‹ Essai sur les eaux minérales de RoujanChapitre 4 sur 10 · TABLEAU COMPARATIF · texte numérisé non relu

TABLEAU COMPARATIF

Eaux de Spa. Eaux de Roujan.

20 onces d’eaux de

Spa

20 onces d’eaux

de Roujan

contiennent :

Carb. de chaux. .

2 gr.

ii gr.

Ici. de magnés.

Id. de soude. .

IO

Mur. de soude. .

Carb. de fer. . .

y compris ce-

lui qui se de'-

pose à l’air. .

Suif, de mag.

Silice .....

ni.

L’étude des

tempéramens est une

des plus

essentielles cle l’art de guérir. « Que tout me- « decin 5 dit Hyppocrate, s’applique à connaître l’homme ». Indépendamment des idiosyncrasies particulières , chaque pays ? par certaines influences locales y souvent inconnues , apporte des modifications générales dans les tempéramens de ses hahitans ; ainsi chaque contrée offre , si je puis m’exprimer ainsi y un tempérament général que l’on doit étudier , et des idiosyncrasies qui très - souvent ne sont que de légères modifications du premier. Le tempé-

rament de l’habitant des pôles diffère beaucoup du tempérament de l’homme qui vit sous féqualeur. Mais entre ces deux grandes nuances, il existe un nombre infini de variétés , dépendantes non seulement des influences atmosphériques , mais aussi des influences du sol. Ces changemens s’opèrent par gradation. Il n’existe pas deux bourgs , si rapprochés qu’ils soient l’un de l’autre , qui 11 offrent une différence sensible dans le langage et la manière de vivre de ses habitans. Pourquoi cette différence n’existerait - elle pas dans les tempéramens ? Pourquoi ne pourrait-on pas les diviser en grandes classes , dépendantes des influences générales des localités, et en individualités dépendantes des modifications que chaque être vivant imprime à ces influences générales , constituant les idiosyncrasies dont il existe autant de différences qu’il existe d’individus ? Les ouvrages de l’homme sont empreints d’un caractère d’uniformité qu’il cherche vainement à cacher , parce que son esprit et ses moyens sont bornés , tandis que les ressources de la nature sont si grandes, que ses ouvrages les plus parfaits ne lui coûtent aucun effort , et quelle n’a pas encore créé deux êtres de la même espèce qui ne diffèrent en quelque point.

Que pensera-t-on d’après cela de ces méditas très qui tiennent un remède prêt pour chaque maladie , qui s’obstinent toujours à traiter un mal et jamais un malade ?

Que doit-on penser même de tous les systèmes défendus avec plus ou moins de talens par leurs sectateurs , qui veulent assujettir la nature à une marche unique dans la production des maladies ? Les uns voyent partout excès de force, tandis que pour les autres la faiblesse surgit de partout. Systèmes exceilens pour les esprits paresseux , qui ne voulant pas se donner la peine de réfléchir, aiment mieux suivre aveuglément des erreurs aux quelles un grand nom donnera quelque importance , que de se tracer une route sûre à l’aide de l’expérience ; systèmes enfin , bons pour l’homme de cabinet , inutiles et nuisibles, au lit des malades. « La plus belle théo- « rie est vaine , a dit Huxham , si elle ri’est « confirmée par l’expérience ».

« Les médecins qui ont dévoilé quelques vé- <( rités, dit Quesnay, en ont presque tous abusé, « en établissant sur les vérités des systèmes gék néraux qui ne sont que des tissus d’erreurs ».

Que penser enfin de ces médecins , qui faisant un vain étalage de leurs titres scientifiques et de leurs arcanes , croyent pouvoir mai-

triser des maladies et guider des malades à cent lieues de distance d’eux ; comme si les maladies étaient assujetties à une marche invariable, et ne réclamaient pas une surveillance journalière o> Peu versés dans les vrais principes de l’art , méconnaissant encore plus leurs devoirs , leur philantropie n’est qu’avarice et égoïsme, et leurs malades ne sont que leurs dupes.

