IV
Je partirai de ce principe vrai, cpie toutes les maladies ont leur cause prochaine dans la perversion de certains mouvemens organiques (Fouquet), que les agens thérapeutiques ne sont utiles que par la faculté qu’il ont d’intervertir l’ordre des mouvemens morbifiques ( Barbier ).
On est obligé de reconnaître dans nos Eaux un [effet général sur l’économie , et des effets particuliers sur plusieurs organes, qui les rendent propres à combattre certaines maladies qui les affectent. Leur effet général consiste dans le ton quelles impriment â tout l’organisme et dans l’accélération de la circulation artérielle, en favorisant le mouvement centrifuge.
Les neuf dixièmes environ du poids de notre corps se composent de liquides , dont la majeure partie est dans un mouvement continuel.
Ces liquides sont sans cesse pousses du centre à
la périphérie et de la périphérie au centre * par deux mouyemens entièrement opposés. Dans l’état de santé, il y a une harmonie parfaite entre ces deux mouYemens fluxionnaires ; 3a perte de cet équilibre est une des plus grandes sources des maladies du système cutané du tissu cellulaire ; les atrophies , les obstructions , les congestions , les hémorragies , etc. , ont leur cause prochaine dans ce dérangement
Le cœur est le point central d’où partent et où aboutissent ces mouvemens.
L’épigastre est le centre d’autres mouyemens tout aussi certains ; quoique la manière dont ils s’opèrent ne puisse être saisie par notre far ble intelligence ; il est le centre des mou vécu ens involontaires , de l’irritabilité et de la caloricité ; il préside à l’entretien des forces musculaires. La perversion de ces mouvemens donne naissance aux diverses névroses des parties contenues dans le thorax et l’abdomen.
Le cerveau est le centre des mouvemens plus compliqués encore , puisqu’ils sont tous intellectuels ; c’est dans cet organe que toutes les perceptions sont transmises ; c’est de cet organe qu’émane la pensée ; c’est lui qui préside aux mouvemens volontaires ; il est le centre de la
sensibilité et des autres forces vitales. Les dérangemens de ces mouvemens constituent les diverses lésions des sens et de l’intellect. Les parties cjui se déplacent et qui portent avec la rapidité de l’éclair les produits de la pensée jusqu aux extrémités , qui remontent avec la même rapidité vers le centre des sensations , ne peuvent être un liquide délié et subtil , c’est une partie de ce feu vital , de ce souffle divin qui anime la matière et qui , par la volonté expresse du créateur , fait des diverses parties hétérogènes qui nous composent, un tout homogène. ,
Mais ces divers mouvemens ne sont pas si distincts qu’ils ne puissent s’influencer réciproquement , réagir l’un sur l’autre , et se contrebalancer. C’est ainsi que les lésions du cerveau peuvent entraîner celles de l’épigastre , et les lésions de l’estomac amener sympathiquement un dérangement dans la circulation et les fontions de l’encéphale ; c’est ainsi que les lésions vitales peuvent produire les lésions organiques , et 'vice versa. C’est ainsi que lorsque l’esprit est fortement préoccupé, toutes les foutions de la vie organique paraissent suspendues , la circulation devient plus active vers l’encéphale , l’homme paraît ne jouir que des facultés intellectuelles ;
alors on ressent une tension quelquefois incommode à l’épigastre, qui résulte des efforts du centre phrénique pour détourner l’abord d’une trop grande quantité de fluides vers la tête. De même , les remèdes qui portent une action spéciale sur l’estomac , peuvent et doivent apporter des modifications clans toute l’économie ou dans certaines parties de l’économie , autres que celles qui reçoivent leur première impression. Les remèdes qui agissent spécialement sur l’épigastre , ne doivent pas être négligés par le médecin , même dans les maladies mentales , parce que l’épigastre est le point centrai des forces physiques, et cpie les forces physiques tiennent , cpioi qu’on puisse en dire, sous leur dépendance les forces morales, puisque dans l’état normal ces dernières croissent et s’affaiblissent selon l’age , qui ne devrait exercer aucune influence sur elles , si elles n’étaient sous la dépendance de la matière , car l’esprit dégagé des entraves du corps ne saurait vieillir ni s’affaiblir par les années. Les diverses nuances des facultés intellectuelles que l’on remarque parmi les hommes, dépendent , d’après Raulin , des différentes dispositions de la matière , de la facilité et de la lenteur de ses mouvemens.
