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CHAPITRE IV

LE CHAPELAIIV ANDRÉ.

D' Arétin serait le premier panégyriste des cours d'amour, édi* leur d'une suite d'arrêts extraits d'un manuscrit latin (bibliot. de Munich) ; mais il décline lui-même cet honneur en signalant deux impressions fort rares > Tune du XV.^ siècle , sous le titre de : Tractatus amoris et de amoris remedio Andreœ capeUani papœ Innocenti IV; l'autre, de Tannée 1610, sous celui de Erotiea ieu amatoria Andrew capellani re^i (1). Raynouard découvrit postérieurement, dans la bibliothèque de Paris, une autre leçon et s'en est servi dans son traité avec talent et avantage. Nous ne tairons pas non plus combien Tanonyme de Leipsicka mérité de la science en se livrant à de laborieuses investigations sur ce merveilleux ouvrage et croyons à propos d'en donner nous-mêrae une analvse.

L'œuvre entière peut être considérée comme une sorte d'épitome de règles salutaires aux amants , dédié à un certain Gautier, auquel Fauteur continue de s'adresser dans. tout le cours du livre. Il comprend deux parties, comme l'indique déjà le titre du manuscrit de Paris : Incipit liber de arte amandi et de reprobatione amoris ; la seconde toutefois est traitée fort

(i) li paraîtrait que le second éditeur n'avait pas connaissance de la première édition , car le titre porte :

Nunquam ante hac édita , sed ssepius desiderata. Nunc tandem fide diversorum M.-SS. codicum in publicura emissa a Detfamaro Mulbero. Dorpmundae, tjpis Westhoviams, anno. Una Gastb et Yshb aMasBa. (i6io.) Trad,

(i) Voyez Beitrage zur Geschichte und litteratur. Stûck., 5 nov. i8o3,p. 67,

(t) Le manuscrit N.<> 875b est le même dont nous nous sommes servi.

succinctement; l'autre se subdivise en nombreux chapitres, dont le premier» exposant les principes généraux» semble tenir lieu d'introduction. Capitulum primum est de prœfatione liber, (1) Quid sit amot'-^ Qualiter amor dieitur poisio — Inter quos essepotestamor'^ Unde dtcitur amor— Qtifd sit effectué amoris — Quœ personœ aptœ sint ad amorem — Quo tempore consuevit amare masculus et- quo femina ? Le second et les suivants enseignent : Qualiter amor acquiratur et quot modis. » Nommément : « Qualiter debeat loqui plebeius plebeiœ^ qualiter » plebeius loqui débet nobili feminœ» 9 La manière de prier d'amour une personne du même rang ou de condition différente; le tout enferme de dialogue. Mais quelle tactique faut^il employer ft l'égard d'une fenime qui ^se refuserait à l'amour par appréhension de ses tourments? L- auteur entame ici une description allégorique de la cour du dieu, dont l'effet immanquable doit être de fléchir l'inhumaine (fol. 30, ms. Paris). On le rapporte, et le fait est vrai : au milieu de l'univers s'élève le palais de l'amour, présentant quatre &ces resplendissantes des plus riches ornements, et autant de portes de la plus grande beauté. L'amour et les collèges des dames sont seuls dignes d'habiter ce palais, le Dieu s'est également réservé la porte d'Orient , mais les

autres restent accessibles aux autres ordres des dames

Gomme j'étais attaché à la personne de mon noble seigneur Robert , et qu'un jour, par une chaleur accablante , nous chevauchions avec lui et bon nombre d'hommes d'armes à travers la forêt royale de France, notre route boisée nous amena dans un lieu avenant et délectable. C'était un herbage qu'entouraient en tous sens.des arbres touffus. Nous mimes pied à terre et

(i) Qu^est-ce qae l'amour? — Quand est-il dit passion? — £ntre celles personnes Pamour peut-il exister? — Quels sont les effets de Pamour? — Quelles personnes sont aptes à l'amour? -- • A quel âge l'homme et la femme commencent-ils à aimer ?

laissâmes nos chevaux paître en liberté. Quelques iastants de sommeil eurent bientôt réparé nos forces et nous pensâmes à rassembler nos montures dispersées (1). Tout-à-coup le chapelain se trouve seul et voit venir à lui, sur un coursier aux formes admirables, un homme couronné d'un diadème d'or. » Aipiciens vidi hominem prœcedentem et in spectubili equo atque nimis formoêo sedentem^ aureo dyademate coronatum. » C'est le Dieu d'amour. Il est suivi de trois troupes d'amazones , mais chacune d'un aspect bien difiTérent. Une dame apprend à André : que cette première cavalcade, de si magnifique apparence , comprend celles qui , pendant leur vie , ont aimé en toute convenance et ont fidèlement accompli les préceptes du maître. La seconde : ceUes qui avaient un cœur bannal, et la troisième , si chétive et si minable ^ celles qui trop long-temps sont restées insensibles à la voix de l'amour (2). Vient la marche du cortège vers la demeure du dieu, et la peinture de ce paradis de délices où, sous un arbre enchanté, près d'une fontaine jaillissante ,

(i) Fertur, etenim et est. verum , in mundi medio amoris .constructum esse palatium , quatuor ornatissimas habens faciès et in facie qualibet est porta nulcherrima valde. In ipso autem palatio soins amor et dominarum meruerunt habitare coUegia. Orientalem quoque portam solus sibi deus appropriavit amoris , ali» vero très pertsB cseteris dominamm sunt ordinibus deputatsB....

