Deutcr., XX, trad. de Sacy
avant lui par Moïse lui-môme* et dont il sera toujours utile d'user, quand on voudra faire la guerre avec succès !
Des espions revenus de Jéricho avaient fait à Josué le récit détaillé de leurs observations '. Il connaissait par ceux-ci les dispositions des habitants et Torganisation de la place forte. La ville, réduite à ses propres forces, vivant dans la crainte et Tinsouciance, n'ayant même pas pris la peine de surveiller les passages du Jourdain, succomba sous les coups de Josué'. Il en fut de même d'Haï ^. Quant à Gabaon', elle se rendit.
Maître de ces trois places , Josué tenait la Palestine où il avait pénétré , comme un coin , par le milieu. Toute confédération entre les provinces du Nord et du Midi était devenue impossible, et quand les princes chananéens songèrent à se coaliser, ils ne purent former que des ligues partielles qui vinrent tour à tour se briser contre la masse compacte de la tourbe Israélite.
Josué eut bientôt anéanti trente et un rois. Leurs villes furent pillées, brûlées ou rasées et leurs habitants passés sans pitié au fil -de l'épée, sans distinction d'âge ni de sexe*. Ceux qui échappèrent à ce massacre s'abritèrent dans les forteresses qui résistaient encoi^e et qui, comme la ville des Jébuséens (Jérusalem), tiraient leur force de leur position^. D'autres se réfugièrent soit dans les montagnes soit sur les rivages de la Méditerranée, où les Israélites ne pouvaient s'aventurer à les poursuivre,, dans la crainte d'y rencontrer les Égyptiens se rendant à leurs garnisons syriennes.
Après le partage des tribus, les Israélites se divisèrent et cherchèrent à s'installer chacun dans le pays qui lui était échu par le sort. Les tribus de Ruben et de Gad et la moitié de celle de Manassé avaient sollicité l'héritage de l'Aramonitide, située à l'est du Jourdain. Elles y retournèrent après la dissolution de l'armée de la conquête. Elles
1. Nomb., XIII. — 2. Josué, II. — 3. Id., VI. — L Id., Vlli.— 5. Id., IX. — 6. Id„ X. — 7. Id., XV, 63.
devaient y mener la vie pastorale et posséder, par conséquent, peu de villes. Cependant, quelques places fortes du pays , rasées jadis par Moïse , avaient été relevées de leurs ruines avant le passage du Jourdain et leurs murailles s'étaient redressées. Elles avaient servi à mettre en sûreté contre les insultes des indigènes les biens et les enfants de ceux qui avaient suivi Josué au-delà du fleuve ^
Comment ces reconstructions de forteresses furent -elles exécutées ? C'est ce que ne nous apprennent ni la tradition , ni-les monuments. Le travail fut fait à la hâte et probablement avec les matériaux tirés des ruines des villes ancienaes auxquelles les cités nouvelles succédaient. Des murailles de toutes ces villes fortes mentionnées par la Bible , il ne reste Tien aujourd'hui. Tout a disparu à Hesebon (Hesban)*, à Bethnemra (Nimrieh)^, à Betharan (Beït-Haram)^, elc. Quant aux gros blocs, débris d'enceinte, que M. de Saulct a reconnus à Elala (Eléaleh)', ils paraissent antérieurs à l'occupation rubénite.
Les autres tribus israélites s'installèrent dans les anciennes villes chananéennes qui leur étaient échues par le sort. S'étant trouvés trop faibles pour poursuivre la conquête comme Moïse l'avait ordonné , c'est-à-dire en exterminant tous les Chanauéens®, les Israélites se mêlèrent aux vaincus, habitèrent au milieu d'eux et, quand ils se furent fortifiés, les rendirent tributaires^. Ayant trouvé beaucoup de forteresses bâties avant eux, ils les conservèrent sans les ruiner, contrairement à ce qui s'était fait au début de la conquête ; ils n'eurent pas besoin d'en construire de nouvelles. Quant à celles que Josué avait rasées , elles se relevèrent en partie, si Ion en juge par Jéricho®. Cependant celle-ci ne fut fortifiée de nouveau que sous Âchab, roi d'Israël (919-896)».
i. Nomb., XXXII. — 2. De Saulcy, id., 1. 1, p. 279. — 3. Id., p. 208. — 4. Id. — 5. Id., p. 277. — 6. DeuU^r., XX, 16, 17. — 7. Juges, I. — 8. Id., III, 13; II. Rois, X, 5; I. Paralip., XIX, 5. — 9. 111. Rois, XVI, -34; voy. de Saulcy, id., t. I, p. 338.
L'époquô des Juges fut essentiellement une période de désordre et d'indifférence réciproque des tribus. Préoccupées de leur propre installation, insouciantes de ce qui survenait chez les autres, elles vivaient divisées et sans force. « Il n'y avait pas de roi dans Israël, dit la Btbfe*, et )». chacun faisait ce qu'il lui plaisait. » Toute organisatioa militaire avait disparu et Debbora pouvait s'écrier' : « On a » cessé de voir de vaillants hommes dans Israël ; il ne s'en » trouvait plus jusqu'à ce que Debbora se soit élevée, jus- )> qu'à ce qu'il se soit élevé une mère dans Israël.
» Auparavant on ne voyait plus ni une lance ni un bou- » clier parmi les quarante mille soldats d'Israël. »
Dans cette déplorable situation, les tribus restaient sans union et sans force. « Désaccoutumées d'aller à la guerre et » ne pensant qu'à s'enrichir' > , elles tombèrent dans la servitude de tous les peuples qui vinrent les assaillir. Quant à leurs villes fortes, elles ne pouvaient plus leur être d'aucun secours, puisqu'on n'avait pas l'énergie de les défendre^. Le prince moabite, Eglon, en fit du reste si peu de cas, que, de son palais d'été de Galgala, situé auprès d'une ville ouverte, Jéricho', il les maintint dans la dépendance la plus dure et les accabla d'impôts ! Les Madianites les méprisèrent également. Venus « comme une ))' nuée de sauterelles' » , avec leurs tentes et leurs troupeaux, ils couraient dans Israël, laissant les Hébreux gémir derrière leurs murailles ou dans les cavernes des montagnes. Ils menaçaient de les afiamer en ravageant les campagnes, en détruisant les récoltes et en pillant les troupeaux.
Opprimés par les uns ou par les autres, les Israélites vivaient dans une servitude continuelle. De temps à autre, cependant , surgissait de l'une des tribus un chef qui soulevait le peuple en masse. On courait alors sur les envahis-
1. Juges, XVII, 6; XXI, 24. — 2. Id., VI, 6, 7. — 3. Josèphe. Anl. Jud., V, 2.— 4. Id.,V, 3. — 5. Jiig.,111, 13, 19, 20. — 6. Id., VI et VII.
seurs et on les refoulait au-delà du territoire ; mais c'était à recommencer à chaque invasion nouvelle.
Un semblable état de choses était peu favorable au développement de l'art de la fortification ; aussi la période des Juges est-elle sans intérêt pour mon sujet.
De leur côté, les Philistins avaient secoué le joug de rËgypte , affaiblie sous les derniers rois de la XX* dynastie ; et ils songeaient à absorber à leur profit la Palestine et la Phénide. Arrêtés un instant par la résistance Israélite méridionale, personnifiée par Samson dans la légende biblique^ ils cherchèrent à pénétrer en Palestine par le Nord. Partis d'Ascalon par la voie de mer, ils se jetèrent à Timproviste sur Sidon', la trouvèrent sans défense et la rasèrent (1209).
Sidon, qui n'est pas nommée dans les listes de Thoutmès III (XVP siècle), figure pour la première fois dans les inscriptions égyptiennes du règne de Ramsès Meiamoûn (XIV* siècle )^ La Genèse, cependant, classe les Sidoniens parmi les peuples les plus anciens^ et le Livre de Josué appelle leur ville une cr grandes cité^ Du' reste, le papyrus du Musée Britannique ne donne pas Sidon comme une ville nouvelle, et tous les débiis de l'art antique, qu'on retrouve sur son emplacement, font conjecturer que ,• de longue date, elle était vassale de la puissance égyptienne des. Pharaons. Elle vivait sous la protection de l'Egypte , se livrant au commerce et à la navigation , prêtant au besoin à la puissance suzeraine le secours de ses vaisseaux. Il en était de même, sans doute, de Tyr (Sor)' et de Byblos (Gébal)^, villes également très-anciennes , qui ne figurent pas non plus sur les listes de Thoutmès III, mais dont le nom est porté dans le papyrus de Ramsès II.
Vivant dans une sécurité garantie par l'appui de l'Egypte y
1. Jug., XIII. — 2. Justin, XVIII, 3. — 3. Pq)yrus du Musée Britan- Bîqiie; voy. Lenormant, Manuel, etc., t. II, p. 366. — 4. Gênés., X, 15.
— 5. Josué, XI, 8 ; XIX, 28 ; Jug., I, 31 ; III, 3. — 6. Josué, XIX, 29 ; II. Rois, XXIV, 7. D*aprés Hérodote, la ville de Tyr aurait été bâtie 2300 ans avant lui et par conséquent 3500 ans avant J.-C. (Hérod . , II > U).
— TAU. Rois, V, 82,
ces villes ne possédaient certainement pas de remparts de la force de ceux d'Aradus , cité avide dlndépendance *, faisant partie de toutes les confédérations syriennes que TAsie opposait à la puissance égyptienne sous les Thoutmès et les Ramsès. Il ne faut donc pas s'étonner de ne rencontrer sur l'emplacement de ces antiques cités phéniciennes aucua débris de murailles du style arvadite.
Le voyageur égyptien , auteur du papyrus du Mnsée Britannique , ne décrit la ville de Tyr que « comme une bour- » gade située sur un rocher au milieu des flots » et auprès de laquelle, sur le continent, s''élevait une autre Tyr (Palaetyr). La qualification de ville « forte » attribuée à cette cité par le Livre de Josué^^ ne doit, par conséquent, être appliquée qu'à la partie continentale. Le voyageur égyptien , cepeadant, ne signale pas les fortifications de cette place ; mais il faut remarquer que les événements rapportés par le itwe de Josué sont postérieurs de plus d'un demi-siècle au règne de Ramsès II et que , dans cet intervalle , la puissance égyptienne s'étant considérablement affaiblie, les Tvriens n'avalent pas dû attendre qu'elle fiit complètement anéantie pour prendre eux-mêmes leurs sûretés.
Mais il n'en avait pas été de même à Sidon. Habitués à compter sur l'appui de l'Egypte , les Sidoniens avaient continué à vivre dans une insouciance devenue proverbiale^. Les murailles de leur cité étaient probablement restées fort médiocres ; aussi les Philistins eurent-ils peu de peine à les forcer et à les raser.
La prise de Sidon leur ouvrit le chemin de la Palestine par le Nord ; ils y dominaient encore quand Héli vint à leur rencontre dans la plaine d'Esdrelon (1160?). En vain l'arche sainte fut-elle apportée au milieu des armées; les Israélites, culbutés dans cette rencontre, perdirent toutes leurs viUes fortes du Nord'. Elles leur furent rendues sous Samuel*; mais les Philistins ne conservèrent pas moins le droit d'en-
1. Strab., XVI. — 2. Josué, XIX, 29. — 3. Jug., XVIII, 7. — 4. I.Rois, IV et V.—* 5. Id., VII, 14.
tretenir des garnisons dans les postes fortiflés de leurs frontières, et particulièrement à Gabaa, tandis que les tribus Israélites limitrophes durent rester sans armes*.
L'avènement de Saiil (1096) rendit au pays la sécurité; et ses victoires préparèrent le règne brillant de David, c'està-dire la reconstitution momentanée de Tunité nationale (1055-1016).
David s'étant installé dans la citadelle des Jébuséens (1048), dont il venait de s'emparer, Hiram I*', mi de Tyr, rechercha son alliance. C'était pour les Hébreux une bonne fortune ; car, par leurs relations avec les Phéniciens , gens habiles dans la construction, ils allaient pouvoir faire refleurir chez eux les arts de la paix et de la guerre, si négligés pendant la période des Juges.
La science poliorcétique était également tombée en désuétude. David, à propos du siège de Rabbath-Ammon (Philadelphie- Amman )> fut obligé d'en rappeler les principes à ses généraux^, a Joab, dit David, a fait une grande » faute d'ordonner l'attaque sans avoir employé les machines » pour faire brèche ; il devait se souvenir d'Abiméleeh , flls » de Gédéon^, qui, bien que très-brave, finit sa vie d'une » manière honteuse , ayant été tué par une femme pour avoir » voulu témérairement emporter de force la tour de Thèbes ; )) ce n'était pas savoir tirer avantage de l'exemple des autres » capitaines que de tomber dans les marnes fautes qu'ils ont » faites , au lieu de les imiter dans les actions ou ils ont » témoigné de la prudence et de la, conduite. »
Combien d'officiers de l'époque moderne , qui prônent les attaques d'emblée, parce qu'ils- ont des troupes dont l'élan et le courage sont incomparables , feraient bien d'en revenir aux préceptes toujours vrais du vieux roi David I
A cette époque, la ville des Jébuséens s'étendait sur la colline de Sion et se divisait en ville basse et en citadelle^. David, ayant enlevé successivement ces deux parties de la
1. I. Rois, X, 5;Xin, i, 3. — 2. Josèphe, Anl. Jud., VII, 7; IL Rois, XI. — 3. Jiig., IX. — i. Josèplie, AnL Jud., VII, 2.
cité, ordonna la réparation des brèches faites aux muraiBes * . Suivant M. de Saulgt', il respecta les anciens murs jébuséens, dont la trace, encore visible aujourd'hui sur la mon-^ tagne , se trahit par des portions de fossés, taUiés dans le roc, suivant la mode chananéenne.
Mais Salomon trouva qjae Tenceinte de David était trop restreinte et ne répondait pas à la grandeur de son empire. Il l'augmenta et fit ajouter aux murs relevés par son père des tours destinées à les renforcer'.
D'après M. de Saulct^, les murailles judaïques de lapre-* mière époque sont reconnaissables aux dimensions colossales de leurs blocs, grossièrement taillés en bossage et présentant sur leurs arêtes des ciselures ou encadrements destinés à faciliter la pose des pierres. « Il est demeuré » certain pour moi, dit ce savant archéologue, que les * » tailleurs de pierres employés à épanneler ces blocs dans D la carrière n'avaient qu'un but, celui d'utiliser les masses » les plus considérables possible, sans s'astreindre à leur » assigner des mesures fixées à l'avance. En d'autres termes, » on conservait à tout bloc extrait de la carrière la plus » grande dimension que l'on pouvait lui laisser sans nuire à » la bonne qualité des matériaux.
» Quoi qu'il en soit, voici les chiffres des mesures prises » par moi, et qu'il n'est pas d'ailleurs sans intérêt de oonsi- » gner ici : J'ai relevé les dimensions de onze blocs succès- » sifs , encore en place à droite de la porte sous El-Âksa'. » Ils ont une hauteur constante de i'^jQO, c'est-à-dire qu'ils » constituent une assise d'une régularité parfaite. Les di- » mensions en longueur dans le sens parallèle à l'axe du » mur sont les suivantes : 3'»,95, l'»,15, I",00, 1",90, 1«,34, » 2» 83, 2",12, 1",17, 1*,22, 2%60, 2*,45. On se rappelle y> que ces blocs ont tous leurs joints encadrés dans une s(^te
1. Joséphe, Ant. Jud., VIII, 3; II. Rois, V, 7, 9; I. Paralip., XF, 5, 7, 8. — 2. De Saulcy, T. S., t. II, p. 42. — 3. Josèphe, id., VII. 2. — 4. De Saulcy, id., t. II, p. 16. — 5. Porte du mur occidental du Harani'^ch-Gh'érif, sur l'emplacemeat du temple de Jérusalem.
>i de plate-banda formée d'an ravalemem empruaté aus » deux blocs jointifs. Cet encadrement n'a pas une largeur » d'une régularité mathématique, puisqu'il varie de 150 à » 170 millimèlres. »
Malgré la divergence d'opinions de M. db Saulct^ et de M. Renan au sujet de certaines murailles à bossages retrouvées en Orientf ce dernier n'affirme pas moins que « le genre » de construction à bossage ou à refends a été en usage à » toutes les époques en Syrie'. » Gela est suffisant pour mon sujet. Qu'importe pour moi, et pour le moment, que la tour de Gébell ( Byblos , Gebal } soit un monument de l'époque du roi Hitam II ^ contemporain de Salomon, ou une construction du temps des Croisades , pourvu qu'il soit bien établi que les matériaux dont elle est faite tirent leur origine d'édifices élevés sous les princes tyriens de la première période de l'empire ph&iicien de Tyr? H n'en résulte pas moins que le style arohitecturai militaire judaïque ou tyrien nous reste parfaitement connu et qu'il rentre dans la définition donnée pat M. db Saulct,
Négligé en Palestine sous les Juges, l'art de la fortiflca-» tion fut remis en honneur sous les Rois, On songea alots à mieux protéger le pays contre les attaques des ennemk du dehors, et cela devenait d'autant plus facile, du temps de David et de Salomon, que la direction des afhires se trou* vait sioTS concentrée dans une main unique. Toute puis«- ' sance naissante qui veut se soutenir a besoin de prendre ses sûretés. Aussi, sans 6ompter les murailles dont Salomon fit entourer Jérusalem, pour compléter ou rectifier l'œuvre de David, sans parler de la construction du temple, qui, par ses murailles , constitua une seconde citadelle destinée à concourir à la défense de la capitale , ce prince fit-il immédiatement bâtir et fortifier des villes pour protéger les frontières de son royaume contre les incursions des étrangers. Du côté de l'Egypte, il se ménagea des alliances et il
1. Voy. de Saulcy, T. S., t. H, p. 85 et sniv. •— 2.Benan, Mission en Phéoicie, p. 52. ' -
les resserra en faisant entrer dans son harem la fîUe du Pharaon ^ Cette nouvelle épouse eut à Jérusalem son palais ^ et son oratoire'.
A l'ouest, les Tilles de Bethoron et de Gazer recurent de nouvelles fortifications^.
Vers le nord , on restaura Hazor et Mageddo ; enfin , du côté du désert et de la Mésopotamie , Salomon fit jeter les fondements de Tadmor (Pahnyre)', qui fut entourée de fortes murailles^.
D'après Josèphe, cette ville fut destinée à servir d'étape entre Babylone et la Palestine ; elle assurait Tapprovisionnement d'eau des caravanes. Elle fut sans doute aussi chargée de surveiller, comme une sentinelle avancée, les passages de TEuphrate et les mouvements des Arabes.
Damas, que, dans un siècle ultérieur, Julien appela « rœil de tout TOrient^ » , eut probablement suffi à cette mission. Mais Salomon ne pouvait être assuré de maintenir indéfiniment les limites de son empire jusqu'à Tiphsah (Thapsaque)®. Le royaume Araméen trouva en effet, vers cette époque, un chef de bandes, Bézone', qui s'empara de Damas , prit cette place forte comme point d*appui et commença à recoùquérir Tindépendance syrienne. Son empire devint puissant sous ses successeurs et les rois de la Palestine furent bientôt obligés de rentrer dans leurs anciennes limites *^.
Vers ces temps, Hiram II faisait à Tyr de grands travaux de restauration (1025-991). Josèphe**, d'après Dion, rapporte « qu'il fortifia la ville de Tyr du côté de l'Orient et que pour » la joindre au temple de Jupiter Olympien*^, il fit remplir
1. m. Rois, IX, 16. — 2. Id., VII, 8. — 3. Au village de Siloara; es. Lenormant, id., 1. 1, p. 112. — 4. III. Rois, IX, 19. La ville de Gazer vient d'être retrouvée par M. Glermont-Ganneau; voy. Journ.offic. du 29 mars 1873. — 5. III. Rois, id. — 6. Josèphe, Ant. Jud., VIII, 2.— 7. Julien, Lettres, XXIV. — 8. III. Rois, IV,2i. — 9. Id., XI, 23. — 10. Cs. David, Syr. anc, Univ. pitt. , p. 12 etsuiv. ; Guillemin, Hist. d'Orient, p. 286 et suiv. *— 11. Josèphe, id., VllI, 2. — 12. Lisez : Hercule (Melkarth).
» de terre Tespace qui l'en séparait. » On sait que, dans le principe, Tyr se composait de trois parties* : la ville continentale ou Palaetyr, un premier îlot qui est celui qu'Hiram fortifia du côté de TOrient, enfin un second îlot plus avancé dans la mer et qui contenait le temple d'Hercule. A dater de cette époque, la ville insulaire éclipsa complètement Palaetyr.
A la séparation des royaumes d'Israël et de Juda, les deux états bâtirent également de nombreuses placés fortes , afin de se protéger contre leurs mutuelles incursions. Il serait trop long d'énumérer-toutes ces forteresses. Qu'il me sufîise de rappeler que Roboam, fils de Salomon, munit immédiatement ses frontières de quinze villes fortes^, tandis que Jéroboam, roi d'Israël, faisait exécuter des travaux semblables et restaurait Sichem (975-954)^.
Par une tendance déplorable qui fut également fatale aux deux empires, les rois de la Palestine firent intervenir les étrangers dans leurs querelles. Dès lors commença cette longue suite d'invasions qui devaient se continuer jusqu'à la chute de Jérusalem sous Sédécias (588).
Sésac (Scheschonk), roi d'Egypte, appelé par Jéroboam , roi d'Israël, marcha contre Jérusalem (970) et se rendit maître des principales places fortes de Juda^..
Son expédition fut bientôt suivie de celle de Zara (Azerch- Amen)^, roi d'Ethiopie, qui se fit culbuter par Asa, roi de Juda, dans la vallée de Séphat (940),
Après cette victoire, dit la Bible^, « Asa bâtit des villes » fortes dans Juda, parce qu'il était tranquille et qu'il n'y » avait plus alors de gueiTe , le Seigneur lui donnant la » paix ; c'est pourquoi il dit au peuple de Juda : Bâtissons » des villes, fortifions-les de murailles et ajoutons des tours
i. Cs. de Bertou, Topogr. de Tyr. — 2. II. Paralip., XI, 5 et suiv. — 3. 111. Rois, XII, 25. — 4. II. Paralip., XII , 2, 3, 4. La liste des forteresses conquises par Scheschonk se trouve sur un bas-relief de Karnak ; voy. Bnisch, Géogr., t. II, p. 59; Chainpoll. le j., Lettres écrites, etc., 7o lettre. — 5. Cs. Lcnormant. 1. 1, p. i26. — 6. II. Paralip., XlV, 6, 7.
» avec des portes et des serrures, pendant que naos n'avons » pas de gueire. »
Ce prince, si prévoyant d'ordinaire, poursuivit néanmoins la mauvaise politique des rois dlsraâl, en appelant à son tour les étrangers contre ses ennemis, et en introduisant dans la Palestine les Syriens de Damas^ Geux-d vinrent à plusieinrs reprises faire des ravages dans Israël. Samarie^ à peine bâtie (921) , Ait assiégée par les Syriens' et, sous le règne de Joram (896-884) \ elle fut si vivement pressée par la famine qu'une mère mangea son propre enfant. Les incursions syriennes se continuèrent encore sous Jéhu (896- 884) et ses successeurs.
A cette époque, les rois de Ninive songeaient i étendre les limites de leur empire et à augmenter le nombre de leurs tributaires. SalmanassarlII compta Jehu, roi d'Israâ, parmi ceux-ci (870)^. Il ouvrit ainsi la route que suivit plus tard, sous le règne de Manahem, roi d'Israël (761), PhuI , le premier roi du second empire assyrien *.
Pendant que ces événements s'accomplissaient dans Israël, le royaiune de Juda se fortifiait sous Ozias. Ce prince, ayant vaincu les Philistins , bâtit des villes fortes dans leur pays^. Il réduisit également les Ammonites et les Arabes du désert , qui , sous ses prédécesseurs ^ avaient fait plusieurs courses désastreuses dans le royaume de Juda. Sous Amasias(824), Joas, roi d'Israël, étant venu mettre le siège devant Jérusalem *, avait abattu <r quatre ceuts coudées de » la muraille , depuis la porte d'Ephraîm jusqu'à la porte de » l'Angle ^^. » Ozias fit restaurer cette portion de l'enceinte de la ville haute. « Il éleva aussi des tours sur la porte de » l'Angle et sur la porte de la Vallée et d'autres encore dans
1. n. Paralip., XYI. - 2. III. Rois, XVI, 24. — 3. Id., XX. - 4. IV. Rois, VI. — 5. Inscription de l'obélisque de Nimroud (Calab); Oppert., Expéd. scient, en Mësopot., t 1, p. 347. — 6. IV. Rois» XV, 19. — 7. n. Paralip., XXVI, 6. — 8. Id., XXI, 17, — 9. Id., XXV, 23 • — 10. D'après M. de Saulcy, cette portion de mur s'étendait à rouestde Sioo , entre la pointe méridionale de cette colline et la porte actuelle de iaffa.
» le même côté de la muraille et il fortifia ces tours. Il » bâtit encore des tours dans le désert et il ût creuser plu- » sieurs citernes, parce qu'il avait beaucoup de troupeaux, » tant dans la campagne que dans l'étendue du déseft^ » (809-758).
Joathan continua l'œuvre d'organisation défensive commencée par son père (758-741) ^.
^ A cette époque, le roi d'Israël, Phacée, formait le projet de conquérir Jérusalem et d'en faire un centre de résistance contre TÂssyrie. Il appela à sou aide le roi de Damas ; mais l'attitude de Joathan l'empêcha d'accomplir son dessein. Cependant, à la mort de ce prince, le territoire de Juda fut envahi, et Âchaz, sacrifiant son intérêt à sa crainte, appela à son secours le roi d'Assyrie, Tiglath- Piléser IV (739)3.
Désormais^ c'en était fait d'Israél et de Juda, et l'ennemi qui devait les ruiner était définitivement introduit sur leur territoire. Tiglath-Piléser ravagea la Syrie et le royaume d'Israël. Phacée, cependant, put conserver son autorité dans Samarie, en s'engageant à payer le tribut au roi d'Assyrie. Toutefois, celui-ci ne consentit à rentrer dans ses états qu'après avoir reçu à Damas, des mains mêmes du roi Achaz , tous les trésors renfermés dans le temple de Jérusalem^. Tiglath emmena avec lui sur les bords du Tigre et de TEuphrate un grand nombre de captifs, commençant ainsi l'anastase de la famille israélite. .