C'est donc en portant un effet spécial sur l'estomac , en ranimant les facultés languissantes, et en favorisant le mouvement d’expansion et celui de concentration, que nos eaux minérales ont un effet général sur l’économie. Lorsque ce foyer de l'animalisation se trouve dans un état morbide , quand , par une série de phénomènes, soit moraux, soit matériels , il est dans un état de débilité , tel qu’il reçoit plus qu’il ne renvoie ; il devient un centre de fluxion qui nuit à ses fonctions; de-là, ces cardialgies , ces digestions pénibles , ces dégoûts par lesquels la nature nous annonce que les alimens ne peuvent qu’être une surcharge; de-là cet enduit visqueux de la langue , miroir fidèle de celui qui recouvre le ventricule , phénomènes accompagnés de céphalalgie, de vertiges , non à cause des vapeurs qui s’élèvent de l’estomac , comme on la prétendu , mais par la sympathie que cet organe entretient avec le cerveau au moyen de ses nerfs. Un effet égal se réfléchit sur le cœur dont les mouvemens sont ralentis ; de-là , abattement, faiblesse des extrémités. Mais souvent, par une force conservatrice que la nature bienveillante s’est réservé de mettre en usage dans ces momen s périlleux , et dont elle seule connaît toutes les ressources , l’estomac s’irrite , se ré-
volte ; un stimulus particulier et inconnu , augmente le mouvement circulatoire et la chaleur vitale au moyen de laquelle les parties internes reprennent le ton nécessaire pour se débarrasser des matières hétérogènes par la coction , les éliminent par les sueurs ou par les premières voies, et le mouvement excentrique se rétablit dans les conditions nécessaires à la santé. Telle est la marche de la nature que le médecin doit chercher à favoriser. Eh bien !
dans de telles circonstances , nos eaux aident
merveilleusement la nature; ingérées dans festomac , elles l’excitent en vertu de leur effet tonique , et agissent spécialement sur son système nerveux; les papilles nerveuses stimulées transmettent aux vaisseaux sanguins contigus une impulsion nouvelle qui est réfléchie de proche en proche sur les organes voisins , spécialement sur ceux qui entretiennent avec lui les plus étroites sympathies; le mouvement péristaltique languissant est augmenté , sans qu’il en résulte aucune sensation incommode ; toute l’économie participe au bien-être des organes digestifs par la même raison quelle avait souffert de leur dérangement.
On doit aussi considérer comme le résultat de leur effet général sur l’économie , les avantages
incontestables qui résultent de leur emploi dans les convalescences à la suite des maladies de long cours. Je ne crains pas d’être taxé d’exagération en disant que leur effet tient alors du prodige.
Jamais peut-être , l’homme n’a plus besoin des conseils de son médecin , que dans la convalescence , et bien sûrement ses avis ne sont jamais moins suivis que dans cette occasion,, surtout quand la convalescence traîne en longueur. L’homme sensé et instruit , se rendra probablement aux raisons que lui exposera celui qui lui donne des- soins y mais pour quelques-uns qui se prêtent de bonne grâce à tout ce qui peut leur être avantageux , combien n’en trouve-t-on pas qui se révoltent contre les plus sages avis , dictés par le devoir et par l’amitié qu’inspire toujours au médecin philantrope , le malade qui s’est confié à ses lumières ? Combien ne s’en trouve-t-il pas qui trompés par un appétit qui n’est nullement en rapport avec les forces digestives , se donnent des indigestions suivies d’accidens funestes ? N’en voiton pas d’autres qui , cédant à de douces illusions , ruinent leurs foi'ces renaissantes par des émotions trop vives, et achètent chèrement des jouissances prématurées? Rien n’est plus affligeant pour celui qu’un sordide intérêt n’a pas
poussé dans une profession si noble et si délicate, -que de voir des personnes que les ressources admirables de la nature ont retiré miraculeusement des bras de la mort , tomber dans un instant, par leur faute, sous sa faux meurtrière.
