Essai sur les eaux minérales de Roujan
Il est une multitude d’affections morbifiques qui pourraient être efficacement combattues par les Eaux minérales, aussitôt après le développement des premiers symptômes, et c’est perdre tout le fruit qu’on peut retirer de leur usage , que de ne les employer que lorsque les malades ont été épuisés par les autres remèdes, ou lorsque la maladie est profondément invétérée.
Alibert , Elémens de Thérapeutique,
§• Ier
L’homme sujet à mille maux traîne une existence pénible. De même que le bonheur, la santé parfaite , la santé inaltérable est pour lui un être imaginaire, un fantôme qu’il poursuit sans cesse et qu’il ne peut jamais fixer; il n’en
jouit que par intervalles (1). La douleur est son élément ; il souffre à son entrée dans le monde ; sa sortie en est marquée par les tourmens inexprimables de l’agonie. Sa vie entière est une longue maladie intermittente dont le début est un sommeil léthargique et l’issue la caducité ; la raison , quelques plaisirs fugitifs , entremêlés de chagrins cuisans, en marquent les courts instans de l’apyrexie. Naturellement faible , il a dû , pour la conservation de son espèce y vivre en société ; mais l’état social y en lui donnant des avantages immenses , a . par une espèce de compensation y doublé la dose de ses infirmités. Pouvant vivre de peu, il s’est
(i) Notre vie est un tissu d’incommodités nos tempéramens même ne sont qu’un état d’indisposition habituelle , une sorte d’existence maladive que l’art de l’éducation et une multitude de circonstances ont gravée, pour ainsi dire, dans nos organes.
F ouquet , Essai sur le Pouls.
On a eu raison de dire que nous sommes malades tous tant que nous sommes , et que notre vie n’est qu’une chaîne de maux qui se succèdent sans interruption , n’y ayant personne dont les forces ne souffrent à chaque instant quelque déchet, ou, comme le dit Celse , qui n’ait quelque partie malade.
Bobdeu, Mal. chron .
créé une foule de besoins imaginaires qui dégradent ses mœurs et détériorent sa santé. 11 est incapable de supporter le moindre excès ; la douleur porte le trouble dans ses fonctions ; sa machine frêle et délicate, est désorganisée par le plaisir. La raison qui le place au premier degré de Y échelle animale, augmente encore ses maux , en lui montrant au grand jour toutes ses imperfections, en lui laissant entrevoir dans l’avenir une longue suite de souffrances et de misères. S’il veut se promettre le repos dont il a besoin, il faut que sa vue franchisse les bornes étroites de la vie. Ce n’était pas assez pour lui de ses infirmités propres, de ses chagrins domestiques, il a voulu encore se créer des embarras politiques ; en se donnant un maître, il s’est humilié devant son semblable, il a courbé son front devant lui il s’est exposé à des vexations de toute espèce ; en s’associant à un gouvernement , il n’a pas craint de compromettre sa santé , sa fortune et sa vie dans les vicissitudes des révolutions.
Ainsi une organisation fragile, l’abandon des lois simples de la nature, des besoins factices, des passions tantôt excitantes, tantôt débilitantes , des affections morales, le despotisme qui l’assujettit à obéir lui qui est né pour corn-
mander, l’état social qui entasse pêle-mêle des populations immenses dans des espaces très-resserrés , qui enlève le nécessaire aux uns pour donner du superflu aux autres : telles sont les principales causes qui , jointes avec l’inégalité des saisons , les variations atmosphériques brusques , et le travail auquel l’Etre suprême l’a condamné, troublent l’ordre de la circulation des liquides et des mouvernens de l’âme, rompent l’équilibre qui doit exister entre les solides et les fluides, entre le moral et le physique et donnent naissance aux diverses maladies qui l’affligent.
Il a dû chercher dans ce qui l’environnait, des moyens thérapeutiques propres à rémédier aux désordres de sa faible organisation (1). L’Etre prévoyant qui l’a créé si fragile, n’a pas voulu qu’il fut livré sans secours au milieu des agens destructeurs qui l’environnent; il a créé, avec une bienveillante profusion, d’autres agens réparateurs qui, par leur influence, peuvent modifier faction délétère des premiers , rétablir dans l’ordre les mouvernens pervertis , maintenir ou
(i) Telle a dû être Y origine de la médecine ; fille des infirmités humaines, elle doit compter autant de siècles d’existence, que le genre humain en peut compter de souffrances.
remettre ses fonctions dans l’équilibre qui est • indispensable à la santé. Il a voulu que l’expérience seule l’instruisit sur l’opportunité de leur emploi , et se réservant à lui seul la connaissance de leur organisation intime, il a livré à sa vanité les discussions sur leurs effets. C’est en-vain que l’homme , dans un but louable, a voulu imiter ces productions ; la même distance qui sépare l’être imparfait de l’être rempli de perfections, séparera toujours les productions de l’esprit humain de celles de la nature (1).
Les agens thérapeutiques sont abondamment répandus dans la nature • ses divers règnes rivalisent, pour ainsi dire, de zèle, et offrent à chaque pas à l’homme des choses plus ou moins
(i) Ce que je sais certainement, c’est qu’on n’a jamais employé de remède excellent et singulier, qui n’ait reçu de la nature ses principales vertus.
Sydenham ,, M écl. prat.
Aussi n’est-il pas vraisemblable que l’art puisse préparer sur-le-cliamp un remède de cette espèce (les Eaux minérales ) qui soit aussi excellent et aussi subtil que celui que prépare la nature , laquelle emploie peut-être beaucoup de temps pour le porter au point de perfection où elle nous le présente.
Jault , Trad.
de
■S yd .
utiles. Si le règne végétal lui fournit les plus nombreux , le règne minéral lui fournit les plus énergiques. Parmi ces derniers , les Eaux minérales tiennent un rang distingué ; l’hygiène s’en empare avec orgueil , la matière médicale en fait un de ses principaux appuis. Il est beaucoup de cas ou l’on peut les employer , soit comme moyen curatif, soit comme moyen palliatif, et dans un plus grand nombre de cas , comme moyen prophylactique. Aussi la nature qui a pourvu avec profusion à tous les besoins de l’homme, en a-t-elle multiplié les sources à l’infini. Parmi ces sources, les unes jouissent d’une célébrité justement acquise; d’autres, en plus grand nombre, n’ont pas encore été appréciées à leur juste valeur, soit par le défaut d’analyse , soit que personne ne soit chargé de faire connaître les cas où l’on pourrait les employer avec avantage , soit enfin que le site ne présente rien d’agréable.
L’usage des Eaux minérales remonte à la plus haute antiquité; douées de certaines propriétés énergiques , elles ne pouvaient manquer de fixer l’attention de ceux qui souffraient et de ceux qui leur donnaient des soins. Nul doute que l’expérience n’ait constaté leurs heureux effets, chez les anciens peuples civilisés, avant