Mais Osée, successeur de Phacée, s'étant lassé de payer le tribut aux Assyriens, se jeta dans l'alliance de la XXVI* dynastie égyptienne'. Salmanassar IV fut bientôt sous les murs de Samarie (723). Étant mort l'année suivante (722) , il fut remplacé par Sargon®, et la ville succomba après trois ans de résistance. Avec elle, dans cette catastrophe, sombra
i. II. Paralip., XXVI, 9, 10. - 2. Id., XXVil, 3, i. — 3. IV. Rois, XVI, 7. — i. II. Paralip., XXVIIÏ, 21. - 5. IV. Rois, XVII, 4..— 6. Inscript. d$s annales (Khorsabad), Guillemin, Hist. d'Orient, p. 4G; Inscript, des barils (Khorsabad), Oppert., Exp. scient., t. I, p. 354.
— socle royaume d'Israël (720). Sabacon (Schabaka)^ arriva irop tatd à son secours et ne réussit qu'à se faire battre dans la ville de Rapbia. Â l'exœption de Tyr' et de Jérusalem^ tout* le pays à Touest de TEuphrate reconnut la sus^raineté des Assyriens. Pendant cinq ans, Sargon avait assiégé la ville insulaire de iTyr; mais, de guerre las, découragé par la résistance des habitants, il avait dû en lever le siège (775). Les autres villes phéniciennes, même Pabetyr, lui avaient ouvert leurs portes, en haine sans doute de la métropole, dont elles désiraient ruiner la suprématie'.
Au bout de vingt ans , le roi de Tyr et les princes de la Palestine se coalisôitent pour secouer le joug de FÂssyrie et ils entraînèrent dans leur alliance Ézéchias, roi de Juda. Us comptaient sur la protection de TËgypte; mais, suivant la comparaison biblique, TÉgypte n'était plus alors qu'un appui trompeur. <c Est-ce que vous espérez en TÉgypte, ce » roseau brisé ? 8i un homme veut s'y appuyer, ses mop- D ceaux lui entreront dans la main et la perceront^. » Cependant, Sennachérib, après avoir ruiné la ville de Tyr, s'était avancé jusqu'à Jérusalem^ (700).
A l'approche de ce prince, Ëzéchias fit restaurer avec soin les remparts de sa capitale. « Il éleva des tours dessus avec » une autre muraille dehors ; il rétablit la forteresse de » Mello^ en la ville de David, et fit toutes sortes d'armes et » de boucliers^. » La peste s'étant mise dans l'armée de Sennachérib, et le roi d'Egypte Tahraka® s'avançant avec ses troupes , le prince assyrien leva le siège.
Manassé, fils et successeur d'Ézéchias, fut emmené en captivité à Babylone par Assarhaddon, qui s'empara de Jérusalem , et , en même temps , Sidon fut ruinée par les
i. Hérod., Il, 136; voy. Mariette, Rev. arch.. 1865, t. II, p. 167. — i. Josèphe, Ant. Jud., IX, H. Dans Josèphe, les exploits de Sargon sont attribués à Salmanassar. Sargon est nommé dans Isaîe, XX, 1. — 3. Gs. Lenonnant, t. II, p. 313. -—4. iV. Rois, XVIII, 21. — 5. Comp. Inscript, de Constantinople, Oppert., 1. 1, p. 305. -- 6. Mur oriental deSion, le long de la vallée da Tyropaeon. — 7. II. Paralip., XXXII, 5. — 8. Voy. Marieltc, Rev. arch., 1865, t. Il, p. 167.
Assyriens' (vers 675). Au retour dé sa captivité, Manassé fit compléter les dëSenses de Jérusalem, en bâtissant la muraille d'Ophel ^.
Du mur bâti à Jérusalem par Ézéchias, il n'est resté que quelques faibles tnces, douteuses d'ailleurs, retrouvées, il y a quelques années, par M. Piérotti^. Celui de Manassé, au contraire, subsiste en partie au sud du Haramech-Chérif (temple), sur la colline* d'Ophel. a L'appareil » judaïque et purement judaïque, quoiqu'on en dise, de la
i. Inscript, assyrienne; voy. Lonormant, 1. 1, p. 472. — 2. IL Paralip., XXXIII, U. Tacite (Hisf.. V, 15) et Josèpbc (G. à, J., V, 13) rapportent que la ville de Jérusalem était bàlie sur deux collines. • Devant nous, dit Y aussi M. Gérardy Saintine (Trois ans en Judée), s'allongent deux collines
> dans le sens du méridien : celle de TEst , ayant son point culminant au
> nord, va en déclinant vers le sud. Elle forme trois plateaux diminuant do » hauteur et allant vers le sud. y Ces tfois plateaux portaient les noms do Bézélha, la ville neuve, au nord; Moriab, le temple, au centre; Opbel, l'annexe du temple, au midi, c Celle de l'Ouest suit une pente opposée du » sud au nord.... Elle a un ressaut sensible vers le tiers de la hauteur. » Au sommet, c'est Sion, la ville haute; au-delà du ressaut, c'est Acra, la ville basse. Ces dénominations s'appliquaient au temps du siège de Jérusalem par Titus (70 ap. J.-C). La vallée du Cédron, qui longe les hauteurs de TEst , est profonde et ses bords sont escarpés. La colline de l'Ouest est de même bordée par la vallée de Ben-Hinnon, cette lameuse (Géhenne, où les exclus du royaume de Dieu doivent être, atlon les Juifs, • brûlés et » rongés par les vers, en compagnie de Satan et de ses anges rebelles. ■ (Renan, Vie de Jésus, p. 274.) Entre le Ben-Hinnon et le Cédron, vers la piscino de Siioé, vient se souder un vallon intermédiaire, qui traverse la ville, en séparant les deux collines. C'est le Tyropœon, autrement dit la Vallée des Fromagers ; il séparait primitivement Sion d*Acra. Au temps de ^oséphe, les maisons remplissaient déjà ce vallon ; et, à Tépoque actuelle, il est entièrement comblé. Son sol exhaussé se trouve relevé jusqu'au niveau des plus hauts points d'Acra. C'est ce qui forme le ressaut dont parle M. Gérardy Safntine. Sur le Tyropœon, se greffait primitive^ ment un autre vallon, le Stratopédon, qui séparait Acra de Moriah. 11 fîit comblé sous les princes Asmonéens, quand on rasa le sommet d'Acra, pour rcmpôclier de dominer le temple. — 3. DeSaulcy, Terre-Sainte, t. II, p i4et2ii.
» vieille muraille d'Ophel, bâtie par le roi Manassé très- » certainement , dit M. de Saulcy^ est constitué par des » blocs énormes bien jointoyés, mais à peine parementés.
» L'apparence en est des plus grossières Ajoutons que
» les blocs sont en bossage, d'une grossièreté de taille toute » caractéristique, sauf pour les encadrements des joints, » qui sont beaucoup plus soignés. » Comme on le voit, le style de la construction est toujours celui de l'époque salomonienne. C'est le modèle giblite apporté en Palestine par les ouvriers du roi Hiram.
Ni la Palestine, ni la Phénicie, ne souffrirent du passage des Scythes (625). Psammétique P' vint à leur rencontre dans le pays des Philistins, et, par des présents, les engagea à rebrousser chemin. Ils pillèrent seulement la ville d'Ascalon ; mais, les autres places ayant fermé leurs portes, les^ Scythes passèrent sans les inquiéter^. Les campagnes , seulement, subirent leurs dévastations.
A cette époque, Ninive, ruinée, laissait Babylone héritière de sa puissance. D'un autre côté, la dynastie égyptienne des rois Saïtes (XXVI®) rêvait le renouvellement des expéditions des Thoutmès et des Ramsès; on pouvait pressentir que la Palestine allait être de nouveau le point de passage des Égyptiens et des Asâyriens. Aussi, Jérémib s'écriait-il, dans son langage prophétique: « Je vois une n chaudière brûlante qui vient du côté de Taquilon^.
» Un peuple viendra bientôt qui s'élèvera comme une » nuée ; ses chariots seront plus rapides que la tempête et » ses chevaux plus agiles que les aigles^.
» Le bruit de la cavalerie de l'ennemi s'entend déjà de )) Dan ; toute la terre retentit des hennissements de leurs » chevaux de bataille; ils viendront en foule et ils dévore- )) ront tout le pays, tous les fruits de la terre, toutes les •» villes et les habitants'. »
Nécho II, en effet, après avoir, à Mageddo, culbuté
• i. De Saulcy, Terre-Saiiite , p. 39. — 2. Itood., 1, 105. — 3. Jérém., 1,13. — 4. Id., IV, 13, — 5. Id., VllI, 16.
Josias, roi de Juda (610) ^ s'était fait battre par Nabuchodonosor, à Gharchémis, sur TËuphrate (606)'. Forcé de rentrer dans ses limites, il fat bientôt suivi par les Gl^aldéens; et Joakin, roi de Juda, qui venait de reconnaître la suzeraineté de TËgypter^ dut se déclarer le vassal du roi de Babylone (602) \
Dès lors, le royaume de Juda n'eut plus d'existence propre, et les rois de la maison de David devinrent presque des satrapes de Nabuchodonosor. Aussi, quand Sédécias, poussé à la révolte par le roi d'Egypte Âpriès (Ouphra), eut refusé le tribut à Babylone', les Ghaldéens se retrouvèi*eht-ils bientôt sous les murs de Jérusalem. Le siège dura dix-huit mois ; l'ennemi y entra par la brèche, et Nabuzar^ dan, lieutenant de Nabuchodonosor, eut ordre de démanteler Jérusalem®, pendant que le roi de Babylone entrait en Phénicie , ruinait Palsetyr et mettait le siège devant la Tyr insulaire (587)^. Pendant treize ans^, les Ghaldéens firent des efforts impuissants pour s'emparer de cette place forte ; ils u'y entrèrent qu'après avoir comblé l'intervalle qui la séparait du continente
Depuis Néchao, les cités phéniciennes s'était jetées avec empressement dans l'alliance égyptienne, espérant sans doute voir reluire les jours de prospérité, dont elles avaient joui sous les XVIII* et XIX* dynasties. Mais , à l'approche de Nabuchodonosor, elles comprirent que, de gré ou de force, elles devaient rentrer sous la domination chaldéenne, et elles y restèrent, malgré les efforts que firent les Pharaons pour reconquérir leur antique influence dans ce pays *®. Du reste, comme la Palestine et la Syrie , la Phénicie passa bientôt aux mains des Perses , après la prise de Babylone par Gyrus (538)»
1. II. Paralip., XXXV, 22. — 2. Voy. ci-dessus, p. 186. — 3. 11. Paralip., XXXVI, 4. — A. IV. Rois, XXIV, 1. — 5. Josèphe, Ant. Jud., X, 10. —6. Jérém., LII, U, — 7. Ézéch.,'XXVI. — 8. Daprès Philostrate; voy. Hoëfer, Phénic, Univ. pilt., p. 119. — 9. Saint Jérôme , Ézéch., XXV, XXVII, Amos, I. — 10. Gs. Lcnormant, t.. II, p. 320.
Sous Darius, fils d'Hystaspe/ces provinces faisaient partie de la V* satrapie et payaient aux Perses un tribut annuel de 350 talents d'argent^ (514).
Les murs de Jérusalem, ruinés par Nabuchodonosor, ne furent relevés que sous le règne d'Artaxeixës Longue-Maia (445), c'est-à-dire près d'un siècle après leur destruction. Le Livre de Néhémoi, (jui nous a conservé les circonstances de cette reconstruction, rapporte que* « la muraille de n Jérusalem était toute détruite et que ses portes avaient n été consumées par le feu. » CSependant la suite du récit démontre que la destruction n'avait été que partielle et que l'œuvre de Néhémias consista surtout à restaurer les portes , dont les battants étaient enlevés, et à réparer les brèches; car il dit lui-même qu'il referma « les plaies des murs', i» L'ancien* tracé fut respecté et le travail fut achevé en moins de deux mois (cinquante-deux jours) '*. On remit en œuvre les matériaux de démolition provenant des anciennes murailles, peut-être même fit-on des emprunts aux maisons voisines , de sorte que la restauration de Néhémias dut se ressentir de la rapidité et des circonstances particulières dans lesquelles elle fut exécutée. Ce fut une satisCactioa donnée par Ârtaxerxès à quelques courtisans juifis, très^ influents alors dans la maison royale des Achménides'. Voyant avec peine leurs coreligionnaires de la Judée exposés continuellement, faute de bonnes murailles, aux incur* sions et aux attaques des anciens ennemis de la maison de David*, ils sollicitèrent du prince l'édit, qui leur permit la restauration des murs de Jérusalem. Les Perses n'avaient pas plus de raisons pour s'opposer à ce travail qu'ils ne pouvaient en avoir pour arrêter le développement d'aucune autre cité de leur empire. Les Âcbménides, en effet, n'avaient rien à redouter d'une cité comme Jérusalem , qu'ils
i. Hérod., III, 91. - 2. Néhém., I, 3; H, 13. — 3. H., IV, 7. — 4. Id., VI, 15. Josèphe (Ant. jud., XI, 5) dit avec plus de vraisemblance que l'on employa vingt -sept mois à refaire les mars de la ville. — 5. Né^ liéin., II. Gs. do Gobineau, Hist.dcs Perses, t. II, p. 265. — 6. Josèphe, XI, 5.
tK)uvaieQt envelopper de leurs armées et affamer du jour au lendemain. D'un autre côté, la reconstruction des murs de Jérusalem n'entra dans aucun de leurs projets de réorganisation défensive ; car ils n'ont jamais songé à tirer aucun secours des places fortes pour la défense des satrapies ^ Ils comptaient bien plutôt sur les nombreux contingents levés dans ces provinces, et c'étaient à ceux-ci qu'ils demandaient la protection de leurs frontières. Suse, à cette époque, n'était même pas forti&ée; (c elle avait seulement une acropole » placée au sud-ouest, sur la rive du fleuve et s'élevant sur )) un monticule d'une hauteur assez considérable^. » Ce château ne servait qu'à abriter le prince et ses trésors, quand, au printemps de chaque année, le roi des Rois se rendait dans cette capitale^.
Tyr, ruinée par Nabuchodonosor (574) , Sidon , dévastée par Apriès (572)^, retrouvèrent bientôt leur antique splendeur, témoin l'inscription sidonienne d'Esmounazar, dont le sarcophage est aujourd'hui déposé au Louvre', témoin encore Hérodote, qui rappelle que, sous Cambyse, Tyr fut assez puissante pour fournir aux Perses les vaisseaux nécessaires à leur expédition d'Egypte. En môme temps, elle osait leur en refuser pour faire voile contre Carthage (525)^. Au temps des guerres médiques, ces cités étaient redevenues si puissantes que, dans le conseil de guerre qui précéda Salamine, Xerxès fit donner la première place au roi de Sidon et la seconde à celui de Tyr (480)^. • Tout en conservant leur autonomie locale, les villes phéniciennes, comme celles des autres satrapies, restaient soumises à l'autorité des gouverneurs acbménides. La mission des satrapes consistait surtout à colliger les impôts et à exercer une certaine surveillance générale, dans le but de prévenir les révoltes. A la condition de payer
i. Voy. Vauban, Attaque des places, p. 9. — 2. De Gobineau, id., t. II, p. 82. — 3. Voy. ci-dessus , p. 158. — -4. Hérod., II, 161 ; Dîod., 1 , 68. ~ 5. Voy. Lenonnant, t. II, p. 321 ; Renao , Mission , etc., p. 414. — 6. Hérod., 111, 19. — 7. Id.i VIII, 67.
régulièrement les tributs, ces cités étaient entièrement libres de se livrer à leur commerce, de prendre leurs sûretés contre leurs voisins, et, sans autre obligation que celle de fournir des contingents d'hommes , des vaisseaux et de largent au roi des Perses pour ses expéditions, elles participaient à la sécurité générale du puissant empire des Achménides.
Cet état de choses» cependant , finit par les lasser, à cause des exactions des satrapes. Sous Darius Ochus , le satrape de Phénicie résidait à Sidon (351) et le roi des Perses y possédait une maison de plaisance, ce Sidon, rapporte Dio- » DORE^, était aloirs une ville très-opulente et ses habitants )> s'étaient considérablement enrichis par le commerce. » Mais, irrités par les vexations des gouverneurs perses, les Sidoniens soulevèrent les autres Phéniciens, et comme ils prévoyaient qu'ils allaient avoir à résister aux armées achménides, (( ils entourèrent leurs villes d'un triple fossé » large et de hautes murailles. » Pendant ce temps, Ochus marchait contre eux. Sans doute, Sidon, avec ses murailles nouvellement restaurées, eut pu faire une bonne résistance au roi des Perses; mais elle fut livrée par trahison, et ses habitants désespérés incendièrent eux-mêmes leurs propres maisons. « Telle fut, continue Diodore, la fin de cette mal- » heureuse cité; toutes les autres villes de la Phénicie, )) intimidées par ce terrible exemple, se soumirent aux » Perses. »
Bientôt parut Alexandre, vainqueur au Granique et à Issus (334-333). S'étant présenté en Syrie et en Phénicie comme le libérateur chargé^ de venger les exactions des Perses, il fut reçu partout avec empressement. Sidon, rebâtie à nouveau , Aradus , Marathus , Bibles, furent ravies de secouer le joug^. Damas, donnée à Parménion par la trahison de son gouverneur, lui livra le trésor de Darius^. Enfin , Jérusalem , malgré son attachement pour le roi des
1. Diod., XVÏ, M et suiv. — 2. Q.Curce, IV, 1 ; Diod., XVII, 40 ; Arrion, II, 6, 7. — 3. Q. Gurce, III, 13. Damas était mal fortiûée.
Perses, envoya son grand -prêtre hors des murs, pour implorer la clémence du conquérant macédonien^ Tyr et Gaza' seulement, où se trouvaient des gouverneurs fidèles ^ arrêtèrent momentanément la marche du vainqueur vers l'Egypte (331).
I^e siège de Tyr par Alexandre est un des plus remarquables des temps anciens. Le roi macédonien traînait à sa suite des ingénieui*8 distingués , élevés à Técole de Philippe. Parmi ceux-ci, Diades continuait les traditions de Polyidus Thessalus qui, sous Philippe, avait développé Tart de la poliorcétique et de la mécanique militaire. « C'est à Diades , » selon ce qu* Athénée rapporte de ses écrits, qu'est due » rinvention des tours roulantes, des mines, des corbeaux, » des ponts-levis et des échelles propres à faire passer sur )i les murailles d une place. Cependant, ajoute M. de Beau- » soBRE^, on pourrait se défier de la vanité des Grecs sur les » inventions qu'ils s'attribuent. »
La ville de Tyr, baignée de tous côtés par une mer profonde, était inabordable directement avec des échelles^ ; et, pour en contrebattre les murailles avec des machines, celles-ci ne pouvaient être dressées que de loin et sur des vaisseaux. Alexandre , renouvelant le moyen de Nabuchodonosor* — vieux procédé dont on retrouve la représentation sur les murs des anciens monuments de l'Assyrie ®, -- Alexandre fit jeter une digue entre l'île et le continent. On prit les pierres dans les ruines de l'ancienne Tyr, Paketyr, et les bois vinrent du Liban. Trois fois rompue, soit par les efforts des Tyriens , soit par l'ouragan , soit par^ la mer elle-même, la chaussée fut trois fois rétablie; Alexandre ne désespéra jamais du succès de son entreprise. Des tours roulantes , des machines de tous genres , poussées en tête de la digue, faisaient aux assiégés et à leurs mu-
1. Josèphe, Anliq^ XI, 8. — 2. Q. Curce, IV, 6. — 3. DeBeausobre, Tab. mil.. XXXI, p. 162. — L Q. Cure, IV, 2,3, 4; Amen, 11, 7; Diod., XVII, 40. — 5. Voy. ci-dessus, p- 309. — 6. Botta, Mon. de Ninive, IV, p. 99 et pi.
railles lout le mal possible. Le roi fit donner Tassant .'i la fois par la jetée et par les vaisseaux ^ La ville succomba, après avoir fait la résistance la ijIus héroïque (332).
Alexandre avait fondé des villes partout où il avait passé ; Séleucus 1" continua cette politique^. Nous avons vu précédemment qu'il bâtit en Mésopotamie une ville de briques'*, la Séleucie du Tigre (307). Plus tard , après la victoire qu'il remporta à Ipsus, sur Antigène (301), il fonda eu Syrie quatre cités, qui s'intitulèrent lesScBttrs: Antioche, Apamée, Laodicée et la Séleucie de TOronte*. Du reste, Appien' rapporte que, dans l'étendue de son royaume, Séleucus éleva seize Antioches, cinq'Laodicées, neuf Séleucies et trois Apamées.
Antiodie de Syrie fut la plus remarquable de toutes les villes de ce nom. Les Romains, après les Séleucides, en firent leur capitale d'Asie, et elle constitua pour eux un redoutable boulevard coutre les Perses. « Antioclie, dit » M. 0. MuLLER^, était formée de la réunion de quatre villes » séparées chacune par des murs, et enceintes par une mu- » raille qui les renfermait toutes quatre. La premièi^e et la » deuxième, bâties sous Séleucus I", sur la rive méridionale » de rOronte , les murs édifiés par l'architecte Xénaùs. La » troisième, sous Séleucus II et Antiochus III, dans une
» île formée par le fleuve La quatrième, sous Antio-
» chus IV, en haut du mont Silpion ; cette partie de la ville » renfermait l'acropole »
Les plus vieilles murailles d'Antioche subsistent encore en partie^, dressées dans le style hellénique. Leurs restes
i. Pour l'attîiquc des places maritimes, voy. Mandar, Arcliit. des foricr., p. 81 ; Maizeroy, Art des siég., Ire sect., ch. IV. Les sièges les plus célèbres sont ceux de Syracuse, par Warcellus (212) (es. Tit. Liv., XXIV, 3i; Polyb., V1!I, fragm., i) et celui de Rhodes, par Démj'trius Poliorcète (HOi) (es. Diod., XX, 'Si et suiv.). Voy. dans Végète (IV, 21) et dans Viiruve (X, 16, 9) la description de la samhuque dernier. — 2. Appicn, Syr. — 3. Voy. ci-dessus, p. i68. — i. Amm. Marcel., XIV, 8; Yanoski, Syr. anc, p. 30. — 5. Appien, id. — G. Nicard, Man. d'archèol., § 150; voy. snr Antioclie, Strab., XVI; Justin, XV, i ; Appicn, id. — 7. Yanoski,
— Oit) —
se reconnaissent à leurs assises régulières de pieri^s taillées; ils sont entremêlés de restaurations byzantines exécutées sous Justinien, après le sac de la cité par les Perses (540 ap. J.-C.)*. Dans ces* parties plus modernes, les assises de Ijierres se mêlent à des cordons de briijues plates 2, comme dans beaucoup de constructions romaines ou byzantines.
La fondation d'Alexandrie (332), tout en portant un coup fatal au commerce tyrien , n avait pu enlever à la Phénicie ses richesses naturelles, végétales et minérales. Aussi, les successeurs d*Âlexandi^ se disputèrent-ils tros-vivement la possession de ce pays. Nicanor, au nom de Ptolémée Soter I"*, roi d'Egypte,. en fit d'abord la conquête, en l'enlevant à Laomédon^, à qui elle était échue dans le partage (320). Antigène s'en empara après avoir assiégé Tyr pendant treize mois (313)*; elle repassa aux mains du im d'Egypte après la bataille d'Ipsus (301)*, et Démétrius Poliorcète® ne conserva de Thérilage de son père que les . villes de Tyr et de Sidon ; encore ne fut-ce que pour peu de temps; car, pendant qu'il combattait en Macédoine la maison de Cassandre, le roi d'Egypte lui reprit ces deux places (294)^. Dix ans plus tard, les Séleucides se rendaient maîtres de la Phénicie®, qu'ils consen'èrent jusqu'à l'arrivée de Pompée (64), c'est-à-dire pendant plus de deux siècles. Ce fut dans cet intervalle qu'un tremblement de terre désola les côtes. de la Phénicie (143)' et fit disparaître sous les eaux de la mer une partie de la ville de Tyr assiégée jadis par Alexandre.
Tyr et Sidon, soumises aux Séleucides, conservèrent, moyennant une redevance, une partie de leur autonomie
Syr. atnc, p. 31; David, Syr. inod., p. 18; Pococke, l. Il, p. 275; Jean Malala, Cbroii., VIII; Nap. III, J. César, I. IV, XV; 0. Muller, Antiq. Anliocheiiae.
i. Procop., Edif., II et III. — 2. Pelle, Voy. en Syr., HI« part., p. 9. - 3. Diod., XVIU, 43. — i. Id., XIX, 58 et suiv. ^ 5. Id., XXI, fragm.— G. Ce prince avait clé nommé Poliorcète depuis le siège de Rhodes, Diod., XX, 92. — 7. Cs. Ciiillemin, Hist. d'Orient, p. 419. — 8. Ilocfcr, PliémIc, p. loi. — 0. Strab., XVI, 1.
— ai6 —
locale ^ Ce privilège leur fut continué par les Romains; mais Auguste le leur retira, parce que leurs murs abritaient alors des factieux (18 ap. J.-C.)^.
Au point de vue de moa sujet, Thistûire de la Phénicie est nulle sous les Romains; il en est de même sous les Arabes. L'étude de cette région ne redevienC intéressante qu'à Tépoque des Croisades (XIP siècle ap. J.-C).
Après la mort d'Alexandre, la Palestine, comme la Phénicie, passa successivement aux mains de Laomédon^ de Ptolémée Soter P' et d'Antigone; mais la bataille dlpsus la fit rentrer sous la domination égyptienne pendant plus d'un siècle, jusqu a la fin du règne de Ptolémée Épiphanes ou le commencement de celui de Philométor (vers 181).
Dans cet intervalle, les Juifs, placés entre TÉgypte et la Syrie , souffrirent tous les maux da la guerre; car ces deux grandes puissances n'avaient d'ordinaire d autre champ de bataille que la Palestine. Du reste, une garnison égyptienne établie dans une citadelle, sur les hauteurs du mont Sion', était chargée de maintenir la Judée dans le devoir. Fatigués des Égyptiens, les Juifs se jetèrent dans les bras des Syriens, qui les tinrent dans la plus dure des servitudes^, au moyen de la forteresse d'Acra , qu'ils bâtirent dans la ville basse à Jérusalem (169).
« Ils y ajoutèrent de grosses tours, qui commandaient le » Temple y dit Josèphe» et ils y mirent une garnison de » Macédoniens^. » G^était ainsi qu'on appelait alors les Gréco-Syriens.
