THÉRAPEUTIQUE DU RHUMATISME
Considérations générales. 11 est peu de maladies, il n’en est point peut-être, après la goutte, pour laquelle la pharmacie ait été plus prodigue que pour le rhumatisme. Presque toujours commandée par un fougueux empirisme , elle a combiné contre lui les tributs des deux mondes , les dons de tous les règnes de la nature; chaque théorie a voulu son mode de traitement; chaque médecin, chaque malade même a adopté son médicament spécifique; et il n’est pas jusqu’à la cupidité, le charlatanisme, la magie, oserai-je dire la superstition, qui n'ait offert son secret, que par un prestige fatal pour l'humanité on a cru trop souvent infaillible, au milieu même des accidens qu'il produisait. Mais de ce chaos de remèdes, vieux , nouveaux, pris, quittés, repris, variés sous toutes les formes, comptant tous des succès parce qu’on ne parle pas de leurs revers , que conclurons-nous ? Cette conséquence triste, mais vraie, c'est qu’il n'existe point de remèdes spécifiques contre le rhumatisme. Si jamais il s’en était rencontré, leur réputation aurait bientôt fait oublier tous les autres, et rien ne
l'aurait ébranlée. Où sont venus aboutir ces efforts qui cherchaient à ôter au quinquina sa propriété fébrifuge, au mercure sa propriété antisyphilitique ?
Il serait sans doute à désirer que chacun de ces spécifiques proposés fût soumis au creuset d’une expérience sévère et bien observée: que de lumière n’a pas été versée sur le traitement de la goutte et sur l'action de tant de spécifiques antigoutteux, par le fameux rapport que MM. Chaussier , Halléet Nysten présentèrent au ministre de l’intérieur en 1811 ; ét en Angleterre, combien de médicamens secrets proposés contre le rhumatisme , ont paru dangereux , nuisibles ou inutiles aux belles et nombreuses expériences qui en ont été faites par l’infatiguable Scudamore ! Ici je répéterai le vœu et les paroles de M. le professeur Guilbert ; à qui l’histoire des maladies arthritiques est si redevable : « 11 faudrait que beaucoup de remèdes , non pas seulement nouveaux , mais des remèdes anciens et vulgaires , fussent ainsi expérimentés ; .... il faudrait créer auprès des écoles de médecine une commission chargée de suivre de telles expériences : alors on donnerait de solides et véritables fondemens à la thérapeutique, et J'humanité verrait avec joie s’accomplir un projet , dont l'exécution est depuis si long-temps réclamée par les tâtonnemens des médecins et les cris des malades , pour ne pas dire le silence des morts!.... » Ce vœu , nous le voyons, jusqu’à un certain point, rempli par les efforts de tant de célèbres médecins placés à la tête des hôpitaux «le Paris ; imais il est, pour le rhumatisme en particulier , des difficultés nombreuses qui obscurciront encore long-temps sa thérapeulique : varié dans sa marche et dans l'intensité de ses symptômes , il peut ne tenir qu’à une cause extérieure et pe durer que quelques jours : celui qu’alimente en quelque sorte une disposition interne, peut ‘s'arrêter ou se modifier par un changement de lieu ou d'habitude , et même offrir des rémissions de plusieurs jours ; un autre peut durer depuis un certain temps et son accès êtresur le.point de se terminer ; presque toujours ne le voit-on pas marcher, par les seuls efforts de la nature, vers une terminaison heureuse , dont le mo-
(15) ment est toujours plus ou moins éloigné de celui de sa naissance ? Après cela, n’a-t-on pas souvent pris pour des rhumatismes ce qui, produit par un peu de fatigue , un effort violent, une trop grande distension , n’était qu’une légère entorse , une courbature, une douleur éphémère que le repos et quelques émolliens auraient dissipés aussi promptement que les plus vigoureux antirhumatiques ? Le rhumatisme chronique cesse quelquefois subitement, pour revenir aprés un temps quelquefois assez long , ou bien les douleurs se modifient ou diminuent d'intensité par la naturemême de l'affection qui les produit. Quelle sagacité, quelle justesse d’esprit ne faut-il pas, au milieu de tous ces phénomènes, pour distinguer ce qui doit être attribué à l’action des remèdes et ce qui n’est que le résultat spontané des circonstances au milieu desquelles s'est trouvé leur emploi ! On a bien saisi ces difficultés de nos jours , et on ne les a saisies que pour mieux en triompher : espérons bien de l'impulsion donnée à la science ; ce ne sont plus de vaines abstractions, ce sont des faits qui doivent désormais lui servir de bases. De tous côtés les expérience se multiplient, les essais sont comparés, les faits se comptent; on recueille avec une espèce de scrupule les circonstances de temps, de lieux, d’âges, de tempéramens, et c’est l'observation, l’observation seule qui commande à tout. Le temps n’est plus de ces théories basées sur l’acrimonie des humeurs qu'il faut corriger ; ce n’est plus une alcalinité qu’il faut acidifier , des humeurs peccantes qu'il faut expulser ; le rnumatisme ne tient plus à des animalcules à grosse tête et à queue fourchue , ressemblant à des salamandres ; il ne tient plus à une état de rigidité, de resserrement des solides, à la siccité des esprits, à une force de situation fixe , à une débilité, un spasme , uneirritation locale , unesympathie de l'estomac ; toutes ces théories n'ont fait que se montrer , et l’une après lautre elles ont élé écrasées sous le poids de l'expérience. Le rhumatisime, avouons-le, est inconnu dans sa nature ; son essence nous échappe, et puisque le trop grand nombre des spécifiques proposés nous prouve déjà qu'il n'y en a aucun vraiment digne de ce.titre, la médecine,
dans son traitement , ne peut être que symptomatique, et si les symptômes varient suivant mille circonstances, les moyens à leur opposer doivent varier comme elles. Étranger aux divers systèmes qui, appuyés, sur quelques faits , veulent tordre les autres au joug de leur théories, toujours en garde contre les méthodes exclusives, d'autant plus dangereuses qu’on les décorent de vertus universelles , le médecin chargé du traitement d'un rhumatisme saura , quand il le faut , sortir de ces ornières profondes tractes par la routine , et ouvertes quelquefois par des hommes d’un grand nom , mais qui, pour cela, ne doivent pas nous traîner en aveugles au char de leur autorité. Il se rappellera que si les médicamens les plus estimés ont quelquefois été infructueux , ceux contre lesquels l'absolutisme a crié anathème peuvent encore produire d’heureux résultats, quand ils sont commandés par les circonstances. C’est dans cet esprit que nous allons essayer de passer en revue les nombreux médicamens proposés contre le rhumatisme , soit aigu , soit chronique.
Médicamens internes.
T'oniques , quinquina. À peine sommes-nous entrés dans la lice, que déjà se présente à nous un de ces médicamens héroiques absolus. «Excepté le mercure, dans la syphilis, s'écrie le docteur Haygarth (Hist. clinique), ily a peu de remèdes, ou peut-être il n'y en a aucun qui puisse produire un soulagement aussi prompt et un aussi parfait er, tablissement dans une maladie aussi formidable. Je suis convaincu, depuis plusieurs années, que l'écorce du Pérou a un effet peut-être plus puissant dans la fièvre rhumatismale que dans toute autte fièvre, et qu'elle ne guérit pas même d’une fièvre intermittente aussi surement el aussi promptement. » À ces cris de victoire, on voulut essayer cette belle vertu du quinquina, et bientôt on fut convaincu de laxiôme , experimentum fallax. Toutefois il serait possible que le quinquina ait paru avantageux dans les circonstances où Haygarth\'employait; ce qui le donnerait à penser, c’est que Mac-Arthurse plaint de la
prévention injuste qu’on a contre ce remède, qui lui a paru très-avantageux , quand, par des saignées et des évacuations intestinales,, il a amené la fièvre à montrer d’évidentes rémissions le matin. Il paraît qu'on a mal compris l’idée de Haygarth et de tous ceux qui employaient le quinquina dans le rhumatisme aigu, quand on a pensé qu'ils le conseillaient comme antipériodique ; car ils le donnaient à des doses énormes, fractionnées pour toutes les heures de la journée, sans égard pour la fièvre et les douleurs ; alors ils le regardaient. comme antirhumatique. Mais puisque cette dernière propriété lui est contestée, le quinquina, dans une thérapeutique bien raisonnée du rhumatisme , ne s’'emploiera que quand il offrira des intermittences ou des exacerbations régulières bien marquées ; alors il sera antipériodique. Il joue le même rôle dans l'emploi que conseillent d’ea faire certains praticiens entre les accès de rhumatisme, afin de faire avorter ou de rendre moins violente l'attaque qui doit suivre. Mais quelquefois ces accès ne reviennent qu'à de longs intervalles, souvent irréguliers ; le malade prendra-t-il donc une demi-once à un once de quinquina par jour, et cela quelquefois pendant plusieurs années? Comme tonique, son emploi sera encore rationnel dans les rhumatismes chroniques avec faiblesse d'estomac, chez un individu faible, accablé d'années , surtout s’il offre une complication de scorbut; et dans les pays , pendant les saisons où} atmosphère est toujours humide.
Mais ici tous les toniques peuvent être aussi avantageux. Enfin, le quinquina , administré intérieurement et extérieurement, sera éminemment indiqué dans ces rhumatismes de nature particulière
que Borsiéri , Pott, Loubet , et, dans ces derniers temps, M. Dupuytren, croient avoir vus se terminer par gangrène.
Stimulans. Cuicen place au premier rang des remèdes qu'on peut employer contre le rhumatisme chronique les sels alcalins volatils, les huiles essentielles, etc. , qu’il donne à très-haute dose, afin, ditil, de réfablir l'activité et l'énergie du principe vital, ce qui, pour lui, est la première indication. Mais nous empruntons à Barthez le
réproché qu'il lui fait: « Ces moyens ù dit-il, sont avantageux, d dans quelques cas , comme “révulsifs diaphorétiques ou diurétiques ; ; ais ils sont trop’ échauffans pour pouvoir être d'un usage commun, Sur tout À des doses élevées.» Le campbre, l'éther sulfurique et acétique, et quelques autres stimulans étaient jadis 1 regardés comme fondans des tumeurs ou des engorgemens que pouvaient laisser après eux des aceës de rhüumatisme. Aujourd’hui on sait à quoi s en tenir sur ces préténdus fondans. M. Récamier aussi a voulu € essayer , contre le rhumatisme, l'huile de térébenthine , que nous avons vue , à sa clinique, être suivie de si brillans résultats dans certaines tore nerveuses, et notamment dans la sciatique; mais elle ne parut pas amener de diminution ni dans la durée ni dans l'intensité de la maladie, L’arséniate de potasse , à des doses petites d’abord, et ensuite portées assez bin, a été Los trop nouvellement par les Anglais pour qu'on puisse en dire rien de positif. Il paraît que pour eux encore la saveur horrible et répoussante de l'huile de foie de merluche n'est pas trop désagréable, puisqu'une seule infirmerie de l'hôpital de Manchester en consomme trois cents pintes par an contre le rhumatisme ;: mais elle est inusitée en France. Enfin , on a encore conseillé, dans le rhumatisme chronique , b ‘et même que le rhumatisme aigu , l'huile anialede Dippél, le baumede la Mecque elui du Pérou, l’assa-fœtida, la gomme ammoniaque , les fleurs de benjoin. Cependant je ne lui sache pas de symptôme qui paraisse directement réclamer l'usage de ces substances; si quelquefois elles ont été utiles, c'est quand une complication spasmodique l'accompagnait.