L’homme dévoré d’ambition , abuse souvent du don le plus précieux qu’il ait reçu de la nature, la faculté qu’il a de s’instruire, et la science qu’il a acquise pour l’avantage et le soulagement de ses semblables , lui sert d’instrument de déception et de despotisme.

C’est par l’étude des tempéramens, qu’on peut expliquer pourquoi > dans le traitement de la même maladie , une classe de remèdes échoue dans un pays et réussit plus fréquemment dans un autre. Bien plus, je ne crois pas soutenir un paradoxe , en avançant , que si par des influences locales , les hahitans d’une contrée

(i) Il n’existe pas deux maladies de même espèce, et auxquelles on puisse appliquer le même traitement f parce qu’elles varient dans les divers sujets , dans les diverses circonstances et dans les divers temps où ellesse manifestent.

Yallezius , Méthode màL.

sont soumis à certaines affections morbides, ou à diverses modifications dans ces affections, ils doivent trouver dans les productions du même pays des remèdes à leurs maux. « Partout , a dit <( le savant Tour telle, une nature bienfaisante a u placé le remède à côté du mal ». Ce qui est rigoureusement vrai dans son application générale , le seroit-il moins dans son application particulière ? Quand verra-t-on finir cette fureur de rechercher les remèdes exotiques , et cet abandon des médicamens indigènes ? Jugerons - nous toujours de l’efficacité d’une substance par la distance qui nous sépare d’elle ? On ne peut reconnaître que deux causes à cette manie : le peu de confiance qu’ont les malades et surtout les gens riches dans les remèdes communs, et la négligence des médecins. (( Par une sorte de paresse de <e notre esprit , a dit Alibert , nous aimons « souvent mieux croire à des erreurs , que « de les détruire par des expériences ». Ne pourroit-on pas appliquer aux remèdes ce que l’on met hors de doute à l’egard de ceux qui les administrent ? Le médecin du pays , qui à des notions précises sur son art , joindra une parfaite connaissance des tempéramens de ses compatriotes , qui corn

naîtra les vices morbides qui peuvent exister dans leurs familles , aura un grand avantage sur l’étranger qui ne pourra faire une telle étude qu’aux dépends de ceux qui réclameront ses soins. « A mérite égal , dit « Ceïse , il vaut mieux avoir pour méde- « cin un ami qu’un étranger ».

On doit, sans doute , savoir gré aux thérapeutistes modernes d’avoir rejeté de la matière médicale , une foule de médicamens absurdes ou dont l’action était illusoire ; mais je crois qu’on n’a pas eu assez égard , dans cet examen , aux modifications qu’impriment aux substances médicales , les divers terrains qui les produisent, ainsi qu’à l’influence qu’exerce sur l’économie vivante , la constitution propre de ces contrées ; ce qui , joint à la considération des idiosyncrasies , m’expliquerait pourquoi les mêmes remèdes ont été vantés par les uns , décriés et rejetés par les autres. Enfin , pour m’expliquer plus clairement , je dirai qu’un remède doit avoir des effets différens dans diverses contrées , suivant qu’il est indigène ou exotique \ que tel remède doué de propriétés très-efficaces en Amérique , n’a plus les mêmes vertus en Europe , non seulement à

c’a üse des modifications que doivent lui faim éprouver et le transport et sou ancienneté f mais plutôt par la différence qui doit nécessairement se trouver dans le tempérament de ITiomme du nouveau monde et celui de l’ha» bitant de notre vielle terre.

Cest cette difficulté invincible de préciser l’influence qu’exerce sur l’honnne au physique et au moral , le milieu atmosphérique dans lequel il vit j les productions du sol qu’il habite l’action des remèdes dont les effets varient selon les tempéramens , qui fera toujours de la médecine une science indéfinissable. Non ! aucun homme ne pourra sonder la profondeur de cet art divin. Il ne pourra jamais réunir les qualités et les connaissances nécessaires. Comment celui qui ne connaît pas la composition d’un rouage , pourrait - il remédier aux dérangemens qui y surviennent ? Si dans presque toutes les maladies aiguës , la nature fait tout et fart si peu de chose, c’est qu?elle connaît des routes qu’il ignore et que probablement il ignorera toujours. Qui soulèvera le voile qui cache à ses yeux les plus simples mouvemens de sa machine? Son esprit ne peut s’exercer que sur des conjectures. « La nature, « dit Bordeu , s’est réservé les mouvemens

