ÉGYPTIENS
Les Assyriens, les Égyptiens, les Babyloniens, les Perses, les Hébreux, ont confondu la. médecine avec la théologie et l’astronomie. Osi ris, Isis, Hammon, Thoüth, Eseulape, Baechus, Zoroastre ont été considérés comme les inventeurs de la médecine. et le Dieu d’Israël comme pouvant guérir les incurables. Les Chaldéens, les Choens ou prêtres d’Égypte, les mages, les prophètes, les lévites étaient les ministres de ces dieux. Dispensateurs de la volonté divine, les prêtres réunissaient la puissance au savoir mystique; ils commettaient au nom des dieux toute espèce d’impostures. « Quand les peuples d’Égypte eurent des caractères alphabétiques , les Choens en prirent de différents qu’ils appelèrent sacrés, afin de mettre toujours une barrière entre eux et le peuple. Les mages, les brames en usaient de même, tant l’art de se cacher aux hommes a semblé nécessaire pour les gouverner » (1 ).
(l) Voy. Sprengel, déjà cité. t. I,r, p. 205.
(1) Volt. Essai sur les mœurs , etc . t. I,r, p. I 10. éd. de Talissot.
Les cures qu’opérait la nature, seule ou aidée de quelques médicaments, furent attribuées à l’efficacité des pratiques ridicules qu'on y joignait. Les dieux en eurent toute la gloire; il fallut les en remercier; on leur apporta des offrandes, et les prêtres se chargèrent de les faire agréer.
Néander (1), Mac robe, Le Clerc et autres prétendent que les
sciences et les arts ont pris naissance en Egypte. Ce que nous avons dit sur l’antiquité des peuples diminue les probabilités de
cette opinion. Cependant, il y avait en Egypte des médecins, environ 400 ans avant Moïse, comme nous l’apprend lui-même ce prophète, en parlant de Joseph M qui ordonna à ses médecins d’embaumer le corps de son père (2). Clément d’Alexandrie dit que Moïse a appris la médecine en Égypte.
. Les Égyptiens exposaient les malades sur les places pupliques pour recueillir les avis divers des passants et faire l’application de ceux qui paraissaient les plus salutaires. Hérodote rapporte que les Babyloniens avaient la même coutume ; Strabon en dit autant pour les Assyriens et les Portugais. Bacchus dieu et roi d’Assyrie, de Lybie et des Indes, a découvert les vertus du lierre et enseigné l’usage du vin. Un des Zoroastre a fait un livre sur la médecine des bêtes. Galien parle d’un livre de Mercure égyptien qui traite des trente-six herbes des horoscopes, et Diodore, d’uu autre livre, appelé sacré , qu’on était obligé de suivre en tout point, sous peine d’être condamné comme meurtrier, si le malade mourait. Ce Mercure, que les Grecs appelaient Eppvç xpia^iya toç , Trismégiste (trois fois grand), a composé, dit-on, quarante-deux livres, dont six devaient être appris par les pastophores (3). Le 1er de ces six
(1) Dubium non est apucl Ægyptios artem didiciss.e et inde Græciæ intulisse: Ægyptus enim totum terrarum orbem uberibus sapientiæ fontibus irrigavit ut recteMacrobius Ægyptum artiurn matrem , Ægyptiosque omnium philosophiœ disciplinarum parentes appellarit. P. 17 de son ouvrage sur Y Origine et les antiquités de la médecine.
(2) Præcipit Joseph ministris suis meclicis ut aromatibus patrem , etc.(Gen., 50-
(3) Prêtres d’Égypte qui exerçaient la médecine et portaient le lit de Vénus l'ertains jours de cérémonies.
livres, traite de la construction du corps; le 2e des maladies; le 3° des instruments ; le 4e des médicaments; le 5e des maladies des yeux ; et le 6e des maladies des femmes (4). L ’Asclepius, r Intr o mathématique et tant d’autres livres attribués à ce même Thoiith, Hermès on Mercure, sont supposés d’après l’avis de Galien (2); suivant Jamblique, ils ont été composés par des prêtres égyptiens (3) , et Cudworth (4) , pensent que ces livres ne sont pas plus anciens que J.-C., et qu’ils résultent en partie des recueils que les Pythagoriciens ont fait avec les inscriptions gravées sur des colonnes égyptiennes.