Gomme ce fort fut démoli plus tard sous Simon Machabée (144), qui fit, en même temps, raser le sommet de la montagne sur laquelle il était bâti, de manière à rendre cette colline inférieure au niveau du Temple^, il est inutile de rechercher aujourd'hui les traces de là citadelle greco-
i . Strab. , XVI, 1 , et Josèpbc, Anl. Jud. , XV, 4. — 2. Dion Cassius , LIV, 7. — 3. Josèphe, Antiq., Xil, 3. — i. l. Machab., I; II. Id., |»ass. — 5. Josèphe, id.. XII, 7.— 6. Id., XUI, 11.
syrienne pour en faire un témoin de rarctiitébture militaii'ë de Tépoque.
Les places fortes jouent un rôle très-considérable sous les Machabées au début de la guerre de Tindépendance. Ainsi la Bible rapporte que Judas prit le soin de faire relever immédiatement les fortifications de Jérusalem : ce 11 for- » tifia la montagne de Sion et renvironna de hauts murs » et de fortes tours, de peur que les nations (voisines) ne » vinssent la profaner de nouveau, comme elles avaient » fait auparavant. » Il fortifia également la ville de Bethsura « afin que le peuple eût une forteresse contre lldu- » mée*. »
Il est probable que, depuis que le pays subissait la domi^ nation étrangère, c'est-à-dire depuis plus de quatre siècles, les villes habituées à vivre sans existence propre, avaient laissé tomber en ruines leurs vieilles murailles , sans s'inquiéter de les relever. C'est ce qui explique la facilité avec laquelle les Machabées purent ^'emparer immédiatement des^ villes murées de Galaad , de Tldumée et du pays des Philistins , quoique la BibU dise bien que ces places étaient grandes et fortes^ et qu'il fallait des échelles et des machines^ pour s'en rendre mattre. La force de leurs murailles n'était que relative, sans doute, par comparaison avec celles des villes des environs de Jérusalem , qui avaient subi des détériorations plus complètes. Il est, du reste, difiicile de fixer le mode de construction des défenses des villes restaurées ou édifiées à cette époque ; car les débris , qui peut-être en subsistent encore , sont fort incertains. Déjà du temps de Saint Jérôme^ la plupart des cités dénommées dans le Livre dei Machabées n'étaient plus que de médiocres villages'. Il y a lieu de supposer que les fortifications du temps des Machabées se ressentirent des agitations de Tépoque et de la précipitation avec laquelle on les construisit. Les Syriens et les Juifs, chacun de leur côté, se hâtaient alors de relever
1. 1. Macbab., IV, GO, 61. — 2. Iil., V, 26. — 3. Id., V., 30. — 4. IVe siècle, 331-380 ap. J.-C. — 5. Cs. Guéria, Judée, pass.
les murailles des forteresses susceptibles de favoriser leurs opérations.
Bacchide, général de Démétrius Soter, roi de Syrie, après sa victoire sur Jonathas (161), « bâtit des villes fortes dans » la Judée et fortifia de hautes murailles , de portes et de » serrures, les citadelles de Jéricho, d'Emmaûs, de Bétho- » ron, de Bethel-, de Thamnata, de Phara et de Thopo. Il y » mit des garnisons pour faire des courses dans Israël*. » JosÈPHE , qui rapporte le même fait que la Bible, dit que le général syrien fortifia ces villes qui avaient été ruinées et qu'il les fit fermer de murailles (c avec de grosses et fortes » tours ^. » Â propos de Béthoron, nom s*appliquantà deux villes voisines jadis restaurées par Salomon^, Saint Jérôme ajoute : « Urbes a Salomone conditas, sed varia posteà » bellorum tempestate deletas^. »
Bacchide fit également restaurer les muraille^ de Beth- * sura, de Gazara (Gazer)* et particulièrement de la forteresse d'Acra à Jérusalem, où il faisait garder les principaux Juifs^ qui lui avaient été donnés comme otages®.
De son côté, Jonathas fit relever les fortifications de Bethbessen (?), que les Syriens vinrent bientôt assiéger avec des machines de guerre^. Josèphb , qui nomme ce lieu Bethalaga, raconte que Jonathas, après s'y être retiré avec ses gens*, le fit environner de murailles et fortifier de tours, afin de pouvoir y demeurer en sûreté (158).
La paix conclue , l'année suivante , avec Bacchide , et les propositions d'alliance faites à Jonathas par Démétrius Soter, tout en laissant le pays dans la tranquillité pendant quelque temps, permirent au roi de Judée de songer à la réorganisation défensive de ses forteresses. Immédiatement, « il fit rebâtir les murailles (de Jérusalem) avec de grandes » pierres carrées, afin de les remettre en état de résister aux
i. I. Machab., IX, 50. — 2. Josèphe, Antiq. XIII, i. — 3. Bétlioron s(i(K;riciire et Bcllioron inférieure. — 4. Saint Jcrdme, Opéra, 1. 1, p. 883, éd. Mignc. ~ 5. 1. Macliab., IX. 52. — 6. Josèphe, id. — 7. I. Macliab., IX, 02. — 8. Joscphc, Aiiliq., XllI, 1.
» efforts des ennemis (153)^ » Plus tard, après sa victoire sur Démétrius Nicator(144), Jonathas fit relever le mur qui entourait le Temple et il ordonna « d'y joindre de grosses » tours pour le rendre encore plus fort^. » Afin de resserrer davantage la garnison d' Acra , on la sépara du reste de la cité par un mur. Jonathas déclara en outre « qu'il était » d'avis de fortifier et de munir les places les plus considé- » râbles de la province encore mieux qu'elles ne Tétaient. » Il se chargea du soin de fortifier la ville (Jérusalem), et )) Simon, son frère, de celui de pourvoir à la fortification. » des autres^. »
Celui-ci était encore occupé à mettre des portes et des serrures aux villes fortes de la Judée occidentale quand il fut appelé à la succession de Jonathas (144)'*. Il poursuivit Tœuvre commencée par ce prince et « il répara les places de » la Judée , les fortifiant avec de hautes tours , de grandes » murailles, des portes et des serrures, et il fit mettre des » vivres dans tous les lieux fortifiés*. » On comprenait alors plu» que jamais, à cause de la lutte qui se prolongeait, toute Timportance de ces centres de résistance. Du reste, sous la direction unique des Machabées, les villes fortes combinaient beaucoup mieux leurs efforts qu'elles n'avaient jamais pu le faire auparavant. Aussi développait -on autant que possible leurs défenses. Grâce à ces mesures très -sages, le pays, sous Simon, retrouva la tranquillité et la prospérité. « Chacun cultivait alors sa terre en paix; le pays de Juda » était couvert de blé et lés arbres de la campagne pix)dui- » saient leurs fruits....
» Chacun se tenait assis sous sa vigne et sous son figuier ; » et nul n'était en état de leur donner de la crainte^. »
Simon chassa les Syriens de la ville basse de Jérusalem^ et l'on -mit ensuite trois ans à raser le sommet de la colline d'Acra®. « Le roi fortifia la montagne du Temple qui était
1. Josèphc, AnHq.,XllI, ^.— 2. Id., XIII, 9.— 3.1d. et I. Machab., XII, 36. — L I. Wachab., XII, 38. — 5. Id., XIII, 33..— 6. Id., XIV , 8, 12. — 7. Id., Xin, 50. — 8. Voy. ci-dessus, p. 310.
» près de la forteresse et il y habita avec ses gens^ » Telle fut probablement l'origine de la tour Baris (château -fort), qui fut plus tard appelée tour Antania* par Hérode-le- Grand.
Jean Hyrcan, fils et successeur de Simon (135-107), acheva de détruire complètement la domination syrienne en Palestine; mais, à sa mort, le pays commença à être désolé par les guerres civiles , ce qui donna aux Romains Foccasion d'intervenir ( 64 ) et de mettre sur le trône de Jndée une dynastie de leur choix , celle des Hérodes (40).
On a dit : « Celui qui n'a pas vu les constructions d'Hé- » rode n'a jamais vu de belle construction de sa vie'. » Ce prince, en effet, se distingua par sa munificence. D'un caractère inquiet et d'humeur sanguinaire, il portait néanmoins en lui-même quelque fonds de générosité et de libéraillé. Bourreau de sa femme et de ses fils , il donnait de largeut aux Rhodiens, construisait des écoles à Damas, à Tripoli, à Ptolémaïs, et dotait Byblos d'une muraille d'enceinte. N'osant froisser les sentiments de ses sujets, ennemis jurés de toute importation des moeurs étrangères, il répandait ses largesses à l'extérieur, pavant Antioche de carreaux de marbre et bâtissant des thermes à Edesse^.
Donnant ainsi, dune part, à l'ostentation ainsi qu'à la faveur romaine qu*il recherchait par-dessus tout, il donnait, de lautre, à sa sûreté personnelle, en bAlissant des forteresses sur les points principaux de son royaume. A Jérusalem, c'étaient les tours Antonia*, Hippicos^ Phasaêl'el Mariamne®; à l'extérieur les châteaux -forts d'Hérodium',
1. I. Machab., XIII, 53. — 2. Cs. Munk, Palest., p. 508; Jos^phe, G. d. J., V, i5. — 3. De Saulcy. Hérode, p. 239, d'après Honi le Thaumaturge. — 4. Josèphe, G. d. J., I, 16. — 5. Ancienne tour Baris, restaurée par Hérode et nommée Ântonia eu l'honneur de Marc -Antoine. — 6. Nommée Hippicos en souvenir d'un ami du roi. — 7. Élevée en l'honneur du frère d'Hérode. — 8. Nom de la femme aimée qu*il fit mettre â mort par jalousie. — 9. Actuellemeut Djebel-Fourcîdis. Cette ville fut fondée à Tendroit où Hérode avait vaincu les partisans d'Antigone (39). La fondation remonte à Tan 25.
de Massada\ de Machéronte^ et de Cypros'*, puis les villes de Sébasté^, de Césarée* et d'Antipatris®.
Antonia, c'était la citadelle du Temple, nouvellement rebâti par Hérode (19). D après Josèphe^, ce fort avait extérieurement la forme d'une tour carrée de 40 coudées de côté (IS'^jOO). Celle-ci portait sur son circuit quatre autres tours, dont trois avaient 50 coudées de haut (22°,50) et dont la quatrième , celle qui était le plus proche du Temple , au midi, en avait 70 (31 «,50).
M. DE Saulct identifie les tours Hippicos, Phasaël, Mariamne , avec celles du château moderne de Jérusalem , le Qalâah. « Des trois tours antiques, dit-il®, il ne semble être » resté que le massif de la tour de David et le puits de la » plus éloignée vers le sud. La première, c'est-à-dire celle » qui renferme ce puits, a pris la place et les dimensions de » la tour Hippicos; la seconde, sauf la partie supérieure, )) qui est relativement moderne, a conservé le massif pri- » mitif de la tour Phasaël; la troisième, enfin, qui parait » moderne, a pris, de son côté, la place et les dimensions D de la tour Mariamne. »
Suivant le même auteur^, les substructions de la tour de David (Phasaël) seraient antérieures à Hérode et auraient servi de modèle dans la construction des autres , Hippicos
1. Actuellement, Sebbeh, fondée par Jonathas Machabée; Hérode en fit seulement réparer les fortifications; es. Salvador, La Judée, t. II, p. 474. — 2. Détruite une première fois par Gabinius , lieutenant de Pompée (57) ; elle était située dans la Pérée, dans un emplacement douteux aujourd'hui. Gs. de Saulcy, Terre-Sainte, 1. 1, passim. C'était primitivement un châteaufort dressé sur un rocher à pentes inabordables ; mais bientôt des maisons particulières s'étaient élevées autour de ce réduit et une ville s'en était formée, qu'on avait eu le soin d'entourer de fortes murailles. Voy. Salvador, id., t. II, p. 370. — 3. Était située dans les environs de Jéricho; emplacement douteux. — 4. Anciennement Samarie, actuellement Sébastieh; nommée Sébasté en l'honneur d'Auguste. — 5. Anciennement la Tour de Slraton. — 6. Élevée en l'honneur d'Antipalcr, père d'Hérode. — 7. Josèphe, G. d. J., V, 15. -~ 8. De Saulcy, T. S., t. II, p. 161. — 9. Id., p. 16G.
et Mariamne. L'un des blocs de la tour de David , mesuré par M. DE Saulcy, présente 3",25 de longueur, 1"',25 de hauteur et 1"*,25 d'épaisseur; ce' sont des dimensions véritablement salomoniennes.
Quant au style de l'architecture militaire d'Hérode, on le retrouve plus sûrement dans les restes de la forteresse de son nom , Hérodium , qu'il fit bâtir à trois lieues au midi de Jérusalem. Élevé sur une éminence tronconique travaillée de main d'homme , de manière à présenter l'aspect d'une mamelle de femme, ce château -fort avait la forme dune tour ronde, flanquée elle-même de trois tours demi -circulaires et d'une tour entière. « J'ai mesuré un nombre con- » sidérable des blocs employés, dit M. de Saulcy* ; tous ont » invariablement la même hauteur, qui est de 0'",58. Quant » aux dimensions horizontales , elles sont extrêmement va- » riables. Le plus long (panneresse) que j aie vu a l'",58 de » longueur. D'autres ont l'",20, 1",10; d'autres enfin (bou- » tisses) ont 0",52, et le plus petit que j'aie rencontré n'a » que 0"*,36 de largeur. »
D'après M. Salzmann*, l'intérieur des massifs était rempli de blocage. C'était la méthode romaine de construction , celle qu'Hérode- le -Grand, admirateur constant du peupleroi , ne pouvait manquer d'adopter, puisqu'il imitait Rome jusque dans ses jeux et dans ses spectacles.
Le prince juif, en fortifiant Hérodium, Machéronte et Massada, s'était principalement proposé de se créer des retraites difficiles à forcer, en cas de guerre civile. Il comptait également sur l'appui de ces forteresses pour maintenir sa domination en Palestine. Ce fut dans le même but qu'il * restaura ou fit bâtir les villes de Sébasté, d'Ântipatris et de Césarée*.
Ses fils héritèrent de son goût pour les constructions, et, afin de flatter les empereurs , dont ils tenaient leur pouvoir, ils firent prendre aux vUles nouvelles ou récemment restau-
1. De Saulcy, 1. 1, p. 174. — 2. Id., l. II, p. 334, append. — 3. De Saulcy, H^rode, p. 185 et suiv.
rées, des noms tout-à-fail romains. Antipas, dans la Pérée, agrandil Betharâmphta (Betharau) ; il Tentoura d'une ceinture de murailles et la nomma Livias*^ suivant les uns, et Jtdia^^^ suivant les autres. C'était en l'honneur de la famille d'Auguste que ces travaux s'exécutaient.
"Vers le même temps (1 à 6 ap. J.-C), le tétrarque de Batanée, Philippe, restaura également Bethsayda (Tell- Houm?)', sur le rivage du lac de Génésareth; il l'appela aussi Julias. De Panéas, il ût une autre Césarée qu'il nonima Cassarea Pkilippi, pour la distinguer de la Césarée de Judée, Ccssarea Palestina (Turris Stratonis).
Archélaûs, l'ethnarque de Judée, releva, de son côté, la ville de Jéricho, ruinée précédemment, et donna son propre nom à la petite ville A'ArcJiélaïde.
Antipas fit d'abord sa capitale de la ville de Séphoris (Sefourieh)^, qu'il ferma de bonnes murailles, et il l'appela Dioccdsarea. Mais bientôt, voulant rendre hommage au nouvel empereur, il bâtit une cité nouvelle, Tibérias (Tibériade), et s'y installa (25 ap. J.-C.)'. « Tibériade, dit M. Munk*^, » resta capitale de la Galilée jusqu'à l'époque où Hérode » Agrippa II lui préféra Séphoris , l'ancienne capitale, »
Agrip'î)a P% petit -fils d'Hérode- le- Grand, devenu roi de toute la- Palestine par la faveur de Caïns Caligula et celle de Claude^ (39 et 42 ap. J.-C), « n'épargna aucune dépense, » dit JosÈPHE®, pour rendre son règne célèbre par ses » grandes et belles actions.
» Il apporta ses soins à ce qui regardait Jérusalem. II » employa les deniers publics à élargir et à rehausser les » murs de la nouvelle ville ( Bézétha ) , et il l'aurait rendue » si forte qu'elle aurait été imprenable. Mais Marcus, gou- » verneur de Syrie, en ayant donné avis à l'empereur, il
1. -^ D'après Saint Jérôme. — 2. Josèphe, Antiq., XVIII , 3 ; G. d. J., II, 9. — 3. DcSaulcy, Terre-Sainte, t. II, p. 265. — 4. Josèphe, Antiq., XVlII, 3; Munk, Palcst., p. 562. — 5. Theil, Dict. géogr., p. 567. — G. Munk, p. 3i. — 7. Josèphe, iil. — 8. Josèphe, id., XIX, 7, trad. Duchon.
» manda à Agrippa de ne pas continuer davantage, et celui- » ci n'osa pas lui désobéir. »
.losÈPHE, dans sa Guerre des Juifs*, a décrit cette muraille de Bézétha sous le nom de Troisièfne mur. Agrippa n'avait fait qu'en jeter les fondements. « Que s'il Teût achevé, » comme il l'avait annoncé, dit Thistorien juif , Jérusalem » aurait été imprenable ; car les pierres dont ce mur était » bilti avaient vingt coudées de long sur dix de large^, ce » qui le rendait si fort qu'il était comme impossible de le » saper ni de l'ébranler par des machines. Son épaisseur )) était de dix coudées et sa hauteur aurait répondu à sa lar- » geur, si la considération que je viens de dire* ne se fût » opposée à la magnificence de ce prince. Les Juifs élevèrent » depuis ce mur jusqu'à la hauteur de vingt coudées. »
D'après M. de Saulcv*, les dimensions assignées par JosÈPHE aux blocs de l'enceinte d' Agrippa sont exagérées, soit qu'on accorde à la coudée hébraïque la valeur de 0"'fi2, soit qu'on se serve, pour la mesure, du djatned ou coudée réduite de 0'",26. « Josèphe, dit le savant académicien, a » voulu exalter la splendeur de la construction d'Agrippa, » et, pour cela faire, il a avancé des chiffres ridicules. » Quoi qu'il en soit, M. de Saulcy admet, avec d'Anville, que l'enceinte actuelle de Jérusalem suit absolument le même tracé que celle d'Hérode Agrippa*. Bien plus , il ajoute que la base des murailles modernes peut être considérée comme l'œuvre de ce roi. « Ce n'est qu'à partir des archères , dit-il*, » que la construction est évidemment plus moderne. Quant » aux créneaux, ils sont tous turks^. »
1. Josèphe, G. d. J., V, 13. — 2. Voy. ci-dessus, p. 69. Suivant en cela plusieurs auteurs, j'ai pris 0ni,45 pour la valeur de la coudée hébraïque, dans toute l'étendue de ce travail. Le chiffre adopté par M. de Saulcy, 0'»,52, modifie sensiblement mes données ; mais mon chiffre est suffisant pour le besoin de mon sujet. — 3. Les plaintes de Marcus, gouverneur de Syrie. — 4. De Saulcy, T. S., t. H, p. 54.— 5. Id., p. 53. — 6. Id.,p.l77.-y- 7. Jérusalem tomba au pouvoir des Turcs en 1517, sous Séiim I^*. D'âpres M. Munk (Palcst., p. 5()) lu nniraiilc qui environne maintenant celte v fut bâti en 153i pur ordre du sullau Suiiman II.
S'il en est ainsi, on voit que les murailles de la moderne Jérusalem peuvent encore fournir un sujet d'intéressantes études aux archéologues désireux de connaître le style des constructions militaires de la dernière époque hérodienne.
Agrippa P' n'ayant laissé pour héritiers que trois filles et un fils en bas âge^, Uaude réduisit de nouveau la Judée en province romaine et la fit administrer par des procurateurs. Le jeune prince, Agrippa II, hérita plus tard des états de son oncle, Hérode, roi de Chalcis* (48 ap. J.-C); mais, dans la suite , Claude lui retira ce royaume et lui donna en échange une partie de la Pérée et de la Galilée ' (53 ap. J.-C). Néron lui continua la faveur de Claude ; aussi , pour reconnaître les bienfaits de l'empereur. Agrippa II fit-il agrandir et embellir la ville de Césarée de Philippe, qu'il appela Néronias^; « mais elle perdit bientôt ce nom^ »
Les Romains avaient installé leur quartier général à Césarée de Palestine, et ils entretenaient des garnisons dans les principales forteresses du pays, à Jéricho , Cypros, Massadà, Machéronte, Jérusalem, etc.; celles-ci étaient chargées de maintenir les populations dans le devoir.
La conduite infâme du procurateur Florus et ses exactions excitèrent l'indignation générale ; toute la Judée se souleva*. Cestius Gallus, gouverneur de Syrie, venu en personne pour réprimer Tinsurrection, marcha sur Jérusalem , l'assiégea sans succès et , dans sa retraite , fut battu par les Juifs dans les défilés de Béthoron (65 ap. J.-C); il perdit, dans la déroute, son bagage et ses machines de guerre^.
Maîtres du terrain, les zéktetirêy ou insurgés, organisèrent un gouvernement provisoire, et détachèrent, dans toutes les provinces, des gouverneurs chargés d*organiser la résistance contre la puissance romaine. Josèphe, fils de Mathias, de-
î. Josèphe, Aniiq., XIX, 7. — 2. M., XX, 3; Chalcis, ville de Syrie, capitale de la Chalcidiquc. — 3. Josrphe, id., XX, 5. — i. Id., XX, 8. — 5. Theil, Dicl., p. 140. — 6. Josqilie, G. d. J., II, 25 cl suiv. — 7. Id., II , 37 et suiv.
puis rhistoriea des Juifs, eut le commandemeut de la Galilée et de la ville de Gamala, daus la Pérée, à Torient du Jourdain ^
A Jérusalem, on s'empressa de relever les murailles ruinées par Gestius. Quant à Josèphe, comme la Galilée était directement menacée , il en fit fermer de murailles les principales villes et présida lui-même à la direction des travaux.
Vespasien reçut de Néron le commandement des armées de Syrie et pénétra dans le pays à la tète d'une ai*mée nombreuse. Séphoris, ville très-forte^, lui ouvrit ses portes et lui servit de base d'opérations'. La campagne commença par le siège de Jotapat, autre forteresse magnifiquement placée sur un rocher escarpé et inabordable de plein pied*. La plate-forme, sur laquelle s'élevait la ville , était bordée, de trois côtés, par des précipices, et défendue, sur le quatrième, qui était plus accessible, par un rempart très-fort, muni de tours'. Ce fut sur ce point que les Romains portèrent leurs attaques. De part et d'autre, on ût des efforts considérables. Du côté de l'attaque , toutes les ressources de l'art furent déployées: la tortue d'hommes, les terrasses, le bélier, les machines de jet. Les assauts furent effrayants. Dans la défense, l'action ne fut pas moindre; les sorties furieuses, l'huile bouillante lancée sur les machines, le sénevé cuit répandu sur les ponts d'escalade, pour les rendre glissants, les sacs de paille descendus devant la tête des béliers, le relèvement des murailles pour prendre du commandement sur les terrasses et les tours de l'attaque , tous les moyens furent mis en pratique. La place ne succomba que lorsque les habitants tombèrent de fatigue, après quarante-sept jours de résistance héroïque (67 ap. J.-G.).
1. Jospphe, II, 42. — 2. H., III, 3. — 3. De Saulcy, Jénisal.. p. 79. — 4. Aujourd'hui Tell-Djefat, d'après le Dr Schulz; voy. de Saulcy, id., p. 91. — 5. Joseph, id., III, 12 ; Salvador, La Judée. Pour la configuration physique du sol de la Gulilée, voy. Franlï de Ciianipagny, Borne et la Judée.
La plupart des écrivains militaires ont parlé du siège de Jotapat, raconté par Josèphe, et Tont donné comme le mor dèle de l'attaque d'une place située sur un rocher ^
La campagne de Judée fut du reste remarquable par le nombre de sièges difficiles que Tarmée romaine dut exécuter : celui de Japha-des-Montagnes , ville que la force de sa position , ses grandes fortifications et sa double enceinte , ne rendirent cependant î)as inviolable*; celui de Tarichée: Titus ne le réduisit que par surprise , ayant traversé à cheval le lac de Génésareth, qui la bordait'; celui de Gamala, place encore plus forte par son assiette que ne l'était Jotapat. Vespasien, ayant ouvert une triple brèche dans ses murailles, leur donna lassant de trois côtés à la fois^. Mais les habitants se défendirent si vaillamment dans les rues de leur ville, que les Romains furent obligés de se retirer, après avoir subi des pertes considérables. La cité ne fut prise qu'après une deuxième attaque, mieux ordonnée que la première.
Cependant les Juifs se querellaient entre eux à Jérusalem, et Vespasien songeait à aborder la grande ville ^; car, à Texception d'Hérodium, de Machéronte et de Massada, tout le pays était alors dans sa main. Mais Néron mourut sur ces entrefaites (68 ap. J.-C); puis Galba,. Othon et Vitellius revêtirent successivement la pourpre des Césars. Vespasien, élevé à Tempire par l'armée, fut bientôt reconnu à Rome; il partit pour l'Italie, laissant à son fils, Titus , le soin de réduire la capitale juive et les forteresses qui résistaient encore (69 ap. J.-C.)*.
Jérusalem fut prise l'année suivante, après un siège des plus difficiles , dont la relation par Josèphe sera toujours un sujet d'étude très-intéressant pour les ingénieurs militaires qui s'occuperont de la poliorcétique des anciens^.
1. Josêphc, id., III, 12 et suiv. ; Maizeroy, Art des sièges; Folard, Attaque des places; es. Frantz de Champagny, id. ; Salvador, id. — 2. Josèphe, id., III, 21. — 3. Id., III, 32. — 4. Id., IV, 2 et suiv. - 5. Id., IV, 10, 21. — 6. Id., IV, 36. — 7. Id., Vcl VI ; es. de Saulcy, Jérusal., p. 193 et suiv.