ft et les combinaisons intérieures qui nous « échappent et que nom ne pouvons saisir, n Qui lui donnera des notions exactes sur les effets des influences sydérales sur notre globe en général et sur notre économie en particulier ? Effets , peut-être trop préconisés par les anciens , mais à coup sûr , injustement ridiculisés par la philosophie moderne.

Dans le pays que j’habite y pays sec , assez éloigné de la mer pour que les vents du sud et du sud-est ayent perdu une partie de leur humidité , très - battu par les vents du nordouest qui sont dus aux pluies fréquentes qui tombent dans les montagnes qui le dominent r le tempérament lymphatique est assez rare ( 1 ) \ le tempérament prédominant est le nerveux r il s’unit fréquemment au sanguin et plus souvent encore au bilieux. La diathèse bilieuse est favorisée y chez nos hommes de peine y par les travaux fatiguons que rend nécessaires un pays vignoble où presque toutes les terres sont cultivées à la bêche. Les hommes qui mènent une vie sédentaire , et les personnes du sexe sont

(i) Nous devons ici faire exception des enfans qui sont plus fréquemment lymphatiques , à cause de la prédominance des systèmes glanduleux et cellulairet dans le premier âge de la vie^

très-sujets aux affections nerveuses ; ii n’est pas rare de voir des personnes pituiteuses, à fibre lâche , qui sont d’une extrême susceptibilité nerveuse. À quoi doit-on attribuer la prédominance toujours croissante de ce tempérament bilioso - nerveux qui paraît être le tempérament général du pays ? Je ne saurais aborder cette question, sans m’écarter de mon sujet, et sans entrer dans le vague dont peutêtre j’aurais bien de la peine à sortir. Il me suffit de constater le fait , afin de pouvoir en tirer une source d’indications thérapeutiques. « 11 importe moins au médecin , dit Sordeu, (( de savoir quelles constitutions de l’air cau- (( sent les épidémies , que de connaître les tem- <( péramens qui peuvent en être affectés ». Je ne puis attribuer qu’à la prédominance du système nerveux , plus grande aujourd’hui qu’autrefois , ces fièvres intermittentes qui deviennent si fréquentes chez nous , et ces fièvres larvées tout aussi communes, que M. le docteur Sabatier a si bien démasquées , et qu’il traite avec tant de succès. Si elles sont devenues épidémiques dans nos contrées , ce n’est pas tout-à-fait dans les agens extérieurs qu’il faut en rechercher la cause, mais plutôt dans nos tempéramens qui nous ont rapproché d’elles. « Le tempérament

et et f idiosyncrasie , dit Bordeu, sont le vrai (t champ des maladies , qu’ensemencent Pair 7 <( les eaux , et les autres choses non naturelles ». Si l’on fait attention que les chaleurs de l’été favorisent le développement des affections bilieuses , que ces affections compliquent presque toujours , chez nous , les fièvres intermittentes d’automne , on ne sera pas étonné que celui qui a un tempérament mixte bilioso-nerveux ne réunisse les conditions les plus favorables à cette maladie. C’est du moins ce que l’observation m’a mis à même de constater d’une manière positive. Sur 46 fièvres intermittentes d’automne que j’ai eu à traiter l’année dernière , j’ai trouvé 26 hommes et 7 femmes qui présentaient tous les caractères de ce tempérament y 4 enfans de 5 à 6 ans , dont les pareils étaient aussi d’un tempérament bilieux et dont les mères de deux d’entre eux sont sujettes à des attaques d’hystérie ; une fille de 24 ans chlorotique , 5 d’un tempérament lymphatico-sanguin y et une jeune personne de 18 ans, qui avec toutes les apparences d’un tempérament lymphatique , est d’une extrême susceptibilité nerveuse.

