‹ Essai sur les causes qui ont retardé ou favorisé les progrès de la médecineChapitre 7 sur 7 · GRECS · texte numérisé non relu

GRECS

Avant Hippocrate, la médecine des Grecs n’était guère supérieure à celle des peuples dont nous venons de parler. Cependant, les premières notions venues d’Égypte fructifièrent en Grèce, la nature fut étudiée, les mulades furent aussi exposés dans les lieux publics, on les reçut ensuite dans des temples; on recueillit tout ce que l’antiquité avait observé; on consulta l’expérience; on multiplia les observations; on découvrit plusieurs médicaments et l’on grava sur des tables l’histoire des maladies.

Mais la superstition et le défaut de connaissances anatomiques s’opposèrent encore aux progrès de cette marche naturelle. Comme les Égyptiens, qu’ils ont d’abord imités, les

Grecs attribuèrent l’invention de la médecine à leurs dieux et

à leurs héros.

Mélampe est le premier grec qui se soit occupé de médecine : berger, poète et devin, aussi bien que médecin, il avait la singulière facilité d'imiter la voix de tous les animaux. En gardant ses troupeaux, il chantait, prédisait l’avenir et faisait des cures miraculeuses. Iphianasse et Lisippe, filles du roi Prœtus, étant devenues folles pour s’être crues plus jolies que Junon, Mélampe les guérit en les faisant baigner dans la fontaine dite Clitorienne et en leur faisant prendre l’ellébore. En récompense de cette cure, il obtint la main d’Iphianasse et le tiers du royaume du roi des Argiens. Mélampe apprit aux Grecs à mettre de l’eau dans le vin (4) ; il vivait cent cinquante ans avant Esculape. Il fut déifié et on lui sacrifia. Thyodomas, son fils, hérita de son savoir, mais non de sa célébrité.

Le centaure Chiron et ses disciples, Hercule, Aristee, Thésée, Télamon, Teucer, Jason, Pelée, Achille, ont été célèbres en médecine ; on dit qu’Aristée a enseigné à faire le fromage, l’huile et le miel ; qu’Achille a inventé le vert-degrls; que la lance que le centaure Chiron donna à ce héros avait la vertu de guérir les blessures qu’elle faisait. Euripide pria Patrocle de lui faire une incision à la cuisse pour en retirer le dard qui l’avait blessé. En prescrivant la diète et l’exercice, Paiamède préserva le camp des Grecs de la peste qui ravagea l’Helléspont et Troie. Autolycus, Ulysse son petit-fils , Phocus, Orphée, Musée, Linus, Eribotes, Japis, Cadmus ont aussi passé pour médecins; mais le plus savant, le plus grand, le plus honoré de tous les médecins de l’antiquité fut Esculape, si célèbre par ses cures miraculeuses et par le culte étonnant qu’on lui rendit. Il guérissait les affections de l’àme par la musique et les jeux. Pour les maladies physiques, à l’usage de quelques médicaments il joignait les amulettes et ies talismans. Quelquefois il ordonnait aux malades de dormir

(I) Pausanias, liv. 1 et Homère, liv. 15 de V Odyssée.

