‹ Essai sur les eaux minérales d'Evaux, leurs propriétés physiques, chimiques, thérapeutiques, et sur leur mode d'administrationChapitre 13 sur 17 · DARTRES · texte numérisé non relu

DARTRES

Depuis trois ans nous voyons augmenter à Evaux le nombre des personnes atteintes d'affections herpétiques. Très rares parmi les habilans de nos campagnes, ces maladies darlrcuses, désolantes par leur opiniâtreté , sembleut s'attaquer plus spécialement aux classes aisées. Doit-on en attribuer la cause à des écarts plus fréquens de régime ? ou faut-il la chercher dans une alimen ation habituelle plus

excitante? Quoi qu'il en soit , les sources d'Lvaux , en raison du sulfure alcalin qu'elles contiennent , doivent sans contredit jouir de propriétés thérapeutiques Lien marquées dans les maladies de ce genre. Nous citerons deux observations à l'appui de ce que nous avançons.

Quatorzième observation.

M. D...., tempérament sanguin, constitution robuste , âgé de 07 ans , était affecté depuis deux ans d'une dartre pustuleuse miliaire. Un grand nombre de pustules enflammées h leur base, ulcérées à leur sommet, occupaient le tronc et la partie supérieure et interne des cuisses. Cette affection cutanée, que je considérai comme un acné, avait plongé le malade dans la mélancolie. La cause de son mal , disait-il , et je pense qu'il avait raison , tenait îl divers excès de débauche. Le lrailepie«t ûiL vji»uL ayant son arrivée à Lvaux.

Le malade désirait vivement guérir, nous profitâmes de sa volonté ferme et de son désir de revenir au bien; aux repas, l'eau remplaça le vin et la liqueur » aux mets épicés succédèrent quelques végétaux cuits et des viandes blanches. Les matins nous lui fîmes prendre par gradation jusqu'à huit verres de l'eau du puits de César. La température du bain ne dépassa jamais 32 degrés. Nous employâmes tour a tour les douches en arrosoir et le bain de vapeur. Après 2 1 jours que dura le traitement, nous obtînmes une complète guérison. Les pustules laissaient sur la partie de la peau qu'elles avaient occupée une légère tache d'un blanc foncé , tandis que nous avions pu observer précédemment que le siège des pustules cicatrisées était d'une teinte livide. Les unes et les autres présentaient une légère dépression sur la peau. Nous conseillâmes au malade l'abstinence et le régime pendant toute sa

vie, et nous persistâmes d'autant plus dans nos recommandations , qu'appelé à traiter chaque jour un certain nombre d'affections chroniques , l'expérience nous a appris que chez un grand nombre de personnes guéries de dartres il était survenu , par suite d'excès, diverses maladies beaucoup plus graves; en voici un exemple :

Quinzième observation.

M. C. H. S.... tempérament bilioso-nerveux , constitution robuste, âgé de 5o ans , élevé dans les camps , fut affecté il y a quinze ans de deux abcès dartreux h la partie supérieure et interne des deux jambes , et fournissant une suppuration assez abondante. Après un traitement de plusieurs mois, les deux plaies furent guéries. Mais l'année suivante M. C. H. G., à la suite d'une orgie, fut subitement atteint de monomanie ou plutôt de pauaphobie. il était continuellement dans un état d'inquiétude et de crainte , le délire se manifestait par la frayeur qu'il éprouvait des cris d'un enfant qu'il supposait caché près de lui.

Ce fut à la suite d'un long voyage que j'observai par hasard ce malade. J'appris de son médecin ordinaire que sous l'empire de copieuses saignées et d'un régime sévère l'affection mentale n'avait duré que quinze jours. La dartre reparut bientôt, et le malade, voulant absolument s'en débarrasser, fut forcé d'avoir de nouveau recours à nos eaux. Chaque abcès avait un pouce et demi de diamètre , c'était une réunion do petites pustules ayant un sommet jaunâtre , duquel s'échappait une humeur ichoreusc qui corrodait la peau.

Quelques lotions faites avec une infusion de suie, trente bains tempérés, six verres d'eau par jour, du puits de César, et un régime sévère, firent encore disparaître les deux abcès;

mais bientôt le malade retomba dans ses écarts , et la démence eu a été de nouveau la suite.

Seizième observation.

ÉRYSII'ELE.

Madame C...., âgée de 38 ans, d'un tempérament biliosonerveux, était sujette à un érysipèle qui lui couvrait une partie de la face et du cou , sans qu'aucune cause occasionnelle l'eût provoqué. Il paraissait spontanément au commencement de chaque saison , parcourait toutes ses périodes dans cinq à six jours , et se terminait par une légère desquamation de l'épidémie. Cet état durait depuis trois ans, lorsque madame C... se décida à employer les eaux d'Evaux.

Nous conseillâmes des bains à 52 degrés , invitâmes la malade à tremper souvent *a %uxe-..tUns l'eau, de son bain et a pratiquer quelques lotions d'eaux minérales sur la figure dans le courant du jour. Chaque matin elle but trois à quatre verres d'eau de la source du jardin , et comme il existait quelque signe d'embarras intestinal , nous conseillâmes le huitième jour quelques légers laxatifs. Après un repos de courte durée , le traitement d'eau minérale lut repris et se prolongea encore trois semaines. Depuis trois ans l'érysipèlc n'a plus reparu.

Dix-septième observation.

Page 1