AVANT-PROPOS
il manquait à la science un ouvrage qui fit connaître 1 état de la médecine de toutes les époques, pour en déduire les causes qui ont retardé ou favorisé ses progrès et tracer ainsi la véritable route à suivre dans l’étude de la médecine pratique.
Afin de ne rien écrire qui ne se rattache essentiellement à ce travail et d’éviter une érudition stérile, nous laisserons dans l'ombre les médecins qui n’ont rien fait de remarquable, pour nous occuper exclusivement des maîtres de l’art, dont les erreurs matérielles, les abstractions de l’idéalisme psychologique, ou bien les découvertes réelles, les observations et les faits incontestables ont diminué ou agrandi son domaine, et faire ainsi une nouvelle application de la philosophie positive que nous avons toujours professée dans nos diverses publications depuis plus de 40 ans (1).
(1) La plupart de mes publications sont toutes écrites dans cet esprit de positivisme, qui d’ailleurs date de plus de cent ans. Le Système de la nature. l’Encyclopédie, Bacon et presque tous les écrivains du xvnie siècle, savants et philosophes, l’ont tacitement pratiqué. Mais, laissant ou dédaignant la chose et s’autorisant de cette lacune de mots, certains savants d’aujourd’hui se posent en créateurs d’nne nouvelle philosophie qu’ils établissent sur une méthode dite positive qui est loin d'offrir le caractère de généralité nécessaire à toute
Nous ne connaissons aucun livre écrit dans cet
esprit.
histoires de la médecine sont insuffisantes. Leclerc et Frieud, son continuateur , ne vont que jusqu’au commencement du xvi® siècle. Sprengel est surchargé d’une érudition étrangère à notre objet.
Ces historiens, d’ailleurs, ne font pas assez ressortir l'influence de la superstition, des gouvernements, des mœurs, des temps, des lieux, des découvertes ; et leurs réflexions sur les sectes, les systèmes, les pratiques, ne"sont pas à la hauteur des connaissances actuelles (1).
élude, taudis qu’en véritables philosophes, en amis sincères et loyaux de la vérité, il leur aurait suffi d’ajouter aux travaux connus et acceptés les nouvelles considérations qui pouvaient les corroborer, les affirmer ou les infirmer.
Voyez spécialement mon Discours sur les principes fondamentaux de ht l>hrénoloyie appliqués à la philosophie , (1845, Imprimerie de Guiraudel et .louaust) où je fais rénuméralion et la critique de tous ces systèmes dont les fausses doctrines ont si longtemps abusé l’ignorance et la crédulité. Je les juge avec la méthode fondée sur la connaissance de l’homme... Qu’on la compare avec celle des positivistes actuels et que les psychologistes et les organiciens de toutes sectes choisissent. Nous pensons et nous espérons que le choix ne sera pas douteux pour les partisans de l’ancien et du nouveau réalisme.
Nous profitons de cette note pour céder au besoin que nous éprouvons de protester, dès à présent, contre les doctrines et les prétentions philosophiques d’Auguste Comte et de ses disciples, nous réservant la faculté de les apprécier à leur juste valeur, plus tard et ailleurs, si l’avenir nous le permet.
Celte protestation a été faite par nous, il y a déjà plusieurs années, mais dans des notes et réflexions au crayon, mises à la marge d’un exposé des doctrines d’Auguste Comte. Je les ai communiquées à M. Littré, qui n’y a pae répondu, prétextant qu’elles ne présentent pas assez d’ensemble... Cependant ees annotations, tout en n’étant qu’au crayon, sont mises en regard ou à la suite des propositions du novateur et pouvaient très-bien ainsi être appréciées dans leur isolement; mais M. Littré a| trouvé plus simple, surtout plus commode, de les passer sous silence. Nous n’aurons donc qu’à coordonuer nos notes et réflexions crayonnées , à les résumer et à en tirer les conséquences qui en découlent naturellement; c’est là ce que nous espérons faire un jour.
(I) Vid. llhiorite mcdicinœ universalis, auctore Andrea Otlomaro Goolicke mcdico et professore régis (1720 , 2 vol. in-12.
Cette histoire, assez mal écrite, renferme le simple récit des sectes et dus systèmes . sans nu déduire de conséquences pratiques ou logiques.
Les prolégomènes mis à la tète de cet essai n’apprendront rien de nouveau aux érudits, amateurs d’antiquité, et spécialement des temps fabuleux, dits héroïques. Mes recherches sur ces époques ne sont pas non plus indispensables à la connaissance des causes qui ont retardé ou favorisé la science de l’homme malade.
