‹ Essai...sur les danses des morts, Volume 1Chapitre 7 sur 32 · DANSE MACABRE DC CIMETIÈRE DE SA1NT-NACLOU · texte numérisé non relu

DANSE MACABRE DC CIMETIÈRE DE SA1NT-NACLOU

l serait facile de juger approximativement, à la seule inspection de cet édifice , la date de son exécution , car ce fut en effet en 1 526 que, mis dans l'état où nous le voyons à peu près aujourd'hui, l'architecture et la sculpture s'associèrent pour bâtir et décorer de scènes cadavériques et d'attributs funèbres les

bre de trente-une , et distante V une de l'autre d'à-peu-près onze pieds. (Voyez pi. IV , fig. I Pe . ) Sur chacune d'elles, un groupe de deux figures, sculptées à même chaque fût , représente , ou plutôt représentait , tant furent grands les ravages exercés sur ces objets d'art , un personnage vivant, entraîné dans la tombe par un cadavre du marasme le plus consommé ; conception singulière qui semble matérialiser cet axiome de la jurisprudence de Saint-Louis : Mortuus saisit vu mm, et qui trouva de célèbres analogues sur plusieurs points de l'Europe.

Dans les statuelles du cimetière de Saint-Maclou, tantôt la mort se montre dans une action d'entraînement plus ou moins brusque; tantôt, affectant une pose tranquille, elle parait employer le raisonnement plutôt que la violence. Sur quelques colonnes des plus mutilées, on retrouve des pieds décharnés , dont l'élévation , au-dessus du plan sur lequel posaient les figures, atteste que plusieurs de ces cadavres symboliques gambadaient en s'emparant de leurs victimes. Quant à ces derniers personnages, ils montrent généralement , par leurs poses simples et calmes , plus de résignation que de résistance.

Au-dessous des moulures en ressaut sur les-

quelles posent les figures, un écusson dans le goût du temps , surmonté d'une crosse , présente sur chaque colonne le monogramme ci-dessous , dans les enlacements duquel se trouvent toutes les lettres dont se compose le nom latin de saint Maclou,S. MACVTVS.

La tige de la crosse forme le jambage du T, le C se trouve dans la moitié de l'M , et l'A compte pour le V supposé vu dans un sens inverse ; on

j&.ir

SVtisi *£'- t&faàfr tfa ûsw&cire <fe J*f J/ït<j>ivs *&' J£<wtr .

ne peut méconnaître l'S, qui réunît , comme une espèce de ligature , ce groupe de caractères. Dans les monogrammes antiques , comme dans ceux du moyen-âge, une seule lettre, par la manière dont elle est combinée , en représente souvent plusieurs autres à-la-fois. Dans l'exemple dont nous donnons la figure, il n'existe à la vérité qu'un seul V, mais il suffisait généralement que chacune des lettres dont se composait un mot se trouvât une seule fois figurée, dans ces sortes dé chiffres, pour qu'ils fussent considérés comme complets.

Les sombres sujets du genre de ceux dont on attrista les colonnes de l'aitre Saint-Maclou furent extrêmement répandus , à de certaines époques du moyen-âge , et le plus communément appelés Danses Macabres , ou Danses de la Mort; ils semblaient avoir pour principal but de rappeler aux hommes , dans une série d'images , la plus rigoureuse leçon de leur égalité naturelle , si poétiquement exprimée par Horace et par notre Malherbe , égalité qui range indistinctement , sous le terrible niveau de la mort , toutes les conditions sociales , depuis la thiare jusqu'à la besace du frère lai , depuis la couronne impériale jusqu'à l'écuelle du gueux.

croix jaune sur le bras , humiliant témoignage des cbétifs secours que leur accordait la ville. Ce fut ainsi que long-temps la figure d'une rouc> cousue sur leurs vêtements , dénonça les Juifs , proscrits et sans patrie , à l'abomination publique '. Des souverains et des grands , des pontifes et des moines , tels sont les seuls personnages qu'on a trouvés dignes de figurer dans l'aitre de Saint-Mac km ; et ce que vous ne manquerez pas de noter , c'est que les femmes ont été également exclues de cette danse des morts , bien différente en cela de presque toutes les autres , où la hiérarchie des rangs descend graduellement , chez le sexe , de l'impératrice à la mendiante.

Tous ces groupes ont été mutilés avec rage ; il n'est point une seule de ces figures qui ne soit sans tête, et de beaucoup d'autres il ne reste plus que d'informes vestiges. Nous allons parler de celles qu'il est encore possible de reconnaître , et en tête desquelles se voient Adam et Eve , auteurs du péché et de la mort , et présidents

1 Une ordonnance royale du mois d'octobre 1363 déclarait que ces malheureux porteraient une rouelle ou platine et es tain sur ïcspaule, de la largeur du grand scel de l'état, pour qu'Us pussent être discernés d'avec les chrétiens.

obligés de ces funèbres assemblées ; fatale prérogative que leur accordaient , témoin les vers suivants , nos vieux poètes eux-mêmes :

Mors , qui venis de mors de pome , Primes en feme et puis en home, Tu bals le siècle comme toile, etc.

( Vers sur la Mort , par Thibaut de Marïy. ) ■

Page 1