ALIMENTATION
MONTANT de la vente annuelle de chaque oblet de fabrication.
Manufacture
degrés d*Angleterre.
Usine à .eu.
Charbon de terre.
Douay
Lo
sieur Houzé
de
TAulnoit
et Cie.
La quantité est incalcul^le à cause de la multiplicité et de la variété des ouvrages qui sy fabriquent.
Par
le charbon
de terre.
Le montent de la vente annuelle des objets de fabrication est d*ettvirou 80,000 livres.
La vente va toujours en baissant, à cause de la grande quantité de poteries anglaises que le Traité de commerce a introduites dans le Royaume.
Le l'"^ mai 1789, M. Houzé de l'Aulrioit reprit la direction de la manufacture de grès anglais, au lieu et place de M. Cuvex, et sous cette impulsion nouvelle, aidée des circonstances, les opérations de la Société s'améliorèrent promptement. Deux ans s'étaient à peu près écoulés que déjà le chiffre des bénéfices s'était relevé à la somme de 19,872 iivTeslt) s.
Il existait dans le département du Nord plusieurs faïenceries, au moment de la Révolution : une à Bailleul, une à St-Amand, trois à Lille, et celle do grès anglais, rue des Carmes, à Douai.
La liberté du commerce et de l'industrie proclamée, il s'en forma immédiatement de nouvelles : une à Maubeuge et une à Ferrière-la-Petite de faïences proprement dites (1).
Vers la fin de 1790, les nouveaux administrateurs du département du Nord, reçurent du gouvernement l'ordre de procéder à une enquête sur l'état de l'industrie, Des lettres furent adressées à chaque manufacturier avec un questionnaire auquel celui-ci devait répondre. Celte enquête témoignait de l'importance que l'on attachait à connaître la situation exacte du pays, au milieu des ruines qui déjà s'accumulaient de toutes parts.
La réponse faite au nom de la Société par M. Lemaire (1) alors directeur, nous parait de nature à jeter une vive lumière sur la situation, à cette époque, de la manufacture de grès anglais.
A Messieurs les Administrateurs du Déparlement du Nord.
(c Je m'empresse de répondre à la très gracieuse lettre dont vous daignâtes in'honorer le 25 octobre dernier (1790).
Pour rendre ma réponse et plus simple et plus claire, je suivrai pied à pied vos questions, et j y répondrai le plus succinctement qu'il me sera possible .
Vous demandez. Messieurs,
et p La dénomination des ouvrages qui se fabriquent dans notre manufacture.
Grès façon d'Angleterre est leur dénomination générale. Ces grès sont des assiettes de diverses formes et grandeurs et pour tous les services. Des plats, des soupières, des
(1) Archives du Nord. Distinct. Liasse 218 (bleu) N° 3.
tassesj des bols, des pots pour tous les usages, et généralement tous les articles que les anglais fabriquent en ce genre, mais loin d'affecter les formes anglaises, nous prenons plutôt pour modèles celles de la manufacture de Sèvres qui sont beaucoup plus élégantes.
« 2"* La quantité des ouvrages existant en ce moment dans nos magasins.
Nous avons actuellement tant en première qu'en seconde qualité pour environ quarante mille livres tournois , mais, outre ces ouvrages finis et prêts à être vendus, il en existe qui exigent encore quelques manipulations ou cuissons, dont nous estimons la valeur à environ quinze mille livres.
« 3** Le nombre d'ouvriers employés dans notre établissement.
Nous en employons actuellement cinquante-deux, lesquels sont presque tous habitants et natifs de cette ville, trois seulement sont anglais. Parmi ces ouvriers, quelques uns gagnent régulièrement six livres par jour, quelques autres qui travaillent à la pièce ou à des conditions particulières, gagnent ou peuvent gagner jusqu'à 36 ou ^ livres par semaine.
« 4^ Une évaluation exacte du produit annuel des marchandises fabriquées dans notre manufacture .
11 résulte d'après un relevé de nos registres que, depuis le P*" août 1782, époque de l'établissement de la manufacture jusqu'au 31 juillet présente année (1790), ce produit a été année commune, de 53,840 livres, en y comprenant les marchandises finies, actuellement en vente dans, nos magasins.
(c 5** Les noms des lieux et des provinces d'où nous tirons les'matières que nous employons.