Titus, à la vue des murailles de Jérusalem, ne put mo* dérer son étonnement^ Il donna cependant Tordre, dil JosÈPHE^, de raser tout ce que la guerre n'avait pas ruiaé déjà. Il ne laissa debout, continue le même historien, gae les trois tours de Phasaël, d'Hippicos et de Mariamne, « parce que , surpassant toutes les autres en hauteur et en » magnificence, il voulait les conserver pour faire connaître » à la postérité combien il fallait que la valeur et la science » des Romains dans la guerre fussent extraordinaires, pour )> qu'ils eussent pu se rendre maîtres de cette puissant^ » ville , qui s'était vue élevée à un tel comble de gloire. »
D'après M. de Saulct', les murailles de Jérusalem ne furent pas aussi complètement ruinées que veut bien le dire l'historien juif, dans le but d'exalter la gloire de Titus.
» II en a été de la destruction ordonnée par Titus, comme » de celle ordonnée par Nabuchodonosor, dit le célèbre » académicien , et il serait insensé de prendre à la lettre les » assertions ampoulées qui ont trait d'ordinaire à un évé- » nement de ce genre. Non , Titus n'a pas fait disparaître » jusqu'aux moindres traces de la malheureuse ville, et, la » meilleure preuve de cela, c'est que ces traces abondent. »
Néanmoins, les magnifiques défenses de la grande cité juive , que tous les princes , depuis Salomon , avaient mis leui*s soins à entretenir et à compléter, avaient dû être fortement endommagées, pendant le long siège qu'elle venait de subir. De plus , dans la suite et dans la crainte des insurrections , les Romains empêchèrent constamment les Juifs de les réparer; ils maintinrent même à cet effet une garnison de huit cents hommes sur le mont Sion^; de sorte que, le temps aidant, les ruines durent s^accumuler de plus en plus.
Après la prise de Jérusalem par Titus (70 ap. J.-C), Lucilius Bassus s'empara d'Hérodium et de Machéronte'.
i. Josèphe, id., VI, 43. — 2. M., VII, 1, trad. Buchon. — 3, De Saulcy, Ji^rusal., p. 125. — -i. Munk, Palost., p. COi. — 5. Jos/'phe, id., VII, 20, 25.
Flavius Sylva, qui lui succéda, termina la guerre par la prise du château de Massada (73 ap. J.-C.)^
Déjà Vespasien et Titus étaient montés au Gapitole, et, dans leur marche triomphale , on avait porté devant eux les dépouilles du temple de Jérusalem , la table d'or, le chandelier à sept branches et le livre de la loi^. Singulière destinée des choses humaines I Ces instruments sacrés d'un culte quinze fois séculaire, devenus les témoins de la vanité païenne, allaient orner pendant quatre cents ans le temple de la Paix, à Rome*. Tombés entre les mains des Vandales de Genséric (455 ap. J.-C.)^, ils furent transportés à Garthage et firent la gloire de barbares ariens jusqu'à l'arrivée de Bélisaire (535 ap. J.-G.). Les Grecs les portèrent à Constantinople et de là à Jérusalem, où, comme le dit Mighaud', l'historien des Croisades, ils devaient «ajouter à la splendeur de l'église dû Saint - Sépulcre » , en attendant qu'ils fussent profanés par les Arabes du khalife Omar (638 ap. J.-CO^
Quand la Palestine fut définitivement réunie à la Syrie , elle participa, comme cette province, à toute la grandeur de l'Empire. Je ne parle que pour mémoire de la reconstruction de Jérusalem par Adrien. Les Juifs venaient de se révolter et de faire une grande résistance aux armées romaines. L'empereur, en fondant sur le mont Moriah une ville forte dont l'entrée devait être interdite aux Juifs, voulait enlever définitivement à ceux-ci l'espoir d'une restauration politique^. La nouvelle ville prit le nom du prince : ^lia Capitolina^. On ignore de qilelle nature et de quelle importance étaient ses murailles. Leurs ruines se confondent avec d'autres de tous les âges et ne s'en distinguent plus. Il est probable que l'enceinte de la ville, sous Adrien, se composait de l'ancien mur extérieur du temple, convenablement restauré.
1. Josèphe, id., VU, 30, 35.-2. Id., Vil, i6et suiv. — 3. Id., VU, 19; Suét. Vespas., 9. — 4. Yanoski, Vandal., p. 20. — 5. Michaiid, Hist. des Croisades, t. I, p. 7. — 6. Voy. ci-dessus, p. 204. — 7. Cs. Munk, Palest., p. 604 et suiv. — 8. Du nom d'Adrien, Miius Adrianus.
Quelques autres villes de Syrie témoignent mieux que Jérusalem de l'éclat dont elles brillèrent sous les Césai-s. Il suffit de citer Bostra, Philadelphie, Gérasa, Balbek et Palmyre. Ces cités furent particulièrement florissantes sous les Antonins. Trajan embellit et fortifia Bostra (vere 114 ap. J.-C), qu'Alexandre Sévère érigea en colonie romaine un siècle plus tard (222-235 ap. J.-C.}*. Ammien dit que, de son temps, cette place était ceinte de fortes murailles et qu'il en était de même de Philadelphie et de Gérasa^.
M. DE Saulcy^ a, en effet, retrouvé dans les ruines d'Ammam (Philadelphie) , des pans de murailles romaines de la bonne fabrique. Seetzen* a également rencontré d'anciens murs d'enceinte en pierres de taille à Djerasch (Gérasa). « Je vis aussi, dit-il, une des portes de la ville ; » eUe était magnifique et bien conservée et se composait de » trois arcades ornées de pilastres. » La plupart des constructions de Gérasa sont attribuées à Marc-rAurèle (161-180 ap. J,-G.).
Balbek, l'ancienne Héliopolis, célèbre par son temple construit sous Antonin-le-Pieux (138-161 ap. J.-C.), montre également dans ses ruines des débris de murailles , remontant sans doute également au temps des Antonins. ce Là , » dit Volney'*, se présente un mur ruiné flanqué de tours » carrées qui trace Fenceinte de l'ancienne ville. »
Palmyre^, élevée jadis par Salomon, ruinée plusieurs fois, rebâtie sous Adrien, favorisée par les Antonins, trèsflorissante sous Odenat et Zénobie, rasée par Aurélien (272 ap. J.-C.) et restaurée plus tard, mais en partie seulement, par Dioclétien et Justinien, Palmyrè ne laisse voir, en fait de murailles ruinées^, que les débris de l'enceinte byzan-
i. Munk, id., p. 70. — 2. Amm. Marcel., XIV, 8; voy. ci-dessus, p. 201. — 3. De Sanlcy, T. S., t. I, p. 267. — i. Voyageait en 1806. Voy. Munk, id., p. 71. — 5. Volney, Voyag., t. II, p. 215. — 6. Les ruines de Palmyre ont été retrouvées au XVIIe siècle, alors qu'on n'en, soupçonnait même plus l'existence; voy. Hoëfer, Babyl., Uiiiv. pitt., p.ili et siiiv. — 7. Halifax en 1695 avait dit : « II ne reste aucune trace de
Une de Justiaien. Ils ont été signalés par Wood, qui en parle ainsi : <r Les murs de cette ville sont flanqués de tours » carrées; mais ils sont tellement détériorés qu'en quantité » d'endroits ils sont au niveau de la terre, et que, souvent, » on ne saurait les distinguer des autres ruines. »
Nous avons vu précédemment la Syrie, sous les Romains et les Byzantins, lutter successivement contre les Parthes et les Perses, puis succomber devant l'invasion arabe. Nous la retrouverons bientôt sous la domination tuixjue à l'époque des Croisades.
42. Les forteres&es gauloises. — A une époque trèsreculée, un essaim d'hommes blancs et d'origine aryane sortit des montagnes de l'Asie centrale, se dirigeant vers ^Europe^ On ne peut fixer exactement la route qu'il suivit 2,. ni le temps qu'il mit à accomplir son voyage. On pense seulement que les- émigrants pénétrèrent en Europe à la fin de Vâge de la pierre polie et qu'ils y importèrent l'usage du bronze, métal d'alliage, déjà connu alors eii Asie^.
Parlant une langue à flexion, pratiquant sans doute le culte du feu, suivant l'antique religion de l'Eriène-Vedjo^, les Galls — car tel est le nom sous lequel nous les connaissons' — ne rencontrèrent sur leur route que des hommes avec lesquels ils n'avaient aucune communauté d'origine, des peuplades appartenant aux familles touranienne ou basco-berbère*. Celles-ci ne s'entendaient que dans des idiomes agglutinants , et leur religion se bornait à un fétichisme grossier. Tout était donc dissemblable entre les
murailles. » Ce ne Ait qu'en 1751 que Wood et Dawkins retrouvèrent l'en- . ceinte byzantine de Justinien; voy. Halifax dans Philosophical transac^ tiens of London, et Wood, Ruines de Palmyre, édil. française.
1. De Gobineau, Hist. des Perses, t. 1, p. 83. — 2. Le Hon,^Homm6 foss., p. 267. — 3. Troyon, Habit, lacustr., p. 302. — 4. Voy. ci-dessus, p. li. — 5. Les Celtes n'étaient qu'une tribu gallique ; voy. Am. Thierry, Hist. des Gaulois, t. 1, p. 34. — 6. De Gobineau, Races, t. IH, p. UO; Lamé, Rcv. conlemp., 15 juillet 18G3, p. 51).
envahisseurs et les anciens possesseurs du sol , aussi bien les mœurs que la religion et le langage. Par conséquent , la fusion immédiate des races était impossible ; d'où il résulta que les indigènes durent faire tous leurs efforts pour contrarier la conquête et en retarder la marche^
Dans des circonstances semblables, les Iraniens, parents des Galls et sortis après eux de TEriène, dm*ent, nous Tavons vu^, se construire immédiatement des forteresses solides^. Ils avaient à se mettre à Tabri des attaques des indigènes, dews ou djinns, afrytê ou naubys^ gens de race nubio-soudanienne , hideux et repoussants, inconnus et redoutés, au milieu desquels ils voulaient s'installer. L'idée que riranien se faisait alors du djinn , être malfaisant qui s'opposait à Tinvasion , devait ressembler beaucoup à celle que nous nous faisons du diable et des démons, d'après la légende sémitique. Les dews étaient une création d'Ahriman , esprit du mal , comme les démons sont censés faire partie de l'état-major de Satan, prince des enfers.
Les Pélasges, également, s'établissant dans la Grèce et dans ritalie, au milieu d'aborigènes indomptés, bâtirent pour leur sûreté les fameuses acropoles cyclopéennes*.
Les Galls, vraisemblablement, eurent recours à des moyens analogues de protection, quand, s'arrétant dans la Gaule et dans les régions occidentales de l'Europe , ils songèrent à s'y fixer définitivement. Us durent rechercher immédiatement les lieux les plus inaccessibles pour y déposer ce qu'ils possédaient de plus précieux , pour y abriter leurs femmes , leurs enfants, leurs troupeaux. Telle fut, je pense, l'origine des forteresses gauloises, appelées plus tard oppida\ dans la langue latine.
Couvert de bois, sillonné de rivières, rempli de marécages, accidenté en certaines régions, le pays se prétait merveilleusement à des organisations défensives simples.
1. Voy. ci-dessus, p. 151. — 2. Vendidad-Sadé , Farg. I«; voy. de Gobineau, Perses, t. I, p. 21. — 3. Id., p. 15. — 4. Voy. Ci-dessus, p. -15. - 5. César, G. de G., VII, 15, 25, 68.
Autant que possible , les oppida furent placés sur des hauteurs ou dans des positions fortes , préparées par la nature. Ces emplacements des forteresses primitives devinrent sans doute, dans la suite, ceux des villes les plus considérables de la Gaule, Bibracte, Alise, Grergovie, Uxellodunum, etcJ.
 lorigine, Tart n'eut donc que peu à faire pour mettre les oppida à l'abri des attaques des indigènes ; la force de la position suppléait à toute organisation défensive artificielle. Et, du reste, les tribus galllques, nécessairement nombreuses et denses, comme le sont d'ordinaire toutes les hordes envahissantes , devaient avoir sur les indigènes une énorme supériorité, attendu que ceux-ci, probablement plutôt chasseurs eucore qu'agriculteurs, devaient former rarement de grandes agglomérations d'individus. Ce qu'elles avaient surtout à éviter alors, c'était l'attaque de la part de fractions isolées et entreprenantes, le vol, le meurtre et toutes les actions partielles, dont les nations barbares sont très-cou tumières et dans l'accomplissement desquelles elles excellent d'ordinaire.
On peut juger, du reste, de ce que devaient être, au débat, les forteresses galliques par ce que Stbabon rapporte des fortifications que les Romains rencontrèrent chez les Gaulois les moins civilisés, ceux qui, par conséquent, devaient être les plus voisins de l'état primitif. Les constructions militaires empruntaient tous leurs matériaux au sol sur lequel elles étaient établies, ou bien c'était à la forêt voisine. Tantôt elles se composaient d'abatis grossiers; tantôt elles étaient formées de palissades, c'est-à-dire de gros^ pieux mal façonnés et enfoncés en terre. Ailleurs, l'oppidum n'était qu'une dairière au milieu d'un fourré inextricable ou seulement un Ilot au sein de mai*écages inabordables^.
César, également, mentionne des constructions militaires de l'ordre le plus primitif, en parlant'des Bretons insulaires, population de mélange, formée de Galls, de Kiipris et de
1. Napol. m, J. Ces., t. II. p. 29 cl 67. - 2. Slrab., IV, III, 5.
toutes autres fractions de la famille aryaue, venues à diverses époques sur le sol britannique ^ <( Les Bretons, » dit l'auteur des CemmetUaires^ donnent le nom d^oppidum » à un coin de forêt entouré d'un rempart de terre et de » bois (vallum) et d'un fossé (fossa). » D'ordinaire les avenues qui aboutissaient à ces retranchements étaient barrées avec soin par des abatis très-épais^.
Dans le principe, le Gall, probablement, habitait exclusivement dans les oppida ; sa sécurité l'exigeait ainsi. Ces lieux forts étaient gardés par des Chiens^; c'était une vieille coutume chez les peuples de race aryane^. Si le Gall sortait de ces retraites fortifiées , c'était pour se livrer aux travaux de l'agriculture^, pour s'adonner à son goût pour la chasse ou même pour la guerre ; car les tribus galliques , entre elles , avaient souvent des querelles. Il en était encore ainsi du temps de César; les trois grandes confédérations des Galls, les Arvernes, les Edues et les Séquanes, dit M. Am. TmERRY^ €( étaient presque constamment armées l'une contre l'autre. »
A la longue, le Gall se trouva trop à l'étroit dans ses forteresses. Profitant de l'état de calme, produit par le temps au milieu des populations conquises, il s'établit à proximité des oppida, continuant à vivre sous leur protection. Ces forts eurent ainsi sous leur dépendance un certain nombre de villages ouverts, de maisons de campagne même, où le riche Gaulois de la ville venait s'installer pendant l'été®. Des villes nouvelles se formèrent sur l'emplacement des villages les plus importants; et les différentes confédérations galliques possédèrent, de la sorte, un grand nombre de cités. Quelques-unes de celles-ci devinrent même, plus tard , plus importantes que les oppida primitifs ; d'autres
i. Voy. Am. Thierry, id., t. I, p. 60. — 2. César, id., V, 21. -- 3. Id., V, 9. Voy. Contejean, Rev. arch., 1864, t. Il, p. 484, Descript. du castcllum gaulois de Scrvlère (Auvf^rgne). — 4. Strab., IV, V, 2; de la Barre Duparcq, Chiens de guerre, p. 53. — 5. Voy. de Gobineau, Perses, t. I. — G. De Gobineau, Races, t. 111, p. 136. — 7. Ara, Thierry, id., l. I, p 4i2; Strab., IV. IV, 6. — 8. Crsiir, id., VI, 30.
restèrent à Tétât de villes ou d'oppida de deuxième ou de troisième ordre, d'oppiâa ignoHlia, selon l'expression de Pline ^
A la longue , les confédérations galligues occupèrent tout le territoire, après avoir absorbé ou chassé les fractions éparses et isolées de la' race des vaincus. Leur laùgue et leur religion se modifièrent peu à peu au contact de ceux-ci, et il en résulta, chez les Gaulois, un culte de superstition doublée de fétichisme , et un langage, partie à flexion , partie d'agglutination, auquel le latin et le tudesque vinrent plus tard se mêler,* pour constituer définitivement, au moyen âge, la langue que nous parlons, le français^.
Les fortifications galliques ne restèrent pas indéfiniment dans Tétat primitif que nous venons de décrire; mais il serait diflicile , sans doute , de fixer l'époque à laquelle elles commencèrent à se modifier et à se transformer, pour devenir les puissants remparts dont parle Césab, au VJP livre de ses Commentaires^, Il est présumable, cepen- • dant, que les colonies asiatiques qui, du XIIP au XP siècle avant J.-C, vinrent s'établir dans la Gaule, contribuèrent à précipiter l'ère de transformation dont il s'agit.
Suivant diverses traditions recueillies par Ammien Mar- CELLiN^, des Doriens et des Troyens étaient déjà venus fonder des établissements sur le littoral méditerranéen, quand parurent les Phéniciens, dont parle Diodore*. Ceux-ci suivaient l'Hercule tyrien, c'est-à-dire quelque navigateur entreprenant, chargé par la métropole d'explorer l'Europe occidentale et de nouer des relations commerciales avec les peuples qui l'habitaient. Cette expédition des Tyriens paraît remonter au XP siècle avant notre ère. A cette époque, les rois de Tyr étaient très -puissants, témoin les deux Hiram, contemporains de David et de Salomon*. Ils régnaient sur un peuple actif, industrieux
1. Plin., III, 5. — 2. Voy. E. Lamé, id., p. 60. — 3. César, id., VU, 23. — i. Amm. Marcel., XV, 9. — 5. Diod., III, 19. — 6. Voy. ci-dessus, p. 299.
et d'un esprit essentiellement pratique. Les Phéniciens, dans la Gaule, bâtirent, sous les yeux des indigènes, des villes nouvelles, Nîmes ^ etAlise^ qui devinrent des marchés importants (emporia). Là, les Barbares apprirent à échanger les produits de leur industrie contre les denrées de trafic de l'Asie. Mais , par nature , ces indigènes étaient bouillants, bruyants, querelleurs^; la guerre, du reste, constituait une de leurs occupations favorites. La prudence dut exiger que les emporia phéniciens fussent protégés par des fortifications solides. Sans doute, il suffisait, pour fortifier la n>asse d'un rempart, (de relever un bourrelet de terre en arrière d'un fossé et d'y mêler du bois pour soutenir les talus, suivant la mode gauloise; niais aussi, il devenait nécessaire de soustraire cette fortification à toutes chances d'incendie, fléau toujours à craindre au milieu d'une population barbare. De là, sans doute , l'emploi de la pierre dans la construction des murailles, mais l'emploi restreint aux parements extérieurs des murs, pour la rapidité de Texécution.
a Un grand nombre d'indigènes, rapporte DI0DOBE^ vint )> s'établir à Alise, et, comme ils étaient plus nombreux » que les autres habitants (Phéniciens), il arriva que toute » la population adopta les mœurs des Barbares. Cette ville, » ajoute rhistorien, est, jusqu'à nos jours, restée en bon- » neur parmi les Celtes , qui la regardent encore comme le » foyer et la métropole de toute la Celtique. »
Plus tard, quand l'étoile des Phéniciens eut pâli, des Rhodiens* et des Phocéens* vinrent à leur tour continuer cette espèce d'éducation étrangère que les Tyriens avaient jadis entrepris de donner à la Gaule barbare. Ils bâtirent de nouvelles villes sur le littoral, dans le goût asiatique, sans doute, c'est-à-dire avec des murailles de pierre. Massalie (Marseille) fut entourée d'une vaste enceinte^
1. Etienne de Byzance, dans dom Bouquet, édit. Delislc, t. I, p. 117. — 2. Diod., Y., 24. — 3. Amm. Marcel., XV, 12. — -4. Diod., 111, 19, trad. Hoéfer. — 5. Plin., 111, 5. — 6. Justin, XUll, 3. — 7. Strab., IV, 1, 4.
elle eut des remparts garais de tours ^ et une acropole où furent construits des temples grecs. « Les Massaliotes, dit » Strabon^, employèrent (en outre) leurs forces militaires » à former un certain nombre de places destinées à leur >» servir de boulevards contre les Barbares. » Après avoir vaincu toutes les peuplades ibéro-ligurieûnes au milieu desquelles ils s'étaient établis, ils se répandirent dans la Gaule. « Les mœurs barbares des Gaulois, dit à son tour Justin^, » s'adoucirent dans leur commerce. Ils les amenèrent peu à » peu à quitter leurs usages pour prendre ceux des nations » civilisées et leur apprirent à cultiver la terre , à fortifier les » villes^ à tailler la vigne et à planter Tolivier. Tel fut alors » le changement qui s'opéra dans les hommes et dans les » choses, qu'il semblait, non pas que la Grèce eût passé dans » la Gaule, mais que la Gaule se fût transportée dans la » Grèce. »
Les historiens, du reste, s'accordent à reconnaître que les Gaulois étaient essentiellement doués de l'esprit d'imitation^. Ceux-ci copièrent souvent leurs maîtres grecs avec talent, et parfois même, ils les dépassèrent dans l'art des inventions.
Ce fut surtout dans l'Aqmtaine et dans l'Ibéro-Ligurie, au sud de la Gaule, que l'influence de la civilisation grécoionienne se fit particulièrement sentir. Ces contrées étaient occupées par les derniers débris de la famille basco-berbère, mélangées avec les Galls. Plus tard, quelques familles belges, les Volces-Ârécomiques et les Volces-Tectosages (IV" siècle)*, vinrent aussi s'y installer.
Le rapprochement des distances facilita Factioa massaliote sur les peuplades méridionales de la Gaule; les dtés y furent nombreuses et la civilisation distinguée; mais, comme le fait remarquer âmiïien Margellin', les Âq^uitains
1. Eumène, Constantin, dom Bonquet, id., t. I, p. 716. — 2. Strab., IV, 1, 5, trad. Tardieu. — 3. Justin, XLIII, 4.-4. Cs. Am. Thierry, id., 1. 1, p. 456; Berlier, Gaule» p. 162. ~ 5. Am. Thierry, id., t. I, p. 37. — 6. Anun. Marcel., XY, 11.
et les Ligures furent, de bonne heure, amollis par cette civilisation grecque; et ils n'opposèrent qu'une faible résistance à la domination romaine. Par contre, leur pays renfermait alors les emporia les plus considérables de la Gaule, Nemausus (Nîmes) *, Tolosa (Toulouse)^ et Burdigala (Bordeaux)^.
Au t^ips ou Massalie commençait à étendre son commei*ce dans rAquitainc, Burdigala se trouvait occupée par la tribu gallique des Bituriges-Vivisques*. Ceux-ci avaient été chassés de leur territoire par Tinvasion des kimris (VIP siècle)^ et ils étaient venus s'installer sur les bords de rOcéan, à l'embouchure de la Garonne. '
Les Kimris, dont il vient d'être question, étaient, comme les Galls, d'origine aryane^. Après avoir habité pendant longtemps les régions orientales de l'Europe^, ils avaient tout à coup franchi le Rhin, sous la conduite de Hu-le- Puissant^ et ils s'étaient établis dans les contrées septentrionales et occidentales de la Gaule. Leur marche à travers ce pays n'avait pas été réglée, sans doute, par un pur caprice du hasard. Ils avaient dû se laisser rejeter sur les contrées dont l'accès était alors le plus facUe, celles qui, n'ayant pas encore subi l'influence greco-phénicienne, possédaient l'organisation défensive la moins régulière, et les oppida les plus primitifs.
A la suite \de cette invasion des Kimris, de nombreuses fractions de la race gallique furent refoulées vers la Gaule centrale, et quelques-unes se trouvant trop resserrées dans leurs nouvelles limites coururent au-delà des Alpes et du Rhin sous la conduite de Sigovèse, de Bellovèse, et de tous ces chefs gaulois dont la tradition romaine nous a conservé les noms tant bien que mal (587-521). Ces mêmes Gaulois allaient bientôt devenir la terreur de la Grèce et de l'Italie.
1. Strab., IV. 1, 12. — 2. Id.. IV, I, 13. — 3. Id., IV, 11. 1. - ^. U- — 5. Am. Thierry, id., t. I, p. 432. — 6. id., p. 113. — 7. Coinr- Hcrod., iV, 11. — 8. Am. Thierry, id., p. 109, d'après les Triades fjallaiscs.
Ils foiidèreiit dans cette dernière région plu.^ieurs villes devenues célèbres depuis, Mediolanuni (Milan), Brixia (Brescia) et Vérone^
Les désordres produits en Gaule par l'invasion des Kimris s'étant calmés peu à peu, les confédérations galliques durent s'organiser dé manière à éviter le retour de -semblables catastrophes ; la construction et Tentretien des oppida durent être lobjet de tous les soins, de toutes les préoccupations. Aussi, quand les Belges, au IV* siècle, passèrent à leur tour le Rhin, pour se précipiter sur la Gaule, ils ne purent s'avancer plus loin que la Seine et la Marne*. Quelques tribus seulement réussirent à vaincre la résistance des nations gallo-kimriques et allèrent fonder, au midi de la Gaule, les états des Volces-Tectosages et des Volces-Arécomiques^. Déjà TAquitaine et Tlbéro-Ligurie avaient subt cette espèce d'amolissement moral dont parle Ammien Marcellin''. Aussi les Volces eurent-ils peu de peine à chasser les indigènes de leur territoire et à détruire la plupart de leurs villes fortes. Parmi celles-ci, Illiberis, dit PoMPONius Méla'^, fut tellement boulevei-sée qu'elle ne put jamais se relever de ses ruines.
Mais les envahisseurs, installés dans quelques grandes cités déjà florissantes, Toulouse, Narbonne et Nîmes, perdirent bientôt toute leur énergie morale, comme les peuplades qui les y avaient précédés. Cependant quelques guerriers de leur race osèrent refuser le passage du Rhône à Annibal (216)*; mais, un siècle plus tard, ils se laissaient englober dans la province romaine (121). A l'époque où leurs frères du Nord refusaient le passage aux Cimbres et aux Teutons (113)^, les Volces-Arécomiques obéissaient aux Romains; Martius Rex colonisait Narbonne, à laquelle il donnait son nom (118)®; et le* Volces-Tectosages suppor-
1. Tit. Liv., V, 3i; Justin, XXIV, 4; Am. Thierry, id., 1. 1, p. 149. — 2. César, id., I, 4. — 3. Voyez ci-dessus, p. 337. — i, Amm. Marcel., XV, 11. — 5. Mêla, II, 5; Plin., Ill, L — 6. Polyb., III. 9. — 7. César, id., II, L — 8. Eulropc, IV; voy. dora Bouquet, id., t. I, p. 570; Ciccr., Biut., id., p. 655.
talent avec^ peine de ne plus être que les fédérés (populi foederati) du peuple romaine Après avoir égorgé la gai*nison romaine laissée à Toulouse, et avoir fait alliance avec les Cimbres, qui venaient de désoler la Gaule, ils donnaient à Servilius Gépion l'occasion de reprendre leur ville de force et de la. saccager de fond en comble (106).