Les cures qu’opérait Hermès étaient toujours miraculeuses. 11 lit présent à Ulysse de l’herbe appelée moly , pour le rendre insensible aux charmes de Cireé ; il conseillait le corail pris dans du vin pour guérir la morsure des serpents. Dans l’hymne à Mercure, attribuée à Orphée, il est parlé de la grotte où ce dieu médecin guérissait plusieurs maladies ; la plante qui porte encore son nom, la mercuriale , était pourtant destinée à un usage tout physique, le même qu’aujourd’hui : GKtius cite JSechepsus , roi d’Égypte, comme ayant composé des livres de magie, d’astronomie et de médecine.
Lline et Juliens Firmicus font mention de Petosiris, médecin dont les dames romaines consultaient les livres pour savoir l’heure la plus convenable aux repas.
Suidas dit qu’Iachen, autre médecin égyptien, a écrit sur les amulettes et les enchantements, et qu’il pouvait tempérer 1 ardeur de la canicule ; on lui faisait des offrandes et ou l’implorait contre la peste, qu’il avait la puissance d’empêcher ou de faire cesser.
Les Egyptiens prétendaient qu’/s/s faisait rêver aux malades les remèdes qui leur convenaient , et que l’efficacité de ces.
I; Yoy. vil ht. de lu Med., par Le Clerc.
'!) !>e faciU .'iimplic. médicam. lit». VI, p. OS et 0!). (•V) f)c myulerits Æfjypt. lih. VIII, c. L p 100, j Système intellectuel . p :>I0 cl ,r»0û.
remèdes surpassait toute la science des médecins (î). Artèmidore (2) assure avec confiance que les dieux guérissent beaucoup de maladies, qu’ils donnent des ordonnances comme les médecins, que cela est si évident, qu’il est inutile de le démontrer.
Esculape, égyptien, élève de Thoüth, fut aussi grand médecin, il fit beaucoup de cures miraculeuses pour lesquelles il obtint l’apothéose, un culte et des offrandes.
Aristote (3) parle d’une ancienne loi d’Égypte qui défendait aux médecins de remuer les humeurs (purger) avant le quatrième jour de la maladie, à moins qu’ils ne voulussent le faire à leurs risques et périls. Diodore rapporte que la médecine des Egyptiens se réduisait à l’abstinence, aux vomitifs et aux lavements (4). Cependant, on sait qu’ils employaient la scille contre les hydropisies qui régnaient épidémiquement aux environs de Pelusium.
Haropollo dit que la pierre d’aigle était administrée dans les mêmes cas et dans la tympanite, et qu’on donnait l’infusion de capillaire contre l’esquinancie. Suivant Strabon, pour se purifier, les prêtres égyptiens se faisaient vomir, se purgeaient et prenaient des lavements trois fois par mois. Quand ils administraient quelques médicaments, ce n’était jamais sans y joindre l’appareil de charmes et de purifications auxquelles ils attribuaient de bons résultats.
Il ne paraît pas que l’art d’embaumer ait fait connaître l’anatomie aux Égyptiens. La manière de procéder à l’opération était trop grossière pour qu’on pût en retirer des connaissances exactes sur l’organisation. Après avoir retiré le cerveau au moyen d’un ferrement, après avoir coupé la quantité de chair prescrite, fait l’incision et enlevé les intestins, on s’empressait
(1) Los magnétiseurs d’aujourd’hui ne semblent-ils pas avoir établi leur mystérieuses et ridicules pratiques sur cette absurdité égyptienne?
(2) Liv. 4, ehap. 2i.
(0) Polilicor, lib. 3, cap, 15.
(4 Lib. I .
de plonger les cadavres dans le / latruni , et au bout de soixante et dix jours, on les lavait, on les embaumait ; puis, suivant l'espèce d’embaumement, la fortune des parents, le bien ou le mal qu’avaient fait les défunts, on les mettait dans un étui de bois peint, debout dans une chambre, ou bien on les enterrait et on les jetait dans le Nil, s’ils avaient été condamnés à l’infamie. Les Egyptiens embaumaient les corps afin de les conserver plus longtemps, parce qu’ils croyaient que l’âme ne s'en séparait qu’après la destruction complète de la matière (t). Cette croyance inspirait une telle horreur pour les autopsies cadavériques, un tel mépris pour le malheureux prosecteur (l’embaumeur), qu’on le lapidait immédiatement après l’opération (2). Ce ne fut que sous le règne des Ptolémées qu’on ordonna quelques ouvertures de cadavres, pour découvrir la cause des maladies. Si les prêtres égyptiens avaient eu les premières notions d’anatomie, auraient-ils cru que le cœur allait en augmentant de volume pendant les cinquante premières années , et qu’ensuite il diminuait jusqu’à lif mort naturelle (3) ? Pline (4) rapporte qu’ils croyaient que du petit doigt de la main droite il partait un nerf ou tendon qui se rendait au cœur, et que c’est pour cette raison que dans leurs offrandes ils plongeaient ce doigt dans le sacré calice.
