‹ Essai sur les différens moyens thérapeutiques proposés contre le rhumatisme, avec quelques considérations générales sur les points les plus importans de son histoireChapitre 5 sur 8 · ER · texte numérisé non relu

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: Long-temps confondu par les’ anciens , confondu encore de nos jours avec la goutte: par une doctrine prétendue physiologique, le rhumatisme , renfermé dans les bornes que lui ont assignées Baillou , Sydenhum , Parthes ‘et presque tous ceux qui en ont écrit, doit être regardé comme une affection des muscles ; des ligamens , des tendons, des membranes ‘synoviales, et qéétéitéféis des gaînes tendineuses , affection de natüresouvent inflammatoireen apparence, mais Hagdens une tendance énigmatique à changer quelquefois instantanément de siége et à revenir par accès plus ou moins réguliers, à laquelle le peu de rapport qui existe'‘entre les symptômes locaux et les symptômes de réaction donnera toujours un cachet particulier qui ne permettra jamais de la confondre avec les maladies dont les mêmes organes peuvent être le siége.

: Le rhumatisme a été divisé en une infinité d'espèces et de variétés, d'après son siége, son type, sa durée, ses complications ,; la prédominance de l’un de ses symptômes, etc. ; mais il est deux de ces divisions qui sont de la plus haute importance , et qui apportent dés modifications majeures dans la manière d'envisager et de traiter cette affection; 1°. il est fébrile où apyrétique : dans le premiericas, la fièvre concomitante est forte, bien prononcée, et ne paraît pas en rapport aÿec les sympiômes locaux qui, comme elle, ne paraissent être que le résultat d’une manière d’être cachée, intérieure, des organes affectés; dans le second, il y a peu ou pas de fièvre, et quand il en existe, elle semble sous la dépendance de l'affection locale, qui ne paraît tenir qu’à l’action d’une cause extérieure ; 2°. il est aigu ou chronique : nous ne basons pas cette distinction sur la durée de la maladie, mais sur l’activité de ses symptômes; aigu, sa marche sera prompte, presque toujours il s’'accompagnera de fièvre, les douleurs

seront vives, et ordinairement se porteront sur diverses articulations, ‘pour se terminer presque toujours par la guérison après un temps qui n’excédera guère deux mois; chronique, il succédera à une attaque prolongée ou à dés attaques plusieurs fois répétées de rhuma- ‘tisme; il aura éncore ce caräctère quand ses causes n'auront agi que

(8,9 lentement, que ses symptômes ne se développeront que peu à peu ; rarement il y aura de la fièvre, rarement il sera intense et ambulant, et presque toujours il persistera pendant de longues années, et même pendant toute la vie; heureux seulement quand la médecine pourra en alléger ou suspendre les douleurs.

En analysant les causes nombreuses que lui ont assignées les auteurs, on peut toutes les rapporter à des variations de température, le plus souvent au froid et à l'humidité agissant simultanément ; et les âges, les sexes, les habitudes, les professions, les climats qui produiront le plus de rhumatismes ou en favoriseront mieux le développement , ne seront que celles de ces circonstances qui, par leur nature, exposeront le plus à des changemens brusques de température, ou à l'influence long-temps prolongée d’un froid humide. Du moins on peut, avec Gianini, révoquer en doute la propriété de produire le rhumatisme que posséderaient, suivant beaucoup d'auteurs, le régime succuleni ou une alimentation chétive, la mollesse et le repos, ou des exercices immodérés ; la virginité, ou l'abus du coît et de la masturbation ; et si quelquefois ces prétendues causes ont paru être suivies d’une attaque rhüumatismale, probablement elles ont été simultanées avec un froid humide. Mais il m'a semblé qu'on ne pouvait se refuser d'admettre, dans beaucoup de cas, une prédisposition interne que lou ne connaît pas, inais qui doit consisier dans une certaine manière d’être, que Hildenbrand appelle une disposition indéfinissable des tissus que le rhumatisme affecte, et en vertu de laquelle jes individus sont tellement aptes à en être aitaqués, que souvent, sans causes connues, ils en éprouvent tous les symptômes; c’est encore cette disposition interne qui, par les douleurs qu’elle suscite au moindre changement de température, et même bien avant qu’il ue devienne sensible à nos instrumens barométriques, à valu aux rhumatisans, de la part de 4. Thomas, le surnom de baromètres vivans. Ne serait-ce pas elie encore qui, se transmetlant par génération, comme peuvent se trausmettre certaines analogies dans la figure, le caractère, aurait fait regarder le rhumatisme comme héréditaire par quelques auteurs? Mais

ce qui pourrait infirmer celte opinion, c'est que Îes enfans étant presque toujours soumis aux mêmes influences atmosphériques que leurs parens , si ces influences sont elles-mêmes les causes du rhumatisme, il est naturel que les enfans en soient affectés comme leurs pères. Toutefois, il semble qu’on peut conclure des nombreuses observations recueillies jusqu'à ce jour, que si, quelquefois, le rhumatisme a été le résultat exclusif des causes extérieures, souvent aussi son hérédité a été évidente.