dans une peau de bélier pour leur inspirer des songes favorables à leur guérison; voilà pourquoi la statue décrite par Casalius (1) le représente avec une tête de bélier au côté gauche, et pourquoi aussi on dit qu’AIexandre eut un songe par lequel il connut la racine qui devait guérir Ptolémée (2), et qu’Aspasie fut guérie d’un ulcère au menton par l’apparition en songe de Cyprès sous la forme d’un pigeon (3). La chair de porc, dane, de vipère,, le sang de taureau entraient dans la matière médicale d’Esculape; il donnait l’aurone [santoline commune) contre les vers. Higin dit qu’il est le fondateur de la médecine clinique. Pausanias, Galien, Tacite, Ëlian parlent de plusieurs cures miraculeuses d’Esculape, dont Philostrate et Aristophane ont eu l’irrévérence de se moquer. Les résurrections qu’opérait ce dieu de la médecine étaient si nombreuses qu’à la prière de Pluton, Jupiter foudroya le trop puissant Esculape , particulièrement pour avoir ressuscité Tyndare, Orion, Hymnée, Hippolyte, Glacus et quelques autres, comme l’attestent Panyasis, Polyanthe, Pline et Pausanias. Méprisant le témoignage de ces savants, Héraclite (4) s’avise d’avancer qu’Esculape a succombé aux suites d’une inflammation que Suidas dit être une fluxion de poitrine. Quoi qu’il en soit de la cause de sa mort , Esculape fut déifié , suivant Clément d’Alexandrie, cinquante-trois ans avant la guerre de Troie. On lui bâtit des temples décrits dans Pausanias et Strabon, et situés à Tithorée, en Phocide , à Epidaure, dans l’ile de Cos, à Mégalopolis, en Arcadie, à Cyllen, en Elide, à Pergame, et plus tard en Sicile, à Rome , etc. Pour desservir ces temples, on institua des prêtres ou ministres du dieu de la Santé. Avant d’introduire les malades dans le temple, on leur faisait des purifications, c’est-à-dire qu’on les faisait laver, baigner, purger, et qu’on leur faisait suivre un régime pen-

(1 ) De profond. Rom. ritibus. c. 7.

(2) Curt, lib. IX. c. 8.

(3) Elian. Var. lib. XII, c. 1. p. 540.

(4) De incredibilibus, c. 20, p. 78.

dant un certain temps, après lequel on était admis dans le sanctuaire pour y invoquer la toute-puissance du dieu. Les prêtres faisaient quantité de cérémonies et de prières, et l’oracle qu’on entendait, mais qu’on ne voyait jamais, ordonnait ce qu’il fallait faire et prononçait la sentence de salut ou de mort. On était forcé de suivre tout ce que l’oracle avait prescrit. Pour lui obéir, Aristide se crut obligé de manger du plâtre et de la chélidoine, ce qui le fit mourir hydropique (1). Pour ne pas compromettre la réputation d’Esculape, on avait soin de n’enterrer aucun mort dans le temple ou les environs ; il n’était pas permis d’y mourir; les malheureux incurables étaient jugés indignes de la bonté divine, et les prêtres les renvoyaient sans pitié terminer au loin leur triste existence. Mais les cures les plus simples même étaient publiées partout avec exagération; le peuple tes admirait et rendait grâce au divin Esculape. Les prêtres ne se contentaient pas d’une stérile adoration pour remercier dignement leur dieu; il fallait lui faire des offrandes en échange des bienfaits qu’on en avait reçus; il fallait, suivant ses moyens, donner des statues, des ornements, des vases, des médailles pour les temples , figurer en or, en argent ou en peinture les parties qui avaient été le siège du mal et confier aux prêtres la garde de tous ces objets (2). Pour transmettre à la postérité les guérisons miraculeuses, on en gravait sur des tablettes ( tabulæ votivæ) les principales circonstances. Du temps de Pausanias (3), le temple d’Épidaure, qu’on appelait pays saint , renfermait encore plusieurs de ces tablettes fixées aux colonnes. Gruter a recueilli celles qu’on a trouvées dans l’île du Tibre, et Hundertmarc (4) les a reproduites et expliquées. Springel (5) en a traduit plusieurs ; en

(1) Arist orat. sacra prima.

(2) Paus. lib. 1, c. 34, p. 131 et lib. X, c. 2, p. 146.

(3) Lib. 2, c. 27, p. 279.

(4) De incremcntis artis medicœ per expositioncm œgroiorum in vias publias et templa. (L. p. 1749, in-4e).

(5) Ouvrage cilé, p. 157, 1. ier?

voici une : « Dans ces jours, un certain Gracus, aveugle, apprit de l’oracle qu’il devait se rendre à l’autel pour prier, ensuite faire un voyage de la droite à la gauche, mettre les cinq doigts sur l’autel, lever la main et la porter sur les yeux ; aussitôt que cela fut fait, il recouvra la vue en présence et aux acclamations du peuple. Ces signes de la toute-puissance se manifestèrent sous l’empereur Antonin. »

Pour remercier Esculape de l’avoir guéri d’un ulcère à la tête, Échine composa des vers en l’honneur de ce dieu. Galien et Pline (t ) rapportent la fameuse composition de Veudemus , qui avait la vertu de guérir la morsure des animaux venimeux et qu’on avait gravée sur le portique du temple de Cos.

