INTRODUCTION
Un demi-siècle s’est écoulé depuis que Volta, par la magnifique découverte de la pile qui porte son nom , a immortalisé sa mémoire ; il y a un demi-siècle que son génie, embrassant les phénomènes si variés et si compliqués du galvanisme, les ramena tous à un principe unique, le développement de l’électricité par le contact de corps hétérogènes.
Depuis cette époque les physiciens les plus célèbres ont continué et étendu l’œuvre de Yolta : des travaux de la plus haute importance ont été publiés, des recherches consciencieuses ont été faites et se font encore de nos jours, et cependant malgré tous ces efforts, la théorie du galvanisme est aujourd’hui même la partie la plus obscure et la plus controversée de la physique entière.
Il n’a fallu que quelques années et les travaux de quelques hommes de génie, tels que Jung, Fresnel, Arago, Biot et autres pour assurer à la théorie des ondulations la victoire la plus décisive sur la théorie de l’émission de la lumière. 11 n’en est pas de même de la théorie du galvanisme.
Peu d’années après que Volta eut posé les bases de sa théorie, quelques physiciens essayèrent d’expliquer par les actions chimiques les phénomènes qu’on attribuait exclusivement au contact.
Urio théorie antagoniste prit ainsi naissance: ce fut la théorie électro-chimique. Longtemps l’ancienne théorie l’emporta sur la nouvelle ; mais dans ces derniers temps les travaux importants de Dela- RiVE , de Becquerel et surtout de Faraday firent pencher la balance en faveur de la théorie chimique et lui acquirent de nombreux partisans , surtout en France et en Angleterre.
Mais la victoire ne fut pas décisive : de part et d’autre les travaux se multiplièrent; on s’attacha surtout aux phénomènes qui semblaient devoir fixer définitivement l’opinion des physiciens ; les expériences capitales et importantes furent répétées par les partisans des deux parties; mais la plupart étant expliquées d’une manière plus ou moins naturelle par les deux théories, elles ne furent pas décisives.
De nos jours enfin , surtout par les travaux de Peclet , de Peltier en France , de Fechner, d’OuM, dePrAFF et de Bdff en Allemagne, de Jacobi et de Lenz en Russie , la théorie du contact semble se relever et reprendre sa supériorité.
Ce combat opiniâtre entre deux théories sur un des points les plus importants de la physique, loin d’être un obstacle aux progrès de la science , ne peut que lui être utile.
La discussion force à examiner toutes les questions ; elle réfute les opinions peu fondées ou erronées ; elle apprécie la valeur des expériences , en confirmant celles qui ont été faites avec les précautions nécessaires. Enfin elle appelle l’attention sur les faits extraordinaires qui semblent d’abord inexpliquables , mais dont un examen approfondi fait disparaître les anomalies apparentes.
Peut-être que le temps n’est pas éloigné où toute incertitude cessera , et où la vérité apparaîtra d’une manière décisive.
Une revue raisonnée et comparative de cette longue discussion serait certainement en ce moment un travail du plus haut intérêt et de la plus grande importance , mais en même temps d’une extrême difficulté, et qui exigerait un physicien du premier rang.
Ce n’est donc pas un travail de ce genre , et qui est bien au-dessus de mes forces, que je viens présenter dans ma thèse; mais l’examen attentif des différents phénomènes galvaniques conduit à l’expression de plusieurs lois générales qui semblent les dominer, et qui exigent par conséquent une étude plus sérieuse que celle qui en a été faite généralement jusqu’ici.
J’ai essayé de classer et de coordonner les principes disséminés dans des travaux et mémoires isolés, d’établir sur des faits l’expression générale d’un courant, d’en examiner les différentes parties, et enfin d’en faire l’application à quelques faits controversés, qui reçoivent par là une explication satisfaisante.
Cet exposé sera loin d’être complet, et même l’état actuel de la question rend la chose impossible ; mais je désire seulement qu’il soit conforme aux progrès que la science du galvanisme a faits jusqu’à ce jour et qu’il puisse rendre attentif à des circonstances importantes , qui très-souvent ont été considérées dans les travaux publiés comme secondaires et de peu d’influence.