‹ Essai sur les eaux minérales d'Evaux, leurs propriétés physiques, chimiques, thérapeutiques, et sur leur mode d'administrationChapitre 12 sur 17 · TUMEUR BLANCHE · texte numérisé non relu

TUMEUR BLANCHE

Mademoiselle Aline Chaminade, de Limoges, âgée de douze ans , tempérament lymphatique, affectée depuis deux ans d'une tumeur fixée au genou gauche , fut traitée par les émolliens et les ant'iphlogistiques , tant que l'engorgement fut à l'état aigu , les toniques et les excitans lorsqu'il eut passé h l'étal chronique. On la conduisit aux eaux d'Évaux au mois de juin , eïïéT marchait ITTïïïdê de deux crosses, la jambe demeurant a demi fléchie et retraitée sur la cuisse. L'engorgement du genou était très prononcé. Nous fîmes prendre h celte jeune malade des bains de 32 jusqu'à 5(> degrés, quelques verres d'eau , et une douche d'un faible volume, dont après quelques jours nous augmentâmes le diamètre et la durée. Nous conseillâmes de pratiquer sur l'articulation quelques frictions avec l'iode et le mercure alternativement; d'après notre avis , la partie inférieure de la cuisse et la partie supérieure de la jambe furent placées, pendant la nuit , dans une gouttière en fer-blanc un peu coudée, des courroies placées au dessus et au dessous du genou comprimaient légèrement l'articulation et maintenaient le membre dans une tension continuelle. Nous craignîmes les premiers jours une période inflammatoire qui fit suspendre le traitement pendant 36 heures ; quelques

légères douleurs qui nous avaient effrayé se dissipèrent subitement et nous permirent de continuer le même traitement pendant trois semaines ; nous observâmes une amélioration sensible; la tumeur avait diminué de volume; et lorsque l'enfant marchait a l'aide de béquilles , les orteils effleuraient déjà le sol. Sur la fin du traitement, qui se prolongea encore pendant un mois , le talon appuyait sur la terre , et l'enfant pouvait marcher, avec précaution . sans avoir recours à ses béquilles. Nous invitâmes les parons do cette jeune enfant à ne permettre qu'un exercice à pied très modéré. Nous recommandâmes de plus de n'employer pour la marche les béquilles qu'avec réserve, craignant qu'elles ne produisissent quelques déviations de la charpente osseuse.

Dixième observation.

Sous le rapport de l'alongement du membre, nous avons

été moins heureux pour un jeune garçon nommé Arthur,

âgé de huit ans, domicilié à Buzançais (Indre) , envoyé à nos

sources par M. Roux, l'habile chirurgien en chef de l'Iiôtel-

Dieu de Paris. Un engorgement de même nature que celui

dont il vient d'être parlé était fixé sur la même articulation,

avec complication d'une fistule dont l'orifice était sous le

jarret; cette plaie fut bientôt oblitérée; après trois semaines

de séjour aux eaux, la cicatrisation fut complète, mais la

jambe , quoique moins grêle , restait presque aussi courte

qu'auparavant. Le traitement fut à peu près le même que le

précédent, un bain par jour, quelques verres d'eau en boisson

et deux douches. Sur cette peau fine et tendre les premières

douches produisirent une légère ecchymose, c'est la première

fois que nous avons observé un semblable effet qui ne tarda

pas à se dissiper; chaque fois que la douche frappait sur b,

genou , il en résultait une rougeur excessive.

Il s'opéra, sur les deux enfans qui font le sujet de ces observations , un changement bien notable, surtout sur le jeune garçon; sa jambe se fortifia ainsi que tout son corps. Un grand appétit se fit sentir dès les premiers bains , et tout en le modérant, nous conseillâmes des alimens succulens et des vins généreux , les digestions étant très faciles; chaque jour nous faisions transporter notre jeune malade a l'extrémité de la montagne, pour y respirer un air vif, pur et bienfaisant , et le faire en même temps exposer au soleil. Nous avions recours à divers moyens pour qu'il prît beaucoup de mouvement. Nous vîmes bientôt sa figure pâle s'animer de vives couleurs et sa constitution avantageusement modifiée par une vitalité plus puissante de tout le système sanguin. Dans ces sortes d'affections lentes, où il faut combattre le vice strumeux , il est impossible d'obtenir dans quelques semaines une guérison radica le t maisiljn/échappera pas à nos honorables collègues que chez les deux enfans dont nous venons de parler, nous avons obtenu les plus heureux résultats.

Onzième observation.

ciior£k.