Narcotiques. Toutes les substances qui portent ce nom , et l'opium en particulier, administrées dans toutes les circonstances, ont dû, comme toutes les méthodes absolues , être utiles dans quelques cas , et nuisibles dans d'autres. Le docteur de Roches (Journal d'Édimbourg ) propose l'opium comme une espèce de spécifique, d’après les cures nombreuses qu'il en a obtenues ; beaucoup d’autres praticiens aussi l'ont employé avec succès. Au contraire, Quarin, V'an-
(19) Swiéten ; Tissot, lui attribuent des inconvéniens qui les ont engagés à en blâmer l'usage. D’après Lieutaud et Barthez, il produirait des métastases sur le cerveau ; selon Bocrhaave , il augmenterait les douléurs ; Sydenham prétend que le peu de sommeil qu’il procure ést plus fatigant que les douleurs mêmes. Cette divérsité d'opinions paraît dépendre de Fusage qu’on en à voulu faire indistinctement dans le rhumatisme fébrile et dans celui qui était apyrétique ; car des expériences nouvelles ont prouvé que si l'opium était nuisible quand la fièvre est intense et que toute l’économie est dans une forte réaction , il'est , au contraire, extrêmement utile quand la fièvre , étant nulle ôu modérée, lés douleurs sont assez atroces pour produire des convulsions , des spasmes , des contractions permanentes, quand éncore elles jettent le malade dans le délire, et quand ellés le privent de tout répos ét de tout sommeil. Un autre reproche fait à l’opium, c’est d'augmenter la constipation, qui accompagne si souvent le rhumatisme , ce qui avait engagé plusieurs praticiens à lui préférer l’extrait de jusquiame, qui, en même temps qu’elle est calmante , possède le double avantage d’être l‘gèrement purgative. Maïs des essais assez nombreux ont montré combien peu était marquée sa propriété narcotique: L'opium , employé dans les circonstances convenables, sera toujours plus avantageux; il a paru offrir encore de plus beaux résultats quand on l'associait à d’autres substances. Barthez lui adjoïgnait le camphre ; des praticiens anglais le faisaient alternér avec les purgatifs; W'illicrs donne, comme priicipal moyen du rhumatisme aigu , une combinaison d'opium et d'esprit de Mendererus. La fameuse poudre de Dower n'est-elle pas encore une de cés panacées , et, comme Je disait Borde , une de ces idoles perchées sur les échasses de l’empirisme ? y joue:t-elle donc un autré rôle que celui de sudorifique ? Le docteur Engelhart, dans une dissertation sur la stramoiné , et principalement sur'son usage dans lé rhumatisme chronique, se loue beaucoup'des avantages qu’il en retire , surtout quand il y a beaucoup de douleur. Cette circonstance rend ‘assez croyable son assertion. On avait éncore Proposé, comm des espèces de spécifiques , la cigué , la
jusquiame , la morelle, la belladone , la Jaitue vireuse, l'aconit napel; l'extrait de cette dernière plante a surtout joui d’une gran:le réputation , qui se soutient encore aujourd’hui chez quelques praticiens, qui lui attribuent la propriété de produire une mutation occulteet de hâter la guérison. Cette longue série de narcotiques, dont quelques-uns sont en même temps sudorifiques , ne doivent pas , ce me semble, promettre d’autres avantages que ceux qui peuvent rèsulter de cette action,
Sudorifiques. Une des plus vicilles idées sur le traitement du rhumatisme , une de celles qui aujourd’hui encore est le plus en vogue, c'est que, produite par un froid, une suppression de sueur, cette affection doit radicalement et d’une manière rationnelle , se guérir par les sudorifiques ; et alors de gorger le malade, n'importe son état, de décoctions réduites de salsepareille, de gaïac , force dose de poudre de Dower, opium, calomel, antimoniaux, toutes substances qui , pour avoir une prédilection pour la peau, ne sont pas moins des excitans de tout le système; mais est-il bien vrai que les sueurs soient toujours indiquées? Ne voyons-nous pas , au contraire , des malades baignés dans des flots de sueurs au moment même des plus vives douleurs? l'aut-il encore les faire suer davantage? Que de fois l'expérience se rit ainsi de nos théories !... D’un autre côté, les auteurs nous apprennent que l'expérience ne parle pas toujours en faveur des sudorifiques. Sydenham prétend que quand ils ne réussissent pas ils augmentent l’inflammation des membres ; il dit encore qu'il est difficile de ménager une sueur convenable , de manière que le malade ne soit point exposé à souffrir du froid. Pringle était encore plus sévère, en avançant que jamais les sueurs n'avaient été utiles. Scudamore luimême, qu'on n'accusera pas d'êtrel’ennemi des sudorifiques, écrit: « Le traitement sudorifique trompe souvent notre attente, de manière à aggraver plutôt qu'à soulager les symptômes , même quand il a produit l'effet désiré ; il a eu souvent le mauvais effet de produire beaucoup de débilité, et d'accroître la sensibilité de toute la surface du
(21) corps, de sorte que, pendant un temps considérable, presque toute exposition au froid est hasardeuse. » Tous ces reproches nous donnent à penser qu'on a mal saisi l'opportunité de la médication sudorifique : sans doute , elle doit être nuisible d’une manière ou de l'autre quand elle est employée sans mesure pendant la première période du rhumatisme aigu, quand le malade est consumé par une fièvre ardente, et qu'une sueur abondante découle par moment de tout son corps. Mais que le temps ou des soins convenables aient triomphé de cette période, que des précautions hygiéniques sachent éluder ce reproche auqu 1 les auteurs ajoutent tant d'importance , celui de rendre la peau plus impressionnable, et l’on verra que, loin d’être nuisibles, les sudorifiques sont au nombre des plus utiles moyens que l’art possède contre le rhumatisme : cette affection , en effet, qu’elle tienne ou non à une répercussion de sueurs, se Juge très-fréquemment par des sueurs abondantes. Je sais qu'aujourd'hui on ne veut plus de crises ; mais si leur vieille théorie est contestée , si elles ne sont pas les causes de la guér'son, au moins eiles en sont les signes ; elles montrent les efforts de cette admirable force médicatrice, qui tantde fois suffit au retour de la santé; cette force que le médecin devrait toujours suivre et aider,mais jamais contraindre; que S’ahl avait bien raison de dire : Medicus esto naturæ minister, non magister; motus el intentiones naturæ imitetur et juvet : rard mutare aut corrigere audeat. ( Prælection. acad. med.) Fidèle à ce sage précepte, il attendra le moment où, comme le dit Barthez, la crise se décide vers la peau , et ce moment lui sera annoncé par une chaleur douce et humide de toute la surface cutanée, par un état de souplesse qui succédera à une chaleur âcre et sèche. C'est alors que, dans une période encore aiguë de Ia maladie, une infusion de bourrache , de fleurs de tilleul , de sureau , d’œillet , de bardane, etc. , produira de merveilleux effets. Si la fièvre a beaucoup perdu de son intensité , si le rhumatisme est à l’état chronique, s’il n’y a pas de contr'indication vers l'estomac, on pourra y substituer les décoctions de gaïac, de salsepareille, l’infusion des fleurs d’arnica , la poudre de Dower, la teinture volatile de gomme de gaïac,
(22) tant vantée par Dowson , différens aromatiques, le rob de sureau, dans qui Quarin plaçait toute sa confiance. On peut , suivant les circonstances, que le médecin saura toujours saisir, combiner ces diverses substances ensemble ou avec des médicamens d’une action différente.
Diurétiques. 11 paraîtrait que les dérivations portées vers les urines n’ont pas offert de grands avantages, du moins , à en juger par l’espèce de silence que la plupart des auteurs gardent sur cette médication. Je vois seulement Hildenbrand, en Allemagne, et Brochesby,.en Angleterre , employer le nitre à des doses énormes (10 à 12 gros), associé ayec les sudorifiques , et notamment le rob de sureau; mais les dangers attachés à cette méthode en ont fait rejeter l'emploi. La douce-amère , depuis long-temps estimée dans le traitement du rhumatisme chronique, laisse encore à penser si les avantages qu’on a pu en retirer tiennent plutôt à sa propriété diurétique qu'à l'influence particulière qu'elle a sur le système nerveux. Nous avons vu la térébenthine être sans effets marqués dans Ja maladie dont nous parlons, elle qui agit si activement sur la vessie dans les catarrhes de cet organe ; la bardane , qu’une faible action diurétique a fait appeler par Linné urinaria alba, est regardée plutôt comme sudorifique que comme diurétique. Eufin, la digitale, autre diurétique, a encore été employée dans le rhumatisme, mais c'était dans l'intention de modérer l’activité de la circulation, ;et partant l'intensité de la fièvre et des symptômes loçaux.
Mercuriaux., Les Anglais manifestent la plus décidée prédilection pour les substances mercurielles, et. particulièrement pour le calomel, dans le traitement du rhumatisme, soit aigu, soit chronique. Leur médecine de mer surtout en fait un usage qui nous étonne; parmi ses nombreux partisans, nous nous contenterons de nommer James, Selle, Clark, qui s’applaudissent des nombreux succès qu'ils en ont obtenus, sans qu’il y ait le moindre soupcon d’une affection
RES NT < syphilitique. Débutant par une saignée de douze à vingt-quatre onces, et par une forte purgation de deux jours, ils administrent le calomel à la dose de dix à vingt grains, qu'ils portent jusqu’à celle de plusieurs gros, afin, disent-ils, d’en saturer le système, et ils vont jusqu’à émprégnation, c’est-à-dire Jusqu'à une copieuse salivation, qu'ils ont soin d'entretenir pendant dix à douze jours. Ils lui associent dans toutes les circonstances une abstinence complète d’alimens, et quelquefois l’opium, l’antimoine, une légère dose d’oxymuriate de mercure, dans la double intention d’alléger les douleurs et d'exciter une douce diaphorèse. Alors, par cette conduite, ils ne se contentent pas d'obtenir des cures complètes, invariablement, sur des milliers d'individus, ils répondent encore (Fait) à ceux qui objectent à leur méthode les mauvais effets du mercure sur la constitution que, « loin de l’altérer, il lui donne une nouvelle énergie, et que la santé la plus parfaite en est la conséquence; qu’il n’y a probablenient aucun remède qui affecte le système aussi puissamment, qui le délivre aussi parfaitement des maux aigus et chroniques, et qui élève le corps à un état de santé plus vigoureux. » Si ces praticiens ne voient pas les faits à travers le prisme de la prévention, comme ils le reprochent à leurs adversaires ; si tant d'avantages sont réels, le raisonnement doit se taire respectueux devant l'expérience, Mais à la vue de tant de merveilles opérées par le calomel, nonseulement danslerhumatisme, mais danstoutesles maladies en général, ne peut-on pas se demander si l'esprit de prévention n'en a pas en-. fanté la plus grande partie, si cette vogue brillante dont jouit actuellement la panacée d'outre-mer n’est que la vogue d’un moment, et si une prochaine expérience ne la confondra pas bientôt avec ces) mille autres médicamens universels, jadis prônés , aujourd’hui inconnus? Aussi en France, nous bornerons l’usage du calomel à des rhumatismes avec constitution bilieuse et lymphatique , avec un état saburral des premières voies; alors il ne sera plus un spécifique, mais un purgatif ou un vomitif; et encore pourrait-on, devrait-on même lui préférer des moyens plus directs. Les mercuriaux en gé-
( 24 ) néral ne seront employés qu’autant qu’une affection syphilitique aurait existé préalablement , et pourrait encore compliquer le rhuma-
tisme.