Pour célébrer les bienfaits d’Esculape et en perpétuer la mémoire, ses prêtres établirent des fêtes qu’on appela Asclepies , t à Aa^Treta , dans lesquelles le peuple se rangeait en procession : les prêtres et la statue d’Esculape ouvraient la marche; des torches, des flambeaux, des emblèmes étaient portés avec pompe. On chantait des hymnes à la louange du dieu fêté ; ensuite on mangeait, on buvait ensemble, on s’exercait à la lutte, puis on faisait des offrandes (cet article n’était jamais oublié), et le tout se terminait, comme chez les Corybantes, par de nouveaux chants, des danses et des jeux extravagants.

De même que les prêtres d’Égypte, ceux d’Esculape avaient le droit exclusif d’exercer l’art de guérir, et de n’admettre aucun profane sans l’avoir initié aux mystères de la science et lui avoir fait jurer , par Esculape et tous les autres dieux , de garder inviolables les secrets qui lui seraient révélés.

Cette loi, qui forçait les fils d’embrasser la profession de leurs pères, se retrouve chez tous les anciens peuples. Sous l’injuste prétexte de ne pas confondre les classes, de conserver la pureté des générations, de perpétuer les privilèges, on corn-

(1) Galenus, De Anlidol, lib, II, p. 452 el Pline, liv, 20, c. 2i,

promettait l'intérêt général, et loin de favoriser le progrès des sciences et des arts, ceux qui étaient obligés de s’y livrer sans aucune disposition naturelle pouvaient perdre le fruit de plusieurs siècles d’expérience et de combinaisons. On doit regarder cet usage antique comme un grand obstacle au perfectionnement. Ce serait une erreur évidente de croire que l'habitude d’être livré au même genre de travail doive seule favoriser la perfection. Pour exceller, il est indispensable de joindre l’aptitude à l’exercice. Etre inférieur dans la science qu’on a étudiée ou dans l’art qu’on a appris prouve qu’on était né pour tout autre chose. Il y a des médecins qui ont cinquante ans de pratique et pas un an d’expérience, parce que celle-ci ne se compte que par le nombre de faits qu’on a su voir.

Maehaon et Podalire, fils d’Esculape, se distinguèrent à la guerre de Troie, tant par leur héroïsme militaire que par leur zèle à panser les blessés. Machaon soigna Ménélas de la blessure que Pandore lui avait faite,' et il guérit Philoctète de la claudication que lui avait causée une flèche imprégnée du fiel de l’hydre du marais de Lerne. Anticlea, fille du roi de Messénie, était la femme de laquelle il eut plusieurs fils qui héritèrent du royaume de leur aïeul, et qui probablement furent médecins.

Podalire est le premier qui ait pratiqué la saignée; il fit cette opération aux deux bras de la fille du roi Damcithus pour la guérir d’une chute qu’elle avait faite du haut d’une maison. En reconnaissance de cette cure, ce roi lui donna sa fille en mariage et la Chersonèse, où Podalire fit bâtir deux villes, l’une qu’il appela du nom de sa femme S yrna, et l’autre Bybassus , nom du berger qui l’avait reçu après un naufrage.

Machaon et Podalire paraissent avoir méconnu la médecine ; on ne rapporte d’eux que des cures chirurgicales. Homère ne dit pas qu’ils aient donné des conseils contre la peste. Il fallait que Machaon n’eût guère de connaissances en médecine pour prendre le dégoûtant breuvage qu’on lui présenta quand il fut

blessé (1). Cette ignorance de la médecine a fait croire à Celse que la chirurgie était la plus ancienne partie de l’art de guérir (2).