Après une maladie aiguë courte, cbez un sujet jeune et d’une forte constitution, la convalescence est de peu de durée , les forces reviennent avec rapidité ; dans ce cas , il n’est besoin d aucun remède , la prudence seule est nécessaire, afin d éviter tous les écarts, et la nature se suffit pour amener un état de santé satisfaisant, Blais quand la maladie a été longue , ou que courte , elle a attaqué une personne valétudinaire , ou bien que de grandes souffrances ont jeté le corps dans un état d’épuisement complet , il en résulte un état de relâchement général. Les organes de la digestion sont ceux qui sont le plus vivement affectés, et les fibres de l’estomac paraissent avoir perdu leur énergie ; le mouvement contractile des intestins étant aboli, ils sont aisément distendus par les gaz qui s’y engendrent ; les matières fécales séjournant dans ce canal, les vaisseaux absorbans , dont faction est quelquefois augmentée par le besoin de réparation dont le corps ressent l’impérieuse nécessité r les privent
de leur humidité ; de-là cette constipation que Ton remarque souvent dans les convalejjænces^ constipation qui ne demande pas toujÉËrs des évacuans , car dans bien des cas , elle ne peut qu’être avantageuse. D’autres fois , Fétat de relâchement et de faiblesse est tel , que les vaisseaux absorbans intérieurs ont perdu leur action , le tube digestitif devient un centre de fluxion par la propension qu’ont les liquides à se porter sur les points les plus débiles et qui offrent le moins de résistance, d’où ils ne peuvent être chassés à cause du défaut du ton des solides , le mouvement concentrique prédomine , l’absorption pulmonaire et cutanée , augmentée par un besoin pressant de nutrition,, introduit dans l’économie les parties assimilables de l’air ambiant, et très-souvent avec elles les parties délétères et pestilentielles qu’il contient, ce qui fait que dans les épidémies, les personnes les plus débiles sont plus sujettes au fléau destructeur que celles qui sont bien constituées : il survient alors des diarrhées rebelles, dangereuses , qui demandent l’emploi des toniques. /
Les organes de la digestion ne sont pas les seuls qui soient dans un élat d’atonie pendant la convalescence ». très-souvent la circu-
lation se trouve ralentie par le défaut de ressort des vaisseaux et des solides , les liquides sont stagnation , d’où il résulte des épanchemens dans les diverses cavités et des enflures des extrémités, surtout des extrémités inférieures. C’est le îaxum des anciens méthodistes.
Dans tous ces cas, les Eaux minérales de Roujan procurent un amélioration prompte prises d’après les règles que nous tracerons plus bas; elles ne sont suivies d’aucun accident fâcheux. Sous leur influence salutaire , les organes de la digestion reprennent les forces nécessaires à Fexécution de leurs fonctions , la circulation est acceilérée, les vaisseaux ahsorbans et exhalans sont plus actifs; les œdématiés des extrémités toujours pénibles pour les malades, quoiqu’elles ne soient pas toujours dangereuses , se dissipent promptement , et les solides reprennent le ton et l’élasticité qu’ils doivent avoir. Elles méritent d’obtenir la préférence dans toutes les convalescences sur le quinquina dont on abuse souvent et qui répugne à tant de personnes , en ce que : 1° à une vertu tonique elles joignent une propriété refraîchissante ; 2° leur qualité acidulé , en enrayant les affections bilieuses y s'oppose aux recrudescences qui en sont les suites ; 3° elles augmentent l’appétit qui est
presque toujours nul. Leur emploi convient surtout clans les convalescences des fièvres intermittentes. Cette maladie est presque toujours suivie de la dépravation de la digestion ; lorsqu’elle a' été de longue durée , surtout dans la fièvre quarte , elle laisse souvent le corps dans un état de leucophlegmatie avec hypertrophie de la rate qui cède à leur usage.
Il existe deux moyens que tous les auteurs s’accordent a préconiser dans toutes les convalescences : l’exercice modéré et l’air de la campagne r ces deux moyens se trouvent réunis lorsqu’on prend nos Eaux sur les lieux. Une campagne riante , un air très-pur y un quart de lieue qu’il faut franchir pour se rendre à la source , la promenade que l’on fait dans le temps qu’on les prend } leur servent de puissans auxilliaires.
Les propriétés acidulés et ferrugineuses de nos Eaux , les rendent propres dans une infinité de maladies. On n’est guère en usage de les employer dans les maladies aiguës , et je conviens qu’administrées seules , elles seraient trop excitantes } crue dans ce cas , la nature a plus besoin du frein que de l’aiguillon ; mais cepen-
dant , l’expérience ma prouvé que coupées avec le petit-lait ou simplement avec de l’eau tiède , elles ne sont pas sans vertu ; elles sont diaphoniques , et calment l’agitation du sang plus promptement que ne peuvent le faire nos meilleures tisanes délayantes et tempérantes ; elles sont d’un emploi facile et peu dispendieux.
