Condé, p. 204. — 2. Id., p. 213. — 3. De Prangey, p
de Gastille et de Ferdinand d*Aragon ayant rapproché les principales fractions des Espagnes divisées (1469 ap. J.-C), c'en fut fait de la puissance de Grenade. Le royaume arabe ne put résister aux armes associées des empires chrétiens , et il perdit successivement ses principales ailles fortes, Ilora et Moclin, surnommées les deux yeux de Grenade (1484 ap. tl.-G.), Velez-Malaga et Loxa (1486 ap. J.-C.) , Malaga (1487 ap. J.-C.), Baza (1488 ap.J.-C), Guadix, Alméria (1489 ap. J.-C), Almunécar et Salobrena (1491 ap. J.-C). Enfin, le^ troupes de Ferdinand et dlsabelle vinrent camper dans la plaine de Grenade, la Yéga ; elles s'y entourèrent de remparts et de fossés. Une ciié d*atta^*y Santa-Fé^, s'éleva auprès de la ville assiégée; et Tannée chrétienne y vécut de la manière la plus somptueuse, pendant que' Grenade aux abois souffrait déjà les horreurs de la famine. Le 6 janvier 1492, le jour des Rois, le dernier boulevard deTindépeadance musulmane en Espagne succombait sous les armes chrétiennes ; le drapeau de Castille flottait à l'Âlhambra et les Maures vaincus couraient vers l'Afrique, dont leurs ancêtres étaient sortis huit siècles auparavant^.
Il serait sans doute intéressant d'étudier l'architecture militaire des Chrétiens dans le nord de l'Espagne , pendant l'époque de l'occupation musulmane de l'Andalousie. Mais^ outre que le sujet a déjà été effleuré précédemment^, et qu'il dut y avoir beaucoup de rsçports entra cette architecture et celle des forteresses françaises du moyen-âge , dont je parlerai bientôt, les matériaux me manquent pour en faire i'jétude avec fruit.
41. Fortifications des régions S3rri6nnes. — Aussi loin qu'on remonte, avec la Bible, dans l'histoire de la Palestine, on constate qu'il y est question des places fortes et particulièrement de leurs portes, auprès desquelles se tenaient les assemblées '.
1. Voy. ci-dessus, p. 247. — 2. Bory de Saint-Vincent, Résumé géogr., etc., p. 509. — 3. Viardot, 1. 1, p. 275 et suiv. — L Voy. ci-dessus, p. 276.— 5. Munk, La Palcst., Univ. pill., p. 405.
La prétendue apparitioa de deux anges à Lot, Tachât du champ où Abraham enterra Sara, le meurtre des Sichémites par les fils de Jaoob', jaloux de venger le déshonneur de leur sœur Dina, sont des événements qui se passèrent auprès des portes, dans les villes de Sodome, d'Hébron et de Sichem^ (XXIV au XIX* siècle).
Mais, bien avant que les Ghananéens, au milieu desquels vivait alors la famille d'Abraham , se fussent installés dans la Palestine, une race, probablement sémitique^, occupait ces régions. Elle s'était, du reste, maintenue malgré Tinva** sion chananéenne , et , à Tépoque de TExode des Hébreux (XIV* siècle), on en retrouvait encore des restes au midi de la Palestine.
La Bible nomme Rephaïm, Emim, Zomzommim^, etc., les derniers débris de cette famille aborigène ou ancienne , à laquelle les Égyptiens de la XII* dynastie (XXX* siècle ?) appliquaient le nom générique de Sati*.
D'après le Deutéronome et les Nombres, les hommes de cette race se distinguaient par leur haute stature et par l'élévation des murailles de leurs places fortes'. Le roi Og , en Basan , vaincu par Moïse, était un des rejetons de cette antique famille de prétendus géants (Emim, formidables). Il possédait soixante vUles fortes ( exagération probable), et sa capitale, Astaroth-Karnaïm^ figure, sous le nom d'Astartu^ dans les monuments du règne de Thoutmès III (XVI* siècle).