Émétique. Rasori, en Italie, et en France M. Laënnec, ont employé dans plusieurs maladies, et notamment dans le rhumatisme articulaire, ce médicament à des doses énormes et presque incroyables. Cependant, rien de plus vrai que la facilité avec laquelle certains malades supportent trente, soixante grains, et même plusieurs gros de tartre stibié, souvent même sans éprouver aucun signe de sa présence dans les voies digestives, comme j'en ai fait souvent l'observation. Si l'on en croit l’auteur de l’auscultation médiate, et on n'’oserait pas le révoquer en doute, le tartre stibié à haute dose serait un médicament héroïque qui, probablement en augmentant l’énergie de l'absorption interstitielle dans les maladies inflammatoires , aurait guéri d’une manière surprenante, sans accidens un peu inquiétans, des pneumonies, des rhumatismes, des catarrhes suffocans, des arachnitis et des hydrocéphales aiguës, des ophthalmies et des angines graves, des phlébites, des chorées aiguës, etc. Après la pneumonie, où je puis affirmer , dit M. Laënnec, que je n'ai pas mémoire d’avoir vu mourir un malade qui ait pris le tartre stibié, le rhumatisme articulaire est la maladie contre laquelle cette substance est le plus eflicace. Soumis à son emploi, sa durée n’a jamais excédé sept à huit jours, et jamais il n'y a eu de récrudescences. Voilà sans doute des résultats admirables; et que la médecine serait belle, qu'elle serait facile, si, munie d’un semblable moyen, elle pouvait à son gré guérir tant de maladies que leur durée ou leur violence rend souvent si fâcheuses! Mais malheureusement ce remède héroïque a perdu de ses vertus en passant dans d’autres mains, et il n’a plus offert que des résultats incertains. Le peu d'exemples que j'ai vus de son emploi lui sont assez peu favorables pour que je ne lui accorde jamais la confiance qu'il avait paru mériter à M. Laënnec. Je me rappelle avoir vu à lhôpital de Strasbourg une femme atiaquée de
(25) pneumonie; elle fut traitée par M. Lobstein d'après la méthode rasorienne, et mourut un mois après d’une inflammation d'estomac, M. Chomel, qui ne veut rien préjuger avant que les faits n'aient prononcé en deruier ressort, a voulu tenter de nouveaux essais et nous convaincre par nos propres yeux des effets uliles, nuisibles ou neutres du tartre émétique, employé d’après les modifications de M. Laënnec, sans jamais toutefois sacrifier l'intérêt des malades à l'instruction de ses élèves. Eh bien! pendant six mois que j'ai suivi exactement sa clinique , je n'ai pas mémoire d’avoir vu jamais le médicament héroïque produire les effets surprenans qu’on pouvait en attendre d’après les louanges qu’en avait publiées un grand praticien, un observateur infatigable. De trois pneumonies soumises à ce traitement, deux furent suivies de la mort, l’autre eut une convalescence au moins aussi longue que si l’on avait abandonné la maladie à ellemême. J’ai vu aussi des rhumatismes traités par la même méthode ; je citerai entr'autres celui d'un jeune homme qui, après un mois de traitement (et non pas sept à huit jours), voulut sortir de la clinique, nous laissant encore dans le doute d’une parfaite guérison, et cependant, il était dans les conditions les plus avantageuses au succès de l’'émétique ; ce fut surtout un exemple frappant de la facilité avec laquelle certaines constitutions peuvent tolérer de fortes doses de ce médicament actif, puisque trente-cinq grains ne produisiront ni vomissement, ni selles, ni douleurs épigastriques chez un jeune homme de dix-sept ans. Un autre rhumatisme, traité par l'émétique, nous montra encore d'une manière au moins aussi évidente l'inutilité, pour ne rien dire de plus, du médicament héroïque; il occupait chez une femme la presque totalité des articulations, Comme dans une précédente attaque les saignées et les bains avaient été inutilement mis en usage , on fut conduit à la méthode rasorienne, d'autant plus que dans le même moment une autre femme , d'un âge et d’une constilution à peu près analogues, se trouvait à côté de la première, affectée aussi d’un rhumatisme qui datait à peu près de la même époque; celle-ci fut traitée par la méthode antiphlogistique, afin qu'on pût
bien observer les résultats des deux méthodes. Qu'arriva-t-il? La première ne toléra que difficilement lémétique; cependant, par l'infusion aromatique et le sirop diacode, on parvint à lui en faire prendre vingt-cinq grains ; mais combien les commencemeus en furent pénibles? vingt selles, douze vomissemens par jour, un abattement extrême , des nraux de tête atroces , de continuelles nausées et envies de vomir, tout cela chez une femme à qui le moindre attouchement, la moindre secousse imprimée à son lit, arrachait des gémissemens ; et pour tant de peines, ce ne fut pas au bout de sept ou huit jours qu’elle fut guérie, car après trente-cinq jours d'hôpital, on ne put la retenir, et elle sortit avec une fièvre assez forte et des douleurs daus certaines articulations, ce qui certainement n’annonçait pas une guérison complète. Sa compagne d’infortune, au contraire, vit son rhumatisme parcourir assez tranquillement ses périodes ; quelques saignées, la diète, les cataplasmes, ne parurent pas en abréger la durée ; mais ils produisaient toujours du soulagement , et après cinq semaines elle était parfaitement rétablie. De ces faits, que je cite parmi plusieurs autres parce qu’ils m'ont paru les plus concluans , nous nous contenterons, avec M. Chomel, de tirer cette conséquence, que le respect dû à un grand homme doit rendre moins sévère : c’est que si l'émétique est avantageux , héroïque, dans certaines circonstances, il en est d’autres aussi où il paraît sans effets, et probablement ces circonstances se rencontraient chez les malades qui, à sa clinique, furent traités par le tartre stibié. Et puisqu'il serait téméraire d’exclure de la thérapeutique du rhumätisme un remède qui avait donné tant de satisfaction à un homme qui, certainement n’a pas pu s’en laisser imposer par les faits, essayons de tracer les règles de son emploi, et les circonstances où l’on peut y avoir recours.
Le malade sera au début de son attaque, ou il en sera peu éloigné : que lui servirait , en effet, un médicament souvent dangereux , quand la nature va se suflire à elle-même pour opérer la guérison d’une maladie qui laisse à peine compter quelques terminaisons fatales ? Le rhumatisme siégera dans les articulations, qu’il parcourera aiternati.
vement avec un type aigu. L'on n’est pas encore bien décidé sur la constitution que doit offrir le malade. Rasori prétend que l'émétique est d'autant mieux supporté, et produit des effets d'autant plus prompts, que les symptômes de la maladie et la constitution du malade annoncent plus franchement un excès de pléthore et d'énergie vitales ; sur quoi M. Laënnec, qui d’ailleurs adopte la même idée, ajoute que le même moyen réussit quelquefois parfaitement chez les sujets débilités , cachectiques, et qui n’ont pu supporter la saignée , malgré une inflammation locale intense. Mais si les avantages que l'on peut retirer de l’'émétique à haute dose ne sont pas encore sanctionnés par un assez grand nombre d'essais, ne devrait-on pas, s’appuyant de cette dernière assertion de M. Laënnec , et, pour ne pas sacrifier à une médication incertaine les chances d’une médication antiphlogistique dans les cas de rhumatismes franchement inflammatoire , existant avec une constitution riche de sang et de vigueur; ne devrait-on pas, dis-je, restreindre l’usage du tartre stibié à ceux qui, dans des accès précédens, n'ont pas été avantageusement modifiés par des saignées, des bains, de légers antiphlogistiques; à ceux qui se remarquent chez des individus qui ne pourraient pas supporter long-temps un régime débilitant ; à ceux encore qui sont ambulans et qui, dans les différentes articulations qu’ils parcourent , n produisent pas des phénomènes locaux qui soient en rapport avec une fièvre intense, laquelle, entretenue probablement par une cause interne , se montre presque constamment inaccessible aux moyens ordinaires ; dans ces rhumatismes entiers qui attaquent des sujets, où prédominent les vaisseaux blancs, où il y a constitution bilieuse, pendant des saisons ou dans des localités qui prédisposent aux affections muqueuses ?
M. Laënnec ne semble voir de contr'indication que dans ce que Rasori appelle le défaut de tolérance (la tolérance est la disposition en vertu de laquelle on peut supporter telle ou telle dose d’émétique), et encore on y obvice dans beaucoup de cas en associant au médicament principal un véhicule agréable , aromatique et assez étendu , et à une
demi-once ou une once de sirop diacode, qui neutralise la propriété émétique du tartre. Il croit aussi que l'ignorance où on laisse le malade sur le remède qu’il prend y entre pour quelque chose. Emporté par l’idée dominante de son remède favori , il méprise même la complication d’une inflammation gastrique , qui serait caractérisée par la rougeur de la langue et la sensibilité à l’épigastre, symptômes qui, selon lui, se dissiperaient sous l'influence des premières doses de la potion émétique. Des vomissemens, des coliques, des selles, etc., suivent-ils l'ingestion de ces premières doses, n'importe, le malade se fera au traitement , et il continue. Mais quel est le médecin qui voudra limiter dans son audace?
L'émétique , ainsi associé , se donnera par fraction toutes les’deux heures , d’abord à la dose de six à huit grains par jour, etonira en augmentant jusqu’à quarante , cinquante grains et plus, en se mettani toujours à l’unisson du degré de tolérance. On en continuera l'usage au-delà du terme où la maladie peut avoir cédé, afin d’éviter les récidives. Quoi qu’en dise M. Laënnec , il sera toujours prudent de suspendre le traitement aux premiers signes d’irritation gastrique, ou, au moins, on diminuera la dose de l'émétique. Quant au régime , il doit être assez sévère; surtout que le malade ne prenne rien avant ou après l’ingestion d’une dose de là potion. Nous avons vu chez M. Chomel de légers potages provoquer, dans ce cas, le vomissement , et produire des coliques , quand il n’y avait auparavant ni la moindre douleur, ni la moindre envie de vomir.
L'émétique a encore été proposé , dans le traitement du rhumatisme, dans un autre but que d'activer l'absorption interstitielle ; nous voulons dire qu'il a été conseillé pour opérer le vomissement , soit dans la vue de produire des sueurs, ou d'imprimer à toute l’économie une violente secousse, que l’on croit salutaire; soit dans la vue d'évacuer des matières contenues dans l'estomac, et qui auraient une mfluence sur l'existence du rhumatisme. Haygarth est grand partisan de cettte méthode, Morton ne l'est guère moins ; et Stoll, qui voyait partout , ou qui avait occasion de voir partout des complications bi-
lieuses, devait aussi trouver de grands avantages dans les vomitifs, aussi il n’en était pas avare, Mais tous ces auteurs ont généralisé, quand il fallait tout au plus faire quelques exceptions. Peut-on ne pas plaindre ces malheureux en proie aux plus atroces douleurs qu’un rien va encore doubler, quand on les voit s’arracher péniblement de leurs lits pour obéir à des envies de vomir, et supporter ensuite les violentes secousses que nécessite cette action? Un tel inconvénient, parmi bien d’autres, me rendra toujours modéré dans l'emploi d’un tel moyen ; à peine me déciderai-je à y recourir dans ces complications fortement saburrales, où l'estomac, fatigué par des nausées et des envies continuelles de vomir , ne peut seul se débarrasser des matières qu’il contient; et encore je n’arriverai là que quand toute autre voie m’aura été infructueuse ou impossible.
