‹ Essai sur les données immédiates de la conscienceChapitre 13 sur 36 · LES SENSATIONS REPRÉSENTATIVES Î · texte numérisé non relu

LES SENSATIONS REPRÉSENTATIVES Î

laphore. En présence de plusieurs plaisirs conçus par l'intelligence, notre corps s'oriente vers l'un d'eux spontanément, comme par une action réflexe. Il dépend de nous de l'arrêter, mais l'attrait du plaisir n'est point autre chose que ce mouvement commencé, et l'acuité même du plaisir^ pendant qu'on le goûte, n'est que l'inertie de l'organisme qui s'y noie, refusant toute autre sensation. Sans cette force d'inertie, dont nous prenons conscience par la résistance que nous opposons à ce qui pourrait nous distraire, le plaisir serait encore un état, mais non plus une grandeur. Dans le monde moral, comme dans le monde physique, l'attraction sert à expliquer le mouvement plutôt qu'à le produire.

Nous avons étudié à part les sensations affectives. Remarquons maintenant que beaucoup de sensations représentatives ont un caractère affectif, et provoquent ainsi de notre part une réaction dontnous tenons compte dans l'appréciation de leur intensité-. Un accroissement considérable de lumière se traduit pour nous par une sensation caractéristique, qui n'est pas encore de la douleur, mais qui présente des analogies avec l'éblouissement. A mesure que l'amplitude de la vibration sonore augmente, notre tête, puis notre corps nous font l'effet de vibrer ou de recevoir un choc. Certaines sensations représentatives, celles de saveur, d'odeur et de température, ont même constamment un caractère agréable ou désagréable. Entre des saveur» plus ou moins amères, vous ne démêleriez guère que des différences de qualité ; ce sont comme les nuances d'une même couleur. Mais ces différences de qualité s'interprètent aussitôt comme des différences de quantité, à cause de leur caractère affectif et des mouvements plus ou moin& prononcés de réaction, plaisir ou dégoût, qu'elles nous suggèrent. En outre, même quand la sensation reste purement représentative, sa cause extérieure ne peut dépasser un certain degré de force ou de faiblesse sans provoquer de

noire partdes mouvements, qui nous servent à la mesurer. Tantôt, en effet, nous avons à faire effort pour apercevoir cette sensation, comme si elle se dérobait; tantôt au contraire elle nous envahit, s'impose à nous, et nous absorbe de telle manièrequenousemployons tout notreeffort à nous en dégager, et à rester nous-mêmes. La sensation est dite peu intense dans le premier cas, et très intense dans l'autre. Ainsi, pour percevoir un son lointain, pour distinguer ce que nous appelons une odeur légère et une faible lumière, nous tendons tous les ressorts de notre activité, nous « laisons attention». Et c'est justement parce quel'odeuret la lumière demandent alors à se renforcer de notre effort qu'elles nous paraissent faibles. Inversement, nous reconnaissons la sensation d'intensité extrême aux mouvements irrésistibles de réaction automatique qu'elle provoque de notre part, ou à l'impuissance dont elle nous frappe. Un coup de canon tiré à nos oreilles, une lumière éblouissante s'allumant tout à coup, nous enlèvent pendant un instant la conscience de notre personnalité ; cet étal pourra même se prolonger chez un sujet prédisposé. Il faut ajouter que, môme dans la région des intensités dites moyennes, alors qu'on traite d'égal à égal avec la sensation représentative, nous en apprécions souvent l'importance en la comparant à une autre qu'elle supplante, ou en tenant compte de là persistance avec laquelle elle revient. Ainsi le tic-tac d'une montre paraît plus sonore pendant la nuit, pince qu'il absorbe sans peine une conscience presque vide de sensations et d'idées. Des étrangers, conversant entre eux dans une langue que nous ne comprenons point, nous font l'effet de parler très haut, parce que leurs paroles, n'é\ oquant plus d'idées dans notre esprit, éclatent au milieu d'une espèce de silence intellectuel, et accaparent notre attention comme le tic-tac d'une montre pendant la nuit. Toutefois, avec ces sensations dites moyennes, nous abordons une série d'états psychiques dont l'intensité doit a voir

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