Les Cimbres, qui venaient, avec les Teutons, de pénétrer à leur tour dans la Gaule, appartenaient à la grande famille aryane des Kimris. Partis des contrées transrhénanes, ils avaient franchi le Danube, porté la terreur dans la Norique, menacé Tltalie, et, après avoir contourné le Jura, septentrional, s'étaient précipités sur la Gaule (113)^. Les Belges leur avaient d'abord refusé le passage; mais, sur la promesse, sans doute, que les Barbares, auxquels ils étaient parents, respecteraient leur territoire, ils leur avaient accordé la permission de le franchir. Les envahisseurs laissèrent leur bagage en dépôt, sous la garde de six miQe des leurs, dans Aduat , un lieu fort de la Belgique (Namur?)', et se répandirent dans la Gaule centrale.
L'invasion eut des effets terribles. Les Cimbres etle3 Teutons ravagèrent tout le pays, mettant les campagnes à feu et à sang. A leur approche, la plupart des Gaulois avaient pu cependant se renfermer dans leurs oppida. Comme toujours, ils avaient couru y mettre en sécurité leurs richesses et leurs personnes; car c'était, d'ordinaire, sur ces lieux forts qu'ils se repliaient avec le plus de confiance, en cas de danger*. Comme l'a dit depuis Paul-Diacre' : « Oppidum dictum quod ibi homines opes suas conferunt. » Quant aux villages ouverts et aux forteresses de dernier ordre , considérées comme non susceptibles de faire une bonne résistance, les Gaulois, dans ces occasions, s'empressaient ordinairement de les brûler ou de les raser, de peur qu'ils ne servissent à l'ennemi*.
1. Am. Thierry, id., t. I, p. 559. — 2. Id., t. II, p. 2. — 3. Cdsar, id., II, 29. — 4. Id., III, 9 et pass. — 5. Voy. Napoléon 111, J. Ces., t. Il, p. 29. — 6. César, id., VII, 14, 15.
Acculés dans leurs places fortes, ils y firent des«résistances héroïques, et la plapart de ces citadelles restèrent intactes. Mais ce ne fut qu'au prix des sacrifices les plus douloureux. « En proie à la disette, dit Gésar^ les habitants, plutôt que » de se rendre, soutinrent leur vie en se nourrissant de la » chair de ceux que leur âge rendait inutiles à la guerre, et » ils ne se rendirent point. »
Le flot passa, roulant vers la province romaine. Là vivait une population moins virile, plus civilisée, plus molle. Les Barbares dévastèrent le pays, du Elhône aux Pyrénées^, et culbutèrent six armées romaines^. Marius parvint cependant à les anéantir dans deux rencontres, et ils blanchirent de leurs ossements les champs de Fourrières (Campi Putridi) et la vallée de Verceil (Vercellae) (102-101) ^
Près d'un demi-siècle après ces mémorables journées, César entrait dans la Gaule, pour en achever la conquête (58).
Dans cet intervalle, les Gaulois, soulevés, avaient assiégé Narbonne , nommée par Gigéron ' Spécula ac frofugnaculum popti/f romani; ils avaient également inquiété Massalie; les Germains d'Arioviste, entrés en Gaule sur Tinvitation des Séquanes (63), s'y étaien^ installés au mépris de la foi des traités; les Allobroges, déjà soumis à la domination romaine (125-121), s'étaient révoltés et venaient d'être réduits de nouveau par Pomptinus (63)*; enfin les Helvètes, toujours inquiétés par les Germains, se préparaient à entrer dans la Gaule, à traverser la province romaine et à aller chercher de nouvelles terres dans le pays des Santons (Saintonge et Angoumois).
Le général romain, après avoir battu et refoulé les Helvètes, trouva devant lui ces mêmes hommes qui avaient si bien résisté aux Gimbro-Teutons; il rencontra également
i. César, id., VII, 77. — 2. Tit. Liv., Epit., LXVII; voy. dom Bouquet, id., t. 1, p. 366. — 3. Am. Thierry, id., t. II, p. 16. — i, Plularq., Marius; Flonis, III. 4; Vell. Paterc, II, 12; Aurel. Victor, LXVII. — B.'Cicér. Fontéius., dom Bouquet, id., t. I, p. 655. — 6. Dion, Cass., XXXVII, i8.
les places fortes qui, à cette époque, avaient sauvegardé Fiadépendance gauloise. Dans ses CommerUaires ^ il a fait luimême la description des murailles de ces oppida*. En voici un résumé :
De très- longues poutres (40 pieds) , posées horizontalement sur le sol, perpendiculairement au parement extérieur du mur, sont établies parallèlement entre elles, à deux pieds les unes des autres, et sont reliées par des pièces de bois transversales. Le parement extérieur du mur, sur lequel se montrent les têtes des poutres longitudinales, est formé de grosses pierres de taille, qui se dressent dans une assise de deux pieds de hauteur. En arrière , toute l'épaisseur de la couche, jusqu'à ce niveau, est formée de terre fortement rassise. Les couches suc<:essives, composées de la même manière, s'élèvent jusqu'au sommet de la muraille. Toutefois, les bois d'une couche alternent avec ceux des deux couches voisines, de manière à présenter, dans une coupe, l'aspect de carrés disposés en quinconce.
Dans ce mode de construction, les têtes des poutres longitudinales affleurant le parement extérieur du mur, rendent celui-ci très-résistant à l'action des machines de choc. D'un autre côté, le rempart se trouve à l'abri de l'incendie, par les pierres mêmes qui le garantissent à l'extérieur.
Cette description s'appliquait surtout aux oppida des régions galliques et gallo-kimriques. Il en était de même également, à n'en pas douter, dans les contrées voisines occupées par la famille belge, à Bratuspantium, à Bibrax, à Noviodunum Spessonium, peut-être même à Samarobriva, capitale des Ambiens. Mais plus on s'avançait vers le Nord, plus les fortifications artificielles devenaient défectueuses. Vraisemblablement, beaucoup de places fortes, chez les Belges, ne possédaient que des remparts en terre avec un fossé en avant. Quand la forteresse était appuyée à quelque obstacle naturel, on supprimait même la fortification de ce côté 2.
1. César, id., Vil, 23. — 2. Voy. L. Falluc, Rcv. arcli., 1855, p. 4«i5 et suiv.
A rapproche de César, les Aduatugues, descendants des six mille Gimbres, laissés jadis à la garde du bagage sur le sol belge, s'étaient vu forcés d'abandonner les oppida et les châteaux qu'ils possédaient dans les environs d*Aduât, leur capitale ^ Ces forteresses n'étaient pas, par conséquent, regai*dées comme solides et susceptibles d'une grande résistance.
La capitale elle-même, quoique située dans. une position choisie, dut être alors fortifiée à la hâte, pour protéger les cinquante mille hommes de la nation, qui étaient venus s'y réfugier.
D'après M. le capitaine du génie Pbevost, aujourd'hui colonel, le duplex murus^ dont ils fortiflèreut le côté abordable de la cité, placée sur un promontoire escarpé des trois autres côtés, ne constitue (c qu'une simple et unique en- » ceinte, formée de deux murs parallèles entre lesquels on » avait mis la terre du fossé^. » Quant aux saxa et aux trabes prœaailœ, placées après coup sur le sommet de la muraille^, voici, selon le même officier, comment il faut les entendre :
<c Ces dernières (trabes), simplement posées «ur le sommet » du parapet (lorica), étaient maintenues par le poids des » blocs de pieiTe dont on les surchargeait. Si le parapet était » découpé par des créneaux et par des embrasures, un linteau » placé sur chacune de ces ouvertures supportait les bois et » les pierres, tout en conservant les vides nécessaires au jeu » des arcs et des frondes des défenseurs. »
Comme on 1^ voit, les irahes formaient des espèces de fraises*^ non fixées, mais retenues au sommet de la muraille par les blocs de pierre (saxa). Cette disposition avait pour avantage de rendre Tescalade plus difficile et de permettre aux défenseurs de faire rouler plus loin, sur les machines
1. César, id., II, 29. — 2. Prévost, Rev. arch., 1862, t. I, p. 314. — 3. César, id. — 4. Palissades horizontales ou légèrement inclinées, placées au sommet de Tescarpe des retrandiements en terre, dans la forliûcation moderne ; voy. Laisnc, Aide-Mémoire des officiers du Génie, no 544, édit.
d'attaque, les pierres et autres matériaux de poids, destinés à en produire reffondrement.
L'usage de mêler le bois à la pierre et à la terre, dans les constructions, s'est si bien conservé dans les pays du Nord, qu'aujourd'hui, bien des maisons sont encore ainsi faites, même dans des contrées où la pierre abonde, (c Ces vieilles » maisons, si connues encore dans presque toutes nos villes » de province, comme en Allemagne, et formées de char- )> pentes apparentes , dont les intervalles sont remplis de » pierres et de terre, dit M. de Gobineau *, sont des produits » du système celtique. » Du reste Strabon nous apprend que les maisons des Gaulois étaient faites de terre et de bois avec un toit de chaume^. Les soubassements seuls étaient parfois en pierre^, pour préserver les murs de l'humidité et pour en soustraire le pied à la détérioration par les influences extérieures.
Les Gaulois construisaient aussi des murs entièrement en pierres sèches. César en parle à propos des retranchements, limitant des camps retranchés, établis sous Alise et sous Gergovie'', pour abriter, pendant le siège, l'excédant de population , qui était venue se réfugier sous ces places fortes (52).
Il n'est pas probable qu'ils aient jamais construit beaucoup de murailles en briques'. On assure cependant qu'ils n'ignoraient pas ce procédé de construction*; mais l'emploi n'en fut jamais répandu, sans doute, que dans les contrées voisines de la province romaine.
Au nord, chez les Éburons, les Nerviens et les Ménapiens, César ne rencontra pas de places fortes. Ces peuples, à l'approche du danger, se retranchaient dans les bois et dans les marais. Ils y rassemblaient tous ceux que leur âge rendaient inutiles pour le combat^ et ils allaient attendre l'ennemi au dehors. Quant aux Bataves, ils n'avaient poux retraites que
i*. De Gobineau, Races, t. III, p. 108. — 2. Strab, IV, IV, 3. — 3. De Gobineau, id. — 4. César, id., VII, 52, 69. — 5. Prévost, forts vitrifiés, p. 34. —6. De Gobineau, id., p. 116. — 7. César, id., II, 16.
CONSTRUCrrONS GAULOISES
Tin.i.[. Inîfïwrtt
m.enii* ItaXnphM ntn
les îles formées par les embouchures de la Meuse et du Rhia^.
On a quelquefois attribué aux Galls de la première époque la construction des forts vitrifiés'^. Les murailles de ces forteresses d'une espèce particulière sont formées , pour la plupart, a de pierr«6 noyées dans une pâte vitreuse assez sem- » blable aux laitiers des hauts-fourneaux pour le fer^ ». On en rencontre de nombreux exemples en France et en Ecosse. Parmi les murailles de cette nature, retrouvées en France, on peut citer celles de Sainte-Suzanne (Mayenne), de La Courbe (Orne) et de Péran (Gôtes-du-Nord).
M. le colonel Prévost, dans un mémoire publié en 1863, a victorieusement démontré que ces constructions , restées énigmatiques jusqu'alors , ne pouvaient remonter qu'à Tépoque romaine. D'aptes cet officier supérieur, ces murailles ont dû être dressées, comme on élève de nos jours, en Belgique et dans le nord de la France, les immenses meules d'argile, qui servent à la fabrication des briques. Par suite d'une trop grande élévation de la températuce dans ces grandes masses de briques crues , préparées pour la cuisson , il arrive fréquemment que la matière argileuse entre en fusion et se liquéfie. C'est cet accident de la fabrication des briques que les Romains auraient provoqué dans des massifs faits de pierre et de terre , pour constituer les murailles vitreuses dont il s'agit.
CéSÂR , qui a décrit si soigneusement les murailles gauloises de son époque , n'aurait certainement pas négligé de parler des forts de verre, s'ils eussent existé alors. « Nous » ne voyons que les Romains, dit M. Prévost**, qui aient » pu faire concourir à l'édification des escarpes d'une for- » teresse l'ai^t de cuire les briques et celui de construire des )) murailles en béton. A toutes les époques de leur histoire, » ils ont bâti des remparts en jetant des pierres perdues
1. César, id., IV, 10. ~ 2. De Gobineau, id., t. 111, p. H2; G. dé Bourgogne, Société des Anliq., 1846, p. 282. — 3. Prévost, Forte vitrifiés, p. G. — 4. Id., p. 41.
» dans du mortier, c'est-à-dire en créant un bôton plus ou » moins parfait ; 'le parement extérieur seul était composé » de matériaux d'appareil. »
H paraît qu'à l'arrivée de César, les Gaulois étaient enôore fort inhabiles dans l'art des sièges. Ce général nous dit, en effet, que ceux-ci se contentaient ordinairement de bloquer les villes assiégées. Ils lançaient alors assez de pierres sur les murailles pour en écarter. les défenseurs; après quoi ils faisaient la tortue , cherchaient à s'approcher des portes et sapaient le rempçirt^
Les Romains les étonnèrent souvent par la hauteur de leurs terrasses et la puissance de leurs machines^.
Mais, industrieux et imitateurs par nature , ils apprirent bientôt des Romains eux-mêmes toutes les ressources de l'art poliorcétique. Us se le faisaient enseigner par les prisonniers de guerre. On les vit , à l'attaque du camp de tiicéron (54), faire des retranchements et couper du gazon avec leurs épées, faute d'instruments propres à cet usage. Ils portaient la terre des remparts dans leurs mains et dans leurs saies. Us élevèrent aussi des tours à la hauteur des remparts romains; ils construisirent des faux de siège et des tortues^.
Deux ans après, au siège d'Avaricum (52), les Bituriges rehaussaient les tours de leurs murailles i>ar des charpentes, qu'ils couvraient de peaux, pour les garantir de l'incendie. Ils possédaient des lacets pour attirer les faux de l'assiégeant. Enfin, ils poussaient des mines jusque sous les terrasses, qui portaient les hélépoles''.
Ici s'arrête ce que je voulais dire des Gaulois. La Gaule chevelue (Gallia comata) fut définitivement réunie à la province romaine, après le siège d'Alise (52). César, par la douceur de son administration , chercha à s'attacher les vaincus ; Auguste et ses successeurs les firent participer à
i. À propos (lu siëge de Bibrax, ville des Rèmcs, Gdsar, id., II, 6. — 2. Voy. dans César (11, 12, 30, 31) les sièges de Noviodunum Suessonîum er d'Oppidum Afliialuconim. — 3. César, id., V, 42. — i. Id., Vil, 22.
;ri7 —
la civilisatiou romaine , eu fondant chez eiuc un grand nombre de colonies. Ils restèrent soumis aux empereurs jusqu'à l'invasion des Barbares.
J'ai étudié précédemment les constructions militaires gallo-romaines^; je passe à Tétude des fortifications sous les rois franks.
43. La Gaule sous les rois Franks. — Les Romains désignaient sous le nom de Franks des Germains du nord de l'Allemagne moderne qui , depuis le IIP siècle de notre ère , ne cessaient de faire des incursions dans les provinces septentrionales de la Gaule ^. Aurélien, n'étant encore que tribun de la VI* légion à Mayence , les avait battus ; et ses soldats, courant vers TAsie à la rencontre des Perses (241 ap. J.-C.), chantaient le long de la routé, pom* s'aider dans leur marche :
Mille Francos, mille Sarmatas semcl occidimus , Mille mille mille Persas quaerimus^.
Depuis cette époque, Posthume, LoUien, Probus, Julien, les avaient souvent arrêtés et refoulés au-delà du Rhin ; mais chaque invasion en laissais beaucoup après elle, qui se fixaient en Gaule comme colons et qui y recevaient des encom^agements de la part des empereurs. Ceux-ci espéraient sans doute qu'en changeant les habitudes nomades de quelques-uns d'entre eux y les mœurs de la nation tout entière se modifieraient peu à peu et de proche en proche. Probus leur avait donné des terres, à charge de service militaire (277 ap. J.-C.)''; Maximien en établit dans le pays des Nerviens et des Trévires (291 ap. J.-C.)^ Sous Constance Chlore (293 ap. J.-C.)® et sous Constant (342 ap. J.-C.)^, plusieurs^ tribus frankes furent également intro-
4. Voy. ci-dessus, p. 97. — 2. Cs. Aug. Thierry, Considér., p. 34. — 3. Vopisc, Aurél., Vil. — L H. Martin, Hist. de Fr., t. I, p. 277. — 5. Eumène, Constance, XXI. — 6. Id., Constantin, V. — 7, Saint-Jérôme, Cliron., GCLXXX; Idace, Chron., d. Bouquet, collect. Dclislc, t. 1, p. Gl!2; Zosiin., lll.
duites dans' la Gaule du Nord. Elles y devinrent bientôt si puissantes que Julien dut porter la guerre chez elles, afin de recouvrer la route de la Grande-Bretagne en Gaule par le Rhin, dont elles barraient alors tous les passages (358 ap. J.-G.)^
Plusieurs empereurs incorporèrent des Franks dans leurs troupes, soit pour les opposer aux autres Germains, soit même pour en faire des auxiliaires de toutes les armées de TEmpire; ces nouveaux admis s'y firent généralement remarquer par leur esprit de désordre. Ceux qui furent introduits dans les troupes gauloises par Posthume^, diurent être renvoyés au-delà du Rhin par Aùrélien (273 ap. J.-C)^. Quant' aux seize mille auxiliaires que Probus répartit dans toutes les armées de l'Empire , ils y semèrent les germes de la révolte et s'y distinguèrent par leur indiscipline^. On les considérait néanmoins comme d'excellents soldats , quand ils se trouvaient en ligne. Aussi lemperenr Constance se hâta-t-il de faire entrer dans sa garde ceux que Julien' lui dépêcha des bords de la Meuse. Suivant l'expression de Libanius', le prince les regardait « comme » des tours qu'il mêlait pjrmi ses troupes ».
Beaucoup de Franks , sous TEmpire , parvinrent aux plus hautes dignités. C/est ainsi que, du temps de Constance, d'après Ammien Marcellin®, « une multitude de Franks » florissait dans le palais » (355 ap. J.-C). Silvain, un Frank d'origine, était alors maître de l'infanterie et se trouvait chargé de combattre les Alamans. Arbogast , autre Frank, commanda les armées de Valentinien II et devint assez puissant pour oser en imposer au prince, avant de le faire assassiner (392 ap. J.-C.)^.
Pour maintenir les Franks dans leurs limites, les empereurs durent, à plusieurs reprises, faire construire de
1. Lebeau, Hist. du Bas-Emp., t. II, p. 470; Amm. Marcel. , XVII, 8. — 2. Trcb. Poil., les deux Gallien. — 3. H. Martin, id., t. I, p. 278. - *l. Eumène, Constance, XVIII; Zosim., 1. — 5. Liban., Oral., ^- " 6. Amm. Marcel., XXVII, 1. — 7. Zesim., IV.
nombreuses forteresses sur la rive droite du Rhin. Celles que Posthume y avaient bâties furent rasées par les Barbares , quand ceux-ci apprirent la mort du prince (269 ap. J.-C.) ; mais LoUien les rétablit immédiatement ^ Plus tard, Probus obligea ces Germains à assurer eux-mêmes la subsistance des garnisons qu'il y maintenait, et Ton disait à Rome : « Omnes jam Barbari vobis arant , vobis jam serunt, » et contra interiores gentes militant* ». Les Franks faisaient également partie des tribus germaniques contre lesquelles Julien (357 ap.J.-C.)'etValentinienI«'(369ap.J.-C.)^ firent ensuite dresser les nombreuses forteresses et retranchements des bords du Rhin, dont parlent les historiens.
« Lorsque de 376 à 394 , dit M. Maugin*, la formidable » pousséedesHunsjeta de nouveau les AUemani sur la Gaule, » ce furent des bandes frankes qui rendirent le plus de ser- » vices*. » Quand les mêmes hordes hunniques chassèrent devant elles les Alains , les ISuèves et les Vandales^, quand ces peuplades obligées de passer le Rhin se jetèrent sur la Gaule, ce fut encore malgré les Franks, qui firent contre eux les premiers efforts de résistance (406 ap. J.-C).
Les Barbares, qui venaient de franchir ainsi les limites de l'Empire romain, trouvèrent toutes les places gallo-romaines dépourvues de leurs garnisons. Stiliconles avait rappelées pour les porter au secours de l'Italie menacée par Radagaise (405 ap. J.-C). Aussi, le passage des Barbares fut-il signalé par les dévastations les plus déplorables®. S'étant répandus dans les deux Germanies*, les deux Bel-
1. Tréb. Poil. , LoU. — 2. Volpisc. Prob. — 3. Amra. Marcel. . XVII, 1 ; XVm. 2. - 4. Id., XXVllI, 2. — 5. Journ. offic. du 22 janvier 1873. — 6. Amm. Marcel., XXXI, 10. — 7. Le Beau, id., t. VI, p. 246; Zosim.. VI; P. Orose, VU, 40; Salv. de Gubern., II. Ces peuples, de môme origine que les Golhs, étaient, beaucoup plus que ceux-ci, mélangés d'éléments slaves. Voy. de Gobiieau, Races, IV, p. 22. — 8. Prosp. Aquit., Chroo., d. Bouquet, t. I, p. G27; Saint Jérom«, Lettr. XCi, id., p. 774 ; Carmen de provid. , id , p. 777. — 9. La Gaule était alors divisée en 17 provinces; voy. Palria, p. 1546; Lebas, France, Annales, Univ. pitl. ,t. I, cartes 3 et 4.
giqiieSjla I"* Lyonnaise et les deux Aquitaines , ils eutrèreut en Espagne par la Novempopulanie.
A leur suite parurent les Visigoths^ et les Burgondes. Les premiers occupèrent les deux Aquitaines , la I'* Narbonnaise et la Novempopulanie ; les autres s'établirent dans la I™ Germanie (412419 ap. J.-G.)^.
Vers le même temps, les provinces comprises entre la Seine et la Loire se séparèrent de TEmpire , pour former la Grande-Bagaudie^. Ge qui resta aux Romains dans la Gaule méridionale se trouva pressé entre les Burgondes , d'une part, et les Visigoths , de l'autre , tandis que les contrées du Nord, les deux Belgiques et la IP Germanie continuèrent à être traversées par les Franks, qui y commirent les plus affreux ravages^ .
Bientôt , l'Empire d'Occident ne fut plus représenté dans les Gaules que par le patrice Aëtius, moitié romain, moitié barbare, général vigoureux , élevé à l'école de la guerre, chez les Huns*. Aidé de quelques lieutenants dévoués, à la cause latine*, cet homme remarquable, que le prêtre Constance nomme avec raison vir magnificus'' ^ y soutenait avec courage tout le poids de l'invasion des Barbares. Depuis quinze ans (425-440 ap. J.-C.), il avait refoulé les Burgondes, arrêté les Visigoths , essayé de calmer la propagande bagaudienne. Tout à coup de nouvelles tribus de Franks , traversant le Rhin et se jetant sur les villes de la IP Germanie et de la I"* Belgique, les ruinèrent de fond en comble. Ce n'était pas que ces Franks voulussent faire leur séjour de ces villes désolées ; après avoir dévasté , pillé et brûlé Trêves, Cologne et Mayence®, les trois principaux boulevards de l'Empire vers la frontière du Rhin, ils
I. Voy. ci-dessus, p. 131 et suiv. — 2. H. Martin, id., t. I, p. 353. — 3. Id. , p. 357. — 4. Id., p. 355. — 5. Gré^. de T., coUea. Guizot, t. I, p. 60; Am. Thierry, Attila, tf I, p. 49. Aëtius, dans sa jeunesse, avait été donné en otage aux Huns par les Romains. Il s'était particulièrement lié d' amitié avec Attila. — 6. Majorien, qui, depuis, fut empereur. — 7r Vila S. Genn. , d. Bouquet, id., t. I, 6i3. — 8. Salv. de (.^ubern., VI.
s'étaient installés, à côté des ruines, eu dehors de ces cités ^ Mais ils se trouvaienteux-mémes poussés par d'autres Franks, qui, parmi les tribus germaines du Nord, avaient acquis une certaine prépondérance , et qui , pour écouler le trop plein de leur population , cherchaient également à s'étendre audelà du Rhin. . Au V* siècle , ces nouveaux hôtes germains vinrent jusque dans la IP Germanie et se mêlèrent aux tribus saliennes qui s'y trouvaient déjà établies. Ils se nommaient Mérowings ou Mérovingiens. Sortis des régions Scandinaves, comme tous les Germains du Nord^, ils s'étaient d'abord fixés sur les bords de la Baltique, vers les embouchures de l'Elbe et de l'Oder^, et, de là, s'étaient répandus vers l'Occideut, comme toutes les autres tribus germaines. Chlodio (Clodion) était vraisemblablement de cette famille. Vers Tan 447 de notre ère, ce chef commandait à une tribu salienne, dans laquelle l'élément mérovingien était venu se confondre peu à peu. Le prinee se disposait alors à quitter le lieu ordinaire de sa résidence, Dispargum^ (Duysborck) , village situé dans le pays de Tongres, vers les limites de la Toxandrie. Il partit en effet à la tête de sa tribu, marchant suivant la coutume des hommes de sa race , accompagné de chariots remplis de femmes et d'enfants , suivi de tçus ses • sujets; il comptait ainsi s'avancer jusque sur les terres des Romains. Sur la route, il s'empara des villes gallo-romaines de Tournai* et de Cambrai^; il menaçait déjà les régions voisines de la Somme , et il s'était arrêté près du bourg d'Héléna (Lens ?), pour célébrer , d'après la mode barbare, les fiançailles de lun de ses vassaux, quand Âëtius, prévenu à temps de Sa marche , tomba à l'improviste sur le camp ennemi , enfonça la ligne de chariots qui en constituaient la défense, et trouva les ï'ranks au milieu de toutes les orgies d'un festin de noce.