Les connaissances chimiques des prêtres d’Égypte se réduisaient à quelques préparations pharmaceutiques, à des dissolutions minérales et à des calcinations, au moyen desquelles ils semblaient opérer des miracles aux yeux du peuple ignorant. Galien (5) et Bergmann (6) ont beaucoup exagéré, en parlant de la chimie des Égyptiens. Ce n’est même que du temps des Ptolémées qu’on a su quelque chose de cette science.
(1) Voy. Hérod. éd. de Larcher, t. 2, p. 67 ; Diodore de Sicile, Plutarque,
(2) Diod Sicul. lib. i, g 91, t. 1, p. 101.
(d) Yid. Macrob, Saturn. lib. VII, c. 13, p. i3H'.
( i) Lib. IX, c. 37,
(î>) Dr. comfont, medicam. lib. Y,, p. S70.
(6, Lib. c, p. 26.
On ne peut pas assurer non plus que Moïse fût un grand chimiste, parce que l’Écriture dit qu’il lit calciner le veau d’or pour le suspendre dans l’eau et la faire boire aux Israélites. Mais, dans ses livres sur l’hygiène, il fait preuve de quelques connaissances médicales ; il décrit la lèpre blanche, ses variétés, ses terminaisons, et conseille, pour la guérir, la propreté, les fumigations et le régime. Les lévites traitaient cette maladie par l’isolement du malade, la purification de son corps et les sacrifices d’agneaux, d’oiseaux et d’huile (I).
L’explication de la loi est la seule science que les Israélites aient cultivée jusqu’à David. Suivant la Bible, ce roi connut aussi la médecine : il opéra plusieurs cures miraculeuses; et quoique rongé d’ulcères, il imagina de prolonger son existence, en admettant à sa couche une jeune personne dont les émanations étaient vivifiantes. Avec les sons harmonieux de sa harpe, il guérit le roi Saül de la profonde mélancolie que lui avait envoyée Jéhovah ; et, pour récompense, Saül conspira la mort de David.
Le roi Asa , devenu impie, meurt d’un accès de goutte pour avoir préféré les secours des médecins à l’invocation du Seigneur.
Salomon s’est aussi mêlé de médecine. Le livre des Rois (2) dit qu’il connaissait les animaux, les plantes et leurs vertus. Athan , Heman , Chalcol , Dordci , tous quatre fils de Machol, étaient médecins contemporains de Salomon (3). Suidas (4) attribue à ce roi un livre qui traite des remèdes pour toutes les maladies . On l’a fait aussi auteur de plusieurs autres livres. Celui qui se nomme la Clavicule de Salomon contient la magie judaïque. Le rabbin Elias parle de trois anges qui présidaient à la médecine : Senoï, Sansenoï, et Sanmongelof.
(1) Voy. Sprengef ouvrage cilérp. 56, vol.
(2) Rois, liv. J, c. 4.
(3) Voy. riiisloricn Joseph.
(i) ht voce Kréchias.
Les mages n’eurent pas des connaissances plus exactes que les prêtres d’Egypte; mais ils les surpassèrent en superstitions. Leur Zoroastre ou Cham est réputé l’inventeur de la magie, que par suite on divisa en trois espèces : la magie persique ou celle de Zoroastre, la judaïque ou celle de Moïse et la grecque dont parle Homère. Il y avait aussi une magie blanche ou divine, et une magie noire ou diabolique ; cette dernière servait à connaître l’avenir, en évoquant les morts ; c’est pourquoi on l’appelait nécromancie.
Toutes ces sciences magiques si célèbres consistaient en un mélange de tours de physique, de fantasmagorie, de médecine théurgique et d’une théologie basée sur de secrètes impostures. Tout était possible à la magie; on pouvait guérir les incurables, prévoir les événements, gagner le ciel ou des batailles, faire la pluie, le beau temps enfin, tout par l’influence des charmes, des amulettes, des purifications, des prières, mais surtout par les offrandes et les sacrifices, sans lesquels l’oracle et les prêtres étaient inexorables. — N’en est-il pas de même de notre temps? il n’y a de changé que la forme . Nihil novi sub so/c.