Nous tirons notre terre principale des carrières de
Belen (terre de l'Empire) ; notre charbon de Mons ; notre terre glaise ou poterie du district de Douai; notre Pierre Cornu [sic) ou Flite, du district d'Arras ; notre plâtre, de Montmartre; notre Geruse et autres différentes matières de Lille ;
a 6** La quantité de nos ouvrages qui se consomment annuellement dans l'étendue du district de Douai.
Je crois qu'année commime, il s'en consomme pour environ dou2Se mille livres.
« 7** La quantité de ceux qui' s'exportent année commune hors du district.
L'importance de cette exportation est année commune d'un peu plus de trente- six mille livres.
« 8^ Les noms des endroits et des provinces où les marchandises exportées sont envoyées.
Les principaux! endroits sont : Paris, Lille, Valenciennes, Cambray , Maubeuge , Avesnes , etc. Nous faisons en outre quelques envois dans les ci- devant provinces de Picardie , de Normandie, de Champagne , et de Franche
Comté.
(( 9* Nos observations sur l'état actuel de notre fabrique, et sur les causes de la langueur dans laquelle elle peut se trouver.
L'état actuel de notre fabrique est vraiment un état de langueur, et qui approche même de la consomption; mais pour vous donner, Messieurs, une idée exacte des causes qui l'ont amenée à cet état fâcheux, il est nécessaire de remonter à l'époque de notre établissement, et de faire en quelque sorte l'histoire des événements qui ont contribué à l'affaiblir, et à le rendre enfin presque nul pour la Société, quoiqu'il soit toujours avantageux pour le public. (Suit un exposé que nos lecteurs connaissent déjà, et notamment les conséquences désastreuses du traité de 1787.)
Dans cet état de choses, la Société absolument épuisée de ses premières avances, et ne voulant cependant pas laisser tomber un établissement que le liasard d'un traité tendait à écraser, et qu'un autre hasard ou des circonstances plus heureuses pouvaient relever et faire refleurir, la Société, dis-je, crut devoir profiter du crédit que ses premiers succès lui avaient procuré, pour prendre des capitau]^soiten rentes constituées, soit par des obligations à ordre. Elle espérait que le traité de commerce n'aurait pas tenu longtemps, et que, d'ailleurs, elle pourrait toujours y faire face à tout événement, par la solidité des membres qui la composent par un redoublement d'activité et des ventes plus multipliées.
En effet, elle fit toujours honneur à ses divers engagements, et elle en remplit joumalièrement quelques-uns ; mais il faut avouer, avec la franchise dont nous faisons profession, que ce n'est pas sans de grands embarras et des moyens très pénibles. En effet, rien n'est plus douloureux que devoir absorber la totalité d'un médiocre bénéfice dans les sommes annuelles que des engagemens contractés dans des temps malheureux, forcent de sortir de notre caisse.
10* Et enfin les moyens que nous croyons devoir proposer pour la rétablir et pour lui donner plus de consistance et plus d^activité.
Ces moyens en eux-mêmes sont simples ; le principal consiste dans une fabrication de marchandises assez considérable pour réassortir amplement nos magasins, et nous mettre à même de remplir sur le champ les demandes qui, depuis la fin de 1789, commencent à revenir de toutes parts. Il est constant que depuis que j'ai l'honneur d'avoir la direction des affaires de cette fabrique, les demandes furent assez fortes et multipliées pour que, malgré tous mes soins, je n'aie pas pu parvenir à les remplir toutes, et cela, faute d'assortiment fait d'avance dans nos magasins.
OU plutôt, faute d'une quantité suffisante de bras pour fabriquer à temps les marchandises demandées.
Il est donc évident que pour remonter nos affaires, et les faire refleurir , il faut commencer par remonter nos ateliers, mais pour cela, il est de toute nécessité que nous nous procurions et plus de matières et plus d'ouvriers ; or, nous n'obtiendrons jamais ces deux choses sans une somme conséquente, et pour payer les matières et les ouvriers d'augmentation et pour rembourser les* capitaux dont les intérêts nous pèsent le plus, et nous mettent dans la gène, et pour nous remettre enfin dans cet état d'aisance qui seul peut vivifier le commerce, lui procurer de la splendeur et l'y maintenir.