Ce nom, dans la Liste des nations vaincues, découverte à Thèbes, par M. Mariette, est entouré d'une enceinte crénelée.
<x Toutes ces villes » , raj)porte le Deutéronome^, <( étaient » fortifiées de murailles très -hautes , avec des portes et des » barres, outre un très -grand nombre de bourgs, qui D n'avaient pas de murailles. »
1. Génès., XIX, i ; XXII, i6; XXXIV, 20. — 2. Cs. Lenormant, Man. d'hist. anc, t. II, p. 246. — 3. Génès., XIV, 5; Deutér., Il, 10, 11, 20. — 4. Ghabas, Papyr. hiérat. de Berlin. — 5. Nomb., XIII ; Deutér., IX; 2. — 6. Id., 1, 4. — 7. DeRougé, Rev. arch., 1861, t. II, p. 354, 360. — 8. Dûutér., III, S.
, Soit que TÉgypte, sous les rois de la XIP dynastie (XXX" siècle?), eût voulu assujettir les Sati à son autorité, soit que, ceux-ci déjà soumis, elle désirât assurer leur obéissance, toujours est -il qu'à cette époque, sous Amenemha P', un officier - commissaire fut envoyé dans leur pays, avec mission de l'explorer et de tenir un compte détaillé de ses observations ^ Dans ces temps reculés, l'Egypte était donc déjà un voisinage dangereux pour la Palestine et peut-être cette situation ne fut -elle pas étrangère à l'organisation défensive des villes de Tépoqae.
Partis des rivages du golfe Persique*, probablement vers le XXIV* ou le XXV* siècle', les Ghananéens vinrent s'établir dans les régions syriennes, sur les bords de la Méditerranée. Les rois élamites (Susiane) commençaient déjà sans doute leurs courses dans la Mésopotamie; et la migration des Ghananéens fut peut-être la conséquence de ces incursions.
A peine installés dans les régions syriennes, les Ghananéens y furent poursuivis par les Élamites. Occupaient-ils des villes fortes bâties par les aborigènes, ou bien ea avaient-ils construit de nouvelles? Quoi qu'il en soit, Ghodorlahomor les trouva dans des villes murées^.
Du reste, ils étaient loin de vivre entre eux dans un accord parfait; et leurs divisions, leurs querelles et leurs disputes n'avaient pas été étrangères, sans doute, aux précautions défensives qu'ils avaient prises.
Grâce à leurs forteresses , les diverses tribus de la famille chananéenne conservèrent longtemps leur autonomie, en s'y mettant à l'abri de leurs mutuelles incursions. Les murailles de Cjss villes fortes étaient encore, du temps de Moïse , considérées comme inabordables : « Écoutez , Israël , » vous passerez aujourd'hui le Jourdain , pour vous rendre » maître de ces nations, qui sont plus nombreuses et plus
i. Ghabas, id.; Lenormant, id., p. 247. ~ 2. Comp. Hérod., I, i; VII, 89; Strab., XVI, II, 18. — 3. Cs. Lenormant, id., p. 249. — 4.Génès.,XIV.
D puissantes que vous , de ces grandes villes , dont les mu- » railles s*ôlèvent jusqu'au ciel^ »
Mais ces places fortes, excellentes dans les guerres de famille, pour abriter les personnes et les richesses, n'entraient dans aucun système raisonné de défense. N'étant unies par aucun lien fédératif , elles étaient destinées à succomber une à une devant toutes les invasions.
Jusqu'à l'avènement de la XVIII* dynastie (XVIP siècle), l'Egypte parait les avoir laissé bien tranqpiilles. Peut-être Isous la dynastie puissante des Amenemha et des Sésourtésen(XIP), quand elle était dans une période de grandeur, rËgypte avait -elle songé à mettre la Palestine et la Syrie sous sa dépendance^. Mais toutes ses attentions étaient alors tournées vers le Soudan, qui produisait l'or'. Les ennemis de rËgypte , à cette époque , étaient les Gouschites , comme les forteresses de Kumneh et de Semneh en font foi^.
