MÉDECINE AVANT HIPPOCRATE
Nous ne connaissons aucun peuple qui, avant les Grecs, ait étudié la médecine comme science. Ce que nous a transmis l’histoire des plus anciens se réduit à quelques connaissances superficielles, le plus souvent erronées et presque toujours voilées d'allégories, de mystères, de superstitions.
Lorsque le besoin et les circonstances engagèrent les hommes à vivre en commun, et que les relations sociales les eurent rendus capables de développer des idées d’ordre, ils réglèrent leurs droits et leurs devoirs réciproques, iis nommèrent un ou plusieurs chefs, représentants la volonté générale ; car les conventions les plus naturelles leur semblèrent toujours les plus justes. Cet état de simplicité a duré tant que les hommes n ont pensé qu’à se procurer les moyens de satisfaire leurs besoins physiques; mais, dès que certains d’entre eux purentse dispenser d’un travail de corps, iis contemplèrent lanature, l’étudièrent, remarquèrent ses effets, et pour s’en rendre raison, ils inventèrent des systèmes. Ces premières opérations de l’esprit n’étant fondées sur aucunes connaissances antérieures, résultant d’impressions que l’expérience n’avait pas confirmées, durent être essentiellement erronées, mais irrécusables pour la multitude.
Les lois les plus simples étaient méconnues. Incapable qu ou était de f examen le plus superficiel, on attribuait tout à la puissance infinie d’un être d’imagination. Ces préjugés, résultat nécessaire de l’ignorance, ont tenu lieu de toute explication physique, on ne sait pendant combien de siècles. Il a fallu un si grand nombre d’observations raisonnées pour détruire les erreurs les plus grossières, que ce serait ignorer la marche de l’esprit humain de penser que de tout temps il a pu exister des hommes dont le génie pouvait remplacer l’expérience.
Sans connaissance de faits passés, sans moyens de comparaison, nulle idée exacte des choses présentes nul jugement juste, puisque Je jugement n’est qu’une comparaison.
Cependant, la vérité parut enfin se montrer : un petit nombre de lois physiques, bien connues, servirent à expliquer une foule de phénomènes. Mais une pernicieuse erreur d’esprit fit garder secrètes des découvertes de la plus grande importance poulie bonheur de l’humanité ; on crut qu’il fallait tromper les hommes pour les gouverner, et l’imposture devint la base des doctrines et des institutions, et les peuples restèrent abrutis, plongés dans la plus servile ignorance.
Les hommes qui se livrèrent à l’étude s’emparèrent de tous les pouvoirs, et, pour perpétuer leurs droits usurpés, ils ne communiquèrent leurs demie^ connaissances qu’à des gens de la même classe qu’eux ; ils se firent en même temps, rois, prêtres et médecins ; ils proscrivirent les innovations, firent jurer à leurs successeurs de suivre rigoureusement les lois et les préceptes de leurs institutions, et de ne jamais les révéler à aucun profane.
On conçoit que cette triple aristocratie n’était rien moins que favorable aux progrès des connaissances. Le petit nombre d’hommes qui s’en occupaient, l’imposture, la superstition sincère, le peu d’expérience, tout s’opposait au perfectionnement de ce qu’on savait déjà et aux découvertes qu’une plus grande quantité d’étudiants libres aurait pu faire.
Un court exposé de l’état de la médecine chez les plus anciens peuples va servir de développement à ces propositions.