Purgatifs. Autrefois, quand on se contentait de supposer que les maladies consistaient dans le vice ou l’acrimonie des humeurs, rien ne paraissait plus rationnel que de purger, et de purger sans cesse et pour tout. Aujourd'hui, avec un peu plus d'apparence de raison, on veut appeler sur les intestins une dérivation qui l'emporte sur le rhumatisme, et lon purge encore. De là cette foule d’élixirs, de boles, d’électuaires ; de là ces diacatholicons universels, dont le nombre nous effraie dans plus d’un manuel et même dans nos pharmacopées ; tous sont des antirhumatiques spécifiques, parce qu’ils produisent quinze à vingt selles par jour. Avec un titre si flatteur , que de fois la cupidité de leurs auteurs, ou lignorance des malades n'a-t-elle pas employé le prétendu spécifique en dépit de toutes les contradictions ? et pourtant combien de maladies, plus graves que le rhumatisme , n’ont-elles pas dû en être la conséquence? Sans parler des reproches que nous venons de faire aux vomitifs, et qui pourraient, jusqu’à un certain point , être appliqués aux purgatifs , ne sait-on pas que souvent le rhumatisme est accompagné d'irritation intestinale, dont Ja chronicité , rendue aiguë par des excitans directs, peut constituer une maladie grave ou une métastase souvent mortelle? Mais,
si le raisonnement ne peut rien ôter à l’aveugle prodigalité de l’empirisme pour la purgation, qu’il écoute au moins la voix de l'expérience, qui lui dit, par la bouche de maint auteur, et notamment du docteur Grégory , dont je citerai les paroles : « La purgation n'est en aucune manière aussi efficace qu’on le suppose ; elle ne convient pas dans le rhumatisme aigu , et n’y procure qu’un avantage précaire , qui ne compense pas l'irritation et la peine qu’elle occasionne au malade, obligé de se livrer aux mouvemens que nécessite l'action du purgatif. » Ai-je besoin d’y ajouter l'autorité de J. Jonhson. « Dans le rnumatisme aigu, dit-il, cette pratique est suivie d’une telle aggravation du mal, d’une telle irritation sur les membres enflammés, que depuis longtemps j'ai renoncé à tout purgatif. » Mais, autant ces sages praticiens se sont montrés sévères sur les purgations immodérées , autant ils ont recommandé les laxatifs doux, qui procurent seulement une ou deux selles par jour, ce qu’il sera facile d'obtenir par une légère dose d’un sel neutre, de manne , d'huile de ricin, de tamarin , par un peu de crème de tartre rendue soluble au moyen de quelques grains de borax, ou par un lavement émollient ou rendu légèrement purgatif par une petite quantité des mêmes substances ; et encore devrait-on être très sobre de ces moyens quand il y a un peu d’irritation vers les intestins. Dans le rhumatisme chronique, au contraire , et quand cette contr'indication n'existe pas , ou si, étant aigu, la fièvre perd de son énergie ; et si, en même temps, les sueurs et les selles sont fétides , et la langue blanche, alors, seulement alors, les purgatifs les plus énergiques sont indiqués et peuvent faire espérer des avantages réels. Une constilution bilieuse ou lymphatique, un âge assez avancé, les saisons froides et pluvieuses des contrées humides et malsaines, telles sont encore les diverses circonstances où les purgatifs, même ceux d’une certaine énergie, seront le plus convenables.
Boissons. Celles qui sont rafraîchissantes et adoucissantes sont à peu près les seules dont on doive permettre l'usage dans le rhumatisme aigu ; elles conviennent pour étancher la soif, toujours ardente dans
(51) les maladies accompagnées de fièvre; elles conviennent surtout aw milieu de cette chaleur brûlante, symptôme non moins fréquent, pour donner au sang des principes moins stimulans (pour le délayer ); souvent elles suffisent pour dissiper un état saburral léger, qu'il n’est pas toujours prudent de combattre par les vomitifs. Ainsi rien de plus convenable que les tisanes de chiendent, de guimauve , de violette, ing limonade légère, une solution de sirop de groseilles , de framboises. Presque tous les praticiens sont dans l'habitude d’y joindre quelques grains de nitrate de potasse, qui ajoute beaucoup à leurs propriétés calmantes et rafraichissantes. H{denbrand fait beaucoup d'usage des boissons émollientes gommeuses, lesquelles, dit-il, sont légèrement nutritives, et préviennent l’inflammation des intestins , que l’abstinence complète d’alimens, observée pendant toute la durée d’un rhumatisme aigu, pourrait développer ; des bouillons aux herbes, de légers bouillons de veau présentent le même avantage. Le petitlait, si généralement employé, jouit de la double propriété d’être rafraichissant et légèrement laxatif, ce qui le rend très-utile dans une maladie accompaguée si souvent d’une brülante chaleur et d’une constipation opiniâtre; on l’unit avec beaucoup d'avantage à une légère dose. de nitrate de potasse, que l’on élevera insensiblement. Mais, quels que soient ses effets, il ne me paraît pas mériter ce privilége qu’on a voulu lui accorder depuis des siècles, ces éloges que Sydenham et Barthez font de ses vertus, et cette spécificité dont on l'a décoré en Italie. A une époque plus avancée du rhumatisme , et même dans les premiers jours de son existence, quand la réaction n’est pas immodérée, que la fièvre, sans être forte, est accompagnée d’une chaleur douce à la peau, on peut substituer aux tisanes rafraîchissantes une légère infusion sudorifique, telle que celle de fleurs de sureau , de bardane, de tilleul, et même la décoction des espèces sudorifiques, quand la fièvre a complètement cessé, ou que le rhumatisme est à l’état chronique, et qu’on n’a pas à craindre une irritation de l'estomac ou une réaction générale trop intense. Mais, dans le dernier cas encore, dans ces rhumatismes invétérés, sans fièvre, affectant des vieillards chez qui
tout languit et s'éteint, quelle foule de substances végétales n'ont pas été employées pour en faire des boissons ! l’arnica, la bardane, le basilic, la camphrée, le chardon bénit, la clématite, la digitale, la graine de fenouil , le gingembre, l'extrait d’if, ivette commune, le lin sauvage, le marube blanc, la graine de moutarde blanche, la semence d’orobe, le piment, le polygala de Virginie, l'écorce de prunier, le roséau à balai, les bourgeons de sapin, la saponaire, le seneca, la tanaisie, le trèfle d’eau , la verveine; en résumé, tous Îles toniques ; les amers, les sudorifiques, diurétiques, aromatiques , et les stimulans de toute espèce. Parmi ces mille substances, quelques-unes ont joui d’une vogue particulière, Barthez regardait les fleurs d'arnica comme spécifiques pour dissiper l'état rhumatique des solides, de la même manière qu’elles procurent la résorption du sang épanché à la tête à la suite d’une chûte, d’une contusion : Metzger avait déjà fait la même remarque. Beaucoup de praticiens aflectionnent d’une manière spéciale, les uns le petit-lait nitré, les autres les fleurs de sureau aussi nitrées. Sarcone avait observé que le sang était devenu moins couenneux après l'usage d’une décoction de polygala; il crut par-là qu’il en était un délayant particulier, et le préconisa dans le traitement du rhumatisme. Terminons cet article en disant que, sans ajouter de croyance aux prétendues vertus spécifiques accordées à la plupart de ces plantes, plusieurs cependant ont des propriétés à elles, qui les rendent préférables à d’autres dans certaines circonstances. Mais le médecin, dans cette maladie, souvent interminable, sera quelquefois obligé d'en abandonner une pour en essayer une autre, afin de ne pas fatiguer le goût du malade, et de ne pas accoutumer l’économie à l’action d'une même substance. Peut-être, par ces différens essais, trouvera-t-il un remède qui sera mieux adapté à l'idiosyncrasie de son malade : d’ailleurs, que ne doit-il pas faire, ou plutôt que n'a-t-il pas le temps de faire dans un traitement toujours si long !
Régime. ci peut-être le médecin trouvera plus de moyens contre la maladie qu'il a à combattre que dans toutes les richesses de la
(55 } pharmacie. Le malade sera placé dans un lieu privé de toute humidité; la température sera modérée, si le rhumatisme est 4 l'état aigu , plus élevée s’il est à l’état chronique. Quelques médecins avaient été conduits à penser, d’après le bien-être que certains rhumatisans éprouvent en exposant à l'air les membres douloureux, qu'on devait jes placer près d’une fenêtre ouverte, dans un appartement froid, où l’on établirait un courant d’air ; mais ils n'avaient pas réfléchi à quels graves accidens ils s’exposaient par la répercussion des sueurs, par une crispation, un resserrement de la peau, qui fermerait ainsi à la nature une des voies où, le plus fréquemment, elle opère ses crises. Aussi sera-l-il toujours pradent de soustraire le malade à des changemens de température; il gardera le repos le plus absolu. Plus le palient observera un repos parfait, dit J. Johnson, mieux il traversera les différens stades de sa maladie, et plus la durée en sera courte. Nous ferons une exception pour les rhumatismes chroniques, qu’on a quelquefois essayé de guérir par des mouvemens violens, des secousses, la percussion, des marches et même des courses forcées. Le lit où il sera placé n’aura ni trop de mollesse , ni trop de dureté, mais surtout les couvertures ne seront pas trop lourdes; les draps seront changés aussi souvent qu’ils seront imbibés de sueur, afin de prévenir leur refroidissement. Loin de toute excitation forte, morale ou physique , il évitera surtout avec une espèce de scrupule tout écart dans l'alimentation; il observera même une sévère diète dans les commencemens du rhumatisme aigu , et il la continuera aussi long-temps que les symptômes de réaction seront fortement prononcés, surtout s’il y a un peu d'irritation vers les premières voies. Plus tard, de légers potages feront toute sa nourriture ; alors, quand les douleurs et la fièvre auront cessé, il reprendra peu à peu, et toujours prudemment , son alimentation ordinaire. Dans le rhumatisme chronique, la diète sera loin d’être aussi sévère : cependant les alimens seront en petite quantité, peu substaniiels, d’une digestion facile, c'est dire qu'ils seront presque exclusivement composés de végétaux et de quelques viandes blanches. Toutes les boissons vineuses et alcoholiques seront suspen-
dues, à moins toutefois que l'habitude de ces boissons ne soit devenue “une seconde nature; dans ce cas encore on en diminuera la quantité. À cela on joindra , dans le premier cas , des boissons rafraîchissantes ou émollientes, où tout au plus de légers sudorifiques, et des lavemens émolliens ; dans le second, des tisanes plus fortes, des sudorifiques plus énergiques et quelques légers laxatifs. Ce régime, on pourrait dire ce traitement , a guéri beaucoup plus de rhumatismes que toutes les autres méthodes réunies, contra-stimulisme, perturbation, “électricité, etc., etc., et jamais il n'en a eu les dangers. D'ailleurs il n'est pas aussi peu actif qu'on pourrait le penser, puisque, d’après les expériences de M. Magendie et les observations de M. Rostan , il serait ‘un des antiphlogistiques les plus puissans; enfin nous sanctionnerons ses avantages par ce beau passage de l’Hippocrate anglais : Si quis hanc methodum , tanquäm rudiorem et artis laude carentem , contempserit, sciat is, velim, primo leviora tantüum ingenia res quaslibet vilipendere, quod simplices fuerint et apertæ ; nisi obstérint præjudicia vulgt, nullus dubitarem methodum jäm dictam aliis etiam morbis accommodare , quod sanè magis ægris prodesset, quam solemnior illa remediorum pompa, quæ in jäm moribundis, tanquäm bestiis, ut mox immolentur coronatis, malè collocatur.
Moyens internes.