De la guerre de Troie à celle du Péloponèse, c’est-à-dire du vingt-huitième siècle au trente-sixième, la médecine, dit-on, est restée dans les ténèbres et n’a été rendue à la lumière que par Hippocrate : « Séquentiel ejus ( medicinæ ) à trojanis tempo ri bus mirum dictu in noete clensissima latuere , usque ad Poloponesiacum hélium . Tune eam in lueem revocavit Hippocrates , » Plin. lib 20, c, I). Cependant, les descendants d’Eseulape, qu’on appela Asclepiades, pratiquaient la médecine dans toute la Grèce. Eratosthène, Phérécydes, Apollodore, Polyanthus ont écrit sur ces médecins; mais leurs ouvrages sont perdus. Thalès, Epiménide de Cnosse et autres philosophes réfléchirent sur la nature de l’homme ; ils se livrèrent à une médecine spéculative, et les Asclépiades formèrent trois écoles où les malades étaient traités et la médecine enseignée. Ces

écoles étaient à Rhodes, à Cos et à Cnide. La première ne fut pas de longue durée; les deux autres florissaient en même temps que celle d’Àgrigente, où était Pythagore. Galien place celle de Cos au premier rang, celle de Cnide au second, et celle de Sicile au troisième. Hérodote parle aussi d’une école de médecine fondée dans le temple d’Esculape à Cyrène, et d une autre à Crotone, patrie de Démocède, qui guérit Polyerate d’une grande maladie, traita Darius d’une luxation au pied et la reine Atossa d’un cancer au sein. Polvclète, médecin du cruel Phalaris, tyran d’Agrigente, était de l’école de cette ville.

11 nous reste très-peu de renseignements positifs sur toutes ces écoles. Les prénotions coaques résultent d’observations sans raisonnement faites par les médecins de Cos. En parlas!

(I; Dit fromage , des oignons et de la farine Pramme.

’i Dr re nu dicü. //ont IJiud. ~ I . v tPlO.

délavée dans du vin do

de Cnide, Hippocrate dit qu’on y trouve l’histoire des maladies comme aurait pu la faire quelqu’un qui n’aurait rien su en médecine, et qu’on n’y trouve rien de ce qu’un médecin doit savoir avant le rapport du malade (1). Euryphon a passé pour être l’auteur des sentences cnidiennes. L’école de Pythagore lit beaucoup de bruit ; les idées extraordinaires de ce philosophe le rendirent le plus célèbre de son époque. En parlant des pythagoriciens, nous verrons quels étaient leurs principes.

Dès le temps de Pythagore, tous les philosophes grecs étudièrent la médecine, qu’ils confondirent avec la philosophie ; Us sentirent que ces deux sciences étaient inséparables, qu’on ne pouvait pas être philosophe sans avoir étudié l’homme. Ici, le raisonnement commence l’application de la physique à la médecine. Mais le défaut de pratique, l’ignorance en anatomie et le goût naissant des systèmes s’opposèrent encore à l’exactitude des connaissances.

Les philosophes donnèrent pour des vérités des erreurs d’autant plus nuisibles à l’avancement de la science qu’elles étaient étayées de quelques principes vrais , et rendues spécieuses par une dialectique brillante, mais toute sophistique. Ëmpédocles, le plus remarquable des disciples de Pythagore, a écrit en vers sur la médecine. Ses idées sur la respiration, l’ouïe, la chair, les semences des plantes, n’ont contribué en rien à la découverte de la vérité, qu’à l’égard de la médecine on ne saurait rencontrer hors de la connaissance intime de l’homme.

Ëmpédocles a été soupçonné de magie, parce qu’il disait à Gorgias, son disciple, qu’il lui apprendrait les secrets de guérir toutes sortes de maladies, de rajeunir les vieillards, d’apaiser les tempêtes, de ressusciter les morts, etc. Il détourna à ses frais le cours de deux ruisseaux, dans l’intention de détruire les causes de la peste qui désolait Selinunte , ce qui lui valut les honneurs divins. Avant de se précipiter dans l’Etna, Em-

(I) Hippoe. Pc ratione vicias in acttiix, lib. !.

pédocies guérit une femme d’Agrigentc qui était abandonnée de tous les médecins (1).