Cam cujnsdam etenim domina mei nobilis summi viri Roberti armigeri coustitutuf adessem , et die quadara in sstu magno calorîs per regiam Frantiœ silvam cum ipso et multis aliis militibus equitarem, in quemdam nos amenum valde locnm et delectabilem via silvestris deduxit Erat quidem locus herbosus et nemoris ondique vallatus arboribus. In quem cum descendissemus omnibus equis per pascna dimissis et nobis aliquantulum sompni refectis sopore j^ost modum vagantes festinanter qusrere statuimus equos.

(i) Lelaîdel frot publié par MM. de Montmerqué et Fr.-Miobel , pourrait bien avoir servi de tbème à notre chapelain.

Lorois , chevalier de la table ronde , chevanchoit vers la forêt du Morois es Comouaille :

En la foret s'en veut aler Four le rossegnol escouler.

trône la reiae d*amour, le front ceint d'une couronne étincelante. Parée des vêtements les plus précieux, elle tient à la main une baguette d'or, a Regina amorti, splendidissimam suo capiiê ferens coronam , et ipsa pretiosisêimii iedebat vntibuê ornata auream manu virgam tenens. » Le roi pénètre dans cet Éden avec la première bande et se prosterne aux pieds de la reine , qui le serre dans ses bras. La seconde bande s'établit dans une délicieuse prairie , abritée des rayons du soleiU et la troisième dans une plaine brûlante, aride et parsemée d'épines. C'est alors que l'auteur s'approche du monarque et lui demande

11 allait y pénétrer, lorsqu'il vit ▼«nir une cayalcade de quatre-vingts demoiselles portant diapeb de roses et d^églantine , d'où s'échappaoîent les treises

De lor ceveus , ki sor l'oreille Pendent , les la face vermeille.

Elles montaient des palefrois blancs, dont le galop était plus rapide que celui du plus haut cheval d'Espagne. Chacune était suivie de son ami ; et tout en chevauchant on échangeait de tendres baisers, et l'on parolait d'amors et de chevalerie. A cette troupe d'amazones en succéda une autre qui se composait de quatre-vingts ■dames , absolument équipées de la même manière.

Et . J. petit d'iluec après , Avoit grant noise en la forest De plaindre douloureusement:

Si TÎ pnceles dusc* a cent Fors d*icè foret issir.

CtUes-ci avaient pour montures des roueins noirs, maigres et efflanqués , qui

Trotaient si durement

Qu'il n'a el mont sage ne sot

Qui peut soffrir si dur trot

Une lieuete seulement

Por. XV. mile mars d'argent.

Le ehevalier ne savait que penser et se signait d'étonnement. Enfin une dame lui exp&gue que ces demoiselles qui

.... Si gruit joie font Car cascune selonc lui a

ses préceptes; la supplique est accueillie favorablement, mais ces dogmes sacrés» il faut qu'il s'engage aies répandre dans tout le monde, pour Tutilité et l'édification de la généralité des amants.

Incipiunt XIII amorti prœcepta [Ici commencent les XIII préceptes d'amour] (!)• Il en est d'autres, ajoute le roi, qu'il ne t'importe pas d'apprendre; tu les trouveras dans le livre écrit à Gauthier. <x Suut autem et alia amoris praecepta , quorum te non expediret auditus, quœ etiam in libre ad Gualterium scripto reperies. » Il dit et de sa verge de cristal réunit son monde

L'omme el monde que plus ama^

Ce sont celés ki en lor vie Ont amor loialement servie , etc.

Et cdes ki s*en vont après Plaignant et sospirant adès , Et qai trotent si durement

Ce sont celés , ce sachiez bien Chaîne por amor ne fisent rien Î9e aine ne daignierent amer

Le poète conclut en conseillant aux dames :

Qu'eles se gardent del troter Car il fait molt meillor ambler.

Cette pièce, selon l'éditeur, appartient au XII.« siècle , car le trouvère Renaud y fait la distinction des Français et des Poitevins; ce ne fut qu*en iao5 que Plûlippe réunit définitivement le comté de Poitou à la France. {Note du Trad,)

. (i) La bibliothèque de Wolfenbuttel possède un manuscrit du XV.* siècle, intitulé : Demandes moult honnête* faite* par une demoiselle à un gentil che^ valier^ lequel lui en donne les réponses à plusieurs et divers propos. Nous y trouvons un décalogue de l'amour, qui diffère non-seulement des XUI préceptes du chapelain , mais aussi du décalogue de Martin Franc , dans son Champion des Dames*

Dix commandements fait Amours à ses sergens , auxquels tous eanrs loiaidz doibvent doulcemeni et sans contredit obéir.

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