Vous croiriez peut-être, Messieurs que , vu les dépenses précédentes de la Société, ses malheurs et la modicité de son bénéfice actuel, vous croiriez, dis-je, que la somme dont je viens de* parler, doit être très forte et surtout audessus des facultés delà Société. Non, Messieurs, et pour fixer vos idées à cet égard, nous vous avouerons qu'il ne s'agirait que d'une somme do soixante mille livres pour remettre absolument nos affaires, et nous tirer de cet état auquel vous daignez vous intéresser
Vous indiquer des maux que vous aviez soupçonnés et pressentis, c'en est assez, sans doute, Messieurs, pour vous les faire prendre en considération ; vous en indiquer en même temps le remède, c'est vous dire que nous osons tout espérer de votre civisme si bien connu, c'est vous dire que nous nous attendons que vous daignerez nous prêter votre organe et votre appui, auprès du département du. Nord et de notre auguste Assemblée nationale, pour nous faire obtenir un encouragement proportionné aux besoins qve je viens d'avoir l'honneur de vous exposer. »
LEMAIRK,
Directeur de la Manufacture de grés anglais.
Cette requête ne paraît pas avoir été prise en considération par l'Assemblée nationale qui se sépara le 30 septembre 1791, sans avoir rien décidé à cet égard; mais les . administrateurs du département du Nord convaincus de la nécessité de maintenir un pareil établissement, consentirent, cette même année, à ce que la corporation dite Université {sic) lui donnât des fonds à constitution de rente. La somme ainsi mise à la disposition de la Société, et s'élevant à 81,000 1. fut employée en remboursement des fonds pris sur la place, et dont les intérêts étaient les plus onéreux.
Grâce à cet allégement des charges annuelles, les années 1791 et 1792 présentèrent encore un bénéfice de 3382 livres 7 s.
L'année 1793 fût désastreuse pour l'industrie douaisienne.
Après la bataille de Nerwinde (13 mars 1793) dans laquelle Dumouriez, déjà suspect, fut battu, la Convention envoya le ministre Beurnonville et quatre commissaires pour procéder à son arrestation. Mais Dumouriez prenant les devants, fît lui même prisonniers les envoyés de la Convention, et par une indigne perfidie, les livra à TAutriche où ils demeurèrent trois ans captifs. Cette trahison livra le pays de Liège et tout le Borinage aux invasions de l'ennemi, et arrêta toutes les expéditions de charbon. On se souvient que la manufacture de grès tirait son charbon de Mons. Il fallut arrêter les travaux, et la misère publique prit dès lors des proportions effrayantes.
Cette situation ne cessa qu'en 1794, grâce à la reprise de Mons par les troupes françaises.
Le 21 janvier 1793, la mort du Roi avait soulevé TEurope d'indignation, et toutes relations diplomatiques avaient été dès lors rompues avec toutes les puissances continentales.
Le l®** février 1793 la guerre fût déclarée à l'Angleterre, et bientôt les anglais domiciliés en France furent obligés de s'éloigner. Un procès verbal du 21 vendémiaire
an II (12 octobre 1793) dressé par les commissaires nommés par le Conseil général de la commune de Douai constate, que dans le Collège des grands anglais, 39 arrestations ont été opérées; qu'elles furent continuées au collège des Béaédiclins anglais, puis à la maison dite des Ecossais.
De là, les commissaires se rendirent chez le citoyen Leigh où ils ne trouvèrent que sa femme, mais avant de se retirer ils apposèrent les scellés sur sa chambre (1).
Du reste les instructions données à la police étaient formelles, car nous voyons ces perquisitions odieuses se continuer, et d'un autre procès-verbal, en date du même jour, nous extrayons les lignes suivantes :
« Nous nous sommes transportés dans tous les lieux » formant l'arrondissement du quatrième bataillon de la » Garde Nationale, où, conformément à notre mission, » avons fait la recherche des étrangers sujets du Roy » d'Angleterre, et après perquisition chez tous les î> citoyens connus pour loger des étrangers, déclarons » n-avoir trouvé aucun des individus que nous étions » chargés d'arrêter (2).
En même temps que le gouvernement faisait arrêter tous les anglais trouvés en France, il édictait contre les introducteurs et détenteurs de marchandises anglaises, des dispositions véritablement draconiennes. Le 18 vendémiaire an II (octobre 1793) la Convention rendait un décret qui, (art. I) proscrivait du sol et du territoire de la République française, toutes marchandises fabriquées ou manufacturées en Angleterre, en Ecosse, en Irlande ,^ et dans tous les pays soumis au gouvernement Britannique ; tout introducteur ou employé des douanes qui a toléré l'introduction, est puni de vingt ans de fer. Tout déten-
1 ^ Douai pendant la Revolulion. Dechristé (3) Dôcbrislé. Douai pendant la Révolution , pege 342
teur ou même tout individu faisant usage desdites marchandises est réputé suspect et traité comme tel (on savait ce que cela signifiait (décret du 17 septembre 1793). Enfin tout individu ayant des marchandises anglaises dans ses magasins est tenu d'en faire la déclaration, l'administration devant les confisquer, après indemnité préalable aux propriétaires. Le port de Dunkerque devait recevoir toutes les marchandises anglaises du Nord , du Pas-de-Calais et de la Somme.