A rintérieur, les arts étaient cultivés avec soin, témoin les hypogées splendides de Beni-Hassan , dont les peintures excitent encore de nos jours Tadmiration des voyageurs'. L'agriculture florissait, le commerce se développait; enfin le plus utile et le plus gigantesque des travaux s'accomplissait, le creusement du lac Mœris. De quelle utilité eût pu être pour Amenemha III la conquête de la Palestine ? De quelle importance également pour les Sebekhotep et les Nofréhotep delà XIIP dynastie, lesquels suivirent tous les errements des rois de la XIP î Et sous la XIV* dynastie , l'Egypte, entrée dans une période de décadence , ne fut-elle pas bientôt réduite à l'impuissance pas l'invasion des Pasteurs ?
Sous les Hycsos , les Pharaons , refoulés sur le Haut-Nil , ne devaient songer qu'à reconquérir leurs provinces du Nord, pendant que les Pasteurs, tout en pensant à les leur
1. Deutér., IX, 1. — 2. Voy. ci -dessus, p. 283. — 3. Oa ramenait l'or de Gebel-Atoky par des caravanes et avec beaucoup de précautions; voy. Mariette, Hist. d'Égypt., p. 23; es. Marcus., Journ. asiat., 1829, 1. 1, p. 202, 275 et 355. — 4, Voy. ci-dessus, p. 180. — 5. Égypt., Ânt. Descript., ch. XVI.
disputer, avaient en outre à s'installer et à organiser leur empire.
Cet état de choses changea tout à coup , quand , à Tayénement de la XVIIP dynastie, Amosis (Ahmès) eut défait la race impure des Mena^ et qu'il se fut emparé de leur principal boulevard Âvaris (Ha-Ouar)^.
Dès lors , la politique de TËgypte se transforme ; et le goût des expéditions lointaines s'accentue. Les frontières de l'empire s'étendent vers le nord, comme au sud. Les Thoutmès portent tour à tour leurs armes dans le Soudan , dont ils achèvent la conquête ; mais c'est du côté de l'Asie qu'ils poussent leurs grosses colonnes. Là se trouvent les hommes de la race des Pasteurs, qui peuvent, de nouveau, devenir menaçants pour l'Egypte ; c'est là que les Pharaons iront désormais les combattre avec leurs armées.
Les campagnes d'Aménophis I*^ (Amenhotep) ne furent que des reconnaissances destinées à éclairer la route de la £yrie ; elles permirent de déblayer le chemin de ses premiers obstacles, les Schasou et les Ghananéens de la Palestine.
Les Schasou^, Bédouins de l'Arabie Pétrée , reparaissent constamment dans les Inscriptions. Us semblent avoir joué , avec les Égyptiens de la XVIII* à la XX*^ dynastie , le rôle des Sarrasins de l'époque romaine, qui tantôt passaient aux Perses, tantôt retournaient aux armées impériales^. On les voit, sous Bamsès II, servir d'espions tantôt aux Ghétas^ tantôt aux Égyptiens.
Les princes chananéens, divisés entre eux, eussent été incapables d'une résistance sérieuse devant les années disciplinées et compactes des Pharaons ; ils ne la tentèrent •pas, du reste. A la condition de laisser libre la route de la Syrie, l'Egypte, qui ne pouvait les redouter dans leur état
i. Nom des Pasteurs jdans les Inscriptions. — 2. Voy. ci-dessus, p. 181. L'inscription d'Àhmès, fils d*Abna, est tirée d'un tombeau d'El-Râb <Éléthyîa); voy. GuignauU, Progrès, etc., p. 18. — 3. Guillemin, Hlst. d'Orient, p. 162. — 4. Voy. ci-dessus, p. 200. — 5. Voy. ci-dessus, p. 183; Inscript. d'Ipsamboul, Ghabas, Rev. arch., 1858, p. 581.
de division , les autorisa à conserver leur organisation territoriale, leur autonomie locale, leurs villes fortifiées. Us payèrent seulement un tribut à titre de reconnaissance de la suzeraineté pharaonique.