Saignée générale. Elle a subi le sort de presque toutes les méthodes exclusives. Employée à l'excès par Sydenham ( dans les premiers temps de sa pratique ), par Schmitz, James, et cet Uffroy, cité par Barthez, qui proposait de tirer quinze à vingt livres de sang dans deux jours, afin de reconstituer ensuite l’économie par les farineux et les balsamiques. la saignée à reçu la désapprobation de Gianini, Stoll, Brown, Quesnay, Haygarth, Bateman. Plus modérés, Cullen, Porter, Scudamore, Barthez et la plupart des praticiens ont regardé ce moyen comme pouvant sinon guérir radicalement, du moins diminuer l'intensité d s symptômes, éloigner les accidens et bâter la guérison. Si le rhumatisme n’était qu’une inflammation or-
(55) dinaire , la saignée serait le moyen par excellence, et tous Jes médecins l’auraient employée. Mais, sous le masque de l'inflammation, il existe une disposition interne, inconnue, cause première de la maladie, qui est loin d’être l'inflammation; celle-ci seulement la soutient, la corrobore en quelque sorte, comme celle le fait d’une manière plus distincte encore dans la syphilis, la gale, les affections cancéreuses. Dans tous ces cas, et M. Lisfranc en fait bien sentir l'évidence dans ses lecons de clinique, l’inflammation , liée à la maladie principale, fait échouer, rend même nuisibles les meilleurs moyens dirigés contre elle. Dernièrement encore, sa clinique nous en a offert un exemple frappant, sur une dartre rongeante, contre laquelle avaient été vainement employés la pâte arsénicale, l'iodure d’arsénic , et le deuto-iodure de mercure; mais l’inflammation, dont elle était accompagnée ne fut pas plutôt dissipée par une saignée et des sangsues, que cette dernière substance, après un emploi de quelques jours, donna à l’ulcère un meilleur aspect, et avait opéré un commencement de cicatrisation. Il en est de même du rhumatisme, que l’inflammation locale ou la pléthore générale peut rendre plus intense, et d’une guérison plus difficile. Ainsi la saignée ne sera pas considérée comme un moyen direct, mais comme un moyen qui peut détruire efficacement ce caractère accessoire, la pléthore ou l’inflammation locale. Dès-lors elle sera indiquée partout où laffection rhumatismale coïncidera avec les signes d’une constitution robuste , riche de sang, avec des congestions ou des commencemens de congestions locales ; quand il y aura réaction fébrile assez intense, que le malade aura déjà éprouvé d’heureux effets de son emploi dans des attaques précédentes, et qu’il sera au début de celle qui paraît la réclamer actuellement. Des auteurs avaient appliqué au rhumatisme ° la défense que faisait Hippocrate, de saigner après le septième jour de la maladie; mais , en général, l’époque, le nombre, et la quantité des saignées, ne doivent être calculés que sur l'état actuel du malade, et sur l'intensité de la maladie ; bâtons-nous de dire qu'il faut toujours user de ce moyen avec modération , puisqu il nc
(56 ) détruira pas la maladie, et que celle-ci durera souvent un temps assez long; car si, comme le voulait Cullen , il fallait saigner jusqu’à extinction de la douleur , le malade perdrait en vain son sang et ses forces ; il languirait, faible, dans une longue convalescence : peut-être sa maladie, en devenant chronique, n’aurait plus de lerme; alors, comme l'avait observé Sydenham, quand l'expérience vint lui ouvrir les yeux sur l’abus qu'il avait fait des saignées, alors le malade contracterait une susceptibilité telle, que la moindre circonstance deviendrait pour lui cause de maladie. Sïles symptômes pléthoriques ont diminué, si la fièvre a baissé, les évacuations sanguines ont produit tout l'effet qu’on en devait attendre; les douleurs seront moins fortes, et n’occuperont plus autant d’articulations ; les métastases seront moins à craindre, enfin, l'accès pourra se terminer plus promptement. Un autre avantage des saignées, c’est d'amener le malade dans des conditions meilleures, pour passer à d’autres médicaüons, qui, sans elles, n'auraient pas toujours été sans danger. Bornons là les avantages que nous pouvons espérer de la saignée, et n’en croyons pas certains auteurs qui prétendent qu'elle guérit radicalement les rhumatismes; si, dans quelques cas, elle a paru amener la cessation complète de ses symptômes, ce ne sont que des exceptions qui, encore, pouvaient tenir à d’autres circonstances. J’ai toujours été frappé de celte phrase que Jai recueillie au cours de M. Andral : ce n’est pas toujours l'afflux du sang dans une partie qui en constitue l’inflammation. Ilest de ces inflammations dans lesquelles il n'y aurait plus qu’une goutte de sang dans l’économie, qu'on la verrait encore accourir vers le lieu où une cause cachée l'appelle. Je vois un exemple de cette vérité dans une observation rapportée par Cunningham, d'un jeune officier qui mourut à la suite
le cœur; cet organe, après la
d'une métlastase de rhumatisme sur mort, fut encore trouvé plus gorgé de sang que dans l'état naturel, et cependant on lui avait retiré, dans les treize derniers jours de sa
vie , trois cent dix onces de sang.
Saignées locales. Arérés et Cærivs AurÉLranus avaient déjà employé les sangsues dans le rhumatisme, témoin ce passage de ce dernier : In Omni arthritico dolore fidissimo experimento confirmatum est herudines super affectam partem imponere. Par l'usage que Paulnier en fit, on appela leur emploi remède de PAULNIER, comme on disait {ec remède de Pranier, de Herb, etc. Baïllou, Sydenham , Bocrhaave , Cullen, Barthez, avaient tous reconnu dans les sangsues un moyen de diminuer les douleurs ; mais, dans l'emploi qu’ils en ont fait, jamais ils n’ont vu ces douleurs cesser complètement. Fabrice d’ A quapendente les employait aussi à l'anus dans les rhumatismes accompagnés de fièvre de mauvais caractère. Aujourd’hui une doctrine qui se dit nouvelle, mais qui ne l’est que par les excès auxquels elle se porte, regarde les sangsues comme le remède par excellence de toutes les maladies, et par conséquent du rhumatisme, quand toutefois elle ne les applique pas sur le ventre. Partout, toujours, chez tous les individus, la guérison doit être produite par le ver sanguinaire, ou bien elle est impossible. Mais l'expérience n’avait-elle déjà pas prouvé aux vieux praticiens que nous venons de nommer que, comme la saignée générale, les saignées locales n'étaient qu’un moyen secondaire qui allége les douleurs , les fait quelquefois cesser comme par enchantement , mais qui ne guérit pas le rhumatisme, J'ai eu souvent occasion d'en faire la remarque aux cliniques de MM. Chomel et Récamier. Ce dernier professeur les avait même appliquées sur des rhumatismes ambulans, en poursuivant les douleurs d’articulation en articulation par des applications successives, €t jamais il ne crut en-obtenir autre chose qu'un soulagement momentané. M. Janson de Lyon, qui pourtant en est grand partisan , dit aussi que, si elles ne guérissent pas radicalement, c’est au moins la méthode qui soulage le plus, quand elle est employée avec modération , et qu’elle est soumise à quelques circonstances que le médecin ne doit jamais oublier. D’après ces données, fournies par taut d'expériences, quelles doivent être les occasions d'appliquer les sangsues dans le rhumatisme? C'est quand il sera fixé à une seule ou à un petit nombre d’articulations. La réaction générale sera médiocre,
(38) ou bien on l'aura modérée par une saignée générale ; la fièvre, si elle existe, sera symptomatique de l'affection locale; celle-ci, au contraire, sera marquée par ce la rougeur, de la tension, une chaleur plus prononcée à Ja partie malade que sur le reste du corps, et surtout par des douleurs excessivement vives, à plus forte raison si elles siégent plus près des grandes cavités, et même sur leurs parois, comme dans les torticolis, les pleurodynies, les lombagos. Je me contenterai de citer quelques-uns des cas nombreux où j'ai vu, chez M. Chomel, les sangsues produire des effets très-satisfaisans. Une femme, après un refroidissement subit, éprouva sur-le-champ de vives douleurs dans tout le côté droit de la poitrine ; elles s'étaient encore augmentées par son transport à l'hôpital, où elle arriva le deuxième jour de sa maladie. Elle n’avait pas eu un instant de sommeil ; sa respiration , toute petite et fréquente qu’elle était , ne cessait pas d'être extrêmement douloureuse; le poids de ses couvertures lui était insupportable; le moindre mouvement doublait ses souffrances. Le pouls, d’abord n’avait donné que 92 pulsations par minute, mais il battit 16/4 fois quand on eut placé la malade sur son séant pour l’ausculter; l'attouchement le plus délicat produisait de telles douleurs, que la face en.était altérée , et cette sensibilité extrême régnait dans toute la région du grand pectoral, une partie du grand dorsal jusqu’au sternum en avant et les épines des vertèbres en arrière : tous les signes négatifs d’une pneumonie et d’une pleurésie, fournis par l’auscultation et les signes extérieurs , Joints à cette sensibilité extrême des parties cutanées, et à l'impossibilité des mouvemens, prouvaient assez une pleurodynie. On fit pratiquer une saignée, appliquer d’abord trente sangsues, puis le lendemain vingt-cinq. Après trois Jours, cette femme était dans une parfaite convalescence; il ny avait plus de fièvre, plus de douleur : quelques bains achevèrent la guérison. Un second exemple de l'utilité des sangsues fut celui d’un jeune homme, scrophuleux autrefois, chez qui un rhumatisme parcourait depuis douze jours la plupart des articulations. À son entrée à l'hôpital, la fièvre n'était que peu intense, et les douleurs s'étaient fixées à l'articulation tibio-tarsienne et a celle
de l'humérus avec le cubitus du côté droit. On prescrivit 12 sangsues sur chacune de ces articulations : par on ne sait quel oubli, elles ne furent appliquées qu’au coude. Le lendemain , cette articulation. était tout à fait indolente, tandis que le pied avait conservé les mêmes douleurs que la veille.
Les sangsues ont encore été proposées et employées dans les rhumatismes chroniques; mais leur effet y paraît moins avantageux que dans les cas précédens. Dans les rhumatismes fixes peu intenses, M. Leroux, ancien doyen, avait l'habitude d'opérer un dégorgement local au moyen d’une couronne de sangsues, et de placer ensuite un vésicatoire au milieu. Dans des cas semblables, et surtout quand le rhumatisme tend à se transformer en tumeur blanche, on pourrait se servir des sangsues, comme M. Zisfranc le fait avec tant de succès dans tous les engorgemens chroniques, en grand nombre, puis en petit nombre alternativement, suivant l'excitation ou le peu d’activité qui y règne. Il est inutile de dire que les ventouses pourront atteindre le même but : seulement, leur application est moins commode.
Chaleur. Son augmentation ou sa diminution ne paraît pas avoir une grande influence sur le rhumatisme aigu , comme tant d'auteurs l'avaient avancé. Dans quelques cas seulement, dans ceux où sans prédisposition interne le rhumatisme semble avoir été produit par une suppression de sueurs, on a vu, en ramenant celles-ci par une augmentation de la chaleur, la guérison en être la suite immédiate. Nous ne parlerons pas de l'usage barbare où sont plusieurs praticiens italiens de plonger tour à tour et à plusieurs reprises le malade dans un: bain froid et dans un bain chaud, pour guérir les rhumatismes comme ils guérissent les autres maladies. Nous ne parlerons pas non plus de la méthode qu’emploient les Russes dans la même intention , en se roulant tout nus dans la neige, et en s’en frottant les articulations malades après avoir été quelques instans plongés dans leurs étuves de vapeur, dont la température surpasse quelquefois celle de l'eau
(4o ) bouillante. Nous croyons ces méthodes trop téméraires pour pouvoir être employées en France; enfin on peut aussi blâmer le conseil de ceux qui voulaient placer les malades affectés de rhumatismes aigus dans des lieux frais et exposés à des courans d’air, à cause des métastases et des répercussions de sueurs qui pourraient en être le résultat.
