‹ Essai sur les faïences de Douai dites grès anglaisChapitre 13 sur 26 · FABRIQUE DE LA RUE DES CARMES. — ARTISTES ET OUVRIERS · texte numérisé non relu

FABRIQUE DE LA RUE DES CARMES. — ARTISTES ET OUVRIERS

Le préfet Dieudonné, dans sa statistique du déparlement du Nord dressée en l'an IX, dit que dans les manufactures de grès anglais, on emploie les mêmes classes d'ouvriers que dans le reste de la France. Ce sont :

Des tourneurs, des mouleurs , des peintres , des émailleurs, qui travaillent à leurs pièces et dont le salaire varie de 3 à 4 et 5francs. Il y en a même qui gagnent 6 à 7 firancs par jour ;

Des faiseurs de gazettes et marcheurs de terre , des enfoumeurs, gagnant 1 £r. 50 par jour ;

Et enfin des manœuvres, au salaire de 75 centimes à un franc.

A ces divers agents de l'industrie, il faut ajouter des modeleurs. Il y en avait de différents degrés. Celui attaché à l'usine de la rue des Carmes en 1784 était un nommé Chrétien qui recevait cent francs par mois.

Les appointements du premier modeleur appelé d'Angleterre par les frères Leigh étaient plus élevés ; il touchait 48 livres par semaine.

Lors de la vente Bîlbaut (1), on adjugea une statuette signée Blondel. Cet artiste appartenait au même établissement.

Au-dessus de lui, et exécutajit de véritables travaux d'art, la fabrique possédait un sculpteur, biUstache-Marie- Joseph Bra, né à Douai, père de M. Bra, Thabile statuaire. Une pierre tumulaire conservée au musée de Douai , nous donne sur lui quelques renseignements. Elle porte ces

mots :

ci oIt

Un bon père , nn bon citoyen ,

Un homme de bien :

EOSTAGHB - MaRIB - JOSBPH BRA,

Sculpteur et Modeleur,

Né à Douay (Nord), le 22 mai 1772,

Décédé à Ghoisj - le - Roi ,

le 14 décembre 1840.

Cet artiste , après avoir exercé plusieurs années à Douai, fut attaché à la faïencerie de Ghoisy-le-Roi. Plus tard, accompagné d'un certain nombre d'ouvriers il se rendit à Greil, où il coopéra à la production d'un grand nombre de pièces.

Nous possédons dans notre collection un buste en biscuit exécuté par lui, et reproduit en grès anglais. C'est le portrait de l'un des administrateurs de la fabrique de Douai. Il est signé Bra.

Parmi les peintres attachés à l'usine, nous retrouvons le nom d'un artiste, Wilmot, ouvrier peintre en porcelaines, qui en 1785 fut appelé de Bailleul (Nord) pour faire des essais de peinture, sur des assiettes en biscuit de la manufacture.

Il y avait encore : Un faiseur de briques battues, un emmancheur, un ouvrier chargé de mettre en rouge, et un autre préposé au travail du moulin.

Parmi les premiers ouvriers qui apprirent dans l'usine à

(1) M. Bilbaut, banquier à Domai. poasédait «ne importante collection de céramiqiies et faïences anciennes, qui fût Tendue, en son domicile, terrasse Noire-Dame, N^ 10, le 6 novembre 1876 et jours auiyants.

mouler des assiettes et à emmancher, étaient les nommés Devred, Tribout et Oberey . Une avance de 720 livres, remboursable par semaines, leur fut môme faite pendant la période d'apprentissage.

Et à ce sujet qu'on nous permette de citer un fait, qui contraste étrangement avec la liberté dont les travailleurs jouissent aujourd'hui.

En 1784, un ouvrier, clerc tourneur de la manufacture Etienne Hutchinson, cherchait à débaucher plusieurs de ses compagnons pour passer avec eux chez l'Empereur (1). Informés de ce projet et cherchant à parer les pertes qui pouvaient en résulter pour eux, les associés en prévinrent M. le Procureur général près le Parlement de Flandres qui le fit arrêter et constituer prisonnier ès-prisons du Palais {sic.)

Cet Hutchinson, dans un autre temps, partit de Douai, emmenant avec lui Thomas Oberey, son parent, ouvrier emmancheur; ils passèrent en Angleterre, mais n'ayant pu y trouver de travail, ils revinrent en France et furent arrêtés a Aire, à défaut de certificat et de passe-port.

Le magistrat de cette ville en ayant informé la Société, il fut délibéré de les y faire reprendre et de les ramener à Douai avec main-forte ; c'est ce qui eût lieu. La délibération est signée des frères Leigh (2).

Aux comptes de la fabrique , nous trouvons la dépense relative à cet événement.

Au geôlier du palais 8 livras 13 sous

Aux sergents de ville, pour voyage d'Aire . . 20 » 15 » A M. Dassenoy, pour g^lage d'Hutchinson

etOberey 13 » 16 ♦

Pour frais de leur retour 6 » 11 »

(1) L*empereiir Joseph II. Les Pays-Bas étaient sons sa domination.

(2) Réponse an questionnaire des administrateurs dn département du Nord. 1790. [archives du Nord^.

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