Thoutmès P' { 1635-1614 î) et Thoutmès III (vers 1600? ) poussèrent jusque dans la Mésopotamie, la Syrie et les provinces du liban et de TÂnti-Iiban y chez les Rotennous et les Tahis^ Ils marquèrent par des siècles les limites de leurs conquêtes et les places fortes reçurent des garnisons égyptiennes^. Thoutmès III, disent les Inscriptions, «posa » ses frontières où il hii plut'. »
Ordinairement les contingents confédérés de la Syrie allaient attendre les Égyptien^ aux limites du territoire de la confédération et sous les murs d'une place forte. Les grandes batailles de Makéta (Mageddo) et de Katesçh (ouAtescb) furent, livrées dans ces conditions.
A Makéta, les chefis coalisés, vaincus par Thoutmès m « ne trouvèrent leur salut que derrière les murailles de la place forte. Encore, furent -ils obligés de se faire hisser par des cordes au-dessus des murs, lès habitants, effrayés, ayant fermé les portes de leur cité.
A Katesch , TOronte courait dans le double rang de fossés de la place forte et en faisait un point d'appui très-solide^.
L'énumération des places conquises par ce prince en Syiûe et en Mésopotamie est faite sur les monuments du temps. Dans l'une des Inscriptions , la Liste des nations vaincues, « chacune des villes, dit M. de Rougé', a%)a )» nom entouré d'une enceinte crénelée » , remarque caractéristique qui laisse apprécier de quelle organisation défensive étaient dotées, au XVP siècle, les provinces syriennes confédérées. Dans cette nomenclature se ren** contrent Tamesku (Damas), Makéta (Mageddo}, Hamtu
1. Voy. ci-dessus, p. 183. — 2. De Rougé, Rev. arch., 1860, t. II, p. 309; Inscript. d'Ahmès-Pensouvan , Musée du Louvre, G 49, et Inscript d'Âhmës, fils d'Àboa. — 3. Mariette, Hist. d'Égypt., p. 34. — 4. Cs. de Rougé, Rev. arch., 1861 , t. II, p. 348 et suiv. — 5. Id., p. 199 et 345.
(Hamath), Astartu (Âstaroth-Kamaîm), etc. On y lit encore les noms d'Aratu (Aradus) et de Tamara (Simyra). Ces deux dernières places étaient peuplées de Ghananéens , comme les villes voisines de la Phénicie , Sidon , Byblos (Gebeil), etc.^
Il reste à Aradus (aujourd'hui Ruad) des débris de murailles antiques, gui, peut-être, remontent à cette époque. J'emprunte à M. Renan la description qu'il en a faite, de visu*:
(( Le mur s'élève sur les derniers arasements des rochers (arasements naturels), en sorte qu'il domine àpic une eau assez profonde. H se compose de prismes quadrangulaires de trois* mètres de hauteur sur quatre ou cinq mètres de long, superposés tantôt sans art et même avec des négligences étranges, certains endroits offrant des joints verticaux superposés, tantôt, au contraire, avec des attentions raf&nées. Les assises sont quelquefois régulières, de petits blocs fermant les vides et opérant un jointement très -parfait; d'autres fois la superposition des blocs n'offre aucun ordre rigoureux, bien que les lits de pose soient toujours horizontaux. L'idée dominante des constructeurs a été d'utiliser le mieux possible les beaux blocs. Apporté surplace, delà carrière voisine, le bloc a en quelque sortec o mmandé sa place. On lui a fait le lit le plus avantageux , sans lui demander aucun sacrifice de sa masse et l'on a fermé àttour de lui avec de moindres matériaux. C'est là un principe de construction fort ancien , que nous retrouverons à Amrit. On ne voit aucun ciment. Les assises , qui sont en certains endroits au nombre de cinq ou six, posent sur une base de rochers taillés. Je ne pense pas qu'il y ait au monde de ruine plus imposante, ni d'un caractère plus tranché. Nul doute que nous n'ayons là un reste de la vieille Arvad*, un ouvrage véritablement