Mais, dans le rhumatisme chronique, il n’est pas de formes, même les plus bizarres , sous lesquelles on n'ait cherché à produire une augmentation de chaleur, soit générale, soit bornée au lieu des douleurs ; et si constamment ce moyen n’a pas réussi, on peut dire à sa louange qu'il n’a pas en général paru nuisible. D'abord on produit une chaleur générale, soit en plaçant le malade dans un appartement convenablement échauffé, soit en le faisant coucher dans un lit bien couvertet bien bassiné, soit en l’étendant sur des feuilles aromatiques amorties et chauffées dans une étuve (camomille , romarin, tilleul ) : ce moyen, employé autrefois, est à peu près inusité de nos jours. Mais un moyen beaucoup plus en vogue ( bain de chaleur) consiste à renfermer le malade sous des couvertures, la tête exceptée, dans une cuve ou un panier d’osier, dans lequel brûle une lampe à alcohol; quelquefois on en augmente l'effet en y dirigeant des vapeurs chaudes et aromatiques. Veut-on employer localement la chaleur , combien de moyens divers! Les uns n’agiront que momentanément ; ce sera une étuve sèche ou un tuyau de chaleur conduit sur la partie douloureuse ; une douche ou un bain local de sable chaud ; une brique, un fer, des linges , des flanelles ou un corps quelconque fortement chauffé; de l’alcohol répandu sur le membre, qu'on y allumera.; du coton, de la laine , de l’étoupé qu’on y brülera ; un fer incandescent qu'on y appliquera à plusieurs reprises; l'insolation aidée encore par des frictions légères, qui peuvent également se pratiquer devant un foyer; l'immersion du membre dans le sang d’un animal nouvellement égorgé, ou l'application de sa peau encore fumante sur la partie souffrante. D’autres moyens seront permanens , et alors ce sera chez les uns l’usage habituel d’habits chauds, de gilets ou de
(#1) calecons de flanelle ; chez d’autres, une. peau d'animal couverte de poils; etc. Telles sont les principales formes sous lesquelles la chaleur peut être employée dans le.rhumatisme chronique; c’est au génie du médecin à les modifier , à en créer même.de nouvelles s’il le veut , car il'est'de-ces cas désespérant où les méthodes les plus ridicules souvent satisfont davantage les malades. |
Bains généraux. Nous avons parlé::des bains froids à l’article chaleur; farce qu’en eflet ils n’agissent que par leur basse température. Mais les bains chautis ayant une autre action, méritent d'en être séparés. Ces bains chauds, quand ils ne sont pas contr'indiqués par üne tendance à des congestions vers le cerveau ou les poumons ,: par une faiblesse trop grande du malade, quand la fièvre n'est:pas: très-forte «et que le rhumatisme peut permettre assez de mouvemens sans produire trop de douleurs ; les bains, dis-je, pris avec les précautions convenables, sont presque toujours , dans le rhuüumatisme chronique , et dans les dernières périodes du rhumatisme:aigu,; les:moyens le plus généralement et peut-être le plus utilement employés. [ls ont, pour effet presque instantané de produire ‘une diminution notable dans les douleurs ; il est même des personnes. qui :n’éprouvent de rémissions que quand elles sont plongées dans un bain chaud. Une lassitude légère , qui ne laisse pas-d’avoir sa douceur ; un calme dans tout le système nerveux, qui souvent produit un agréable sommeil ; une détente dans la régidité musculaire, ; un bien-être indicible, d’autant plus agréable que l'instant d'auparavant était extrêmement pénible , tels sont, dans beaucoup de cas,;des heureux effets d’un bain. S'ils dépendent, comme le pensent plusieurs auteurs, de la d'aphorèse qu’il occasionne , et de l'absorption d’une certaine quantité d’eau, qui viendrait liguéfier le sang, ils dépendentaussi, et en grande partie même, de son action calmante sur.le système nerveux. Malheureusement ces effets ne durent pas Jlong+temps,, et le maladeest obligé de les renouveler tous les ] Jours owivus les «eux jours, selon que son état le permet. Comme les moyens
que nous avons déja étudiés, les bains, s’ils peuvent diminuer l’intensité, ne peuvent pas abrégér la durée du rhumätisme ; c’estsurtout: dans celui qui envahit plusieurs articulations à la-fois, qui fatigue le malade d’üne insomhié Continuelle ; c’est chez un individu dont le tempérament ést plutôt nérveux ‘que ‘sanguin, c'est chez celui où un excès de pléthore a été combattu par quelques saignées préliminaires , c'est dans tous ces cas, que les bains chauds orcinaires seront de la plus grande utilité. Des auteurs les ont biämés dans les comniéncemens du rhumatisme aigu ; eut mieux valu dire qu'ils pouvaient être dangereux, quand là fièvre et tous les’ symptômes de réaction sont trop intenses , et que les douleurs soit telles, qu'il y a difficulté ou impossibilité d'y placer le malade; car il est de ces rhumatismes aïgus dont le caractère inflammatoire n’est pas. trèsprononcé dans leur début, et qui réclament les bains autant qu’un autre rhumatisme arrivé à son second ou troisième septé-= paire, Dans le rhumatisme chronique, les bains peuvent être utilement rendus aromatiques par l'addition de quelques onces de camomille , de fleurs de tilleul , de Sn ou de toute autre substance un peu stimulante.
Les eaux thermales ônt encore été très-vantées : dans quelles maladies ne le sont-elles pas? Celles qui peuvent promettre le’ plus d’avantages , sont. en général, les eaux sulfureuses chaudes, qui, par leur action stimulante sur la peau et leur degré élevé de température, peuvent \ appeler ! une dérivation qui ne sera pas sans effet sur le rhumatisine chronique : les plus renommées sont celles d' Aix-la-Chapelle , d’ Aix en Savoie, de Bagnères de Luchon, Barèges, Cauteréts, Badenbaden, Louèche, et plus particulièrement encore celles dé Saint- Amand. L'inspecteur de ces dernières, M: {rmet , rapporte qu'après les rudes campagnes de l'an V et Vl'én Hollande ; FRE de militaires vinrent à Saint-Amand , affectés de rhumatisme, à Ja plupart desquels avaient succédé la sasteylte et le marasme. Mas ces militaires, ajoute-t-il, fous sans eæceplion , furent guéris ou remportèrent de l’embonpoint et de la chaleur dans le membre affecté ; cependant,
plusieurs d’entre eux avaient vu leur état s’aggraver par l'usage des eaux de Barèges ou de Bourbonne-les-Bains. En ôtant un peu de la prévention de M. Armet pour les bains dont il est inspecteur, il reste encore dans son rapport assez de vérité pour prouver l'utilité, non pas de ces eaux seulement, mais des eaux sulfureuses en général, qui, si l'on en croit quelques auteurs, auraient même une action spéciale sur les articulations. Cette action, qu’elle se porte sur les articulations en particulier ou sur tout autre point, me paraît assez difficile à expliquer par la simple stimulation que produirait l'acide hydrosulfurique et la température élevée de:ces eaux; ceïqui le prouve, c’est que jamais les eaux minérales artificielles, quelque avantageuses qu’elles soient cependant, n’ont jamais été aussi efficaces que celles que nous offre la nature, malgré leur composition, analogue en apparence, malgré la température qu'on leur communique artificiellement. Cette assertion se-trouve appuyée par de nombreux essais faits par M. Lobstein , sur les eaux de Badenbaden , dans le traitement des rhumatismes. Aussi esi-on forcé: de dire avec M. Julia Fontenelle : il est dans les eaux minérales un je ne sais quoi bien difficile à expliquer. Mais pour accorder la supériorité aux eaux minérales naturelles, nous ne louerons pas moins l'usage de celles que l’art, en les imitant, a composées ; les unes et les autres peuvent, avec avantage, s'employer en bains locaux ou généraux, en douches, etc. La vapeur qui s'en.exhale peut servir aux mêmes usages; on peul encore leur substituer la Vapeur,d’acide sulfureux et la dissolution simple de foie de soufre. Tous ces moyens, conseillés dans les rhumatismes chroniques, le seront à, plus forte raison quand ils auront été précédés d'affections dartreuses, ou psoriques mal traitées. > or
.Le;département des Vosges , dont je suis he possède aussi. des eaux minérales auxquelles la durée interminable de certains vieux rhumatismes ;.et l'embarras où ils jettent les médecins , ont valu une vogue peu méritée. Plombières peut bien offrir aux rhumatisans des eaux thermales salines qui, employées!en bains-ou.en douches, ne seraient pas sans effet sur desarticulations gênées dans leurs mouvemens
par d’anciens rhumatismes ; et des eaux ferrugineuses, qui ; prises intérieurement ; conviendraient à des constitutions chétives ; ‘affaiblies, qui souvent entretiennent les mêmes maladies: Mais les brouilz= lards épaiset malsains , qui presque constamment surchargent son atmosphère avant le lever et après le coucher du soleil, dévraient enéloignerlespersonnesaffectées derhumatisme,à quüiils sont sicontraires. Bains, plus heureux sous ce dernier rapport, possèdeencore des eaux thermales salines; mais elles sont moins actives. Leur effet tonique ne peut guère converir qu’à des tempéramens faibles et Iÿymphatiques , où l'absorption languit, et où par conséquent le rhma-. tisme a plus de tendancé à laisser après lui des engorgémens froids dont ils pourraient peut-être favoriser la résorption , et rendre aiusi le mouvement à des articulations qui en élaient privées. Les eaux de Contrexéville , ‘par es sulfates et les hydrochlorates dé chaux et de magnésie, et un peu de carbonate de fer qu’elles eontiennent , sont plus touiques, en même temps qu’elles portent sur la. peau et les intestins une légère révulsion qui les utilise dans les affections arthritiques chroniques, dont elles rendent les accès plus rares et moins violens. On leur attribue même la propriété de rappeler le mouvement dans les articulations ankylosées.
Büiñs locuux, cataplasmes , fomentations. Eong-temps eontinués' et souvent répétés: les bains locaux, simples où émolliens, ont souvent calmé les douleurs, et diminué inflammation de quelques rhumatis: mes4igusfixes. Les cataplasmeset lesfomentationsémollientes, assezsou vent rénouvelés pour ne pas les laisser refroidir ; auront à peu près le: même eflet, tant par leur humidité et leur douce chaleur que parleur prôpriété-émülliente. Les bains, comme les fomentations , peuvent être composés de la décoction d’une plante mucilagineuse | ou‘simplement d’eau convenablement chauffée. On y ajoutera quelques têtes: de pavot ; quelques feuilles de belladone, de jusquiame; quelques gouttes de laudanum'/ si les douleurs sont très:fortes. Les cataplasmes:
se modifieront, de Ja,même manière, et se composeront de graines de lin , de mie de pain.et.de lait, de gruau d'avoine, de pulpe de caroltes, de mauve, de pommes de terre... Les douches de vapeurs , les étuves partielles faites avec la décoction ou l’infusion des mêmes substances auront encore le même effet. On peut même y rapporter les bains ou les cataplasmes de tripes, beaucoup plus employés autrefois que de nos jours. Mais ces différentes préparations ne sont pas à l’abri,de tout reproche; Hildebrand pense que rien n’est plus utile que la chaleur continuelle et égale ; que rien, au contraire, n’est plus nuisible que les applications tièdes ou chaudes et humides , par la difficulté de les maintenir toujours au même degré de température. Ce reproche, fondé jusqu’à un certain point, ne doit pas nous faire rejeter les bénéfices que nous pouvons trouver dans l'emploi des cataplasmes et des fomentations ; seulement il doit nous engager à les renouveler souvent, afin d’ebvier , le plus possible , à l'inconvénient dout, on les accuse. On peut encore reprocher aux cataplasmes d’être lourds et d'augmenter les: douleurs par leur pression : ce sera un motif pour employer les fomentations de, préférence. Ceux faits avec la mie de pain et Je lait peuvent encore fermenter, et, au lieu d'être émoiliens , devenir. stimulans ; aussi leur préfère-t-on ceux de graines de lin, à moins qu'on ne veuille les changer plus suuvent. |
Ces divers moyens sont susceptibles de bien d’autres modifications dans le rhumatisme chronique. Des douches d’eau chaude ou de vapeur y seront encore plus avantageuses ; mais ces douches, celte vapeur , les fomentations, les ;cataplasmes , pourront utilement se composer d’une décoction ou d’un infusion de fleurs de menthe, de. saugé , lavande, thym , serpolet, tanaisie, camomille, angélique, genièvre , arnica ,.etc. Les bains sulfureux locaux y ont aussi leur, utilité. Les douches de vapeur , ou les simples fumigations de soufre et d'acide sulfureux , de camphre, de fleurs de benjoin, de beaucoup-de résines , de baumes et de toutes les plantes aromatiques,
(46) AE 2 toutes en vogue aujourd’hui, comptent des succès réels. Enfin, on a encore employé les bains de lie de vin , de marc de raisin, de moutarde, etc., et tout cela dans la vue de produire une légère excitation
et de hâter la résorption.
