PROPRIÉTÉS MÉDICINALES
Les eaux d'Evaux conviennent dans un grand nombre d'affections chroniques, et réussissent d'autant plus rapidement qu'on peut supporter les bains à une températureplus élevée, ce qui rend leur action plus énergique; elles produisent fréquemment un effet purgatif, souvent des éruptions miliaires, et déterminent quelquefois des flux hémorhoïdaux; double circonstance, qui peut expliquer a la fois et leur mode d'action et la manière dont elles guérissent. Le rhumatisme, que je considère comme endémique dans le département de la Creuse, y est traité avec le plus grand succès, ainsi que les nombreuses paralysies des membres, si souvent produites par cette affection ; quant à celles qui sont consécutives aux attaques d'apoplexie, on doit les employer avec une extrême prudence. Elles réussissent très bien dans les rhumatismes goutteux, dont elles éloignent les accès; la goutte
elle-même perd de sou intensité. Elles s'emploient avec avantage dans l'ozène et contre le coryza chronique , si difficile à détruire quand il existe depuis long-temps , et dont la reproduction est tout ensemble si facile et si fréquente. J'ai observé que bon nombre d'affections dépendant d'une répercussion darlreuse, que beaucoup de désordres nerveux de causes diverses, cédaient a l'action de nos sources; deux cas bien caractérisés de tic douloureux de la face se sont présentés à mon observation et ont entièremeut disparu par l'effet du traitement suivi. On en relire le plus grand succès dans les affections lymphatiques, les engorgemens scrofuleux des glandes du cou et des aines, les tumeurs blanches, les abcès dartreux , et dans différentes affections de nature psorique. Dans plusieurs cas d'irritation lente de l'estomac et des intestins, si l'irritation de ces viscères tient ù une cause rhumatismale , on est presque sûr que la guérison sera complète : elles sont encore employées dans les cas de catarrhe utérin , et je ferai observer, a ce propos, que l'excitation organique générale qu'elles déterminent hâte souvent l'apparition du flux menstruel. Journellement nous en faisons usage avec succès dans l'asthme convulsif, l'aménorrhée accompagnée de pâleur, de langueur, parfois de spasmes et enfin de tous les désordres nombreux dont se complique cet état. La quantité notable de carbonate de soude qu'elles renferment rend aussi leur usage avantageux dans les affections calculeuses, surtout à leur début.
On emploie les eaux d'Evaux en bains, douches, étuves , bains et demi-bains de limon. La durée des bains varie d'après le degré de température , la constitution et le tempé-
rament des malades; le plus ordinairement elle est d'une heure. Rarement on la prolonge jusqu'à deux et au delà : cela arrive seulement dans les cas où il se présente des indications tout à fait spéciales à remplir. La douche est de dix à vingt minutes , trente au plus. En général, on doit éviter de la prolonger trop long-temps , comme certains malades seraient enclins à le faire, croyant ainsi activer son effet; il est d'ohservalion que les douches trop longues fatiguent et produisent une excitation générale trop intense, trop continue ; dans Lien des cas on va contre le hut qu'on voulait atteindre. Ce n'est point seulement à Evaux que ce résultat a pu être observé , d'autres établissemens thermaux pourraient nous fournir bien des faits du même genre. Ainsi donc, la douche agissant à la fois et par l'excitation locale d'abord qu'elle détermine, et plus tard par l'agitation générale qu'elle ne manque pas d'imprimer, on doit veiller en ce sens à ne jamais dépasser certaines limites. Quant au bain de vapeur , sa durée est de dix, vingt à trente minutes. Les eaux se prennent en boisson avant déjeuner. Leur dose est d'un demiverre jusqu'à huit , terme moyen ,° peu de personnes en prennent trois litres par jour. On les mêle d'ordinaire avec quelques substances propres à diminuer un peu leur action locale sur l'estomac. Le plus souvent on emploie le lait : l'eau de gomme, la décoction d'orge sont également en usage. On doit mettre un intervalle de vingt minutes entre chaque verrée pour en faciliter la digestion. Les malades qui ont à prendre les eaux à hautes doses , c'est à dire à celle de trois litres , peuvent commencer à les boire avant le bain et les continuer pendant et après sa durée. Ils terminent deux heures avant de déjeuner et peuvent en prendre encore deux ou trois verres dans la journée. Ce n'est jamais que par gradation que l'on doit faire usage des eaux de nos sources;
celles du petit cornet surtout, pour les estomacs irrités doivent être mitigées et prises avec le plus grand ménage ment. Si quelques personnes se sont plaintes qu'elles étaien lourdes et difficiles a digérer, c'est qu'elles en ont usé avet trop de précipitation.