Le symptôme local le plus saillant de cette maladie, souvent ie seul qui existe, c'est la douleur, cette douleur qui, quelquefois bornée à une articulation, à un muscle, d’autres fois occupant la presque tolalité du corps; tantôt vive, perforante, lancinante ; tantôt obtuse, contusive, déchirante, mais toujours difficile à dépeindre ; augmentant encore par le moindre mouvement ou la plus légère secousse, sera, dans quelques cas, fixée sur le même point, dans d’autres, elle vo- ‘Jera avec la rapidité de l'éclair ou se portera graduellement d’un muscle dans un autre, de l’articulation du pied dans celle de l'épaule et quelquefois sur un viscère; toute vive et cruelle qu'elle est, souvent elle s’accompagnera à peine d’un peu de rougeur et de chaleur, et l’organe qu'elle aura tourmenté ne conservera pas même les traces de son passage.

Un phénomène local, sur lequel M. Chomel appelait notre attention, parce que les auteurs anciens s’en étaient peu occupés, c’est un épanchement de synovie dans les articulations ginglymoïdales affectées de douleurs, et qui se dissipe presque au:si promptement qu'elles : plusieurs fois les malades de sa clinique nous en ont offert desexemples. M. Laënnec en attribuait la prompte résorption à l’'émétique ; mais ceux qui n’en prenaient pas, et chez qui, cependant, cette résorption était aussi prompte, comme ‘on en a tant vu !... M. Raulin avait déjà observé un cas semblable. Il paraît assez commun en Îialie, puisque Hildenbrand le regarde comme un phénomène du rhumatisme, et l'insère dans la définition qu'il en donne , avec disposition aux épanchemens séreux. Ce qu'il y a d'étonnant dans ce symplôme,

(10) c'est que, autant il est rebelle et même lout à fait insensible à tout moyen thérapeutique quand il existe sans affection rhumatismale, autant ici il se dissipe facilement et sans le secours d’aucun médicament.

La fièvre ne doit pas être toujours regardée comme symptomatique de l'affection locale; souvent elle existe que celle-ci n’est encore marquée par aucun signe, et pendant le courant de Ja maladie on la voit intense, quand aucune articulation, aucun muscle ne paraît souffrant; c’est elle qui annonce les rémissions , les exacerbations , et même la terminaison des symptômes locaux. Ces symptômes, au contraire, peuvent être violens, les douleurs atroces, avec rougeur et chaleur, et cependant la fièvre ne pas exister ou n’exister qu à peine. Il n’y a donc pas de rapport entr'eux, et si la fièvre ne dépend pas des symptômes, à quoi tient-elle? N'est-ce pas à ce je ne sais quoi intérieur, agissant on ne sait comme, que l’on a appelé cause interne, vice, humeur, disposition indéfinissable , innée ou contractée , mais toujours inhérent à l'organisation , et pouvant, sous l'influence d’un froid humide, et même spontanément ou sans cause extérieure appréciable, donner lieu à tous les phénomènes extérieurs qui caractérisent le rhumatisme ?

Dans le diagnostic que les auteurs en ont tracé, il n’y a rien de bien caractéristique qui puisse le faire distinguer de la goutte. Si, dans quelques cas, ces deux affections se présentent avec des traits particuliers bien dessinés ; dans d’autres, et ce sont es plus fréquens, elles semblent se rapprocher et se confondre par des ombres insensibles , qui ne permetient plus de les distinguer; aussi a-t-on été obligé de faire des rhumatismes goutteux et des gouttes rhumatismales, ce qui motive assez le vœu que plusieurs auteurs modernes ont fait de confondre avec la goutte le rhumatisme articulaire, et de ne réserver cette dénomination que pour le rhumatisme des muscles. Cependant, comme la plupart des auteurs ont conservé la division de Bailiou et de S)denham, j'ai sacrifié à l'idole du plus grand nombre.