V'ésicans , rubéfians, excitans locaux, etc. Ces moyens, à côté desquels on peut placer tout ce qui, en général, peut produire une révulsion plus ou moins forte à la peau, sont du plus fréquent usage dans toute la durée du rhumatisme chronique , et quelquefois sur la fin du rhumatismeaigu : vésicatoires volans ou à demeure, moxas, sétons, cautères actuels et potentiels, ventouses sèches, frictions irritantes , faites avec un linge dur ou une brosse; le massage, la percussion , la compression par le tourniquet, la flagellation , l’urtication, les mouchetures, et même les sangsues en petit nombre, etc.; d'un autre côté, les cataplasmes irritans, et on les compte par milliers ; les frictions avec la teinture de cantharides , l'alcali volatil ou un de sés sels, l'huile animale de Dippel, les mille et un linimens faits avec l’ammoniaque ou les sels ammoniacaux , avec les éthers, parmi lesquels on a surtout vanté l’éther acétique, que cependant l’on pourrait regarder comme réfrigérant par la promptitude de sa vaporisation ; les savons de toute espèce, les huiles esséntielles , les pommades stimulantes, et, entr'autres, la pommade stibiée, le cérat saturnin, les sachets chauds, faits avec des plantes aromatiques ; l'acide formique, des espèces de cataplasmes avec les fourmis, et tout ce qui constitue les fourmilières ; éerasées ou non, ou l'immersion du membre affecté dans ces fourmilières, tels sont les nombreux procédés , et j'en abrége encore la liste de'moitié, que le médecin peut employer, modifier, changer à volonté ; ou suivant les circonstances , afin de produire une légère excitation à la peau, ou plutôt afin d'imprimer à la partie affectée un ébranlement, une modification dans le mouvement vital ; qui, peut-être, par la nouvelle direction qu’il prendra ; marchera plus directement vers la guérison, Il emploiera surtout ces dérivatifs, et il choisira les plus
énergiques (vésicatoires volans et souvent répétés , les cätaplasmes sinapisés, etc. } quand il voudra rappeler à son siége primitif un rhumatisme répercuté.
TnMflation, M. Gallandat rapporte (Mémoires de l'académie de Berlin) qu'il a vu très-souvent les nègres de la Guynée guérir, entr’autres maladies , beaucoup de rhumatismes en insuflant dans le tissu cellulaire autant d’air qu’ils le jugeaient convenable par une ouverture faite au pied , et en obligeant le malade de courir jusqu'à ce qu'il soit violemment fatigué : en même temps ils lui faisaient prendre des sucs de plantes aromatiques; du poivre ou de l'espritde-vin. On peut voir dans cette méthode des mouvemens forcés, des sueurs, qui peuvent avoir de légers avantages ; mais l’insufflation y est-elle sans danger d’abord? et ensuite produit-elle des effets avantageux ?.. D'ailleurs , je ne pense pas que ces nègres auront jamais d'imitateurs en France.
L’acupuncture , remise en vigueur de nos jours , qu’elle soit permanente ou momentanée, paraît agir, non-seulement par une irritation locale, mais peut-être aussi par un ébranlement dans le système nerveux. MM. Bertier et Bretonneau en ont obtenu des succès réels, mais non constans. M. J. Cloquet; qui la beaucoup employée, aidait son effet par un courant électrique , à limitation de M. Berdier. |
La compression permanente , établie au moyen d’un bandage roulé, est employée actuellement, dans beaucoup d’hôpitaux de Paris, conire la plupart des inflammations des membres ; elle-compte déjà un assez bon nombre de succès , et sur le rhumatisme en particulier : tout jusqu'ici prouve que c’estun moyen que le médecin ne doit pas négliger dans les rhumatismes fixes, peu inflammatoires, chez des individus qui présenteraient moins de chance pour d’autres médications.
Le perkinisme, dont on a voulu faire une espèce de panacée universelle , a été aussi préconisé dans les rhumatismes ; mais aujourd’hui,
il ét tombé en discrédit : toutefois voici le jugement qu’en a porté
M. Guersent : « I] ne paraît pas sans effet; il stimule évidemment la
peau en agissant, sans doute, sur le fluide électrique. Les médecins ne doivent ;as dédaigner de faire de nouvelles recherches sur cet agent thérapeutique. »
“Électricité. Les observations ne manquent pas, qui prouvent les avantages qu’on peut retirer dans le rhumatisme chronique ; ou des décharges électriques plus ou moins fortes et répétées, ou d'un courant galvanique dirigé sur la partie quien est le siége ; on cite même des rhumatismes guéris par un:éclat de tonnerre : ce moyen sera surtout indiqué dans ces cas où le membre perd de son volume et de sa chaleur, exécute avec difficulté ses mouvemens ; en un mot, quand il tend à la paralysie, Mais une analyse attentive des faits cités comme preuves es avantages qu'ôn en a obtenus, a montré: à des praticiens que n’enflammait pas l’enthousiame , combien ces avan: tages étaient imaginaires : toutefois, si d’autres moyens ont'échoué , on peut y avoir recours: plutôt que de: paraître épuisé dans ses res-: sources. Je viens de lire dans le dernier cahier de ia Revue médicale (juin 1827) , le rapport d’une nouvelle théorie sur la nature et le traitement du'rhumatisme , par F. Hildebrand , professeur à Pavie; qui regarde cette maladie comme un ébranlement. thermo-électrique ; un défaut d'équilibre entre la chaleur et l'électricité du corps et cellés de l'atmosphère : aussi croit-il le-guérir en rétablissant cet équilibre par des corps idioélectriques ou:cohibans , telles que les frictions ou les applications de flanelles , de coton, de taffetas gommé , surtout si on lesimbibe de vapeurs résineuses ou balsamiques ; en mème temps il favorise l'uniformité d'expansion du calorique et: de l'électricité du corps-parles boissons sudorifiques. À part la théorie, qui n’est qu’une hypothèse tout à fait arbitraire, on1voit que lamanière d'agir du professeur de Pavie ne difftre-en rien de celle de milie autres: praticiéns: %,
Magnétisme. Quand les corps savans n’ont pas trouvé de bases assez solides pour asseoir leur conviction, irai- je me prononcer sur ‘un sujet qui est encore en litige? Cependant la moindre conséquence qu'on puisse tirer des discussions que le mesmérisme vient de soulever, est que si quelquefois il a produit des effets réels, utiles ou nuisibles, plus souvent il a été sans aucun résultat. Ce sujet me fournit l’occasion de citer l'anecdote d’un petit magnétiseur,. qui jouit d’une grande réputation dans les départemens que j'ai habités il y a quelques années. Le petit Sébastien, âgé de huit ans, natif d'Oterotte (Bas- Rhin), avait par hasard touché au milieu d’une foule de personnes, que la fête de son village avait rassemblées, un individu tourmenté depuis long-temps d’un rhumatisme douloureux, qui à l'instant même ne fut plus ressenti : aussitôt le bruit s’en répand, tout le monde accourt toucher le petit Sébastien, les notables du pays ont l'honneur de coucher avec lui, et tout le monde s’en retourne guéri : fièvre, gale, rhumatisme, goutte, rien ne résiste à son attouchement, Des chansons célébraient ses louanges, des complaintes pleuraient déjà la mort dela médecineet de la pharmacie; et le petit magnétiseur se faisait une fortune immense; mais après six mois les merveilles devinrent moins brillantes, les cures cessèrent ; et qu'on ne dise pas que ce fut le prestige de l'illusion qui se dissipa, c'était seulement la puissance magnétisante de l'enfant qui s'était épuisée, et sa réputation n’en souffrit même pas!...
Je n'ai plus qu’un mot à dire d’une croyance ancienne, qui est encore enracinée aujourd’hui chez le vulgaire ignorant ; 1 pense que le rhumatisme peut se communiquer d’individu à individu, et même de l’homme à un animal quelconque; et que, pour s’en guérir, il suffit de faire coucher avec soi un chien, un chat; quelquefois même on y a fait coucher des enfans, dans le double but de leur céder cette maladie, et de leur prendre en échange une partie de leur vigueur et de leur jeunesse ; mais, pour réfuter une pareille erreur, il suffit de se demander s’il est une maladie, une seule maladie, qui, pour être transmise avec la plus grande facilité, va quitter entière-
(50) ment la personne qui en est affectée pour venir s'établir chez celle qui communique avec elle. La petite-vérole , la gale , la syphilis sontelles seulement plus légères quand elles ont été communiquées à des milliers d'individus ?
Enfin se termine ici la longue série des agens thérapeutiques proposés contre le rhumatisme, soit aigu, soit chronique; aucun ne nous a paru spécifique et convenable à tous les cas. Nous allons rechercher les circonstances qui peuvent en commander le choix et en modifier lemploi.
Les causes du rhumatisme réclament peu souvent des modifications dans la manière de le traiter. Ordinairement produit par le froid et l'humidité, et favorisé au moins par une prédisposition interne , souvent la première cause n'existe plus, et pour la seconde, nous n'avons que peu de prise sur elle; il faut seulement dire que quand il tient à l'influence permanente des causes extérieures, on peut quelquefois le faire disparaître, en meltant le malade à l'abri de ces causes. Si d’un autre côté il a succédé à une sueur habituelle, à des évacuations périodiques suspendues ou supprimées , le retour de ces sueurs, de ces évacuations, peut faire disparaître l'affection rhumatismale. M. Chomel, dans son excellente thèse, rapporte l’histoire d’un rhumatisme produit par la suppression d’une sueur abondante des pieds, lequel a été guéri par le retour des sueurs. M, Pinel ne cite-t-il pas encore, d’après Baillou, un rhumatisant qui fut inutilement saigné dix fois , et qui ne dut sa guérison qu'à une abondante épistaxis , à laquelle il était sujet depuis long-temps ? Le repos, la douce chaleur du lit, ne sont-ils pas encore les meilleurs secours contre ces rhumatismes (si rhumatismes ils peuvent s'appeler), produits par la fatigue ou un effort trop violent ? Mais si, au contraire, la maladie paraît tenir plutôt à cette disposition interne que nousne connaissons pas qu'à J'action légère d’une cause extérieure , l’observation a prouvé que sa durée est toujours plus ou moins longue, malgré tous les remèdes qu'on a pu lui opposer ; et alors pourquoi vainement fatiguer le malade par des traitemens actifs et souyent cruels,
(51) quand on sait que la nature seule ou légèrement aidée suffit ellemême à une guérison complète.