D’ailleurs , il a été reconnu d’une manière incontestable que la plupart des maladies sont occasionnées par la suspension des excrétions , et terminées par des évacuations ? c’est-à-dire 7 qu’elles doivent leur origine à la gêne qui existe dans les mouvemens des matières qui doivent circuler et être excrétées y et leur guérison au rétablissement de ces mouvemens. Ainsi nos Eaux étant susceptibles d’être modifiées sans perdre leurs propriétés , peuvent devenir trèsutiles dans les maladies aiguës y en rétablissant les excrétions supprimées.
Pour apprécier tous les avantages que l’on pourrait retirer de l’usage de nos Eaux minérales y dans les maladies aiguës ? écoutons le profond et ingénieux Bordeu , dans la recherche des causes des maladies. « Les nerfs ap- « pelés gastriques , dit-il ^ se distribuent à tou- «. tes les parties du corps ; ils peuvent par
a conséquent porter les plus grands désordres « dans celles qui sont les plus éloignées de « l’abdomen. Telle est l’origine vraie de pres- « que toutes les maladies , l’action lésée des « nerfs gastriques, origine qu’on peut récon- « naître par l’inspection des maladies, et en mé- « clitant sur l’observation des praticiens. Quelle <c que soit donc la cause qui agace et irrite les « membranes des instestins , ou tout autre (c viscère de l’abdomen , soit un oédème ou « une érysipèle , soit une matière muqueuse et « épaisse , qui tapisse leurs cavités et les obs- « true , elle change l’ordre de leur mouvement « et celui des humeurs qui y circulent ».
D’après cet aperçu qui est hors de doute pour le praticien éclairé , on voit de quels secours seraient nos Eaux dans les fièvres muqueuses, gastriques, bilieuses, enfin, dans les maladies aiguës où se trouve joint un embarras des premières voies , dans les maladies inflammatoires , pourvu que le siège de l'inflammation ne se trouve pas dans le canal intestinal. Elles peuvent agir efficacement dans ce dernier cas , en opérant sur le tube digestif une révulsion salutaire. Je les ai employées avec le plus grand avantage , chez une jeune demoiselle de vingt ans , atteinte d’une énorme
érysipèle de la face , avec fièvre intense , compliquée ou occasionnée par un état suburrah
Je ne proposerai pas les Eaux minérales dans le traitement des fièvres intermittentes , parce que la médecine possède un puissant spécifique pour les combatre. Cependant le quinquina et ses diverses préparations échouent quelquefois, lors même qu’ils sont administrés par des mains habiles ; souvent aussi il ne fait que proroger les accès , et l’économie s’y habitue r de telle manière qu’il ne produit plus aucun effet. Dans un cas de cette nature , nos Eaux minérales ont préparé les voies d’une parfaite guérison.
Un garde champêtre, âgé de 56 ans, tempérament bilieux, constitution forte, était atteint depuis deux ans et demi d’une fièvre quarte. Dans le commencement de la maladie , le sulfate de quinine lui procurait un calme de quinze à vingt jours. Mais en vain dans la seconde année , essaya-t-il le spécifique sous toutes les formes , en vain se soumit - il aux remèdes les plus violens et les plus bizarres que l’aveugle empirisme ait inventés , l’accès revenait toujours à l’heure accoutumée. Yers la fin de novembre dernier, il vint prendre nos Eaux minérales, pendant huit jours; pendant leiw
usage , les accès quoique retardes de quelques heures , furent aussi intenses qu’aupara van t ; mais lorsqu’il eut fini de les prendre , 24 grains de sulfate de quinine pris en quatre jours , suffirent pour opérer une guérison complette.
Selon toutes les probabilités , cette maladie devait durer au moins tout l’hiver , cependant nos Eaux ont préparé une guérison dans une saison où l’on ne pouvait guère se flatter de l’obtenir. Je suis persuadé que les Eaux minérales l’auraient guéri , sans autre secours, s’il en avait continué l’usage plus long-temps.
La fièvre intermittente réclamera surtout l’usage de nos Eaux , lorsqu’elle s’accompagnera d’anorexie, de débilité des organes digestifs, de bouffissure et autres symptômes qui annoncent une altération profonde des forces organiques, lorsqu’on soupçonnera qu’il existe quelque engorgement dans les viscères du bas- ventre.
S vi.