Néanmoins, nous avons pensé que les praticiens et les jeunes médecins, qui ne peuvent pas ou qui ne veulent pas consacrer à cette étude une grande partie de leur temps, nous sauraient gré de leur en présenter un court abrégé qui puisse satisfaire leur goût historique, sans être obligés de se livrer aux nombreuses et fatigantes lectures qui nous ont occupé pendant plusieurs années.
Nous espérons même que les savants et les moralistes y puiseront la justification des critiques modernes, au double point de vue de l’art et de la philosophie.
https://archive.org/details/b30568365
ESSAI
DEPUIS LA PLUS HAUTE ANTIQUITÉ JUSQU’A NOTRE ÉPOQUE
PROLÉGOMÈN ES
L'origine de la médecine se perd dans la nuit des temps : elle est aussi ancienne que le monde. L’homme est l’être le plus compliqué de la nature : ses rapports absolus et relatifs déterminent en lui des impressions agréables ou pénibles inévitables.
L’état de souffrance, tendant à détruire son être, a dû lui inspirer l’idée de rechercher des moyens de soulagement, et dès lors, il a fait de la médecine de sauvage. A force d’essais, de remarques et de temps, il aura découvert quelques médicaments simples ; de nouveaux besoins se seront manifestés et les découvertes, transmises par traditions orales de famille à famille, de pays en pays, auront été modifiées, augmentées, bien ou mal appliquées, suivant les époques, les idiomes et les mœurs. Voilà probablement quelle a dû être la médecine des premiers peuples non encore courbés sous le joug de la superstition et du despotisme.
Les contrées et les temps qui ont vu naître les premiers hommes, l’époque à laquelle ils ont été retirés de leur état de simplicité, échapperont toujours aux recherches des savants. Tout ce qu’en ont dit Sanchoniathon, Vandale son interprète,
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Homère, Hérodote, Finie, Strabon, etc., n’est qu’incertitudes, erreurs, suppositions gratuites. Si cependant il est permis d'émettre une opinion à cet égard, nous dirons avec Voltaire (1), qu’il est probable que les régions qui, sans être cultivées, peuvent suffire aux besoins de l’homme, ont été les premières peuplées, et que l’Inde, vers le Gange, où le riz et plusieurs espèces de fruits délicieux croissent naturellement, peut être considérée comme l’un des berceaux du genre humain. Si l’on croit au calcul de quelques égyptiens qui comptent vingttrois mille ans depuis le règne du soleil jusqu’à celui d’Alexandre le Grand, l’antiquité de la patrie des Brames paraîtra incommensurable, puisque l’occupation de l’Egypte semble être moderne comparativement à celle de l’Inde Mais cette supputation est généralement rejetée. Cependant n’est-on pas disposé à la préférer par cela seul qu’elle remonte plus haut, quand on pense aux variations chronologiques de laVulgate, des Septante et des Samaritains; quand on sait qu’avant le point de départ de tous les chronologistes il existait des minéraux (le chaos, la matière, les éléments], qui attestent l’existence d’une époque antérieure à la prétendue création du monde? Les révolutions physiques, auxquelles est nécessairement et périodiquement soumis l’univers, n’anéantissent-elles pas toute idée d’un commencement déterminé (2)? Mais laissons-là des questions qui nous éloigneraient de notre but sans nous mener à des conclusions positives.
Tant que les hommes vécurent dans l’ignorance complète des rapports sociaux, ils durent être incapables de concevoir des idées justes sur leur véritable nature et sur les propriétés des choses. La chasse et la pêche ont dû les occuper d’abord.
(1) Essai sur les mœurs , etc., Introd., p. 85, éd. de Palissot.
(2) Voyez les travaux récents mentionnés au Congrès d'anthropologie et d'archéologie. Sans aller plus loin que notre pays, M. Larleta trouvé, dans les t avernes qui ont été habitées par nos ancêtres, des éléments géologiques qui se rapportent à trois âges différents, séparés par des milliers et des milliers de siècles !!
L administration de quelques breuvages, le repos, l’application de quelques grossiers topiques sur les plaies et les douleurs auront constitué toute leur médecine.. On ne peut qu’être réduit à des conjectures pour tout ce qui concerne les époques dont il ne reste aucun vestige positif. Les monuments des premières institutions sont enveloppés de tant de ténèbres, tant de fables en dénaturent le véritable sens, qu’il est impossible d’échapper à l’erreur. Aussi, pour ne pas confondre l’incertain avec le. réel, nous allons, avant tout, consacrer quelques pages aux temps fabuleux ou héroïques, et puis nous entrerons en matière par Hippocrate.