La nature des maladies, si féconde en indications thérapeutiques dans tant d’autres maladies, est ici sans secours , puisque nous ne la connaissons pas; mais le siége va nous devenir plus utile. Le rhumatisme est-il ambulant, mieux vaut le traiter par les remèdes internes, quand rien ne les contr'indique. Semble-t-il affecter quelque prédilection pour les articulations ou les muscles voisins des grandes cavités , les moyens doivent être plus énergiques, et tout doit tendre à l'appeler et à le fixer sur les extrémités. S’est-il transporté sur un organe interne, la médecine doit encore être plus active, en employant les stimulans-sur son siége primitif et les antiphlogistiques vigoureux ou les répercussifs long-temps continués sur le lieu le plus voisin de cet organe.
Quant au type de la maladie, rien de plus important que sa distinction en aigu et en chronique. Dans le rhumatisme aigu , se présentent deux indications majeures, les seules peut-être : 1°. modérer la-réaction, la pléthore générale ou l'énergie des symptômes locaux ; 2°. favoriser les crises par lesquelles la nature tend à résoudre la maladie. La: première sera remplie par le repos, la diète, quelques délayans , et quand ils ne suflisent pas, quelques saignées générales ou locales; la deuxième, par des sudorifiques légers, de doux purgatifs, etc., suivant l’intention de la nature, que le médecin doit toujours savoir deviner. Dans le rhumatisme chronique, où la force médicatrice paraît impuissante pour la guérison, la médecine est tout agissante : c’est alors qu’elle peut avee une espèce d’audace employer les excitans de toute nature, sudorifiqués, diurétiques, émétiques , purgatifs, vésicatoires , moxas , etc.
Les âges n’apportent pas dans le traitement du rhumatisme des modifications particulières. Nous. voyons peu souvent le rhumatisme sévir contre l'enfance, que les soins maternels savent toujours mettre à l'abri des variations de température, ou qui peut-être ne possède pas encore cette disposition particulière interne ; si évidemment liée
à l'existence du rhumatisme dans un âge plus avancé. À peine commence-t-on à en compter quelques exemples dans l'adolescence : ici la médecine ne peut pas encore être bien active. Dans un âge où la nature emploie tant de matériaux à l'accroissement de nos organes, la diète, suivant le précepte d’Hippocrate, se soutient difficilement ; mais aussi, par la même raison , est-elle un puissant antiphlogistique. Les saignées doivent y être rares , ainsi que la plupart des médicamens actifs. Une demi-diète, le repos, l'éloignement de toute excitation, quelques tisanes émollientes, feront presque toujours les frais du traitement. Dans la jeunesse, où tout est vigoureux, la santé comme les maladies , on retirera de nombreux avantages de toute la série des antiphlogistiques. La mobilité et l'extrême irritabilité du système nerveux y rendront encore les révulsifs précieux; mais aussi, par cela même, on doit se tenir en garde contre les métastases. La virilité offrira encore les mêmes indications; mais, moins irritable, elle supportera mieux les révulsifs plus énergiques. La vieillesse, tourmentée ordinairement par le rhumatisme chronique, rejette toute médication débilitante, et réclame les toniques, les sudorifiques, les excitans et les révulsifs puissans. Mais que de fois le malheureux septuagénaire voit son rhumatisme résister contre tous les moyens! et souvent la patience est son seul remède.
Durum ! sed levius fit patientiä Çuidquid corrigere est nefas.
Temperamens. Peut-il exister des remèdes uniques, quand nous voyons les tempéramens apporter de si grandes modifications dans le traitement du rhumatisme? Si les antiphlogistiques de toute espèce sont puissans sur celui qui coïncidera avec un tempérament sanguin , produiront-ils les mêmes résultats chez ce rhumatisant chétif, pauvre de sang, et où prédominent les vaisseaux blancs ? N'est-ce pas ici que seront utilement employés les toniques, les amers , des émonctoires, de légers purgatifs? Dans le tempérament bilieux , les vomitifs et les purgatifs plus énergiques trouveront leur place, si jamais ils doi-
(55) vent être employés. Enfin le tempérament nerveux se trouvera bien de l'emploi des calmans, des bains , de quelques légers narcotiques. Les saignées et les révulsifs, surtout les révulsifs internes, y seront toujours modérés , dans la crainte de produire des syncopes, des con-
vulsions, de fâcheuses métastases.
Idiosyncrasie. Elles existent pour les médicamens comme pour les alimens, les odeurs; et, dans l’un et l’autre cas, on ne peut impunément les braver. Un individu affecté de rhumatisme pourra supporter l’émétique et le quinquina à hautes doses, quand les bains produiront chez lui des congestions cérébrales, des syncopes; tandis que chez un autre, les bains seuls seront supportés; telle tisane sera agréable pour un troisième, qui chez un quatrième produira le vomissement ou les coliques. N'est-ce pas encore à l'idiosyncrasie que doit être attribuée cette bizarrerie de certain médicament d’être utile à celui-ci et inutile ou nuisible à celui-là , quoiqu’en apparence placé dans les mêmes circonstances , tandis qu’un autre médicament, de propriété analogue, produira des effets avantageux ? C'est d’après ces données que le médecin chargé du traitement qui nous occupe sera souvent conduit à changer ses moyens, quand ceux qu’il emploie sont sans effet. Toutefois il ne doit jamais sortir du cercle que lui ont tracé
les indications.
Les professions ne peuvent guère modifier le traitement du rhumatisme qu'autant qu'elles en sont la cause occasionnelle; alors la
première indication est de les abandonner.
Habitudes. En parlant des modifications tirées des causes, nous avons déjà vu quelles indications devaient résulter d’une évacuation ou d’une sueur habituelle supprimée, et dont la suppression aurait pu être suivie d’un rhumatisme, Considérée sous un autre point de vue, l'habitude modifie aussi souvent le traitement de cette maladie; on sait, d’une part, qu’un médicament long-temps employé accoutume l’économie à son action , et devient par conséquent inutile.
(54) Alors le médecin doit lui en substituer un nouveau, analogue, si dans le commencement de son emploi il en a retiré de bons effets , différent, s’il n’a pas eu à s’en louer. D'un autre côté , il est des médicamens dont l'usage permanent est devenu indispensable par une longue habitude : ce sont des habits de tel ou tel tissu , des flanelles, des peaux; ce sont encore des évacuations sanguines ou alvines , provoquéés à des époques régulières , etc.
Les climats, surtout, influent puissamment sur la thérapeutique des rhumatismes. Dans les pays froids et brumeux, la peau n’exécute que faiblement ses fonctions épuratoires ; celte cause , aidée de plusieurs autres, y nourrit et entretient des constitutions lymphatiques, où abondent des liquides blancs de toute espèce; de là la nécessité des évacuans d’une part, et des stimulans de l’autre. Dans les pays chauds, au contraire , les tissus sont presque réduits à leur état solide; la circulation y est active , le système nerveux facilement impressionnable ; aussi les rafraîchissans, les calmans et toute la série des antiphlogistiques y ont-ils les plus heureux résultats. Ces ‘différentes constitutions dans les différens climats peuvent, jusqu'à un certain point, nous expliquer la diversité des opinions émises sur le traitement du rhumatisme. Brown aurait-il stimulé et Sroll aurait-il purgé, si tous deux avaient habité l'Italie? Et, réciproquement, aurait-on regardé les rafraîchissans , et en particulier le petitlait, comme spécifiques dans cette maladie sous le ciel obscur de l'Angleterre , au milieu des marais de la Hollande ? Concluons encore, une dernière fois, qu'une seule médication ne doit pas être employée dans tous les cas de rhumatismes , puisque déjà les climats nécessitent une thérapeutique si opposée.
Nous ne dirons rien des saisons et des habitations, qui, présentant les mêmes variations, doivent apporter les mêmes modifications que les climats.
Traitement préservatif.
Éviter les causes ou se garantir contre leur influence , telle est en deux mots la conduite à tenir pour éviter soit un premier accès , soit une récidive de rhumatisme : c’est surtout à ceux qui semblent menacés de cette affection , soit parce qu'ils sont nés de parens déjà rhumatisans ; soit parce que tout autour d’eux favorise son développement , à plus forte raison encore , si déjà ils ont éprouvé des accès , c'est à eux que des soins hygiéniques sont indispensables pour s opposer au froid, et surtoutau froid humide , principale et peut-être unique cause du rhumatisme. Qu'ils fuient, par conséquent , un air frais et-mouillé, un air agité par les vents du sud et sud-ouest, et surtout celui qu'obscurcissent des brouillards épais et des' pluies abondantes : qu’ils évitent la fraîcheur des nuits ,:les courans d'air, le séjour prolongé dans des lieux obscurs et enfoncés. (Qw’ils établissent Jeur demeure dans un lieu bien aéré, exposé au midi , loin des mers et des marais, loin de ces pays échauffés tout à l'heure par un soleil brûlant, et à présent rafraîchis par des vents froids, des brises , des orages imprévus ou réguliers. L’habitant des villes choisira les-rues larges, où l'air circule librement, et il s’élèvera
au-dessus des étages que le soleil ne peut atteindre : jamais celui qui redoute les rhumatismes ne foulera un sol humide et marécageux , ou une prairie mouillée par la rosée du matin : jamais il ne cherchera les douceurs du sommeil sur la terre nue, dans des appartemens, nouvellement construits, ou restant ouverts pendant Ja: nuit: que surtout il évite avec.le plus grand soin tout changement brus- .que de température , le passage d'un lieu chaud dans un lieu froid , l'immersion totale ou partielle du corps dans un liquide trop froid , surtout quand il a chaud. Pendant les chaleurs de l'été, ou quand par un exercice violent la sueur viendra couvrir son front, il évitera l’ombrage des forêts, la fraîcheur des appartemens. Que ja- . mais, surtout, i n’y reste la tête découverte ou le corps dépouillé
d’une partie de ses habits. 11 évitera aussi dans ces momens les boissons trop fraîches , alternant à plus forte raison avec des alimens chauds. Il se hâtera de changer d’habits ou de chemises quand ils auront été mouillés par la pluie ou la sueur. L’artisan que la nature de ses travaux exposera souvent au froid et à l'humidité , sera quelquefois contraint de changer sa profession , quand avec celle qu'il exerce dans ce moment , il ne pourra se garantir contre leur influence, et quand cette profession sera trop intimement liée à l'existence du rhumatisme qui l’afllige.
Heureux , sans doute, celui qui peut ainsi s'éloigner des causes occasionnelles du rhumatisme ! Mais souvent on ne peut s'y soustraire , ou elles viennent nous saisir à l’improviste ; alors il faut chercher à en neutraliser les effets par d'autres précautions ; des habits convenablement chauds, l’usage habituel d’une chemise de flanelle, le taffetas gommé , ou les peaux couvertes de poils de certains animaux , appliqués sur le siége ordinaire du rhumatisme , et changés aussi souvent que la sueur les aurait humectés ; quelquefois un fonticule ou un vésicatoire placés non loin de l'endroit douloureux, des bains chauds assez souvent répétés , et même, d’après le conseil de Scudamore et de J. Jonhson , des bains d’ondée froids , ou du moins de fréquentes ablutions froides sur la tête, la poitrine, les mains , les pieds, afin, dit cedernier , d'’accoutumer la nature à la cause du rhumalisme ; un régime doux, modéré, exempt de tout écart ; des promenades , et même une exercice un peu actif par un temps chaud , afin d’exciter une légère transpiration ; de petites saignées à des intervalles peu rapprochés, ou de légères évacuations alvines par de doux purgatifs , tels sont les principaux moyens à l’aide desquels on peut éluder quelquefois ou relarder une attaque de rhumatisme.