1. Génès., X, 15; Munk, La Palest., p. 78. — 2. Renan, Mission en Phénicie, p. 39. — 3. Nom biblique d'Aradus.
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» phénicien , pouvant servir de critérium pour discerner les » autres constructions de même origine. Il est construit tout » entier avec la pierre même de l'Ile et est sorti des vastes » fossés gui s'étendent maintenant entre la ville et le vieux » mur. »
Sous les derniers rois peu guerriers de laXVIIP dynastie, la confédération des Ghétas, encore faible sous ThoutmèsIII^ s'était développée, et, à l'avénement de la XIX^ dynastie, avait acquis une puissance gui pouvait donner des inguiétudes à l'Egypte. Dans son alliance étaient entrés les Hotennous et les Tahis; aussi ne fut-ce, jusgu'à la fin du règne de Ramsès III de la XX" dynastie, gu'un passage perpétuel des armées de TÉgypte à la Syrie. Les murs de la salle hypostyle de Karnak, ceux du Bamesséum, du Spéos d'Ipsamboul et du palais de Médinet-Âbou sont couverts de représentations de forteresses asiatiques assiégées par Sétil*', Ramsès II et Ramsès III (XV** et XI V** siècles). Comme sous les Thoutmès, les actions les plus chaudes se passent toujours auprès des places fortes. La ville de Katesch^, en particulier, semble être la plus disputée de toutes les forteresses; elle subit un siège dans chague campagne nouvelle, étant, pour ainsi dire, du reste, la clef du territoire de la grande confédération syrienne.
Après Ramsès III , Tère des grandes expéditions en Asie est passée. L'Egypte s'affaiblit sous les derniers rois de la XX* dynastie et ne conserve sur les provinces de la Syrie et de la Mésopotamie gu'une autorité fictive. Si elle continue encore à percevoir les tributs de ces provinces , c'est tout le souci gu'elle prend de ces possessions éloignées, dont les Pharaons se désintéressent de plus en plus et gui bientôt recouvrent leur complète indépendance.
A la faveur de cette période d'affaiblissement, deux puissances grandirent dans la Palestine : celle des Philistins et celle des Israélites.
i. Voy. ci-dessus, p. 183; es. Marietlc, Hist. d'Égypl., p. 39; Buchère, Rev. arch., 18Ci, l.I, p. 331 et suiv. — 2. Cs. Papyrus Sallier, no 3 ; Rosellini, I raonum., etc. , M. R., pi. XLVi ; Mon. Stor,, t. III, p. 319.
Les première, sortis de Tile de Crète, apparurent sur les frontières de TÉgypte au milieu de la tourbe liby-pélasgique*, qui fit irruption dans la vallée du Nil sous le règne de Merenphtah, successeur de Ramsès II (XIV* siècle). Vaincus définitivement par Ramsès III , ce joi les avait établis avec^ leurs femmes et leurs enfants dans les environs de Gaza, sous la surveillance de quelques places fortes ^
Les seconds, partis de TÉgypte probablement dans l'intervalle qui sépare Séti II de Ramsès III , ne pénétrèrent dans la terre de Ghanaan que lorsqu'ils furent assurés de ne plus s'y trouver face à face avec les grosses armées égyptiennes.