De chaque côté , on se battit avec acharnement ; mais les
1. H. Martin, id., t. I, p. 360. -~ 2. Cs. Joraand, Goths, IV. — 3. De Gobin., Races, t. IV, p. 26. — 4. Grég. de T.. t. I, p. 68. — 5. Gcst. Reg. Franc. , V. — 0. Grég. de T., t. I, p. 68.
Fraaks n'en furent pas moins culbutés ; ils durent regagner
à la hâte leurs marécages de la Tongrie, laissant entre les
mains du vainqueur leur attirail de guerre et de fête, leurs
chariots, les guirlandes de la noce et l'épousée encore
vierge :
Rapit esseda victor
Nubentcmque nurum i.
Bientôt l'arrivée d'Attila réunit momentanément, pour la défense contre l'ennemi commun , toutes les familles barbares nouvellement installées dans les Gaules. A l'approche de ce terrible conquérant (451 ap. J.-C), on vit — spectacle étrange — des contingents de toutes ces nations, des Saxons, des Yisigoths, des Burgondes, des Franks, abandonner leur propre territoire^ et courir les uns vers les autres, pour se confédérer et se mettre sous les ordres d'un général deTRinpire, qui venait de les combattre tour à tour. Ils se rassemblèrent au-delà de la Loire sous le commandement d'Aêtius qui , dans la personne d'Attila, allait combattre à la fois et son ami d'enfance^ et le fiancé , indifférent il est vrai, de la petite-fîlle du grand Théodose ^.
Le roi des Huns passa le Rhin sur deux points à la fois'. Devait lui, s'étendait la I" Germanie, dont toutes les villes fortes, dévastées continuellement depuis le commencement du siècle , à la suite des invasions, ne présentaient que des brèches béantes , des murailles à moitié détruites , que les Burgondes barbares n'avaient eu garde de restaurer. La population gallo-romaine qui les occupait encore était trop amollie et trop courbée sôus le poids de la servitude pour songer à en restaurer les défenses. Dans ces temps de démoralisation les plus empressés à réclamer les services de l'Empire , sollicitaient seulement le rétablissement des jeux du cirque®! Les hordes hunniques ne firent qu'un
1. Sid. Apoll. Carm. V, d. Bouquet, t. 1, p. 802. — 2. Am. Thiern-, Attila, t. 1, p. 137, 138. — 3. Voy. ci-dessus, p. 350, note 5.— 4. Honoria, sœurdeValentinienlII, lui avait fait offrir sa main; voy. Am. Thierry, Attila, t. I, p. 126, d'après Priscus. — 5. Id., p. 137. — 6. Salv. de Gubern., VI.
coup de main de 'toutes ces cités, malgré Goiidicaire et ses Burgondes. Ceux-ci, apr^s avoir été rçfoulés , rejoignirent AëCius à la hâte. Dans cette catastrophe, Augusta Rauracorum, Argentoratum (Strasbourg), Maguntiacum (Mayence), Civitas Vangionum (Worms), Nemetes (Spire), etc. , virent les ruines s'amonceler sur les ruines. Les Barbares passèrent , après les avoir dépouillées et s'être chargés de leur butin.
Attila trouva plus de résistance dans la I" Belgique. Sans doute, Trêves, célèbre par ses ruines successives ^ le kissa passer sans lui faire résistance. Mais il fut arrêté momentanément par la capitale des Médiomatrikes, Divodurum (Metz). Cette cité était renommée pour son attachement à TEmpire romain-; elle avait échappé à la dévastation des Vandales et à celle des Franks, et' elle conservait, intacts encore , les magnifiques remparts^, dont elle était redevable à la sollicitude des Empereurs *. Mais Attila, dans §es nombreuses relations avec Tancien monde , avait appris à construire une machine de guerre. C'était une arme terrible entre les mains des Huns, dont, un siècle auparavant, Ammien Margellin' avait cependant signalé l'incapacité poliorcétique. Depuis cette époque, beaucoup de ces Barbares avaient servi dans les armées romaines ; Théodose-le-Grand les y avaient incorporés, pour les opposer aux Goths, et leur nombre , dans ces armées , n'avait fait que s accroître sous les princes faibles, successeurs de l'illustre empereur*. Enfin Aôtius lui-même en voyait dans sa garde ^; ils se donnaient, du reste, au plus offrant®.
Les murs de Metz, s'écroulant sous l'action du bélier^,* les Huns se précipitèrent dans la ville par la brèche; ils ruinèrent la cité gallo-romaine de fond en comble , ne laissant debout que l'oratoire de Saint-Etienne^®. Ainsi tomba
1. Salv. deGubern, VI. — 2. Tac.,Hist., 1,63; IV, 70. — 3. P.Diac,
d. Bouq., t. I, p. 630. — 4. Voy. Guilbert. Villes de Fr., t. IV, p. ^5.—
S.AmiD. Marcel., XXXI, 2. — 6. Am. Thierry, Attila, t. I, p. 40. —
.7. H. Martin, id., t. 1, p. 369. — 8. Am. Thierry, id. -*- 9. Grég. de
T., l. 1, p. 55; Vila S. Ariiani, d. lloiiq., t. I, p. 645. —10. P. Diac, id.
uiïe des villes les plus fortes de la Gaule ; elle devait se relever bientôt sous les rois Franks , prête de nouveau à tous les dévouements et à tous les sacrifices!. Mallieureusj cité, qui, jusqu'à nos jours, n'avait jamais nourri que des âmes généreuses !
La IP Belgique, jusqu'à la ligne de la Somme, ne renfermait que de bien rares places fortes. Je ne parle pas de Bavay (Bagacum) qui, sous les .Empereurs, était devenue un des centres les plus importants de toute la région. Huit voies militaires , dont les traces subsistent encore en partie, y aboutissaient; et ses solides murailles, flanquées de tours S en faisaient un poste très-solide, dont les abords se trouvaient surveillés par plusieurs camps, tels que celui de Famars (Fanum Martis)^. Bavay avait été ruinée en partie déjà par les invasions des Franks ou des Vandales; il n'en est plus fait mention dans l'bistoire, à l'époque dont nous nous occupons^.
Mais, non loin de cette cité, se trouvaient Tournai (Tornacum) et Cambrai (Cameracum), deux villes gallo-romaines, qui devinrent très-importantes sous les rois Franks. ATouest, chez les Ménapiens, se distinguait Cassel (Gastellum)^, que sa situation particulière sur un mamelon, unique dans le pays, rendait excessivement fort. Ce château, bâti sous Auguste^ par le proconsul Carina, dominait toute la contrée environnante et portait même ses vues, à travers la Manche, jusque sur les côtes de la Grande-Bretagne. Chez les Atrébates , Arras (Atrebatum) avait succédé à une ancienne cité gauloise, Nemetacum^. La ville nouvelle four- •nissait à Rome ses tapisseries les plus renommées. Enfin, chez
1. Lebeau,Hist. do Bavay. — 2. Voy. Viollct-Leduc, Arch. milit. , p. 7. — 3. Cs. Guilbert,id., t. III, p.2i8.— 4. Id., p. 281. —5. Quelques fouilles faites récemment dans la Bulte du Moulin à Casscl, ont d(^montré que les murailles romaines étaient formées d*uu béton de piorres assez volumineuses. — 6. Selon toute apparence , Nemetacum se trouvait au confluent de la Scarpe et duGy, à 6 kilomètres d*Afra^. entre Duisans et Etrun , sur lo monticule qui , de nos jours , porte dans le pays 1^ nom de Cam» dr ^ùarr.
les Morins, floriôsaient égabnicnt îcs cités de Thôrouauno (Taruenna) et do Boulogne (Gessoriaciim).
Pendant que le gros de l'arinoe de?; Huns se dirigeait do Metz sur Reims , Attila avait 1 incé ses fourrageurs sui^ la IP Germanie et lalP Belgique. Cenx-ci ypillèrent Tongres*, Arras, Amiens, Boulogne et Thérouanne^. Ces villes, assez mal rem parées sans doute , laissèrent au vainqueur un butin considérable, et les plaines, qu'elles commandaient, donnèrent giux nombreux cavaliers, dont Tarmée se composait spécialement , d'abondantes récoltes de fourrages.
Parvenu devant la. grande cité rémoise, capitale de la II® Belgique , Attila la trouva presque sans habitants ; ceux-ci s'étaient enfuis vers les bois et vers les montagnes^. Les portes de Reims furent bientôt forcées et la ville fut livrée au pillage ; mais le vainqueur, impatient de gagner le centre de la Gaule , ne prit que le temps de se charger de butin. Il marcha à grands pas sur Paris. Lutèce était bien mieux gardée que la ville des Rémois. Sa position insulaire , du reste , la mettait à Tabri de la terrible machine des Huns, le bélier. Grâce aux instances de la vierge Géliovéfa (Sainte Geneviève), les Parisiens n'avaient pas déserté leurs murailles^. Le roi des Huns ne perdit pas son temps devant cette place ; il courut sur Orléans, où devait se terminer sa campagne contre les places fortes.
Le vieil oppidum gaulois (Genabum) possédait de bons murs gallo-romains*, likuvellement restaurés •. L'évêque Aignan l'avait abondamment pourvu de vivres et de machines de guerre; il comptait surtout sur le secours que
1. Grég. de T., t. I. p. 53. — 2. Guilbert, id., t. lil, p. 313. On lit dans la Vie de Saint Vaâst que la ville d'Arras fut entièrement ruinée par les Huns. Voy. H. Martin, t. 1, p. 373. — 3. Am. Thierry, id., t. I, p. liO, d'après Frodoard , Eglise de Reims. — i. Id., t. I,p. 151. — 5. Voy. ci-dessus, p. 106. — 6. Vita S. Aniani, d. Bouquet, t. |, p. 645.
lui avait promis Aëtîus. La ville , après cinq semaines de résistance opiniâtre, après des efTorts inouis et des prodiges de patience, venait d'ouvrir sas portes à Tenuemi et voyait déjà se commencer le pillage, quand parut le général romain. Attila n'eut que le temps de courir vers les Champs Catalau niques S où, ayant été rejoint par Aëtius, il essuya, près de Méry-sur-Seine (Mauriacum)^, la plus sanglante des défaites. U n'avait pas trouvé le loisir, dans sa mai'che, de mettre au pillage la ville de Troyes , cité ouverte qui s'était trouvée sur son passage. Il regagna à la hâte la Germanie, avant de se précipiter sur l'Italie (452 ap. J.-C.}.
Si j'ai tant insisté sur cette campagne des Huas, c'est qu'elle m'a fourni l'occasion de mcittre sous les yeux du lecteur la situation de la Gaule septentrionale, à l'époque de l'origine du royaume des Franks.
Quand, grâce à Aëtius, le danger fut passé, les attaques contife l'Empire romain recommencèrent. Childéric (Hildérik), le fils de ce Mérovée qui avait commandé les Frauks Salions à la bataille de Méry-sur-Seine , s'empara de Cologne, qu'il emporta d'assaut et y tua une grande quantité de Romains (462 ap. J>G.)*; bientôt il occupa Tournait En même temps, d'autres Franks dfcla même famille, Chararic(Hararik) et Ragnacaire (Raghenaher), s'installaient, le premier à Thérouanne , dans l'ancien pays des Morins , le seconda Cambrai, sur le territoire des Nerviens. On prétend même encore que Childéric , à la même époque , s'avaoça jusqile dans le Perche et dans le Maine, dont il donna le gouvernement à Régnomer, prin|B de sa famille (vers 463 ap. J.-C.)*. Childéric mourut à Tournai, laissant à la tête de son royaume son fils Clovis (Clodowig), âgé de quinze ans (481 ap. J.-C).
Les possessions romaines dans la Gaule se réduisaient alors à TArvernie et au Soissonnais*; les Burgondes, les
1. Idacc, Chron., id., t. I, p. 619.-2. Voy. Grég. de T., t. 1, p. 57. — 3. H. Martin, t. I, p. 385.-4. Id., p. 387. — 5. Guilberr.id., t. III. p. 368. — 6. Voy. Sid. Apolliu., VU, Lettre V, d. Bouq. , t. i, p. 7'JS.
Saxons, les Visigoths, les Bretons et les Franks se partageaient le resta. La défaite de Syagrius à Soissons rendit Clovis maître de toute la région que possédait encore le roi des Romains dans la Gaule septentrionale ; le surplus passa aux mains des Visigoths. Quant à la ville de Soissons, elld devint la capitale du nouvel empire des Franks, et le roi fit entrer dans son domaine particulier toutes les propriétés qui avaient fait partie. du fisc* impérial (486 ap. J.-C).
Il n'entre pas dans mon programme de suivre Clovis dans ses luttes avec les Visigoths et les Burgondes. Quand ce prince mourut, Tan 5il de J.-C, son royaume s'étendait du Rhin aux Pyrénées , comprenant en outre quelques provinces transrhénanes. Les Bretons résistaient encore dans leur presqu'île occidentale, et les Burgondes, dans la région orientale, occupaient l'anfuenae province romaine étendue jusqu'à Bourges, Auxerre, Langres et Bâle. Les Visigoths, relégués dans la Septimanie, s'y maintinrent quelque temps encore, jusqu'à leur passage définitif en Espagne (531-532 ap. J.-C). On a déjà vu précédemment tout ce dont on leur est redevable , pour la conservation des traditions romaines, en matière d'architecture des forteresses^.
Quant aux Franks , une fois maîtres de la majeure partie de la Gaule, ils installèrent dans les principales cités galloromaines des ducs et des comtes amovibles^, qui furent chargés d'y assurer l'autorité royale et d'y lever les tributs destinésau trésor des princes. Ainsi , Mundéric, fils naturel de Clovis !•', reçut le gouvernement de Vitry en Perthois^, après la défaite de Syagrius (486 ap. J.-C), et Aurelianus, favori du même roi, eut celui de la ville de Meluu, dont son
Depuis la chute de l'Empire d'Occident (477 ap. J.-C), Syagrius s'était rallié à l'Empire d'Orient ; mais Zenon ayant abandonné la Gaule h ellemôme, Syagrius ft'était trouvé tout à coup complètement indépendant ; voy. 11. Martin, t. I, p. 400.
1. Cs. Cliéruel, Institut., etc., 1. 1. p. 288 etiiO.— 2. Voy. ci-dessus, p. 131 et suiv. — 3. Cs. M. Lagardc, Hisl. du duché de Luxembourg, t. I, p. k\). — i. Cs. Cuilbcrt, Villes de France, t. llï, p. Idi.
maître venait dn s'emparer (494 ap. J.-G.)* . Les évéques, souvent , furent admis au partage de l'autorité dans les villes^^ je n'en prendrai pour témoin que Rémi, évéquede Reims, auquel le roi Clovis lui-même remit la ville da Mouzon, dans les Ardennes, aûn qu'elle devint sa possession^.
Les délégués des princes dans les cités avaient encore pour mission do veiller ii la conservation des murailles de Ces places, qu'ils devaient maintenir dans le meilleur état possible. Ils recevaient à ce sujet les instructions de leurs maîtres, quand ceux-ci prévoyaient que leurs domaines allaient se trouver en danger d'être envahis. Laissons parler GRÉGomE DE TouRS^ : a Chilpéric (Hilpérik P') , dit-il, » ayant appris que son frère Grontran avait fait la paix avec » Childebert, son neveu, et qu'ils voulaient se réunir pour » lui reprendre les villes qu'il leur avait enlevées de force, » se réfugia avec tous ses trésors dans la ville de Cambrai » et y emporta avec lui tout ce qu'il avait de meilleur. Il » envoya des messagers aux ducs et comtes des cités pour » les engager à réparer les murs des villes , à renfermer » leurs effets ainsi que leurs femmes et leurs filles sous » l'abri des remparts et à se défendre courageusement, si la » nécessité l'exigeait, de manière à ce que l'ennemi ne pût » leur faire du mal » (584 ap. J.-C).
A cette époque, et comme conséquence de rapplication de la loi salique', les provinces frankes changeaient perpétuellement de maîtres, à cause des partages constamment renouvelés , auxquels la loi donnait lieu. De là des querelles interminables entre les princes qui , toujours mécontents de l'inégalité de leurs lots, cherchaient sans cesse à en rétablir l'équilibre par les armes, sauf à le dépassera leur profit.
1. Guilbnrt, id., t. VI, p. 795; H. Martin, t. I, p. 418.— 2. Cs. Guiiot, Esviis 5UP riiisî. de Franco, I. — 3. Guilbert, id. , t. III, p. 172. — i. Grég. de T., IliM. ilc Fr., collect. Giiizol, t. I, p. 363. — 5. Voy. Aug. Thierry, Lettres sur l'Iiist. de Fr.^ p. i5i et suiv.
Il est difficile aujourd'hui, au milieu des adjouctioas subséqueates, de distinguer dans les restes des anciennes murailles des cités gallo-romaines les travaux d'entretien et de réparation exécutés pendant la période mérovingienne. D'un autre côté , les historiens se taisent sur la plupart de ces restaurations ; encore moins parlent-ils de constructions nouvelles. Nous savons néanmoins que si Tart de la construction des forteresses fut très-négligé sous les^ Mérovingiens , il ne fut cependant pas entièrement délaissé. Clovis P*", en effet, releva les murs de Goulommiers, qui venaient d'être détjruits par les Franks , à l'époque de la conquête. En même temps , il jeta dans une île voisine sur le Morin « les fondements d'un château qui rerut le nom » d'Hôtel des Salles^. «.Ce prince, qui connaissait la manière d'assiéger les forteresses « avec des béliers et d'autres ma- » chines de guerre^ » ne pouvait méconnaître l'utilité de bien remparer les villes qui lui appartenaient.
Chilpéric P"", roi de Soissons, après s'être emparé de la ville.de Châlons-sur- Marne , qui faisait partie du domaine ^e son frère Sigebert, jugea également qu'il était prudent de la fortifier et d'en agrandir l'enceinte, pour s'en assurer la possession (563 ap. J.-C.)^. Sigebert reprit plus tard toutes les forteresses que son frère lui avait enlevées (565 ap. J.-C.)^.
Mais Brunehaut, surtout, se distingua par la construction de quelques châteaux et de plusieurs fotteresses nouvelles ', Son goût pour les constructions, et les sonlmes qu'elle y dépensa, en firent, aux yeux des populations gallo-frankes, et jusque dans le moyen- âge, une nouvelle Somiramis, à laquelle , dans la suite , furent attribués bien dos ouvrages, dont l'origine remontait souvent à des temps bien plus an-
1 . Guilbert, id., t. lll, p. 8i. — 2. Vita S. Maximi et Chron. Verdun., dom Bouquet, t. III, p. 353 et 393; voy. H. Martin, t. 1, p. i59. La défaite de Syagrius avait procuré h Clovis beaucoup de machines de guerre et les artisans romains attirés à lacpurlui en avaient appris l'usage et le mode de construction. Voy.Tatria, 1. 1, p. 1241. — 3. Guilbert, id., t. III, p. 58. — 4. Grég. de T., t. 1, p. 176. — 5. Voy. Prévost, Forts vitrif., p. 36.
ciens^ Tous les officiers du génie connaissent les magnifiques voies romaines , qui sillonnent les départements du Nord et du Pas-de-Calais. On les appelle encore aujourd'hui dans le pays : Cliaussées Brunehaut, La reine d'Âustrasie, sans doute , avait fait travailler à leur entretien ou à leur réparation.
Quant à la construction de ces voies de communication, elle remonte à Marc-Agrippa, général de lempereur Auguste, qui les fit commencer^.
Le nom de Brunehaut, au moyen âge, se retrouvait également dans celui de plusieurs tours ou forteresses : « Brunechild (Brunehaut), dit M. Huguenin', fit élever » sur divers points du royaume (Austrasie) des forteresses » qui reproduisaient Taspect et la solidité des constructions » romaines. A Vaudémont, sur les limites de T Austrasie et ))-de Tancien royaume de Bourgogne, subsistent les restes » de la tour de Brunehaut : les murs de cet édifice n'avaient » pas moins de cinq mètres (5"*,00) d épaisseur *. Une pareille » tradition fait remonter aussi jusqu'à la reine d' Austrasie » la construction du château de Salmoucy, près de Laon^ » Les ruines d'une forteresse du même genre, construite non » loin de la ville de Tournay, sur les frontières de la Neus- » trie, étaient nommées, il y a peu de temps encore, te )> pierres de Brunehaut^. »
On signalait encore, en dehors du territoire austrasien, le château de Brunehaut, près de Bourges, la tour de Brunehaut, à Étampes, la tour de Brunehaut, près de Cahoi's, etc., etc.^
Les constructions de forteresses nouvelles devinrent de plus eil plus rares au VIP siècle ; les historiens, du reste, mentionnent à peine, pendant cette période, quelques répara*
1 . Cs. Challamcl, Mémoires, etc., 1. 1, p. 477. — 2. Guilbert, id. , t. III, p. 247; Congrès archéoL deFr., 1860, p. 85.— 3. Huguciiin, Austras., p. 191. — 4. Id., d'après D. Caimet, Notice de Lorraine, t. II, p. 733. — 5. Id., d'après D. Nicolas Lelong, Hist. ccclés. et civile du diocèse d« Laon. — 6. Id., d'après Adrien Valois, Rer. Francic.,'t. Il, p. 58i. — 7. Id., et Cihallamcl, Mt'moires, etc., t. I, p. 477.
lions faites par les éyêques aux murailles des anciennes villes fortes. C est ainsi que Fauteur de la Vie de Sainl-Léger parle de la restauration des murs d'Autun. L evêque les fit rebâtir du côté du sud*, à l'époque de sa querelle avec Ebroïn, maire du palais de Neustrie (GGl-678 ap. J,-C.).
Les évoques, depuis la conquête, avaient conservé dans les villes une influence et une autorité qui dominaient toutes les autres^. « Nul ne rogne, si ce n*est les évéques » des villes^! » disait parfois le roi Chilpéric I", et grâces à Dieu, au milieu du chaos mérovingien, ces prélats-gouverneurs avaient aidé la civilisation antique à se perpétuer; chez eux, les malheureux habitants des cités galloromaines n'avaient cessé de trouver un appui constant contre les déprédations des rois et des princes, occupés seulement de leur bien-être et de leurs disputes. Pourvus de la dignité de défenseur de la cité, magistrature instituée jadis par Tempereur Valentinieu I" (365 ap. J.-C.) « pour » protéger le peuple des municipes contre les exactions » fiscales^, » les évêques continuaient à s'interposer entre les conquérants et les vaincus, pour faire respecter les droits de ceux-ci. Nommés à Télection par les fidèles et reconnus dans leur charge par les rois, ils acquirent dans les cités une autorité considérable qui , grâce à leur supériorité intellectuelle, due à la culture de leur esprit,
1. Guizot, Mémoires, etc., Vie de Saint-Lt^ger, t. II, p. 327; Giiilbert, id., l. V, p. 1A3. — 2. Gr(5goire de Tours, en parlant de Grégoire, évéque de Langres, donne la description des défenses de la ville de Dijon, où ce prélat, dit-il, vivait hahitucllemcnt (533 ap. J.-C.) : a C'est un château bâti de murs très-solides.... Dijon • a quatre portes situées vers les N quatre points du monde. Toute cette bâtisse est ornée en totalité de » trente-trois tours; les murs sont jusqu'à la hauteur de vingt pieds consw tnàls en pierres carrées et ensuite de pierres plus petites; ils ont en tout
» trente pieds de haut et quinze pieds d'épaisseur Les anciens disent
» que ce château fut bail par l'empereur Auréiien (lisez Marc-Aurèle) (1 73ap. J.-C). » Voy. Grég. de T., liv. I ; Guizot, id., 1. 1, p. 438 ; Guilberl, id., t. V, p. 25. — 3. Aug. Thierry, Récits méroving., !<» récit, p. 204; Cn^. de T., id., t. 1, p, :i7!,liv. vi.— 4. Cheruel, Inslit., t. I, p. 266.
devint bientôt exorbitante, sons les dernière Carlovingleiis', et sembla devoir menacer la puissance même des rois. Sous la troisième race, les évoques disputèrent souvent, aux seigneurs et même-aux rois, la propriété des murs des villes fortes, comme en témoignent de nombreuses chartes et plusieurs autres documents historiques de la monarchie française^.
A la fin du VP siècle, la révolution religieuse opérée par Saint-Colomban (590-615 ap. J.-C.) amena la fondation, sur le territoire de la Gaule , de nombreux monastères, qui donnèrent bientôt naissance eux-mêmes à des villes et plus tard à des places fortes^. La parole du moine lit affluer tant de disciples que les monastères nouvellement constrnils devinrent insuffisants pour les abriter tous ; les rois durent leur offrir bon nombre de leurs villas, dont ils firent désormais leur résidence. A ces moines était l'éservé le soin de tlessécher les marais, de défricher les terres incultes et d'amener dans la Gaule la prospérité que l'agriculture seule pouvait lui donner alors. Clotaire II (Chlother) , le fils delà trop célèbre Frédégonde *, Dagobert, le roi légendaire moitié dévot, moitié libertin*, d'autres encore, livrèrent aux moines les plus grandes de leurs métairies. Quel aspect présentaient alors ces villas, ces fermes et ces métairies dont quelques-unes allaient ainsi se transformer en monastères, avant de devenir des chateaux-forts, comme cela eut lieu souvent plus tard ?
