CHAPITRE II
CIMETIÈRE DE SAINT-MACI Ol\
rrêtons-nous d'abord dans ce sombre et long passage communiquant de la rue Martainville à la rue du Chaudron.
À la lueur du jour sépulcral qui perce à travers ces treillis de fil de fer que d'innombrables générations d'araignées ont enlacés de leurs noirs tissus, distinguez-vous les vestiges de ces pierres
lu m u la ires enclavées dans le mur 1 ? Il ne reste de la première que renfoncement qui la contenait, et sa bordure couronnée de jolies dentelles gothiques. Cependant, ce petit monument funèbre nous parle encore en faveur de son destinataire, désormais inconnu pour toujours, en ces mots inscrits au-dessous de la place qu'occupait l'épi ta phe :
$or\t} lu? une patrnotrr ou aur maria. '
C'est également à nous que s'adresse cette seconde pierre sur laquelle on ne lit plus qu'à peine :
C}> ornant ajft Ijonorablr Ijommt Jcljan le tlntillirr,
en oonobant bourfrot* or Houtn,
lequel bfftba te ffoiij fce oeptembrr 1584.
prie; lieu pour lui.
1 U est important de faire. observer, pour l'intelligence de notre planche U , que nous avons représenté cette partie du cloître dans son état primitif, c'est-à-dire avec ses colonnes dégagées des superfétations en bois , plâtre et croisées à treiHis de fer, dans lesquelles elles sont presqu'ensevelies aujourd'hui. Ces chétives additions, qui détruisent entièrement l'effet architectural âe ce monument , paraissent dater déjà d'un grand nombre d'années. Les autres parties du cloître sont entièrement fermées , et des châssis vitrés éclairent leur intérieur , partagé entre des frères de la doctrine chrétienne et des dames religieuses d*Ernemont , qui s'y consacrent à l'enseignement des enfants des deux sexes.
Digiti
zedby G00gle
SUR LES DANSES DES MORTS. 2f
Celle qui suit représente un autre citoyen notable, à genoux et les mains jointes; derrière lui, dans la même attitude, sont ses fils, au nombre de dix; en face, prie également son épouse, accompagnée de ses trois filles* (Voyez la pi. III.) Ce n'est pas sans beaucoup de peine qu'on peut déchiffrer le millésime de cette pierre entièrement gradée en creux, et quelques bouts de phrases sans suite , parmi les longues inscriptions gothiques qui remplissaient les larges phylactères serpentant au-dessus des têtes des personnages» Sur le listel, qui règne à la base du sujet, on ne distingue que ces mots :
€y gitt 3tl)cn.... U r.... jo r fer januirr mil orrij.
Dans le discours du chef de famille, on peut lire encore :
.... Sirr JPini, nootre gauurur, aior noue et ïïô frrltort po r la gloire or ton nom....
Et dans celui des jeunes hommes agenouillés derrière :
.... iltonocigntur et mon Qiru , aide mov et oauliir par ta miorrirorbr....
Dans les inscriptions du côté des femmes, récriture est encore plus mutilée, et ces mots
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se distinguent à peine sur Vescrtpleau de la
mère :
.... £auliu moj> au nom tu geignrur....
Ce dernier fragment de prière offre quelque chose de singulier, et parait s'adresser à Dieu le père, en l'invoquant au nom de Jésus-Christ. Au resté, le peu de mots que nous avons pu recueillir témoigne assez que cette famille croyait avoir encore besoin de quelque chose au-delà du trépas, et probablement ses discours se résumaient, comme de coutume, à supplier humblement les passants de lui accorder quelque prière f . Le fer des incrédules a déçu son vœu et fait taire son dernier entrelien avec la terre, en martelant sans pitié presque tous les caractères; il ne reste des autres inscriptions de celte
1 On lit quelquefois, même sur des sépultures royales, des épitaphes d'une simplicité de cœur et d'une humilité touchantes, qui démentent , dans ces cas particuliers , la strophe de Malherbe parlant de monarques mangés des vers sous leurs pompeux tombeaux.
Où leur» imn benUinra Font encore les vainrt.
Sur la tombe d'Eric ( Henri ) Vlll , dit le Jeune , roi de Danemarck , enterré dans l'église de Ringsted , ce prince et son épouse sont représentés entourés de leurs épitaphes latines. Voici la traduction littérale de celle de la reine :
« Moi lngiburg ( lngeburge ) , native de Suède , et autrefois peine * de Danemarck , je supplie tous ceux contre lesquels j'aurais
galerie que quelques débris de leurs encadrements gothiques.