C’est surtout dans certaines maladies chroniques que le temps n’a pas rendu incurables , qu’on peut retirer un grand avantage des Eaux minérales de Roujan. Dans ces maladies , soit quelles tiennent à l’irritation , comme le veu-
lent les partisans de la doctrine physiologique , soit quelles reconnaissent pour cause première l’asthénie , ce qui est plus probable , les remèdes qui comme nos Eaux minérales , réuniront le double avantage de tonifier sans irriter , et de produire des évacuations sans affaiblir , seront toujours ceux que l’on devra préférer, La nature ou fart guérissent toutes les maladies aiguës ou chroniques par des évacuations ou crises. « L’art , dit Borde u, guérit les maladies <( en préparant et excitant la crise, soit qu’il (( procure l’augmentation de la lièvre , ou d’au- <( très symptômes qui en tiennent lieu , comme <( quand on fait vomir , qu’on purge forte- « ment , ou qu’on provoque la sueur , ( aug- <( mentation qu’on pourrait nommer appareil « critique artificiel ) , soit qu’il détermine quel- « que excrétion lente , que les anciens appert laient fluxion , fut-elle occasionnée par la « nature ou par l’art ». Or, nos Eaux minérales produisent , sans exciter aucun trouble dans l’économie , des évacuations par les sueurs, les urines et les selles. Bien plus , en favorisant ces excrétions, elles augmentent les forces.
Mais , dira-t-on , si les Eaux minérales de Boujan conviennent particulièrement dans les maladies asthéniques, elles doivent être nuisi-
Mes aux personnes d’an tempérament fort et. vigoureux ? À cela je répondrai : cpfune personne jeune et vigoureuse ne peut être atteinte primitivement dune affection générale asthénique, mais qu’un système d’organes peut être atteint chez elle d’un état de débilité provenant de la répartition inégale des forces organiques.
Ce n’est pas que les forces organiques puissent être transportées d’un endroit sur un autre comme une fluxion sanguine ou humorale. La nature , en composant notre économie de plusieurs systèmes d’organes , leur a départi les forces nécessaires à l’exécution de leurs fonctions; par une série de phénomènes particuliers, elles peuvent être exaltées , modifiées ou même anéanties sur un organe , sans que les autres en éprouvent toujours un dérangement notable. Bien plus , la nature a formé bien peu d’hommes chez qui les forces vitales organiques se trouvent réparties dans de justes proportions. Ces anomalies sont encore renforcées par les divers exercices du corps ou de l’esprit ; nécessairement l’organe qui s’exerce le plus , acquiert le plus de forces. C’est ainsi que les facultés intellectuelles ne se développent souvent qu’au dépend delà santé, et que rarement l’homme
de lettres sera cloué d’une forte constitution. Jamais athlète n’a été lettré, ni un lettré athlète. Le but du médecin , dans ces cas d atonie partielle , doit être , non d’attirer les forces de l’organe voisin, que l’on ne pourrait déplacer, mais d’exciter, de réveiller celles de l’organe malade.
Mais , si dans certains cas , un organe peut être affecté sans que le tout en souffre, il n’en est pas de même des organes essentiels qui composent le triumvirat de la vie; chez ces derniers , la moindre impression est réfléchie dans l’économie entière.
De tous les cas d’atonie partielle , il n’en est pas qui réclament plus impérieusement l’usage de nos Eaux , que ceux qui affectent l’estomac ; cet organe est peut-être de toutes les parties de notre corps , celle qui est la plus sujette aux affections asthéniques. Réparateur des forces de la vie , il est soumis à un travail continuel ; c’est à sa source que les divers organes vont puiser l’énergie qui leur est nécessaire pour s’acquitter de leurs fonctions. Les excès d’alimens et de boissons , le surchargent et le privent de son énergie ; les saisons , les climats exercent sur lui une influence notable; doué d’une grande activité chez les peuples du nord, et pendant l’hiver , dans les climats tempérés ,
il supporte difficilement les alimens pesans sous des températures élevées. Les grandes chaleurs en augmentant les fonctions excrétoires de la peau, diminuent les forces digestives; on croirait que les forces vitales abandonnent l’intérieur pour se porter à la circonférence. Mais ce qui prouve qu’il n’y a qu’oppression et non résolution des forces internes , c’est que le tube digestif n’est jamais plus sujet aux inflammations que dans les saisons chaudes.
L’estomac perd son énergie de plusieurs manières; soudainement, quand par suite d’une réplétion excessiv e , il ne peut réagir sur les alimens et les liquides qui le distendent outre mesure ; peu-à-peu , lorsque par suite d’une série de mauvaises digestions , la sensibilité des extrémités nerveuses se trouve émoussée, ou quune matière visqueuse recouvre la membrane interne. Dans le premier cas , les Eaux minérales ne sont d’aucun secours ; les alimens pouvant agir comme des corps étrangers et menaçant l’individu d’une mort prompte , il faut des moyens plus énergiques. Mais elles sont de la plus grande utilité dans le second cas . aucun moyen peut-être, n’est plus propre à réveiller la sensibilité de cet organe ; c’est en le tonifiant quelles lui donnent la force de se
débarrasser des matières hétérogènes qui tapissent son intérieur.