I^es Franks, conservant les vieilles mœurs tudesques et préférant, dit-on, l'air des champs à celui des villes murées, s'étaient, pour la plupart, établis, eux et leur suite, au milieu des bois, au bord des ruisseaux. Là ils se livraient tout à leur aise aux plaisirs de la chasse , leur délassement favori. Leurs habitations champêtres avaient conservé le
1. Cheniel, id., p. 159 et 387. — 2. Voy. Aime Champollion , Rev. archéol., 1856, t. H, p. 381 cl suiv. —3. Gs. H. Martin, t. il, p. 129.- A. Le monastère dcLuxeuil futdolé de terres par Clolairij 11. — 5. Dagobert donna aux moines de Saint-Denis vingt-sept de ses grandes métairies de l'Anjou CL du Poitou (633 ap. J.-C); H. Martin, t. Il, p. lli; i]\mU Vie de Dagobert, Mémoires, etc., t. 11, p. 290.
nonî que cette espèce de demeures portait sous les l\ elUîs s'appeLiieiit des villas (villœj. Pour eux, les cit« romaines, avec leurs arènes et leurs théâtres, av arcsde triomphe, leurs portes mouumeutales, leur J leurs lempios, n'étaient que des séjours ennuyeu.^ ne se fussent emprisonnés qu'à regret. Encore eussent-ils consenti à s'enfermer dans les ruines d oppida Gaulois, dont l'aspect rappelait sans doute celui de Gergovie et d'Uxeilodunum de l'époque de et Oli les huttes grossières et pressées formaient dej mérations étroites et ramassées^. Ces forteresses ( au sommet de quelque pic difficile se trouvaient d positions d'un accès malaisé. De toutes ces cités, < avaient remis le gouvernement à leurs antrustions^^ n'avaient songé qu'à en faire des soui^ces productive pots; dans quelques-unes seulement, à Paris ^, à à Soissons^, à Orléans^, à Châlous-sur-Marne®, ils daient des palais, séjours antiques des lieutenai Césars, dont ils avaient fait le siège de leur empire trônaient parfois au milieu de leur cour. Mais, souvent, ils habitaient loin de ces demeures of&cit vivaient dans la campagne. Cependant, confiants l'appui que pouvaient leur prêter les villes forte
1. Cs. Capefiguc, Cliaricmagnc , t. Il, p. 256 et suiv. — ci-dessus, p. 333. — 3. Les antrustions , chez les Germain Franks, étaient les compagnons, les fidèles des rois. La truste c( leur suite, formée des guerriers, des nobles possesseurs de ter de Gobineau , Races , t. IV, p. 66. — 4. Le palais des Thermes i (construit vers 358 ap. J.-G.) était la résidence offidelie de Ghildi Les jardins qui Tcntouraicnt en faisaient, à proprement parler, un< de campagne , et le roi y greffait de ses propres mains des arbres i voy. Le Payen de Flacourt, Rev. arch., 1857, p. 307 et suiv. — 5. roi d'Austrasic et autre 61s de Clovis I^r, tenait sa cour dans la Mai. de Melz; voy. Hugnenin, Auslras., p. H. — 6. Clolairc, le frère codent, résidait à Soissons dans l'ancien palais de Syagrius. — 7. G Taîné des fils de Glovis vivait à Orléans. — - 8. Gcltc ville devint d capitale de l'Auslrasic sous Théodebcrt , fils de Thierry , roi de Me Huguenin, id., p. 100.
soulonir leurs niuliielles querelles, ils se les disputaienl, rl'orfliuaire, au moment (les partages, et il leur semblait que (le leur possession devaient dépendre, pour chacun d'eux, la prépondérance et la suprématie. C'est ainsi que la ville de Paris , après la mort de Charibert (HariberL) , fds de Clotaire l''^* dut être divisée et donnée aux trois frères du prince défunt. L'importance de cette possession paraissait alors si grande que chacun des héritiers dut jurer, sur les reliques des saints, qu'il n'entrerait dans cette capitale saus le consentement des deux autres , sous peine de perdre tous ses droits à la succession (507 ap. J.-G.)*.
Le plan des demeures agrestes, séjoui*s favoris des princes franks, était calqué, sans doute, sur celui des anciens châteaux de la Germanie, qui, au-delà du Rhin , portaient le nom d'odeh'^. Mais, comme toutes les habitations des Barbares, comme celles de ces Germains dont parle Ammien Marcellin^, comme celle d'Attila, dont nous entretient Priscus'*, elles s'étaient modifiées par le goût romain. Dans ce palais du prince barbare des Huns, des clôtures formées de palissades entouraient des édifices de bois ou de pierre. Au centre s'élevait, plus haut que toutes les autres constructions, le réduit fortifié et muni de tours qui servait de logement au roi. « La maison d'Attila, dit M. Am. Thierry, » était encadrée dans de grands panneaux de planches d'un » poli admirable, et si exactement joints ensemble qu'ils » semblaient ne former qu'une seule pièce ».
1. Gvé^. de T., 1. 1, p. 380. — 2. Vodel, chez les Germains, constituait la propriété foncière et libre de Thomme noble, c Lorsqu'on entrait dans leur » résidence, dit M. de Gobineau, on se trouvait d'abord dans une vastfi » cour, entourée de divers bâtiments, consacrés à tous les emplois de la vie 9 agricole , étables , buanderies , forges , ateliers et dépendances de toute » espèce, le tout plus ou moins considérable, suivant la fortune dum^Jtre. » Cette réunion de bâtisses était entourée et défendue par une forte palissade. » Au centre s'élevait le palais, l'odel proprement dit, que soutenaient et ;* ornaient en môme temps de fortes colonnes de bois , peintes de coulfut^ » variées.... » ; de Gobin., Races, t. IV, p. 49 et 74. —3. Amm. Marcel . XVII, 1. — 4. Ara. Thierry, Attila, t. I, p. 90.
Sans doute, les villas frankes préseataieut un aspect moins grandiose. On n'y trouvait pas encore, comme dans le palais du roi des Huns, la tour crénelée en pierre dont le prince faisait son logement, espèce de réduit ou de donjon, comme on l'eût appelé plus tard. Cependant, toutes ces hal'italions devaient posséder bien des caractères communs d'organisation générale. Comme la cité royale des Huns, la villa de Braine, séjour de prédilection des premiers Mérovingiens^ devait être entourée d'une clôture de bois, espèce de haie gi*ossiôre ou de palissade , dont les matériaux avaient été empruntés à la forêt voisine. Comme elle aussi, elle possédait son réduit ou donjon , plus élevé que toutes les autres habitations , demeures rustiques des liles ou fiscalinSj clients des princes, artisans, ouvriers ou cultivateurs, qui, de gré ou de force, étaient venus se grouper autour de la demeure mérovingienne. Il suffit de comparer les vers de Venantius Fortunatls^ au texte de Paiscus^, pour rester convaincu qu'il y avait entre Torganisation défensive de la cité d'Attila et celle des villas mérovingiennes les plus grandes analogies. « L'habitation royale », dit M. AuG. Thierry^, en parlant de la villa de Braine, « n'avait rien de l'aspect militaire des châteaux du moyen » âge ; c'était un vaste bâtiment entouré de portiques » d'architecture romaine , quelquefois construit en bois poli » avec soin et orné de sculptures qui ne manquaient pas » d'élégance ». Évidemment des architectes ou des artisans élevés à la même école, ayant le même goût, avaient bûti les deux demeures royales, dont il vient d'être question.
Quant au vers de Fortunatus :
Singula silva favens acdificavit opus ^, vraisemblablement, il ne s'appliquait pas seulement à la décoration extérieure des x)ortiquesàla romaine, mais encore
1, Aug. Thierry, Récits méroving., 1er récit, p. 197. — 2; Altior innititur, quadrataque porticus ambit, El sciilpturuta liisit in artc fabcr. (Venant lus.)
3. Turrilius iiisignis reliquis conspcclior et in alliori locosila. (Piiscus.)
— i Aui;. Tliieriy, liocils mérgving., p. 197. — 5. Id.
aux palissades et aux dùtures de bois qui formaient la défense du donjon i-oyal mérovingien. 11 est iaipossible d'admettre que la plupart des réduits de ces villes n'aient pas été clôturés ; car les mœurs barbares de l'époque, daus ces temps de crimes., de parjures et d'assassinats, eussent certainement exclu toute idée de sécurité, même au centre des domaines royaux, sans les précautions défensives que je viens d'indiquer. Les princes, du. reste, y conservaient souvent momentanément leurs trésors*, sauf à les transporter à la hâte dans la ville forte la plus proche , eu cas de danger. On sait encore qu'ils y faisaient, d'ordinaire, battre monnaie*. D'autres fois, ils y enfermaient leurs prisonniers^ Toutes ces circonstances impliquaient forcément la nécessité d'une organisation défensive, pour les villas de premier ordre.
Sans doute , beaucoup de villas , qui n'étaient que de simples fermes ou métairies, se trouvaient seulement entourées d'une haie vive. Charlemagne, dans le Capitulaire de villts^ Recommandait expressément l'entretien de ces clôtures : « Que l'on garde soigneusement leà édifices de nos >> palais, disait-il *, et les haies qui les entourent». A cett^ époque les viUas constituaient la principale source de revenus du domaine royal, ce qui justifie les recommandations expresses que renferme le célèbre Capitulaire.
Quelques-uns font dériver le mot ferme du latin firm, venant lui-même du grec herma qui signifie clôture^. Si cette étymologie est exacte, elle rend un compte sufiisqnt de la
1. Cliilpcric 1er, après la mort de Clotaire, courut à Braine pour s'emparer des trésors de son père et les porta à Paris. Grég. de T., t. 1, p. i7G. — 2. Cs. Le Paycn de Flacourt, Rev. arch., 1857, p. 307 el suiv. — 3. TliL'odebert , fils de Cliilpéric, fut enfermé par Sigebert dans la villa de Ponthion, en Perthois. Grég. de- T., t. 1, p. 177. Griffon, Cls naturel de Charles-Martel, fut enfermé dans un château des Ardennes, probablement Sainlc-Wénchould (Caslrum Super Axonam), que Dreux VI, (hic de Champagne, avait l'ait luilir vers l'an 039 ap. J.-C. Voy. Guilbcrt, t. m, p. IGU. — 4. Baluzc.Capit., adann. 800; voy. Cipefiguc, Charlem., I. Il, p. 0:2. — 5. Ibuillct, bicl. géogr., au mot ferme.
manière dont ces établissements agricoles étaient protégés au moyen Ajie, pour qu'il devienne inutile d'insister davantage sur leur organisation défensive.
Lorsque Dode, chef de la maison de Pépin d'Héristall, vint attaquer l'évéque de Liège dans une métairie qui donna plus tard naissance à une grande ville de la Belgique, le domaine ecclésiastique était garni de palissades, qu'il fallut arracher avec de grands efforts, avant de pénétrer par les portes solides dont il était garni*. Ou voit par là que les métairies (curtes) possédaient également des clôtui'es défensives. De notre temps, les Picards nomment encore c(mr/ife de petits enclos dont les haies ne servent plus qu'à garantir les habitations des villageois des entreprises des voleursetdes dévastations des animaux. Ces enclos n'en ont pas moins conservé jusqu'à notre époque la tradition des métairies mérovingiennes (curtes) , dont le nom venait, dit-on ^, du celtique cor ou cort signifiant champ renfnmé. Combien de villages modernei-, qui ont succédé certainement à des métairies mérovingiennes, ont conservé, du reste, dans la terminaison de leur nom, la tradition d'un ancien état de choses, le souvenir de leur antique aspect: Framecourt, Béalcourt, Humbvjrcourt, etc. ^ !
Les Mérovingiens eurent des villas dans tout le nord de la Gaule ; il serait trop long d'en faire l'énumération. Mais ces maisons de plaisance se multiplièrent surtout sous les Carlovingiens, et ce fut à tel point qu'au VHP siècle il y c< avait en Belgique et sur les bords du Rhin plus de cent » grandes terres ou palais '• ». Pépin-le-Bref possédait des maisons royales jusque dans le Luxembourg.
Peu à peu ces demeures champêtres, qui n'avaient été d'abord que des fermes clôturées, prirent un aspect tout à fait militaire. Château-Thierry, de simple villa, devint une forteresse formant une position militaire de premier ordre (730 ap. J.-C.J. On sait quelle bonne résistance ce château
i. 708 ap. J.-C. Voy. H. Martin, I. H, p. 175. — 2. Brcnlicr, Rcv. arclî., 185:2, t. II, p. ADO. — 3. Cs. Tdilliar, Congr. arch. de Fr., 1801 t. I, 0. 181. — 1. xMarcelliD Lagardc, Luxemboui-t;, t. I, p. GO.
fit depuis aux Normands ; ceux-ci durent passer outre saus le prendre*.
Quant à la villa de Verberie-sur-Oise, elle se transforma également en un château fort du plus bel aspect. Déjà du temps de Gharlemagne , cette forteresse se distinguait entre toutes par sa magnifique bâtisse en pierres de taille et par ses tours rondes ou carrées*.
Nous avons vu précédemment que les princes confinaient parfois leurs prisonniers dans leurs villas ; mais c'étaient plutôt les monastères qui leur servaient de prisons d'état. C'est ainsi que celui de Luxeuil , fondé par Saint-Golomban (590 ap. J.-C), put réunir momentanément les deux ennemis les plus irréconciliables qu'on eût pu citer au VIP siècle, Ebroïn et Saint-Léger (672 ap. J.-C.)^.
Mieux que les villas, auxquelles ils avaient succédé, les monastères étaient garantis par des murailles contre les profanations étrangères, contre les agressions auxquelles leurs richesses devaient les mettre forcément ea butte, à l'époque de troubles et de désordres de la période mérovingienne.
Longtemps les oratoires, les églises et les basiliques avaient pu être édifiés sans danger en dehors des murailles des villes'*. Les Huns avaient respecté, par superstition, la plupart des lieux consacrés au culte'; et les Franks de Clovis , après avoir pillé les églises , s'étaîent faits leui'S plus chauds protecteurs^. Le respect dont elles étaient entourées les rendait des asiles inviolables et leur servait de défenses mieux que n'eussent pu le faire, sans doute, les murailles
i. Guilbert, id., t.'UI, p. 87. Ce cliâleau fut bâti par Charics-Martcl pour servir de résidence royale ù son pupille Thierry IV. — 2. Voy. Le Payen de Flacourt, Rev. arch., 1857, p. 307 et èuiv. — 3. Guizot, Mémoires, etc., t. II, p. 337, Vie de Saint-Lcgcr. — i. La basilique de Tours, construite par révoque Perpétuus (Vo siècle), était û 550 pas de la ville. Grég. de T., p. 74. — 5. Les Huns respectèrent à Mclz l'oratoire de Saint-Etienne ; voy. ci-dessus p. 353. Pour l'église de Reims, voy. Frodoard, Vie de Saint-Nicaisc , et Am. Thierry, Attila, t. 1, p. i^l- — G. Cs. Grég. de T., liv. II, t. I, p. 8C.
les plus solides. Mais tes mon&stôres ne piésentaient pas le même caractère. Ceux qui , au VI' siècle , avaient été foadés par les BéDédictins étaient surtout des colonies agricoles; et jusqu'au VIII" siècle, époque à laquelle les compagnons de Charles-Martel les envahireat, ea s'iutitulaot des clercs $éeuiiert, ils coaservèreot cet aspect '.
Cependant quelques-uns furent de bonna heure organisés à la manière des forteresses. Celui de Saint- Vaast, à Arras, simple oratoire dans le principe, devint monastère sou» Thierry m (686 ap. J.-C.). U fut alors protégé par d'épaisses murailles et tira en outre un grand appui d'une forteresse b&tie dans le voisinage : Gastnim Nobiliâcum, w Grâce à ces » remparts, dit M. Paulin Paris*, le monastère de Saint- » Vaast servit d'asile aux peuples de l'ancien territoire des » Atrebates, quand débordèrent «n France les Normands, u eet autre ûéau de la vengeance divine. »
D'autres monastères, dans les mêmes régions, tiraient également une partie de leur protection des forteresses' établies d'avance dans leur voisinage. Telle l'abbaye de Saint'Bertîa, à Saint-Omer. Fondée au milieu des maréeages, dans une tle de l'Aa (Sithin) (637 ap. J.-C), elle prenait surtout sou soutien dans le chflteau d'Adroald, ' seigneur de toutes les terres avoisinanles ' ».
Le même Adroald, en 611, était « établi dans le fort ou » bourg de Douai (Gastrum Duacum] » ; il protégeait Lambre, résidence royale des Mérovingiens. « Grâce à ses libéralités, » dit M. Le Gut *, Saint-Amand fonda sur les bords de la » Scarpe une abbaye qui ne tarda pas à devenir célèbre et » donna naissance à la ville de Marchiennes ; c'est sans » doute aussi sous la protection du château de Douai que, D peu de temps après, le même apàtro érigea, non loin n de Marchiennes , le &meux monastère d'Ëluon (depuis «Saint-Amand).... u
A cette époque, un grand nombre de seigneurs possédaient
1. Voy. Çiiéruel, losiitut,, t. I, p. 2. — 2. Guilbert, t. 111, p. 313. — 3. ja.,p.3«. —4. H., p. 227.
comme Adroald, des châteaux-forts leur servant à la fois de résidence et de réduit. Il suffit de citer Lidéric, forestier de Flandre qui, selon la tradition, lit construire le château d'Aire (Ariacum), pour défendre le cours de la Lys, ou mieux pour prélever plus facilement des impôts sur la navigation du fleuve (630 après J.-C). « Quelques années après, » dit M. d'Héricourt*, une autre forteresse fut bâtie sur la » Laquette; de nouveaux habitants vinrent y chercher un » refuge , et , dès la fin du VIP siècle , la ville était déjà » assez importante pour qu'Antoine, fils de Lidéric, la fit » entourer de murailles. »
Au VHP siècle, les Arabes, envahissant la Gaule méridionale, y firent les plus affreux ravages. Pillant et saccageant les grandes villes, Narbonne (719 après J.-C), Autun (725 ap. J.-C), etc., ils dévastèrent, dans les campagnes, les fermes, les villas, les métairies, les monastères. Puis vinrent les Franks-Austrasiens de Charles-Martel, qui ne firent que parachever cette œuvre de destruction. Les murs d*Avignon renversés* (737 ap. J.-C), les villes d'Agde et de Béziers pillées, la cité de Maguelonne rasée', telles furent les ruines qu'ils accumulèrent successivement. Narbonne , récemment fortifiée solidement par les Sarrasins, résista grâce à ses bonnes défenses ; mais Nîmes vit disparaître en partie les lignes de ses vieilles murailles romaines* et le feu fut porté jusque dans ses Arènes^, parce qu'elles pouvaient encore servir de citadelle aux Musulmans •. Dans les campagnes, tout ce que ceux-ci avaient respecté, fut dévasté par les Austrasiens.
Ces circonstances amenèrent progressivement la transformation de Torganisation défensive du pays. D'un autre côté, les ducs d'Aquitaine visaient alors à l'indépendance et s'organisaient en conséquence. Déjà Limoges , par les soins d'Eudes, s'était changée en une ville forte de premier
1. Guilbert, t. III, p. 341. —2. FrMég., Continuât., III, Guizot, t. III, p. 243.7-3. Id., p. 244. —4. H. Martin, t. 11, p. 211.-5. Voy. Aug. Thierry, Lettres sur l'hist. de Fr., p. 33. — 6. Voy. ci-dessus, p. 99.
ordre ; ce prince venait de Tentourer « de murs sol » épais, défendus par de grosses tours et des fossé » fonds^ » (vers 717 ap. J.-C). Bientôt an grand n ^ de fermes et de villas furent transformées en fortei i sous le nom de ferlés ou fermetés (firraitates)^. Elles dev les postes de surveillance des frontières, les lieux de ra i blement des troupes destinées à les garder. Quand Pé] i Bref et Carloman pénétrèrent en Aquitaine pour fa i guerre au duc Hunald(742 ap. J.-C.),le sol en était joi i 11 en était de même alors dans la Saxe*, où les rois : i faisaient également des expéditions pour comprin^e i révoltes et réclamer les tributs, que les Saxons s*él engagés à leur payer.
Chacun du reste, en ces temps de guerres contini • songeait à prendre ses puretés le mieux possible , soi la défensive , soit pour Toffensive.
Quand Waïfer, duc d'Aquitaine, refoulé vers le ruinait les meilleures de ses fertés , pour éviter qu'el servissent à Tennemi, Pépin les réparait à la hâte plaçait des garnisons frankes, ou bien il détruisa fond en comble celles qui pouvaient devenir trop d reuses pour ses frontières, en cas de retour offensif di ennemi. C'est ainsi qu'il restaura le fort d'Argenton , : demment ruiné par Waïfer (766 ap. J.-C.)*. La vil Bourges, dont il avait fait abattre une partie des f cations, reçut également des murailles nouvelles, qui crut pouvoir s'en faire un point d'appui (767 ap. J.-C.)'
Bientôt on vit Charlemagne bâtir sur la Dordogi château de Fronsac (Castrum Francorum) (769 ap. J. Chez les Saxons, ce prince rétablit à plusieurs repri château ruiné d'Ëhresbourg et construisit sur la I
1. Guilbert, t. VI, p. 224. —2. Cs. H. Martin, t. II. p. 220; Vei Romagnesi, Rev. arch., 1848, t. II, p. 19. —3. Frédég., Conti p. 246; Eginhard, Annales , Guizot, Mémoires, etc., t. 111, p. 2 pass. — 4. Voy. Bouillet , Dict. géogr., pour les limites de cette coi cette époque; cs. Eginh., id., p. 7 et pass.' — 5. Eginhard, Ann., — 6. Frédég., Contin., III, p. 259. — 7. Id., p. 13.
des forteresses destiaées à maiateair ces peuples dans le devoir (775-776 ap. J.-C.)*. I^es Slaves, sur son ordre, bâtirent également de leurs propres mains des châteaux et des forts, qui devaient servira les surveiller (806-810 ap. J.-G.)^. Enfin, sous la forte impulsion donnée aloi^s, dans toutes les directions, aux choses de la guerre , il sembla qu^ime espèce de renaissance de l'art militaire allait se produire : en même temps les arts de la paix reprenaient un nouvel essor, et la construction de la nouvelle capitale, Aix-la- Chapelle (796 ap. J.-C), paraissait devoir ouvrir désormais Tère de retour aux traditions antiques du monde romaine • Mais 9 autour de l'empire des Franks, les rois étrangers s*agitaient dans la crainte de l'anéantissement de leur puissance. Déjà, Didier, roi des Lombards, pour arrêter la marche de Charlemagne vers TltaUe, avait héâssé de défenses les c/t^es ou défilés delà vallée de Suze(773 ap. J.-G./. Les Huns, dans leur ring ou cité royale, ne dormaient tranquilles qu'à l'abri de neuf enceintes consécutives de haies, de troncs d'arbres et de pierres entassées* (791 ap. J.'G.)'. Enfin le roi danois Grodefroi, pour se garantir des incursions des Franks, avait fait commencer la constructioa du Danewirk^ rempart de terre, auquel l'Ëyder servait de fossé et qui ^ séparait la presqu'île danoise du reste du continent (807 ap. J.-C.)«.
Mais déjà les Normands avaient été signalés sur les cAtes de l'Océan (800 ^. J.-CL)^, et les faibles successeurs de Charlemagne, incapables de poursuivre son œuvre, allaient être impuissantsàaiTÔteroes redoutables et nouvauzennemis.
44. La Gaule à l'époque d08 Noortnanda.— Il ne m'appa^ tient pas de rechercher qusUe fut l'arigine des Normands,
l.Frédég.,Contin.,m,p. 17, 19.— 2. H. Martin, t. II, p. 351, 354.- 3. Eginhard, Vie de Gharlem., Guizot, t. III, p.44i ; Moine de Saint-GaII,M.> p. 214. — 4. Eginhard, Ann., id.,p.l5; Gape%ie,Gbarien)., 1. 1, p. 1*77; H. Martin, t. H, p. 261. -- 5. Sûnt-Gall, id., p., 233 et suiv. — 6. H. Martin, t. II, p. 354; Depping, Normand., 1. 1, p. 106. — 7. Saiot-^U. id., p. 251 ; Eginh., Ann., id., p. 48.
commentet&quelle époque ilsarrivèrent dans la Scand. ni pourquoi ils multiplièrent leurs courses de pirateri les mets occidentales*. Je ferai remarquer seuleme leurs lacursioQS daas la Gaule présentèreat constai le caractère le plus marqué de l'aclion privée , ce ( rendait d'autant plus redoutables qu'elles échappaien à toute discipline de traité. Il est présumable, du rest les rois du Nord, dont ces pirates étaient les sujets, e été impuissants à les retenir chez eux , eussent-ils tou qui est douteux, se mettre en peine de faire cesser courses *.
Toute l'activité déployée par Gharlemagne , en ce qu cernait l'organisation défeasive de ses états , s'était cùlièrement portée sur la construction des fertéi ou fort guerre , destinés à protéger le rassemblement des ti d'observation dans les pays nouvellement soumis armes, dans les contrées où habitaient des popul; turbulentes. Cependant, lorsque les Normands comm rest à devenir menaçants, son attention s'était tourué< lescàtes de l'Océan, directement exposées aux attaqu ces pirates ; il avait ordonné la construction de que forts à l'embouchure des fleuves *, celle de quelques red ou phares le long du littoral , et , de loin en loin , dan nouveaux ouvrages défeosifs, des garnisons avaien placées , pour assurer la Eorvaillance des frontières i times '*. D'après les chnmiques , il faudrait faire remoi catte époque (Ters'780 ap. J.-C.) la fondation du châtet Dieppe et la construction de la première enceinte du b situé à son pied, qui, dit-on*, prit alors le nom de Berthe à cause de la reine Berthe, mère du roi. On alti égalonent i Qiarlemagne la coostruction du chAtea Vire*, l'exécution de quelques travaux de défens Coutances^, le premier étîdjlissement - d'une forteres^
1. Cs. Deppinit, EMpéd. maril. des Norm., 1. 1, ch. i, et t. II, p. S mh. — i. Id., 1. I, p. 1U et suiv. — 3. Id.. 1. 1, p. 102, d'spr Chroniqi» de Id^inon, 11. — i. Kginhard , Ann., Guizut, t. III, p. U 5. Guilbcrt. Villes de Fr., t. V, p. 508.— 6. H., p. 708. — 7.1d,,p.
Saint-Lô*, certains travaux de fortifications à Avranches^, etc., tous ouvrages de la même époque , dressés dans le but de parer le mieux possible à Téventualité des invasions normandes (vers 800 ap. J.-C).
