‹ Essai sur les confessions de Saint AugustinChapitre 1 sur 13 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Il o'esl pas sans quelque danger de faire un nouvel Essai sur les Confessions de saint Augustin. Le plan des Confessions ofl're tant d'irrégularités et l'ouvrage contient une si grande aixumulation d'idées diverses qu'on ne peut se contenter de dire : j'ai suivi l'auteur lui-même dans tous ses récits, dans toutes ses prières , dans toutes ses rêveries. Vous ètes«vous fait, dira-t*on, le commentateur des Confessions? Non : telle n'était pas ma pensée ; les Confessions n'ont pas besoin d'un commentaire.

Ce qui m'a séduit , je l'avoue témérairement , c'est un peu rirrégularité du plan et le grand nombre d'idées éparses dans ce livre. Il m'a semblé que je retrouvais, réfléchie dans un miroir fidèle, non-seulement la vie d'Augustin jusqu'à sa conversion, mais encore son âme toute entière. Nulle part il ne s'est ainsi révélé. Prenez les sermons , vous verrez l'orateur; les ouvrages de controverse, vous verrez le chef de parti , fait pour la lutte et prompt au combat; les traités de Ordine , de Immorlaliiate animœ , etc. , vous verrez le philosophe; et c'est ainsi que chaque série des ou* vrages d'Augustin vous fera connaître son génie par quelque côté. Mais les Confessions nous amènent naturellement à envisager ce génie sous ses diverses faces. Voilà le motif ou du moins Texcuse de mon projet.

Dans un premier chapitre il est question de l'ouvrage même. On y voit d'abord en quoi les Confessions d'Augustin diffèrent des autres livres qui paraissent , au premier aspect, leur ressembler. En effet, rien ne contribue mieux à nous faire connaître l'homme que cette sincérité , cette hu-

milité , ces remords sans cesse exprimés qai font l'originalité des ConfessioDs. La nature , la composition , les digressions même de l'ouvrage s'expliquent en même temps par les grandes vues du saint docteur et les grands devoirs qu'il s'était imposés. Dans les deux chapitres suivants , je m'occupe du caractère de l'écrivain, dans le second, des affections, dans le troisième, de l'imaginalion de saint Augustin. Voici le plan de ces chapitres : étudier d'abord ses amours et ses liaisons coupables, et, à ce propos, sa théorie sur le mariage et le célibat; montrer ensuite comment il s'est élevé de ces amours terrestres à l'amour de Dieu , et traiter , à ce propos , de ses théories mystiques ; de là; redescendre sur la terre pour parler de l'amitié, de l'amour paternel et de l'amour filial chez l'auteur des Confessions, puis enfin, de son amour pour son peuple. Des qualités du cœur, je passe aux qualités de l'imagination : je montre l'imagination du jeune Augustin s'exaltant à la lecture de Virgile, ce qui conduit à chercher sa pensée sur les études profanes; un peu plus loin, son jugement sur Térence me mène à exposer les idées qu'il a professées sur le théâtre, à une époque où l'Eglise luttait avec persévérance contre les habitudes invétérées de la société païenne. Je termine en parlant des théorie^ de saint Augustin sur l'art.

Le Manichéisme a rempli sa jeunesse : les souvenirs du Manichéisme remplissent les Confessions. Le quatrième eha* pitre est intitulé ^aint Augustin Manichéen. Je montre ainsi, en premier lieu» de quelles idées il a subi l'empire, en second lieu , pour quelles causes et par quelle voie il a quitté l'erreur; en troisième lieu , comment, dans sa polémique ardente, il sait attaquer et réfuter l'hérésie.

Au chapitre suivant , il s'agit du professeur de rhétorique et de l'orateur; de son enseignement à Thagaste, à Car* thage, à Rome, à Milan. Le jeune rhéteur , à Milan, trouve saint Ambroise , dont la parole le charme (et le captive :

ici j'ai comparé Téloquence de saint Ambroise à celle de saiot Augustin; puis, revenant aax théories de saint Augustin sur Tart oratoire, j'ai parlé rapidement du traité delà Doctrine chrétienne , sans tenir compte de la date de ce traité, parce que, comme me l'a très-justement fait remarquer M. Egger, « la rhétorique de saint Augustin ne diffère » pas de la rhétorique enseignée avant lui par les rhéteurs » de bon sens. » Ce chapitre Qnit par la conversion de saint Augustin; en effet, sa position officielle dans l'enseignement était le dernier lien qui le rattachât aux espérances du siècle et à la vie du monde. Augustin quitte enfin sa chaire de rhétorique.

Dans un dernier chapitre , j'expose et je discute les idées philosophiques émises par saint Augustin dans ses Confes* sions : T sur la mémoire, 2' sur le temps. S** sur la création; ces idées se rattachent l'une à l'autre par un lien étroit. C'est ce qui fait que je n'ai pas voulu parler du problème philosophique de la création dans le chapitre sur le Manichéisme.

Ai-je donc consacré mon temps et mes soins à poursuivre de parti pris, et d'un bout à l'autre de mon livre , le Iriom* phe de quelque idée historique ou philosophique? Non : celte courte étude est un essai de critique littéraire et mo* raie où je passe en revue plusieurs questions sans idée pré* conçue et sans esprit de système. Si l'on me demande quelle est nlon intention, la réponse est simple : J'ai voulu envisager le génie d'Augustin sous ses diverses faces, en m'attachant surtout aux Confessions.

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