Aucune déclaration ne fut faite à Douai; mais les employés chargés de procéder aux perquisitions trouvèrent chez un sieur I^aurent pour 3727 f.; chez Lequien pour 1031 fr. et chez les enfants Descamps pour 584 fr. de fayences anglaises. Les marchandises furent confisquées et ces diverses sommes remboursées aux marchands.
Le terrain était désormais déblayé de l'effroyable concurrence que l'Angleterre faisait à notre industrie, mais le travail était toujours suspendu, rue des Carmes, faute de combastible.
Le 17 frimaire an 11 (7 décembre 1793) parait le décret qui prescrit la séquestration des biens des pères et mères dont les enfants sont émigrés. Or, parmi les membres de la Société de Douai , figurait un sieur Cousser , dont le fils, résidant à Cassel, avait émigré. En conséquence, toutes les formalités prescrites par la loi furent accomplies au siège social, et les registres des opérations de la Société cotés et paraphés par un administrateur du district de Douai.
Ce n'est pas tout ; l'État, d'associé qu'il était devenu par suite de l'émigration de Cousser, était également créancier de la Société, du chef des sieurs Saint-Prix et Tenremonde, autres émigrés, auxquels il était dû, au premier 20,000 f. et au second 10,000 f. (1). Enfin un des associés ayant été
(1 } Archives du Nord (Mémoire de M. Lemaire de Marner à la Convention nntionale, pour obtenir un subside de 150,000 francs.
en 1791, déclaré en faillite, le dixième lui incombant dans les pertes, devait se répartir proportionnellement entre tous les sociétaires et le gouvernement lui-même, comme étant aux droits du sieur Gousser.
C'est dans cette situation qu'après une année de chômage, et alors que les capitaux faisaient complètement défaut à la Société, l'administrateur délégué adressa à la Convention nationale, une demande de subside de cent cinquante mille francs.
Cette requête fut renvoyée à Texamen de la Commission d'agriculture et des arts, laquelle la transmit le 22 frimaire an 3 (décembre 1794) à la municipalité de Douai, avec invitation de constater les besoins réels de la manufacture, et donner son avis sur la somme qu'elle croirait suffisante pour maintenir l'activité de ladite usine.
Nous donnerons quelques extraits du mémoire rédigé au nom de la Société ; il nous parait rempli de détails très curieux :
« La manufacture de grès établie en cette ville mérite, y> sous tous les rapports, l'attention et la protection du » gouvernement régénérateur de la France. On connaît » l'immensité de la fabrication de cette poterie en Angle- » terre ; celle de Douai peut rivaliser aujourd'hui avec » elle, et nos mœurs républicaines et notre alliance avec » l'Amérique, lui assurent des débouchés certains.
» Elle est, en effet, susceptible de la plus grande exten- » sion par les artistes que les entrepreneurs ont formés et » par les bàtimens, les ateliers, les machines qu'ils ont » construites. Mais les pertes que ces entrepreneurs ont » essuyées depuis le traité de commerce de 1787, la ces- » sation de leurs travaux pendant que les mines à char- » bon étaient occupées par l'ennemi , les capitaux cons- »> titués.dont ils sont chargés, les sacrifices qu'ils ont faits » pour conserver leurs chefs ouvriers, les met à l'impos- » sible d'étendre aujourd'hui leur fabrication.
» Mais si la guerre de la liberté Américaine a amené
» cette fabrication en France (?) la guerre de la liberté )) française l'y maintiendra, parce qu'il n'appartient qu'à » des hommes libres de vaincre tous ses ennemis, jusque ») dans leurs rapports commerciaux. »
Après avoir raconté l'origine de la fabrique de grès anglais, la requête continue ainsi :
« Les détails que nous allons donner, sont tirés des » registres mêmes des opérations, et la commission de » commerce peut y avoir foi. Nous la diviserons en deux » époques. La première cessera au traité de commerce de » 1787; la seconde à la trahison de Dumouriez, qui ôta le » combustible nécessaire à la cuisson, et qui força la » Société à cesser les travaux. »