Après l’étude dés tempéraïnens , celle qui doit le plus occuper le médecin qui veut s’ac-

quitter consciencieusement et avec honneur de son ministère , est l’étude des médicamens que le pays où il exerce lui fournit ; et si dans le nombre il en trouve quelques-uns qui puissent soutenir le parallèle avec les exotiques , il doit les employer de préférence. Il aura par-là rendu service au pauvre , qui doit être l’objet de sa sollicitude, en remplaçant des remèdes chers par des médicamens peu coûteux ; il aura même travaillé pour le riche, mais pour le riche instruit , en lui donnant des médicamens plus appropriés à son tempérament.

La vogue qu’ont obtenu dans nos environs les Eaux minérales de Roujan , l’habitude contractée par les habitans du pays de les prendre vers la fin de l’été , quoique bien portans y m’ont fait faire de sérieuses réflexions. Je me suis demandé , si ce n’était qu’un effet de l’habitude , ou si un instinct secret les poussait vers un remède qui eut la propriété de combattre la prédisposition aux affections régnantes dans cette saison. Mes réflexions eussent peutêtre été sans fruit , si l’expérience ne fut venue à mon secours. J’ai vu que dans cette saison , les organes de la digestion étaient ordinairement languissans , que presque toutes les maladies se compliquaient d’embarras gastrique.

que même les personnes qui paraissaient bien portantes , éprouvaient un ralentissement marqué dans les fonctions digestives. J’ai vu qu’alors les eaux minérales , par leur qualité acidulé , enrayaient avec efficacité et promptitude les dispositions aux affections bilieuses et les guérissaient aussi promptement lorsqu’elles étaient déclarées. J’ai vu dans nombre de cas , des nausées avec amertume et sécheresse de la bouche , une céphalalgie sus-orbitaire intense , des vomissemens bilieux qui semblaient annoncer une affection grave commençante et réclamer

de suite l’emploi du vomitif, disparaître en peu de jours comme une vaine fumée par l’usage de ces Eaux. Je n’ai pas hésité dans de pareils cas , à les recommander à ceux qui réclamaient mes soins , et je n’ai jamais eu qu’à m’en féliciter. Ce qui prouve qu’en cela comme en bien d’autres choses , il existe un précieux instinct de conservation dans les masses , et qu’en approfondissant ce que bien des gens blâment sous le nom de préjugés populaires, on y rencontrerait très-souvent ce que festimable professeur Broussonnet appelle les vérités populaires.

Je me suis demandé aussi si on ne pouvait jusqu’à un certain point établir un rapport entre un remède tonique, rafraîchissant, anti-

bilieux y et une population dont la majeure partie est vouée à des travaux débilitans sous l'influence d’un mauvais régime ; si , dans un pays où les affections nerveuses et bilieuses sont fréquentes , où le tempérament sanguin est le plus rare de tous et se voit peu dans un état de pureté ? où , à cause de travaux corporels pénibles , on ne voit presque toujours qu’une fausse pléthore , on ne pouvait employer fréquemment un remède tonique que la nature nous prépare avec tant de soins , lorsque loin de causer des irritations et des inflammations ? il s’oppose à celles qui pourraient résulter de la chaleur et de la sécheresse du climat.

J’ai cru reconnaître que ce rapport existait^ qu’une application plus étendue de ce remède ne pouvait qu’être avantageuse aux malades , qu’il suffisait seulement de chercher les moyens de l’adapter à un plus grand nombre de cas.

Si les partisans de la médecine débilitante ? exerçaient leur art à la campagne , s’ils habitaient un pays dont les habitans travaillent beaucoup et se nourrissent très-mal , ils verraient fréquemment quels fâcheux accidens résultent de l’emploi mal dirigé des anti-phlogis tiques ; mais ceux qui ont proposé un sys-

tème , que d’autres suivent aveuglément , sont placés dans des villes au centre du luxe et de l’aisance , où avec un travail moins pénible, on fait usage d’une nourriture plus saine et mieux choisie; ils sont placés à la tête des hôpitaux militaires , où ils traitent des hommes dans la force et la vigueur de l’âge.

Page 1