II
qu’ils se livrassent à l’étude des simples , science à laquelle ils attachaient tant de prix , que d’après les anciens auteurs , les rois ne la jugeaient pas indigne d’eux, et se faisaient une gloire de s’y livrer. Nul doute qu’avant d’avoir appris à confectionner un remède, ils n’aient usé de ceux qui s’échappent tout préparés des mains de la nature.
Aussi , dans leur reconnaissance , furent-elles regardées par nos ancêtres comme des divinités protectrices. Les anciens, dit Pline, croyaient qu’une divinité tutélaire et amie des hommes présidait à la garde de chaque source d’Eau minérale (1). Plus tard, et dans des siècles d’ignorance et de superstition, on les mit sous la protection des saints (2). C’est sans doute ce qui a valu aux Eaux minérales qui sont l’objet de cette dissertation, le nom d’Eau de S.-Majan, sous lequel elles sont connues dans le pays.
De même que tous les remèdes doués de quelque énergie, les Eaux minérales ont eu leurs enthousiastes et leurs détracteurs : les uns et les autres leur ont porté un égal préjudice; les premiers , en les louant outre mesure , en
(1) Alibert, Elém. de Thérapeute
(2) Dict. de$ Sci . méd.
ont voulu faire une panacée universelle; en leur accordant la propriété de guérir toutes les maladies, ils ont donné lieu aux critiques de ceux qui ne leur accordent que peu de vertu; ils sont tombés dans Terreur de ceux qui, à force de préconiser un moyen , ont fini par le faire abandonner; la vogue qu’ils lui avaient donnée Tayaut fait appliquer indistinctement à tous les cas, il a dû échouer nécessairement dans le plus grand nombre. C’est ainsi que les meilleurs remèdes sont tombés plusieurs fois en désuétude , et qu’on n’en peut citer qu’un très-petit nombre qui n’aient été extraits de la pratique des anciens. C’est ainsi que le Brownisme et le Broussisme ont dû être abandonnés pour avoir conseillé l’abus des meilleurs remèdes , que sur leur ruine , s élève de nouveau l’éclectisme éclairé, à la grande satisfaction des gens sensés et au grand avantage des malades.
Aucun remède ne demande plus de sagacité dans dans son application , que les Eaux minérales, puisque nous n’avons encore rien de bien positif sur les cas précis où telle source doit obtenir la préférence sur, telle autre , à moins qu’on ne prenne pour positif des observations recueillies sans soin, qui tendraient à
prouver que toutes les sources ont, à peu de chose près , les mêmes vertus. Tel ne doit pas être cependant le but de la nature qui , en les formant de substances differentes , et variant à l’infini les proportions de ces substances, leur a sans doute assigné des moyens curatifs très-variés. Elle a sans doute voulu les approprier, non-seulement aux maladies , mais même aux tempéramens. Sans cela, pourquoi aurait -elle mis une différence- entre chaque source d’Eaux minérales si marquée, qu’on n’en trouve pas deux qui réunissent dans les mêmes proportions les mêmes matériaux. En les rangeant parmi les agens thérapeutiques, en nous donnant une quantité prodigieuse de substances médicinales, elle a voulu parer à l’immensité des maladies qui accablent l’espèce humaine, et nous donner les moyens de remplir les indications infiniment plus nombreuses que réclame la manière d’être de chaque individu. Est-ce sa faute , si nous ne savons pas en tirer un meilleur parti ? Le divin créateur , en nous jetant dans ce monde , ne l’a - 1 - il pas pourvu de tout ce qui nous est nécessaire ? Moins orgueilleux , laissant de côté tous les vains raisonnemens , au lieu de vouloir devancer la nature , nous la suivrions pas-à-pas dans sa mai-
che et dans ses écarts ; nous examinerions avec le plus grand soin les effets des remèdes sur les maladies et sur les malades; nous ne tomberions pas de systèmes en systèmes tous erronés et dangereux , tous abandonnés et repris, qui ne servent qu’à masquer notre paresse ou notre impuissance. « Les systèmes généraux qui u forment des sectes , dit Quesnay , introdui- <( sent une multitude d’erreurs. Ils voilent la « médecine ; ils en retardent les progrès ; ils (( abrègent et facilitent l’étude de fart , et dé- « truisent les hommes ».
L’esprit humain s’est engagé dans une fausse route ; au lieu de perfectionner la science de l’observation , il a voulu pénétrer des choses qui seront toujours impénétrables pour lui; il est tombé dans un cahos d’hypothèses dont il ne peut se tirer.
§• ii-
Il existe peu d’Eaux minérales qui puissent remplir des indications aussi étendues que celles de Roujan , si on s’en rapporte à l’analyse. Peu se trouvent chargées de matériaux aussi variés et dans une si grande proportion. A-lafois acidulés, alcalines, martiales et salines,
tm concevra quel est le parti que Ton peut en tirer dans un grand nombre de cas.
Le professeur Yenel , chargé de l’analyse des Eaux minérales du royaume vers le milieu du siècle dernier , dut sans doute leur reconnaître de grandes propriétés, puisqu’il engagea un de ses amis à en faire l’acquisition II mourut au moment où il s’occupait d’un ouvrage sur ces Eaux. Depuis lors personne ne s’en est occupé avec soin , et si nos Eaux ont acquis une certaine réputation, elles la doivent à leur propre mérite. Le plus souvent, ce sont les malades qui, sans l’avis des médecins et en désespoir de cause , viennent retremper leur santé affaiblie à cette source salutaire.
Si on les porte à l’ébullition, elles se troublent, deviennent presque laiteuses, et laissent précipiter une grande quantité de sels*