Le siége du rhumatisme paraît assez diMicile à préciser, si on veut

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} le borner à un seul système, et cette difficulté existera tant que l'anatomie pathologique ne viendra pas au secours de la symptomatologie. Toutefois, d’après cette dernière, il est probable que le rhumatisme peut affecter primitivement, et suivant des circonstances inconnues ; les muscles , les ligamens et les membranes synoviales, comme on l’a pensé généralement; on peut encore y ajouter les gaînes tendineuses , et J'en ai vu un exemple à la clinique de M. Breschet, chez un bomme qui, après avoir éprouvé des douleurs rhumatismales dans la plupart des articulations, vint à l’hospice de perfectionnement avec les deux tiers inférieurs du bras gauche tuméfiés, rouges, et offrant au toucher des espèces de cordes dures, tendues, qui suivaient la direction des nombreux tendons qui s’y trouvent. Ces symptômes, qui avaient succédé aux douleurs et au gonflement qui existaient dans l’articulation radio-carpienne gauche, cédèrent aux antiphlogistiques, et terminèrent ainsi l'attaque après un mois d'existence. Quant à ce qu’on a appelé rhumatisme rentré , je ne pense pas qu’un vice, un principe, une humeur, puisse quitter son siége naturel pour se porter sur un viscère quelconque ; mais ce n’est pas non plus une simple révulsion ; car, pourquoi aurait-il un privilége si décidé pour des organes dont la texture a quelque chose de musculeux ou de fibreux (le cœur, l’estomac, les intestins, la vessie }? Contentons-nous de dire que, par une métastase analogue sans doute au transport des symptômes d’une articulation dans une autre, mais dont on ne connaît pas plus le mécanisme que celui de la plus simple action vitale, le rhumatisme peut être remplacé par une affection interne, qui, si elle n'est pas le rhumatisme lui-même , reçoit cependant de son influence un caractère que sans lui elle n'aurait pas.

Le rhumatisme, avons-nous déjà dit, a quelque chose d’inflammatoire dans sa nature ; mais cette inflammation, même à l'état aigu, ne le constitue pas à elle seule. Naguères apparaît un prétendu réformateur dans le monde médical; fier de quelques vérités, il veut commander à la science, et pour lui tout doit être inflammation ; il fait plus, il veut que les inflammations, par conséquent toutes les mala-

dies, soient sous la dépendance d'un pareil état de l'estomac. À son ordre, l'écho de sa voix, qui retentit dans les livres de ses prosélytes . proclame que la goutte et le rhumatisme ne sont qu’une seule et même gastro-arthritite ; mais si le rhumatisme n’est qu'une inflammation, comme l'entorse, comme l’'hydarthrose. comme ‘celle qui résulle d'une plaie, d’une contusion sur un muscle, une articulation. pourquoi, avant qu'elle existe, voit-on déjà cette fièvre avantcourrière , et cependant ‘il est impossible, très-fréquemment , de soupconner la moindre irritation gastrique? Pourquoi change-t-elle de siége avec cette étonnante rapidité qui est son caractère distinctif ? Pourquoi , avec ces douleurs intolérables, y a-t-il à peine dans quelques cas des altérations matérielles sensibles? Pourquoi ces retours plus ou moins réguliers? Pourquoi les plus vigoureux antiphlogistiques ont-ils si peu de prise sur elle, quand, depuis des siècles, on a vu employer souvent impunément des remèdes violens qui, dans une inflammation ordinaire , auraient produit des redoublemens épouvantables? Pourquoi, enfin, la voyons-nous dans sa marche ordinaire se terminer toujours par résolution, après une durée que tous les remédes du monde ne peuvent guères abréger? Une exception à cette règle ne ferait que la confirmer. Si, dans l’état actuel de nos connaissances, nous ne pouvons résoudre ces questions, nous préférons avouer notre ignorance que de tomber dans les erreurs où entraînent toujours les doctrines exclusives.

Je ne dirai qu’un mot du prognostic. D’après la remarque de M. Chomel, la fièvre concomitante du rhumatisme doit toujours être prise en considération , quand il s'agit d’en calculer la durée et l’intensité : si elle n'existe pas, ou si elle n’est que symptomatique de l'affection locale aiguë, celle-ci pourra ne durer qu’un septénaire ou deux, et cèdera facilement au repos ou à quelques légers antiphlogistiques; mais est-elle forte, bien décidée, le rhumatisme se proméène-t-il d’articulation en articulation, paraît-il plutôt tenir à une cause interne qu’à une influence extérieure, alors , presque toujours rebelle à tout traitement , il va durer six ou sept septénaires. Existe-

t-elle, cette fièvre, pendant une rémission des symptômes locaux, elle annonce que l’attaque reprendra : ceux-ci, au contraire, seraientils encore assez intenses, si la fièvre est tombée , c’est le signe d’une terminaison prochaine; mais ce sera pour revenir, après un cerlain temps, par des attaques plus ou moins rapprochées, que la moindre cause ou la moindre imprudence occasionnera. Dans le prognostic que le médecin portera sur la durée de cette maladie, il n’oubliera jamais combien sa marche est insidieuse et difficile à bien ap-. précier : aussi ses jugemens seront-ils portés avec prudence et restriction. Je ne parle pas des autres points de ce prognostlic, communs avec celui des autres maladies, et qui se tirent du siége, de l’intensité des symptômes, des complications, etc.

J'arrive au traitement du rhumatisme, objet spécial de ma dissertation.

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