RHUMATISME
Parmi les personnes de toutes les conditions qui fréquentent les eaux minérales d'Evaux, les deux tiers sont affectées de rhumatismes chroniques. Chez les sujets jeunes, vigoureux , lorsque le rhumatisme est bien dessiné, bien caractérisé , qu'il soit fixé sur les membres ou les articulations , avec ou sans engorgement , qu'il y ait même une grande débilité consécutive , si l'on a recours la première année à nos eaux, une guérison radicale est presque toujours assurée. Il n'en pas ainsi de ces rhumatismes qui ont envahi diverses parties du corps , qui ont passé tour h tour de l'état aigu à l'état chronique, et vice versa, nos eaux minérales ne sont plus alors qu'un palliatif: il résulte de leur action une apparence
Je °-(iérison qui on impose aux malades, et quelquefois aux médecins, mais rarement l'hiver se termine sans que les douleurs annoncent le retour ou plutôt la continuité du rhumatisme, que l'on croyait dissipé.
Toutefois , nous ferons observer qu'un grand nombre de personnes, qui ont l'habitude de venir prendre les eaux chaque année, sont restées long-temps sans ressentir In plus légère atteinte de douleur. L'expérience a fait connaître aux habitués de nos sources l'efficacité du remède , ils passent l'hiver sans souffrir, ou si quelques douleurs paraissent , elles sont toujours moindres. Nous ne terminerons point nos réflexions sur ce sujet , sans dire un mot de la disposition qui , parmi toutes les variétés que le rhumatisme est susceptible de présenter, nous paraît la plus dangereuse , la plus difficile à guérir, parce qu'on ne peut sans imprudence user de moyens trop actifs , nous voulons parler des cas où do l'extérieur le mal se porte h l'intérieur; combien voyons-nous de malades qui éprouvent des douleurs aiguës , tantôt sur les membres ou les articulations , tantôt sur tel viscère ou telle muqueuse : ces affections deviennent pour nous l'objet de la plus active surveillance, et nous portons toute notre attention sur l'organe qui devient le siège du rhumatisme. Nous débutons toujours alors par des bains tempérés et n'augmentons que graduellement la température des bains qui sont de longue durée; souvent, pour exciter la transpiration, nous avons recours aux pédiluves et surtout au bain de vapeur. Très fréquemment, avant d'exposer le malade à la douche, nous faisons placer les ventouses scarifiées sur la région qui a été envahie par la douleur rhumatismale; les jours d'orage nous supprimons entièrement le traitement. Nous nous résumons en disant que, parmi le grand nombre des personnes qui sont affectées de rhumatismes et qui vont aux eaux mi-
nérales , les unes y trouvent une guérison radicale , les autre! un soulagement plus ou moins prononcé, qui paraît quelque, ibis dès les premiers jours et qui souvent se fait attendre plusieurs semaines. Nous rappellerons que pour le traitemerv, fait aux eaux minérales, il importe que les malades soient munis de vêlemens chauds, la laine portée sur la peau n'es! pas moins utile, en ce qu'elle s'oppose d'abord à tout refroi dissement , et d'autre part , en ce qu'elle concourt à entretenir l'excitation portée sur cette partie par l'usage de; bains.
Plusieurs médecins ont prétendu que les eaux minérales étaient un faible moyen pour guérir le rhumatisme, nous leur demanderons comment, chez le paysan malheureux et infirme, qui n'était jamais sorti de son hameau que pom venir à nos sources , accablé dos fatigues du voyage , vivant dans l'isolement et l'indigence et guéri néanmoins par les eaux qu'ils a prises au milieu des peines de tout genre qui ne cessent de l'assiéger, nous leur demanderons , dis-je , comment s'est opérée cette guérison ?
Avouons que cette allluence de malades qui, chaque année, se rendent aux eaux minérales , est la meilleure des garanties pour démontrer la puissante action du remède. Toutefois, nous ne voulons point nier que cette action ne soit puissamment secondée, dans certains cas , par le changement d'air et par les distractions que l'on trouve aux eaux.
Nous ne citerons que trois observations de rhumatisme, une guérison complète , un cas de soulagement et un cas de non-réussite ; quant à la première observation , nous ferons observer qu'il ne tiendrait qu'à nous de désigner un grand nombre de personnes complètement guéries de rhumatismes chroniques , guérison obtenue par l'effet des eaux d'Evaux , mais nous sortirions des limites que nous nous sommes tra-
cées , nous prêterons dire de nouveau que leur réputation est si bien établie pour eombaltrc celte affection , qu'il y a peu de villes ou de villages , dans le département de la Creuse et dans les départemens circonvoisins , qui ne leur doivent quelque cure remarquable.
Première Observation.