Il est probable que, parmi ces épitaphes, se trouvaient celles des personnages à la piété desquels on dut, dans le xvi e siècle, les constructions nouvelles et les décorations du cimetière de Saint-Maclou , personnages dont les noms paraissent aujourd'hui totalement oubliés. Il prit donc un soin inutile pour transmettre sa mémoire à la postérité, celui qui fit sculpter pompeusement ses armoiries sur une des colonnes de la façade regardant le sud (voyez pi. Y); car il est d'autant plus difficile aujourd'hui de les approprier à tel ou tel individu , que les quartiers et les pièces dont elles se composent, et qui ne sont pas même distingués par les couleurs, se retrouvent dans les blasons de diverses familles entre lesquelles il n'exista jamais d'alliance. Vanilas vanùalum !
De pareils témoignages de vaine gloire, si communs dans les monuments, ne trouvaient
» forfait en quelque chose (ce que j'aurais fait involontairement )
• d'être , par grâce , indulgens envers moi , et de se souvenir de » mon a me.
• Je me suis en allée l'an de notre Seigneur m ccc xix , le jour
* de l'Assomption de la bienheureuse vierge Marie. • L'épilaphe d'Eric offre à-pcii-prcs le môme sens.
« Le cimetière de Saint- Maclou est le plus beau et le plus régulier qui soit à Rouen : son étendue est de cent cinquante pieds en quarré; on va tout autour par des galeries couvertes et pavées, et deux de ces galeries sont décorées de deux autels, où Ton célèbre la messe, principalement les dimanches. L'un de ces autels se nomme l'Àutel-des-Trépassés. L'autre est dédié à saint Michel, à cause do la confrérie de cet archange, qui y fut érigée en Tan 1648 '.
» Ce cimetière a été agrandi en plusieurs fois. L'an 1 432, le 23 novembre, M. Nicolas Roussel , vicaire de Saint-Maclou, fieffa aux trésoriers, par
' Ces deux autels furent élevés, comme cela se pratiquant souvent en de semblables lieux , en raison des rapports intimes que de pieuses croyances ont établi entre les morts et l'archange vainqueur du dragon infernal. C'est de là que les confréries qui se chargeaient du charitable soin des inhumations , portaient , dans l'exercice de ces pieux devoirs , l'image de saint Michel brodée sur leurs chaperons. Par la môme raison , c'était presque toujours à ce grand esprit céleste qu'étaient dédiées les chapelles érigées dans les cimetières. Saint Michel passait en effet non-seulement pour recevoir les aines des justes et les introduire dans le ciel , mais encore pour défendre les cadavres des trépassés des maléfices du démon.
Cette dernière croyance devait être fondée , au moins en partie , sur le verset neuvième de l'épltre catholique de saint Jude, dans lequel cet apôtre nous apprend que le même archange eut un violent débat avec le Diable , qui voulait s'emparer du corps mort de Moïse. Quoiqu'il en soit , l'encens, les reliques et les autres objets sacrés que , par une très-ancienne coutume , on déposa long-temps
onze livres de rente, une maison et un jardin, ooiir l'accroître. Et Tan 1446. le 21 février. ïl
depuis, ont été abattues, pour accroître ce cimetière. Trois des galeries du même cimetière furent faites Fan 1526, et la dernière, où est l'autel de saint Michel, fut construite Tan 1640, afin que rien ne manquât à cet ouvrage, que nos pères avaient commencé avec tant de piété. C'est en cette dernière galerie que, l'an 1659, Messieurs du bureau des pauvres valides ont institué une école publique, pour enseigner les pauvres garçons de la ville, i
En 1745 et les années suivantes, M. Esmangard, curé de Saint-Maclou , agrandit ces écoles à ses frais, probablement en faisant clore, vitrer et couper par des murs de refend , les deux galeries , dont Tune regarde le sud et l'autre l'occident. Un incendie ayant presqu'entièrement détruit cet établissement , le 1 9 novembre 1 758 , le même pasteur le fit reconstruire également de ses propres deniers, comme le témoignait une inscription reproduite par l'impression , dans un grand nombre de placards dont on a donné naguère une édition nouvelle 1 . Au reste, il est extraordinaire que la catastrophe dont il vient
* Des têtes de mort et des larmes composaient l'entourage de la première édition de ce placard. Un Christ gravé en bois, placé en tête, une bordure large d'un pouce, composée de feuilles
d'être question n'ait pas entraîné la combustion de la charpenterie décorée d'ornements funèbres qui couronne les colonnades, et qui, très-certainement, doit remonter à une époque fort antérieure à cet incendie.
Il s'en faut de beaucoup que Farin ait relaté , dans l'article que nous lui avons emprunté plus
d'acanthe, remplacent aujourd'hui ces lugubres objets. Le texte seulement est resté ponctuellement le même et tel qu'il suit :