« Moïse , arrivé sur les frontières de la Syrie au momeat » des victoires de Necht-Séti et des marches de Ramsès III » à travers la Palestine, dit M. Delaunay^, ne crut pas le » moment venu pour son peuple d'affronter les armées » égyptiennes et jugea prudent de faire oublier son exis- )> tence à ses anciens maîtres. Cette politique porta ses » fruits : lorsque Josué entra en Palestine quarante ans » plus tard, l'Egypte, revenue de ses idées de conquête, se » contentait d'une suzeraineté nominale sur l'Asie. »
Je ne chercherai pas à expliquer la chute merveilleuse des murailles de Jéricho au son des trompettes Israélites^. Le style lyrique autorise ces exagérations pour rendre les images plus saisissantes. Il était Inen naturel, du reste, que l'auteur du Livre de Josué rappelât aux Israélites «t par des expressions vives, le premier succès de leur race sur la terre de Chanaan. Josué, certainement, n'ignorait pas les procédés poliorcé tiques des Égyptiens ; et tous les engins de siège dont ceux-ci savaient se servir, depuis l'échelle mobile jusqu'au mantelet en forme de cape , qu'on trouve au Ramesséum dans les peintures du temps de Meiamoûn^, devaient faire partie du bagage d'attaque d«s Israélites.
1. L«normant, Manuel d'hist. d'Orient, 1. 1, p. 298. — 2. Delaunay, d'après le Mémoire de M. Maspéro sur TExode , Journ. ofBc. , 28 janvier 1873. — 3. Josué , V, 5. — 4. Égypl. Anl. Descript. , ch . IX ; Dureau de L^ Malle , Puliorcétique des Anciens, 2'* part., ch. IV.
D*après M. de SaulgyS c'était sur un pâté de mouticulcs que se dressait l'antique Jéricho , détruite par Josué, ce Plu- » sieurs mamelons juxtaposés», dit le savant académicien, c( constituent ce pâté qut ressemble assez à un de ces tells' » sur lesquels étaient bâties les viUes antiques de TÊgypte. » Et il ajoute : .« Le tell le plus élevé, celui qui domine tous » les autres, comme une véritable acropole, présente des » arasements de gros murs bâtis en pierres brutes et offrant » une largeur de près de deux mètres. Ce sont sans doute » les bases des murailles que Josué a renversées. »
Ainsi donc, à Jéricho (Aïn-es-Soultan), comme à Aradus en Phénicie, les débris retrouvés des vieilles forteresses chananéennes présentent des amas de gros blocs bruts, pour ainsi dire cyclopéens, comme les hommes les plus anciens en ont élevé presque partout. S'il fallait en rechercher d'autres modèles on les retrouverait encore à Hazor^, antique capitale du roi Jabin, retrouvée par M. de Saulgy^. Peut-être rencontrerait-on encore quelques-uns des blocs de ces constructions prinûtives à Jérusalem, sur la montagne de Sion, dans les restes de la célèbre citadelle des Jébuséens, prise par le roi David. Là» de larges fossés, taillés dans le roc vif', suivant la mode chananéenne*, laissent encore deviner remplacement des remparts de l'antique forteresse.
Suivant la loi ordinaire des constructions, les muraiUes anciennes, dans ces pays, ont alimenté de leurs matériaux des monuments plus nouveaux. Mais peut-on admettre que des murs s'élevaût jusqu'au ciel, «elon l'expression biblique^, aient pu disparaître si complètement, ruinés par le temps , la guerre ou les emprunts des générations successives, si, comme à Ruad, ils étaient dressés, sur toute leur hauteur, en blocs cyclopéens ? /
1 . De Saulcy, Voyag. en Terre Sainte , 1. 1 , p. 331 et suiv. — 2. Monticule artificiel; voy. ci -dessus, p. 177. — 3. Probablement la même que Hutar des Inscript, égypt. ; es. de Rougé, Rev. arch., 1861 , t. II, p. 359. — 4. Lenormant, id., 1. 1, p. 81. — 5. De Saulcy, id., t. I,p. 103; t. II, p. 42. — 6. Renan, id., p. 40 et pass. — 7. Voy. ci-dessus, p. 285.