Les bains sont pris à une température très différente , suivant le genre de maladie qu'on veut attaquer. Ainsi, pour
ni
citer que les deux limites extrêmes, bien des lèinmes aux nerfs très irritables ne font usage dos bains qu'à une température de 22 à 24° centigrades , tandis qu'on les administre jusqu'à 45 aux hommes atteints d'affections rhumatismales. Les malades recouverts d'un peignoir en laine et soigneuse ment enveloppés d'un manteau, descendent dans le cabinet qui leur est préparé; s'ils ont une douche à prendre, ils la reçoivent sans sortir de leur baignoire ; quand tout est lermiué. ils sont immédiatement accompagnés, ou même, si cela est nécessaire, portés dans leur chambre par les garçons baigneurs. Là finit le service des employés des bains et com mence celui des domestiques de l'hôtel. Prévenus d'avance, ils sont aux ordres des malades et leur donnent tous les soins que leur position peut exiger. Si d'après le traitement conseillé il y a quelques modifications , quelques changemens à faire, fixé dans l'établissement, nous sommes toujours à portée de surveiller le traitement et d'entourer les malades de tous les soins et de toute la sollicitude possibles.
Ce n'est que dans les cas exceptionnels que nous conseillons deux bains par jour; fréquemment nous avons recours à l'étuve, et nous avons pu observer que l'aspiration de celte vapeur tiède et émolliente produisait ies plus heureux effets dans différentes affections nerveuses et asthmatiques.
\CTION DES KAUX.
Les habitans d'Evaux font usage des bains 5 une température peu élevée et en sont rarement indisposés ; s'ils les prennent à une forte chaleur, on n'observe point d'autres symptômes que ceux qu'on verrait se reproduire à la suite d'un bain de toute nature pris au même degré. La face se colore, les yeux s'injectent, la peau rougit et semble se <r nflcr, la circulation s'anime , le pouls devient rapide, vibrant. La respiration augmente de fréquence. La, du reste, se bornent toutes les modifications appréciables et momentanées. Un sentiment de chaleur et d'excitation générales , ou parfois d'affaiblissement , s'il y a eu de fortes sueurs , succède au bain et disparaît après quelques heures; tels sont les symptômes qu'on peut remarquer sur l'homme plein de santé; les résultats doivent varier, on le comprend , dans Tétai de maladie. Ici l'on retrouve bien toujours en somme cette excitation universelle du système organique , c'est là que réside en effet une des graudes forces médicalrices des eaux. Mais aussi , dans cette circonstance , toutes les nombreuses données d'âge et de sexe, de tempérament, de maladies plus ou moins avancées, apportent leur influence multiple. Il serait très difficile, et surtout très long, d'exposer tous ces immenses détails que l'expérience seule enseigne à grouper , h coordonner pour en déduire les conséquences pratiques , les corollaires exacts qui doivent demeurer comme faits acquis à la science. Ainsi donc , l'excitation générale, l'appel du dehors au dedans, tel est le principe ; mais les conséquences se subordonnent toujours à l'intensité avcclaquelle une économie plus ou moins énergique , plus ou moins éteinte et appauvrie par la souffrance, lui permet de s'opérer. Inde-
ao
pcndammcnt de ce mode d'action qui leur est conmiun avec toutes les eaux minérales , celles d'Evaux contiennent deux principes dont les effets peuvent avoir quelque chose de spécifique , je veux parler du carbonate de soude et du sulfure de sodium ; nommer ces deux corps , c'est dire que , dans certains cas d'affection des voies urinaires et dans beaucoup de maladies de la peau, nos eaux doivent posséder une action réellement spécifique.
Dans cette notice destinée à appeler l'attention sur les eaux d'Evaux, je n'ai voulu qu'indiquer a grands traits les propriétés qui les distinguent; je n'ai exposé que des résultats, si je puis le dire, sans entrer dans les vastes et minutieux détails qu'une observation longue cl patiente a pu me mettre a même de recueillir, soit par moi-même, soit comme succession léguée par mes devanciers: je consignerai seulement ici quelques observations pratiques sur .l'effet des propriétés thérapeutiques que j'ai déjà signalées dans les eaux.