Madame Ch de Combraille (Puy-de-Dôme) , tempérament bilioso - sanguin , constitution moyenne, âgée de 58 ans, propriétaire, dans le courant d'octobre 1 852 , fut affectée d'un lumbago : des saignées générales et répétées furent infructueusement employées ; diète , tisane royale ; on eut recours , mais sans aucun succès , aux exutoires , aux frictions opiacées, ammoniacées et camphrées; enfin, après de nombreuses saignées locales , la douleur sans diminuer d'intensité changea de place, et se fixa surl'arliculation coxofémorale , s'y maintint pendant tout l'hiver; ce ne fut qu'àl'approche de la belle saison qu'elle diminua et passa a l'état chronique. M ,ne Ch. .. boitait et ne pouvait marcher qu'à l'aide d'un bâton , le plus léger faux pas lui occasionnait beaucoup de souffrances; ayant quelques espérances de réussite dans les eaux d'Evaux, dont l'emploi avait guéri plusieurs personnes de sa connaissance, M m0 Ch... voulut en essayer. Les voies digestives étant dans un bon état , nous débutâmes par la source du petit cornet qui produisit l'effet d'un purgatif, effet du reste qui leur est assez commun ; nous supprimâmes l'eau en boisson pendant quelques jours , et continuâmes les bains à 54 degrés , avec douches à la suite : il se déclara bientôt des sueurs abondantes qui se maintinrent au moyen de l'eau reprise a l'intérieur et en assez grande quantité, sans avoir recours à une température plus élevée;
au dix-neuvième bain , la malade put marcher sans secours étranger, toutes les douleurs anciennes se dissipèrent entièrement sur la fin du traitement qui dura trois semaines. Nous avons revu iM" 1 * Ch..., depuis cinq ans qu'elle a quitté nos sources , elle n'a pas éprouvé la plus légère douleur rhumatismale.
Deuxième observation.
Parmi ceux qui nous sont fidèles , je citerai un nommé Descoursière, fixé à Valette, près d'Evaux, propriétaire, âgé de cinquante ans, tempérament bilieux, constitution robuste; ce vieux soldat de l'empire, depuis son retour de la bataille de Wagram , n'a passé que peu d'années sans avoir recours à nos sources. En 1800, son rhumatisme passa à l'état aigu et envahit les poumons; de copieuses saignées locales et générales, quelques exuloîres enrayèrent l'inflammation, le cinquième jour une vive douleur se fit sentir h l'articulation scapulo-humérale , les organes respiratoires furent subitement débarrassés , et peu de temps après la douleur de l'articulation se dissipa. Le malade vint me voir, et attribuait le retour de ses douleurs uniquement à ce que le traitement fait l'année précédente avait été trop tôt suspendu. Sa durée, en elïet, n'avait pas dépassé huit jours.
Troisième observation .
M. G , ex-commissaire des guerres, d'une constitution
robuste , tempérament éminemment sanguin , est affecté d'un rhumatisme chronique fixé a l'articulation fémorotibiale , quelquefois la dialhèse rhumatismale envahit les vertèbres lombaires, et la douleur est tellement intense, qu'au dire du malade, il faut qu'on le tourne dans son lit,
Tels sont les renseigncniens qu'il nous donna sur son étal au mois de juillet 1 855 ; guidé par son tempérament cl sn constitution, pour éviter la réapparition du lumbago pendant son séjour dans notre établissement, nous eûmes recours à plusieurs saignées locales avant de faire naître d'abondantes transpirations produites par de fortes secousses qui sont toujours le résultat de douches très actives; après une trentaine de bains et douches, le malade éprouva du soulagement , la douleur était moindre, la raideur avait diminué, le membre
était devenu plus souple , en un mot M. G marchait avec
facilité. Je supposai que cette amélioration se maintiendrait et augmenterait progressivement , sans toutefois que j'osasse eu espérer une guérison complète. Ce rhumatisme, vieux souvenir de la campagne de Russie, était trop invétéré et surtout avait été trop négligé, j'eus bientôt la douleur d'apprendre que mes espérances étaient vaines : deux jours après
que M. G fut rendu chez lui , le rhumatisme passa à l'état
aigu, et la vie du malade fut pendant quelques jours en danger. Cette crise se termina heureusement; bientôt d'autres moins vives succédèrent, cl depuis près de trois ans M. G... souffre continuellement. 11 y a douze ans que j'eus occasion de visiter M. G..., je me souviens que la maison qu'il habite est adossée au flanc d'une montagne, qu'elle jest humide, mal aérée et fort mal exposée ; celte circonstance m'a fait supposer que le manque des précautions hygiéniques les plus indispensables et les plus 'usuelles avait pu neutraliser l'effet que les eaux d'Evaux devaient nécessairement produire sur cette affection. Loin de moi cependant l'idée de proclamer comme spécifique infaillible l'usage des eaux ou tout autre moyen médical, nous savons que l'expérience a démontré aux praticiens que la vraie médecine n'en possède pas.
Quatrième obscivation.