OQ-7
Faut-il s'en rapporter à la tradition biblique^ qui montre les Israélites de l'invasion rasant jusque dans leurs fondements toutes les villes fortes de Ghanaan ? Secondées môme par leurs trompettes merveilleuses, comme à Jéricho, les douze tribus d'Israël n'eussent pu certainement suffire à une pareille tâche , si les murailles de toutes les places fortes de Ghanaan avaient été formées, comme celles de Ruad,de plus de quinze mètres superposés de pierres énormes ! Dans ce cas, du reste, il en resterait certainement, de loin en loin , quelques pans , sinon intacts , du moins assez bien conservés, pour témoigner devant" la postérité de Taspect monumental que ces constructions présentaient à Torigine.
Il est probable que, dans ces murailles chananéennes, le soubassement seul était formé de gros blocs. Ge sont ceux qu'on retrouve encore en quelques endroits. Au-dessus du soubassement, plus ou moins haut, suivant la position de la forteresse, suivant son assiette et suivant les besoins delà défense , s'élevaient des murs plus légers, souvent même les maisons de la ville. Il en était ainsi à Jéricho, du temps de Josué, puisque les espions recueillis par la courtisane Rahab purent s'échapper de la ville au moyen de cordes que cette femme attacha à la fenêtre de sa maison^. Il en était de môme à Bosra, au moyen âge, quand les Arabes s'en emparèrent'. La même disposition se rencontre, du reste, encore de nos jours, en Orient^.
Dans ces conditions , les parties supérieures des murailles étaient faciles à ruiner par l'incendie. Les Israélites eurent souvent recours à ce moyen pour raser les places fortes*. Les murs réduits à leurs soubassements plus ou moins élevés, ne constituèrent plus , après le passage de Josué, que de vastes amas de décombres destinés à fournir des matériaux aux constructions de l'avenir. Ainsi disparurent, par l'incendie, les murailles superbes des villes de Ghanaan, dont la tête , en raison même de la nature des constructions
1. Josué, VI et suiv. — 2. Id., II, 15. — 3. Voy. ci-dessus, p. 201. — 4. De Saulcy, id., t. I, p. 333. — 5. Josu^J, VI et suiv.
fragiles et légères gui les surmontaient , semblait se perdre dans les nuages.
Chez un peuple où les moindres détails de la vie privée faisaient Tobjet d'une réglementation particulière, les préceptes pour l'attaque des places n'avaient dû manquer d'être édictés, à une époque surtout où l'application allait en être quotidienne. Nousles trouvons dans le Deutéronome* :
« Lorsque vous mettrez le siège devant une ville et que , » durant le siège, vous élèverez, tout autour, des forts et des » remparts pour la prendre, vous n'abattrez point les arbres » qui portent du fruit, dont on peut manger, et vous ne ren- » verserez point à coups de cognée tous les arbres du pays » d'alentour, parce que ce n'est que du bois et non pas des » hommes qui puissent accroître le nombre de vos $nne^ » mis. » Sages précautions à prendre, quand on veut s'installer dans un pays après la conquête I
Et le Deutéronome continue : « Si ce ne sont point des » arbres fruitiers, mais des arbres sauvages, qui servent )» aux autres usages de la vie, vous les abattrez pour en faire » des machines jusqu'à ce que vous ayez pris la ville, qui se )» défend contre vous. «>
Jamais yautours ne s'étaient abattus avec autant de rage sur leur proie; mais jamais peuple, peut-être, n'avait montré plus de prudence à la guerre et plus d'habileté stratégique ! Longeant pendant de nombreuses années les confins de la terre de Ghanaan, les Israélites avaient attendu que les peuplades qui l'habitaient fussent livrées à leurs propres ressources. L'Egypte n'avait fait qu'encourager, par sa politique, la division dans laquelle vivaient ces provinces. Les Hébreux comptaient bien que cet état de choses favoriserait considérablement leur entreprise.
Quand Josué crut le moment favorable , il passa le Jourdain à l'improviste et lança précipitamment ses colonnes sur Jéricho. Ce ne fut, du reste, qu'après avoir mis eu pratique les mesures les plus sages, moyens employés dcjù