Suivant un ancien commentateur de Platon, Alcméon est le premier qui se soit permis de disséquer un animal, mais il faut que ses recherches n’aient pas été poussées bien loin et qu elles aient eu peu d'influence, car personne n'en a profité. Acron, médecin d’Agrigente, a écrit un livre de médecine en dialecte dorique. Il florissait à Athènes du temps d’Empédocles. Heraclite s’est aussi mêlé de médecine. Il a prétendu que l’urine se formait dans la vessie comme la pluie dans la seconde région de l’air, que le feu était le principe de toute chose, que tout dans l’univers doit être rapporté au destin. Ce philosophe fit un livre sur la nature et le déposa dans le temple de Diane. Ce livre était très-obscur, afin que personne du peuple ne pût le comprendre. Héraclite parlait rarement; quand cela lui arrivait, il ne disait rien que par énigme. Pour consulter les médecins sur l’hydropisie dont il était attaqué, il leur demanda s’ils pourraient convertir la pluie en un temps sec et serein; voyant qu’on ne l’entendait pas, il alla dans une étable à bœufs, où il mourut asphixié, pour s’être couvert de fumier dans l’espoir de dissiper par la transpiration l’eau qui causait sa maladie. Se croyant médecin pour avoir passé sa vie à pleurer ou à imaginer des extravagances, et jugeant les autres d’après lui, Héraclite a dit qu’il n’y aurait rien de plus sot qu’un médecin s’il n’y avait pas des grammairiens (2).

Diagoras, Antigènes, Cegimus, Euriphon, Hérodicus, Democrite, ont été philosophes, médecins et contemporains d’Hippocrate. Diagoras embrassa l’étude de la nature en grand; il reconnût des lois au moyen desqüelles il pouvait tout expliquer, sans avoir recours aux dieux; il professa l’athéisme, et fit des livres pour répandre ses idées ; mais la religion païenne s’offensa des vérités qui pouvaient la détruire. Les

(1) Voyez Plutarque.

(2) Voy Diogène Laërce, et Plutarque.

Athéniens bannirent Diagoras, brûlèrent ses livres et promirent un talent à qui le tuerait.

Démocrite a beaucoup écrit en médecine, il a traité de l/i nature de Fbomme, de la peste, du pronostic, de la diète, des causes des maladies et des choses qui sont contraires au corps; il a aussi écrit sur les plantes etles animaux. Pline (1) rapporte que ce philosophe a imaginé un remède pour avoir de beaux et bons enfants. Ce remède est composé de pigeon, de myrrhe, de safran, de vin de palmier et de lait. Cœlius aurelianus nous apprend que Démocrite donnait contre la rage une décoction d’origan qui devait être bue dans une coupe sphéroïde. II traitait l’éléphantiasis par la saignée et une herbe qu’on ne connaît plus; il savait fondre les cailloux, faire des émeraudes et amolir Fi voire.

Les abdéritains, ses compatriotes, le crurent fou, parce qu’il avait avancé que la cause de la folie dépendait de l’organisation du cerveau; pour le guérir ils appelèrent Hippocrate qui fut enchanté de sa conversation savante et déclara que ce philosophe était le seul sage d’Âbdère. Pour témoignage de l’estime que lui avait inspirée Démocirte , Hippocrate écrivit ses ouvrages en dialecte conique.

Ce précis des connaissances des plus anciens peuples, démontre qu’ils ont complètement ignoré la science médicale; que dans certains pays, la salubrité parfaite du climat et la simplicité des mœurs ont prévenu les besoins qui auraient pu la faire découvrir; que l’absence des conditions sociales a dû s’opposer à sa culture ; que partout et de tout temps jusqu’à Hippocrate, l’erreur, les préjugés, Fimposture religieuse ou politique» ont comprimé l’esprit d’observation et anéanti l’expérience à mesure que les circonstances l’offraient aux hommes, Que des milliers de siècles auraient pu s’écouler ainsi sans que jamais il fut possible d’arriver à des connaissances exactes, susceptibles d’être liées par le raisonnement.

(!) Lib. 24, cap. 17.

Néanmoins, les remarques et les observations imparfaites des Àsclépiades; les idées systématiques de Pythagore et de ses nombreux disciples, les réflexions, quoique souvent erronnées de plusieurs autres philosophes, déterminèrent la recherche de la vérité, et préparèrent la création d’une médecine scientifique : la théorie vint au secours de la pratique et vice versa. Enfin Hippocrate naquit, et la médecine fut.

Tours, imp. Tadevèze.

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