Dans l’hypocondrie et l’hystérie , nos Eaux minérales peuvent-être utiles , mais ces maladies dont la guérison est si difficile , ne peuvent pas toujours céder à leurs seuls effets. J’ai même remarqué que les femmes hystériques d’une constitution maigre et sèche , se trouvaient mal de leur emploi lorsqu’on les administrait seules, tandis quelles en éprouvaient un grand soulagement lorsqu’on les mélangeait dans diverses proportions et suivant l’indication, avec le lait , le petit-lait, ou simplement avec l’eau tiède. Pour peu que l’on réfléchisse, on comprendra aisément pourquoi elles peuvent nuire aux personnes très-irritables à fibre sèche. Chez ces personnes , il y a éréthisme du système nerveux causé par la sécheresse et la tension des nerfs , la fibre est roide et peu flexible , le sang épais , contenant peu de sérum, le calibre des artères diminué comprime ce fluide et le force a se mouvoir avec plus de vitesse; ce qui est la cause de ce pouls petit et fréquent que l’on remarque dans les maladies vaporeuses.
Or , nos Eaux minérales , par le fer qu’elles contiennent , ayant la propriété d’augmenter la
vitesse du cours du sang et la quantité de ses parties fibrineuses , de donner du ton aux solides et surtout aux tuniques artérielles , ne peuvent convenir dans ces cas. Je désirerais beaucoup que la réflexion seule meut éclairé sur leur inopportunité dans cette occasion , mais je dois franchement avouer que je n’en suis redevable qu’à l’expérience. Cependant il ne faut pas croire qu elles soient aussi nuisibles que certains anti-spasmodiques très - vantés. Les matériaux excitans quelles contiennent , sont modifiés par le véhicule aqueux dans lequel ils sont suspendus ou tenus en dissolution. Mais si , administrées seules dans de tels cas, elles peuvent nuire, il n’en est pas de même , comme je l’ai déjà dit, lorsqu’on les donne coupées avec un autre liquide émollient. De cette manière , elles sont tempérantes et rafraîchissantes ; continuées pendan t Ion g- temps , elles peuvent rendre aux nerfs l’humidité qu’ils ont perdue , et conservent assez de leur propriété tonique pour relever les forces digestives ordinairement perverties.
Dans l’hypocondrie , dont la cause prochaine, d’après Hoffmann, est le renversement du mouvement péristaltique des instestins , le colon que sa situation rend très -mobile, est ordinairement très-sensible ; les flatuosités qui s’engen-
cirent: très-facilement dans sa cavité, augmentent encore cette irritabilité. L’immortel observateur Ârétée , a constaté que les affections du colon simulent un grand nombre de maladies , telles que le point de côté , celle du foie ou de la rate (1).
J ai vu dans une de ces affections du colon , nos Eaux minérales agir avec une grande efficacité.
Une femme *** , âgée de 32 ans, tempérament nerveux, très-irritable, se plaignait depuis quelque temps de douleurs intermittentes vers les fausses côtes du côté droit , accompagnées de flatuosités , d’anorexie , de flux d’urines limpides , de lassitudes , et quelquefois précédées ou suivies de céphalalgie. Je lui conseillai l’usage des Eaux minérales , qu elle prit pendant quatre jours à la dose de huit à dix verres ; dès le premier jour , les douleurs disparurent , l’appétit revint ; mais peu de jours après en avoir discontinué l’usage , nouveau retour des douleurs. Cette fois-ci , elle mélangea les eaux minérales avec égale partie de p-etit-lait; leur action soutenue pendant quelques jours par des bains de siège , suffit pour
(i) Bordeu , (mal. chron.)
faire disparaître tous ces symptômes qui n'ont plus reparu depuis trois mois.
Lorsque les personnes atteintes d’affections vaporeuses, n’offriront pas un tempérament sec, que la fibre sera lâche et humide , nos Eaux prises sans aucun mélange conviendront parfaitement par les raisons que j’ai déjà données et qu’il est inutile de répéter. Mais il est bon d’observer qu’il est plus rationnel de faire précéder et accompagner leur emploi de plusieurs autres moyens que l’art nous fournit.