Pierre Reby, village du Soulier, commune de Clairavaud, arrondissement d'Aubusson (Creuse), âgé de 27 ans, tempérament sanguin, constitution robuste, profession de scieur, arriva, le 9 juillet 1837, chez lui d'un long voyage; dix minutes après s'être couché un violent orage éclata dans son hameau , Reby fut frappé de la foudre , l'étincelle électrique lui sillonna la tête, la face et la poitrine, il fut privé de l'usage de ses sens ; un râle trachéal se faisait entendre. En attendant l'arrivée du médecin, on l'exposa h l'air, et après lui avoir entr'ouvert les mâchoires violemment contractées, on

lai fit boire une cuilieréo d'eau tiède qui produisit un vomissement; les médecins appelés près de lui lui prodiguèrent tous les secours qu'exigeait sa position, mais ce ne fut que vingt-quatre heures après que, sortant de cet état léthargique, il reconnut les médecins, et, ignorant complètement encore l'accident dont il avait été victime, il demanda s'il y avait quelqu'un de malade. Il apprit avec une extrême surprise ce qui lui était arrivé , mais bientôt les mouvemens convulsifs des membres supérieurs et des douleurs intolérables lui révélèrent son mal. Trois semaines après il fut conduit aux eaux; je l'observai attentivement et remarquai que les accidens étaient d'autant plus développés que l'atmosphère était plus chargée d'électricité; les jours d'orage il ne pouvait rester assis, ses membres étaient toujours en action, le sommeil seul calmait celte agitation. Je fis prendre les premiers bains à 5o degrés, cette température fut élevée jusqu'à 36, six verres d'eau en boisson. Le troisième jour j'ordonnai la douche sur le trajet de la colonne vertébrale. Ce traitement fut suivi pendant trente-six jours ; les douleurs cessèrent alors, l'état convulsif disparut, et il ne reste plus au malade qu'un état de gêne aux extrémités des doigts.

Douzième observation.

L'observation précédente me rappelle qu'en i832 madame Meillat de Moutier me présenta son fils âgé de sept ans, d'un tempérament lymphatique, ayant une faiblesse extrême dans toute la partie droite du corps , affecté de mouvemens convulsifs; le bras droit était continuellement en action , les muscles de la face présentaient une foule de mouvemens qui changeaient sans cesse la physionomie de ce jeune enfant ; l'atmosphère chargée d'électricité produisait, comme chez le malade précédent, une forte agitation.

On le conduisit aux eaux; je lui fis subir un traitement du même genre, toutefois en le proportionnant à ses forces; il partit entièrement rétabli. Cependant dix mois après, à la suite d'une contrariété violente, la chorée reparut, l'enfant fut de nouveau ramené a nos sources; le même traitement ut réappliqué, et la guérison a été radicale.

Par quel mode d'action les eaux minérales ont -elles fait cesser chez ces deux malades ce qu'il y avait d'irrégulio.r et d'involontaire dans la production des mouvemens ? On doit supposer qu'elles ont modifié la vitalité de l'encéphale , d'où s'irradie In faculté motrice; mais on ne peut pas dire si c'est à titre de slimulans ou de sédatifs : il n'en est pas moins vrai que ces observations , jointes a plusieurs autres qui ont été faites par les deux médecins qui m'ont précédé à l'inspection des eaux d'Uvaux ( mon père et mon oncle), pro uvent q u'elles, .sontj ijJi p uissant moyen thérapeutique dans certaines affections nerveuses.

Troisième observation.

amk> t orrhi':f..

Mademoiselle Marie Roger, de Saint-Léonard (Haute- Vienne) , âgée de 19 ans , tempérament lymphatique , d'une faible constitution , profession de brodeuse, était sujette 5 de fréquentes coliques, le tube digestif était irrité même par la présence d'une très petite quantité d'alimens ; la malade n'avait nul appétit , la face était bouffie et pâle , les jambes engorgées, le pouls lent et intermittent, l'écoulement menstruel n'avait jamais paru : tel était l'état de cette jeune personne lorsqu'elle arriva aux eaux d'bvaux. Je lui fis prendre un verre d'eau chaque matin, coupée avec un cinquième d'eau de gomme; je diminuai par degrés l'eau de gomme et

lis prendre l'eau minérale pure de la fontaine du petit cornet, que j'augmentai jusqu'à sept verres par jour; dix bains de 20 degrés furent pris successivement: m'apercevant qu'ils produisaient trop d'action sur les organes respiratoires, je les fis suspendre et ordonnai quelques pédiluves, quinze ventouses scarifiées furent appliquées sur la partie interne et supérieure des membres inférieurs; alors les coliques diminuèrent et finirent par cesser, le pouls se régularisa , la digestion fut facile, le sommeil moins agité , le flux menstruel parut, et depuis cette époque il a constamment suivi la marche périodique; tel a été le résultat dun traitement de trois semaines. J'ai revu cette année cette jeune fille qui avait accompagné son oncle aux bains ; sa constitution dans l'espace do quinze mois a entièrement changé; elle est devenue robuste et d'un tempérament sanguin. Quelle est l'action de ce traitement thermal ? Je pensn qu'il a modifié l'action de l'utérus : fut-ce par une méthode empirique , il n'en est pas moins vrai quj les eaux d'Evaux produisent les plus heureux effets dans les altérations de ce viscère, d'autant plus que les emménagogues précédemment employés n'avaient produit aucun résultat , et que la jeune personne qui fait le sujet de cette observation doit une guérison complète à l'action seule des eaux minérales.

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