En vain, ce prince avait-il, ostensiblement, pleuré sur le sort de ses neveux^, menacés par les pirates! Après lui, la plupart des mesures défensives, qu'il avait ordonnées, furent discontinuées ; et les Normands ayant, à plusieurs reprises (821 et 838 ap. J.-C.) , massacré les garnisons de qudques postes d'observation mal soutenus , Louis^e-Débonnaire ne sut commander que mollement le rétablissement des redoutes détruites et le remplacement de leiu*s gardes^. Quant à Charles-le-Chauve, il semble que Tidée d'organiser quelques travaux défensifs contre les Normands ne lui soit venue que fort tard; et, pendant longtemps, il se contenta de laisser ses vassaux se débattre avec les pirates', en envoyant parfois contre eux quelques détachements de ses troupes^ Les expéditions qu'il entreprit en personne, soit danslâ Dordogne (848 ap. J.-C.)^, soit contre l'île d'Oissel (858 ap. J.-G.)^, réussirent généralement assez mal; la turbulence des Bretons , ses différends avec ses frères et les défections ou rebellions des grands du royaume paralysaient d'ordinaire tous ses efforts et empêchaient le plus souvent le succès de ses entreprises, quand celles-ci étaient sur le point de réussir. Il semblait d'ailleurs qu'on n'eût alors qu'un seul moyen de se débarrasser des Normands , celui de payer leur retraite avec de l'or. On assemblait des évêques*, afin d'établir la
i . Guilbert, id. , p. 734. — 2. Id., p. 783.-3. Voyez l'aventure raconta par le moine de Saint-Gall ; Guizot, t. III, p. 252. — 4, Thégan, Guizot, t. IH, p. 309; Astronome, id., p. 363. — 5. Voyez dans Depping, id. 1. 1, p. 132, ia résistauce de Totile, duc de Gascogne, contre les Normands de la Garonne (844 ap. J.-C.). — 6. Voy. dans le même auteur, l'expéditioa de Wulfhard contre les Normands de la Seine (841 ap. J.-C.) et le comttft de Gharlevanne contre Hasting (845 ap. J.-C.) ; Depping, t. I, p. 117 et 136. — 7. Id., p. 146 et Ann. de Saint- Berlin, Guizot, t. IV, p. 143. — 8. M-, p. 164 et suiv. — 9. Concile de Soissons (853 ap. J.-C); Depping, id., t. I, p. 156.
situation des ressources deséglises et des monastères pour fournir des rançons ; mais quand les fils de Louis-le-Débonnaire se réunissaient pour discuter leurs intérêts , rarement ils se séparaient , ayant résolu l'adoption de quelque mesure de défense générale. Une fois seulement, à Attîgny , il fut convenu entre Charles-le-Ghauve et Lothaire qu'à l'avenir les côtes de leurs états seraient gardées (854 ap. J.-C.)^ Dans Tentrevue de Mersen (847 ap. J.-C.)^ ils résolurent d'envoyer une députation aux rois danois , pour les engager à retenir leurs sujets chez eux; cette mesure, on le pense bien, resta sans effet. L'entrevue de Valenciennes (853 ap. J.-C.)' n'amena pas davantage l'attention des princes sur Ja nécessité de fortifier leurs états; et, quant à celle de Coblentz (858 ap. J.-C.)*, elle eut surtout pour but de rétablir la concorde entre les trois frères.
Établis dans les îles des fleuves , campés au bord des rivières, les Normands poussaient leurs courses jusque dans l'intérieur des terres*, brûlant les villes et les métairies, pillant les églises et les monastères, désolant les campagnes et vivant du fruit de leurs brigandages. La course accomplie, ils retournaient à leurs repaires, chargés de butin et traînant après eux des prisonniers de tout sexe*.
Les chroniques indiquent avec précision la nature des établissements passagers de ces pirates. Ceux-ci savaient y mettre eux-mêmes le feu , quand ils se trouvaient forcés de les abandonner^. Â la manière de tous les peuples errants, leur matériel de transport, organisé en cercle autour de leur campement, leurs bateaux rangés en rond sur la plage, constituaient la défense la plus extérieure de leurs camps retranchés. C'était à l'abri de ce retranchement rapide, suivant l'expression de l'école moderne, qu'ils bâtissaient les défenses
l.Depping,id.,p.l58.— 2.1d.,p.i43.— 3.1d.,p.i56.— 4.1d.,p.l73. 5. Ann. de Saint-Berlin, Guizot,t. IV, p. 158, 206, 234; Expéditions sur Poitiers (855, 865, 868 ap. J.-C). -— 6. Voy. les aventures des Normands de i'ile de Her ; Depping, 1. 1, p. 131. — 7. C'est ainsi que les Normands du Rhin brûlèrent leur campement de Duisbourg (884 ap. J.-C); Ann. de Metz, Guizot,t. IV, p. 319.
plus complètes , destinées à protéger plus sûrement leuis cabanes grossières de pierre et de boue^ Ainsi firent-ils à Mont-Glonne (Saint-Florent-le-Vieux), dans une lie delà Loire, suivant Benoit de Saint-Maur^ :
A Saint-Florenz de soz Saunrar Gum il ne fussent pas segar Firent une defension Grant forteleste e grant doison En une isle suz l'abde Trai&trent ensemble lur navie Tue ordenee en roundesce , Es en firent grant fortalesce.
Quant aux fortifications définitives , elles étaient élevées à ' la hâte et se composaient ordinairement de levées de terre et de fossés, de palissades et de broussailles, d'amas de pierres et de terre mélangées.
Au siège de Paris, rapporte âbbon', moine de Saiot- Germain-des-Prés, les Danois établirent « leur camp autour » de Téglise circulaire de Saint-Germain (rÂuxerrois) et le » fortifièrent de retranchements, faits de pierres entassées et » mêlées avec de la terre » (885 ap. J.-C.). Plus tard, n'ayant pas trouvé assez de sécurité dans ce campement, ils* se transportèrent sur les terres de Saint-Germain-des-Prés- (( Ils osèrent, continue Abbom ', s'y établir et entourer le pré » de retranchements. » C'est dans cette situation que te trouva le prince Henri, comte des Marches-Saxonnes, quand celui-ci revint pour la seconde fois , au secours de la capitale assiégée.
« A l'approche de ce prince , est-il dit dans les Annah * » Metz* y les Normands creusèrent à l'entour de leur camp » des fossés de la largeur d'un pied et de trois de profondeur, » et les couvrirent de paille et de broussailles réservant » seulement, sans y toucher, les sentiers nécessaires pour » aller et venir. » Par ce moyen, ils espéraient amener
1. Chron.des ducs de Normandie, I; Depping, t. I, p. 128. — 8- Abboiit Siège de Paris. Guiiol, t. VI, p. 15. — 3. Id„ p. 38. — 4. Adb. ^ Metz, Gûizot, t. VI, p. 322.
Tennemi à venir de lui-même se culbuter dans les tranchées, et des sentinelles, dissimulées dans des chemins creux, devaient achever sa défaite. Le prince Henri , en effet , y trouva la mort, s'y étant laissé tomber avec son cheval. Les mêmes annales rappellent encore que , sur les bords de la Dyle, les Normands, à l'approche de Tarmée d'Arnoul, roi de Germanie, se fortifièrent « en faisant, selon leur coutume, » des amas de terre et de bois » (891 ap. J.-G.)^
La facilité avec laquelle ces pirates du Nord portèrent pendant si longtemps la terreur dans la Gaule est véritablement étonnante ; cependant , il faut considérer que le pays se trouvait à cette époque (IX^ siècle ap. J.-G.) dans le désarroi le plus complet.
Louis-le-Débonnaire avait, pour ainsi dire, ouvert Tère de la féodalité, en encourageant Tinfidélité de ses vassaux par des largesses^. Aussi, quelques-uns, jaloux de conquérir au plus vite leur indépendance , s'étaient-ils empressés de favoriser les incursions normandes , pour susciter des embarras à la royauté ^ D'un autre côté, les héritiers du vertueux monarque, se disputant la possession des provinces de l'empire, s'étaieilt bâtés d'appeler sous leurs drapeaux toute la fleur de la jeunesse française , de sorte que la terre ce vuide de gent, » dit Robert Yace*, était « bonne à con- » querre. )> Ainsi, pendant que les armées des princes se préparaient à se mesurer dans les plaines de Fontenailles , Rouen et les villes voisines des bords de la Seine subissaient les outrages des Normands (841 ap. J.-G.).
Dons cette situation, la peur s'emparait de tous ; les religieux quittaient leurs couvents, emportant avec eux les
1. Ann. de Metz, id., p. 338. — 2. Louis-Ie-Pieux, ditThégan, • donna > à ses fidèles serviteurs, et à titre de possession perpétuelle, les domaines ) royaux qu'il tenait de son aïeul et de son bisaïeul. 11 fit dresser pour ces n donations des décrets qu'il confirma en y apposant son sceau et en les » signant de sa propre main. 11 fit cela pendant longtemps, i Guizot, t. III, p. 287. — 3. Le comte Lambert fit guider les Normands qui allaient piller Nantes; Depping, t. I, p. 127. — 4. Robert Vaco, Roman du Rou; Depping, id., p. 120.
AS
reliques de leurs saints ; les paysans abandonuaient leurs demeures pour se réfugier dans les bais ou dans les Tilles fermées. Tous répandaient Talarme dans les provinces, sur lesquelles ils se déversaient. Les Normands trouvaient la route iibre et facile, à travers les campagnes, dont tous les habitants avaient disparu. Brûler, piller les monastères, déterrer les trésors enfouis, se charger du butin enlevé aux villas et aux métairies délaissées, égorger de loin en IoIq quelques malheureux moines ou campagnards restés fidèles au sol, telles étaient les opérations dans lesquelles les pirates excellaient. Du reste, hardis et courageux, ils n'hésitaient pas à quitter leurs navires pour s'avancer fort loin, à pied ou à cheval, jusque dans Tintérieur des terres, et pour se présenter menaçants au pied des murailles des villes fermées, souvent trop affolées par la peur pour trouver Ténergie nécessaire à la résistance. Le nom seul des Normands paralysait tous les cœurs, et beaucoup de villes, même trèspêupléés , succombaient faute de s*être mises en défense. Les pirates, trouvant les portes fermées, escaladaient les murailles, le plus souvent sans éprouver la moindre résistance. Ainsi fut prise la ville de Nantes par les Normands de la Loire (843 ap. J.-C.)*.
Bailleurs, les murailles des anciennes villes fortes avaient été considérablement négligées depuis longtemps. Il semblait que Tempire de Charlemagne ne dût plus avoir d'ennemis. Sous Louis-le-Débonnaire, non-seulement on ne s'occupait plus de restaurer les enceintes gallo-romaines qui, alors, tombaient en ruines, mais on démolissait Aême les plus belles , pour en retirer les matériaux nécessaires à la construction des églises. La ville de Reims possédait une magnifique enceinte romaine avec quatre portes triomphales^. Charles-Martel, il est vrai , en avait rasé quelques parties et y avait fait de nombreuses brèches (719 ap. J.-C). Depuis un siècle environ , ces belles fortifications avaient
i. Voy. Depping, t. I, p. 128. -— 2. On peut juger de la beaulé de ces portes par celle qui suhf^istc encore , la porte de Mars.
également souflert des injures du temps; mais il eut été facile, sans doute, de porter un prompt remède à ces détériorations.
Pour réparer l'église de Notre-Dame, dit Frodoard*, révoque Ebbon obtint de l'empereur la permission d'y employer les matériaux provenant de « tous les murs de la » cité, avec leurs portes. » Et il ajoute: « Comme le prince » jouissait alors d'une x^aix profonde et de la toute-puissance » de son empire, ne craignant aucune incursion des bar- » bares, il ne refusa pas le saint prélat. » Cette confiance, permise sans doute au premier successeur de Charlemagne, n'aurait pas dû être i)artagée par Charles-le-Chauve. Et cependant, Frodoard nous montre ce roi confirmant à l'évêque Hincmar, successeur d'Ebbon, l'ordonnance donnée jadis par son père, « ce qui permit, dit le chroniqueur, de » continuer les travaux commencés 2. » A cette époque (845 ap. J.-C), Hasting pénétrait dans la Seine avec cent hateaux et s'apprêtait à ravager toutes les régions du Nord^.
Bien des cités, au temps des premières invasions normandes, hésitèrent h entreprendre les travaux de restauration de Jeurs fortifications ruinées par la guerre ou le temps ; les habitants les désertèrent en partie , allant chercher un asile dans des lieux plus sûrs , dans des forteresses moins endommagées! « Comme alors la ville de Reims » n'avait pas de murailles, dit encore Frodoard '*, larche- » vêque (Hincmar) prit ce qu'il y avait de plus précieux en » ses trésors, c'est-à-dire le corps du bienheureux Saint- » Rémi , et se réfugia dans les bois de l'autre côté de la » Marne, où il garda pendant quelque temps le sacré corps » à la ville d'Epernay » (882 ap. J.-C). 11 serait facile de multiplier les exemples de ces désertions partielles ou totales^ qui laissaient les plus grandes villes à la merci des envahisseurs, ne leur léguant, pour sauvegarde, que la
1. Frodoard, Egl. de Reims, Guizot, t. Y, p. 198. — 2. Id., p. 2âi. — 3. Ann. de Saint-Berlin, t. IV, p. 138. — 4. Frodoard, id., p. 468; Ânn. de Saint-Bcrtin , id., p. 315.
superstition du vainqueur et la crainte d*UQ dieu gui n'était pas même le sien. Ainsi vit-on, à Reims, à l'époque dont il sîagil , les Normands brûler tout ce qui était autour de la ville et respecter la cité de Saint-Remi, dont le nom seul excitait leur superstition ^
Dans ces circonstances douloureuses , le clergé d'alors donnait bien rarement au peuple l'exemple du patriotisme; et le roi lui-même quittait volontiers sa capitale pour aller s'abriter avec ses gardes derrière les murailles de quelque forteresse plus sûre. Tel Charles-le-Chauve qui, pendant que les Normands désolaient les faubourgs de Paris, demeurait tranquille spectateur de la désolation de ses provinces dans Tabbaye de Saint-Denis, refuge meilleur que ne Tétait alors la Cité (845 ap. J.-C.)*. Au même moment, les moines de Sainte -Geneviève et de Saint-Germain couraient à travers la France, transportant au loin avec eux les i^liques de leurs saints patrons.
Vers Tan 862, Charles-le-Chauve se décida à prescrire l'organisation défensive de ses états. Comme on avait construit un barrage sur la Marne , près do l'île de Tribaldou, les Normands, qui avaient remonté fort loin la rivière, furent arrêtés à la descente et se virent obligés de capitolerl Dès lors on comprit Timportance de ces ouvrages et le roi conçut le plan dé fortifier son royaume, particulièrement en construisant des redoutes et des barrages sur les principales rivières. Il se rendit en personne aux points à fortifier, dit la chronique *, a avec beaucoup d'ouvriers et de » chariots, » et il fit venir, pour exécuter ces ouvrages, des trar vaiileurs de tous les points du royaume '. De grands travaux furent entrepris , en particulier à Pistes , auprès de Vù^
1 ; Ann. de Saint-Berlin, id. — 2. Vôy. Depping, 1. 1, p. 137. — 3. Ann. de Saint-Berlin, id.,p. 173. — 4. Id., p. 175. — 5. « A cause derimmincnlc » nécessité du moment, Charles ordonna à ceux qui étaienl envoyés des partie » les plus éloignées pour venir travailler à fortifier la Seine, de refaire les poDts » avec celte condition que ceux qui les reconstruiraient alors ne seraient à YiJ^ » oir, en aucun temps , soumis à Tobligalion de participer à un pareil travail • (865 ap. J.-G.)' Ann. de Saint-Bertin , id., p. 207.
d'Oissel, où les Normands s'étaient installés; pi une assemblée que le roi tint en ce lieu, il fut co M. Depping*, « que Ton bâtirait des forts contre i » mands et Ton déclara traître quiconque leur f » des chevaux ou des armes. » Ce fut alors que Cl i Chauve rédigea le capitulaire qui prescrivait aux du royaume « de réparer les anciens châteaux et d » de nouveaux : tous les petits seigneurs travaillé! i » fortifier, dit M. H. Martin*; mais ils le firent ( » intentions si équivoques, que, deux ans après i i » un autre capitulaiVe enjoignit la démolition des cl i » des fertés et même des haies établis sans Tordre e: » roi, parce que les voisins en souffraient grandes v ! » et pilleries. »
C'est probablement vers le même temps qu'il fc i remonter l'établissement des premières fortifical : Saint-Venant-sur-la-Lys. Les Normands venaient d l'abbaye de Saint-Bertin , à Saint-Omer^, et ils { i avancés jusqu'à Thérouanne, qu'ils avaient ras i ap. J.-C.)^. Nous savons qu'au XIV« siècle, la Saint- Venant n'était encore entourée que de rem] i terre surmontés de palissades et précédés de fossés était sans doute de même, à l'origine, sous Cha Chauve , et il est probable que la plupart des o défensifs élevés à la même époque étaient construits mêmes moyens. La précipitation avec laquelle on s : entourer de remparts jusqu'au moindre village ne | pas de supposer qu'on prit plus de soins, alors, pour i leur défense. L'emploi des mouvements de terre ( des bois favorisèrent considérablement l'exécution de tranchements rapides, qu'on éleva partout à la hâte. Di : en raison de la décadence de l'art poliorcétique, ces soi défenses pouvaient avoir alors une certaine valeur.
1 . Depping, t. I, p. 188. — 2. H. Martin , 1. 1 , p. U9. — 3. J t. 1, p. 179. — 4. Ann. de Saint-Berlin, p. 161). — 5. Voy. Guill t. m, p..3li.
voyait-on , au IX* siècle , le roi breton , Murraaa , mettre toute sa confiance dans une simple redoute de terre et de bois située au milieu des marais (818 ap. J.-G.)*. On lit encore dans les chroniques*, que le roi Louis-le-Débonnaire, à la même époque, pour, fortifier sa villa de marbre, près d'Aix-la-Chapelle, ne l'avait fait entourer que de terrasses de gazon, plantées d arbres. Cette manière de remparer les villes fut en usage longtemps encore ; car, à la fui du X* siècle (vers l'an 1000), la place de Dinau n'était entourée que a de palissades et de fossés. » Ce fut également £^vec du bois que Ton releva les défenses de la cité de Paris, à l'époque du siège de l'année 886. « La tour, » dit Abbon^, ne présentait plus rien de sa forme primitive » et complète ; » — elle avait été fortement endommagée dans un premier assaut ; — « il ne lui restait que des fon- » déments bien construits^ et des créneaux assez bas ; mais » pendant la nuit qui suivit le combat, cette tour, revêtue » dans toute sa circonférence dé fortes planches, s'éleva » beaucoup plus haut, et une nouvelle citadelle en bois, » d'une fois et demie plus grande, fut pour ainsi dire posée » sur l'ancienne. »
Le mouvement imprimé par les ordonnances royales ne se calma pas par les capitulaires prohibitifs ; et la royauté, malgré les dangers auxquels les nouvelles fortifications, dressées sur tous les points du sol, pouvaient l'exposer, fut impuissante à arrêter l'élan une fois donné. On avait devant soi l'exemple de la ville de Tours qui, assiégée une première fois par les Normands, avait été sauvée , grâcO/au
1 . Ermold-ie-Noir, Guizot, t. IV, p. 58. — 2. Id., p. 79. — 3. Guilbert, t. 1, p. 6i. — 4. Abbon, Guizot, t. VI, p. 10. — 5. Il s'agit probablement ici de la tour du Pctit-Châtelet. En 1842 on a trouvé sur Tempiaceroent de cette forteresse « de grandes briques employées en libages et placées alter^ » nativement entre les assises de pierres. Cette décou e te, dit M. Gilbert, » ne laisse aucun doute sur la nature de la construction de la forteresse du » Pclil-Chàtclet , évidemment romaine , qui existait encore au IV^ siècle et I qui fut remplacée au IX^-* par des tours en bois incendiées et détruites par » les Normands. » Rev. ^rch. I8il, l. 1, p. 188.
soin que ses habitants avaient pris de i : brèches faites à leurs murailles par le te Orléans, également, munie de bonnes \ : s'était trouvée protégée de leurs ravage: tivité que les évêques Agius et Burchard I mise à préparer sa défense et à se porte pirates 2. La mesure indiquée par le ( paraissait donc excellente et Ton s*em Du reste, le roi lui-même crut trouver so cation des principes nouveaux que ce cap I il requit, dès 81)9, les habitants de ses < et Seine de se fortifier dans leurs cités, I peuple contre les tentatives des Norma i Tours furent particulièrement compris générale^.
Beaucoup de cités commencèrent al< i fortifications, et plus d'une de nos gran I dut à l'apparition des Normands la cons i miers remparts. Les contrées du Nord su par leur situation aux incursions des pi i rapidement de villes murées. Parmi cel i se distingua bientôt par la hauteur de s ; de ses tourelles (881 ap* J.-C.)*. Ces 1; ToBUvre de Foulcj^iies, abbé de Saint-B: devint évêque de Reims. Le même prélat, i entoura la ville épiscopale,« d'un nouveau » détruit l'ancien pour bâtir la basilique : Contrairement à ce qui avait été fait ]i démolit alors l'église de Saint-Denis , da i en tirer les matériaux nécessaires à la i nouvelle enceinte^. Le même évoque, dil queur®, « fit construire aussi plusieu
i. Dcpping, t. I, p. H9. d'après Odon, de Gestii 2. Ann. de Saint-Bertiii , t. IV, p. 156. — 3. Id., ) t. I, p. lia, d'après la chronique de Saint-Bavon. Guizot, t. VI, p. 524. — 6. Voy. ci-dessus, p. 379 p. 179, 181. — 8. Id., p. 524.
.» exemple Aumont, puis un autre auprès d'Epernayi) (882-903 ap. J.-C), Ce fut sans doute vers le même temps que les villes de Valenciennes et de Lillers, dans les mêmes régions, commencèrent à être entourées de murailles ^ La Flandre , du reste , à cette époque, ne cessait d*ôtre désolée par les bandes normandes ; et les pirates établis dans leurs cantonnements, soit à Gand, soit à Gondé^, s'élançaient de là et périodiquement sur la Gaule Belgique, où ils accumulaient les ruines sur les ruines (881-883 ap. J.-G.)- Le château de Douai , bien fortifié , résistait à tous les efforts , et servait d'abri aux populations du voisinage'; mais ceux d'Aire (881 ap. J.-C.), de BaiDeul (882 ap. J.-C.)*, étaient démolis ou brûlés. A Thérouanne, les habitants étaient octîupés à relever les murs de leur forteresse ruinée depuis Tan 861, quand les Normands reparurent (884 ap. J.-C). Ils ravagèrent la ville de nouveau <( avec tant de fureur, dit » M. d'Héricourt ', qu'en 909, l'évêque ne put y trouver un )) asile. »
Mais tous ces travaux , dus en partie à l'initiative locale, n'étaient pas de nature à constituer un système raisonné de défense. Aussi Montesquieu a-t-il pu dire avec raison, en parlant* d& la situation déplorable dans laquelle se trouvait alors la Gaule , que jamais elle ne fut si faible qu'à cette époque où elle était hérissée de forteresses*.
Cependant, les invasions normandes eurent pour effet de préparer la renaissance de l'art des constructions militaires, avant l'ère de la féodalité et des croisades , pendant laquelle le mouvement commencé allait se continuer activement. Au IX* siècle, il n'y avait pas encore d'ingénieurs ; on bâtissait sans ordre et sans règle fixe ; et les constructions, se ressen-
taient évidemment des troubles de l'époque. Les villes qui étaient le mieux remparées étaient celles qui conservaient encore quelques débris de leurs murailles antiques; mais, souvent, Içs pierres de ces vieilles défenses gisaient pêle-mêle
1. Voy. fiuilbert, id., t. III. p. 249, 340. — 2. Id.. p. 267. — 3. M» p. 341. — 4. Id., p. 280. — 5. Id., p. 343.— 6. Voy. ci-dessus, p. 127.
les unes sur les autres , arrachée temps du les ravages des invasioi « La ville de Chartres, » dit A laire de Saint -Père, <c était Vuxa » Neustrie. Elle se distinguait p » et la hauteur de ses murailh » grandes pierres carrées , avec ( » surnommer la ville de» pierres » vocitata). » Les Normands la du IX» siècle (858 ap. J.-C.) ; il mirent, immédiatement après, faites aux murailles par les pi:
rapporte de cette restauration :
Qui totam urbis subversionem reedi angulum adhuc niuro circuindatum ad al nideribus ,* ad instar muri , sine cemento, sicut usque nunc apparet, se mnnire sat
En façon de mur, on mit donc autres sans mortier; telle était alors à la reconstruction des mu les restaurations ; on s'inquiétait anciens qu'on avait encore sous '.
La première heure du X» siècl Rollon (Hrolf), chef de pirates i pays, aborda sur les rivages de Tembouchure de la Seine avec bannis comme lui, et trouva B des murailles en ruines, comm< d*autres villes (muros bine indè que Benoit de Saint-Maur fait Rollon^ :
Franque entent l'ovre Qui mult li est al quoi
1 . Guérard , Gartul. de Saint-Père de Chi ping, Normands, t. II, p. 67. — 3. Dud( actisNormann., II. — 4. Miche], Chroniq
Veil la ciU' apovriée,
Fraite e fondue e depescéc, •
Dunt li rourail erent versé
E tuit rempli li grant fossé ;
N'i a portai, tur ne danjoa
(J vers eus ait defension.
Le nouveau prince, s'étant installé dans celte ville, y établit immédiatement le siège de son gouvernement ; il y fit bâtir un fort où il se logeai en attendant qu'il pût faire restaurer les fortifications de la cité ruinée^. On dit qu'il sut si bien se faire apprécier par sa sage administration, que des sujets français vinrent volontairement des provinces voisines pour se ranger sous ses lois.^ Quant à l'organisation défensive de son nouvel état, elle fut lobjet de ses constantes préoccupations, comme nous l'apprend encore la Chronique det ducs de Normandie^ :
As citez furent li vilain £ li ovrer et li diain^ As murs refaire e a fermer E as granz doves^ recovrcr'^ As riches portaus e as turs , Dunt par le règne fist plusurs.
Si refirent-il li baron Tante riche defension Que sempres furent les contrées Forz e riches e bien fermées.
Quoique , au moment de la conquête, il eût dû faire raser les murailles de quelques villes, telles que Dieppe* et Bayeux^, il le"s fit relever plus tard , dès qu'il se fut assuré de la soumission de ces places. On dit aussi qu'il fit entourer de remparts le bourg d'Eu qui , par le traité de Saint-Clairsur-Epte (912 ap. J.-C), était devenu place frontière de ses états. « RoUon, dit M. Tissot®, le fortifia, l'entoura de murs
1. Depping, id., l. II, p. 73. — 2. Id., p. 74. — 3. Michel, id., 1. 1, p. 330. — 4. Journalier. — 5. Douve, fossé. — 6. Guilbert, t. V, p. 508. — 7. Id., p. 663; voy. Michel, Chroniq. des ducs, etc., t. I, p. 226.— 8. Guilbert, id., p. 538.
» défendus par un large fossé et » enceinte un fort assez considérab » nombreuse garnison. )>
A cette époque, Charles-lê-Simple au pirate norvégien le titre de duc de . son alliance avec ce prince, en lui d< fille Gisèle. Au prix de la cession d'un respira un instant, la Normandie pr batailles n'entendit plus que de loin < ses autels la lugubre prière : A furore Domine !