, pour le dogmatisme chrétien, le respectle plus profond et le plus vrai; s'il a déclaré, à plus d'une reprise, que
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le christianisme à lui seul avait fait plus d'honnêtes gens que toutes les philosophies réunies j si , distinguant avec soin et sans cesse deux ordres de vérités , les unes ne s'adressant qu'à la foi, les autres s'élevant ou descendant à la science , il a toujours , quand la raison humaine , c'est-à-dire la science lui semblait impuissante et le condamnait au doute, adressé son auditoire, pour qu'il y complétât ses croyances, à la raison divine, c'est-à-dire à la religion.
Tel a été constamment l'esprit qui a dirigé le professeur dans son enseignement. S'ensuit-il que tel ait été et dû être l'esprit qui a guidé et soutenu l'écrivain dans la composition du volume qu'il livre maintenant au public? Je ne le pense pas.
Tout homme qui fait partie d'une société doit , selon moi, une obéissance au moins extérieure et matérielle aux lois qui la régissent, quelle que soit d'ailleurs l'opinion qu'il se soit formée de ces lois. Avant d'entrer dans une corporation , demandez-vous si la vie générale qui se va substituer à la vie individuelle n'impose pas de trop grands sacrifices aux principes auxquels vous avez soumis votre activité libre ; lorsque les nouveaux devoirs que vous vous êtes ainsi créés cessent, par suite d'évènemens imprévus, d'être en harmonie avec la règle de conduite que vous vous êtes préalablement tracée, sortez des rangs dans lesquels vous ne pouvez plus combattre : mais quand on consent à échanger l'indépendance de la
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solitude contre les avantages de l'association , quand d'ailleurs en restant à son poste on reconnaît la validité du contrat qu'on a passé, travailler de ses mains à la défaite du parti qu'on s'est engagé à servir, c'est toujours un grave délit, lorsque ce n'est pas un crime; c'est au moins une lâche perfidie, si ce n'est pas une honteuse trahison.
Toutefois ces obligations , quelque étendues qu'on les suppose, ne peuvent ni ne doivent enchaîner l'homme tout entier : parce que le corps dont vous êtes membre n'est qu'une portion de l'espèce humaine, les devoirs particuliers que ces rapports étroits constituent ne vous dégagent pas des devoirs généraux qu'une plus vaste société vous impose; et si vous vous devez, soldat au drapeau que vous servez, pilote au navire que vous dirigez, vous vous devez plus encore, citoyen à la patrie, homme à l'humanité. Si donc l'enseignement dont il est chargé nedemande légitimement au professeur qu'une partie de sa force intellectuelle, il est tenu, toutes les fois que l'occasion s'en présente, de descendre de la chaire oîi le retient un auditoire spécial, pour aborder cet te tribune plus élevée où l'appelle un autre public ?
Mais cette situation nouvelle ne soumet-elle pas l'homme qui s'y place à de nouvelles conditions? Sans doute la mission de l'apôtre ne change pas de nature, parce que le terme extérieur de son action se diversifie ; mais , pour obtenir, dans des circon-