L'Orient à l'époque des Croisade
TAsie-Mineure étaient depuis plus de trois des Arabes^, quand les empereurs de Goni phore Phocas et Jean Zimiscès, songèrent En peu de temps ces provinces rentrèren i (963-976 ap. J.-C.)^• mais déjà les Fathi conquête de l'empire musulman d'Asie. ! Syrie méridionale, poussèrent jusqu'à Ba I sèrent aux Grecs que la Syrie septentr i Mineure (976-1028 ap. J.-C). Puis, de e rants parurent à TOrient ; les Turcs Seldjo les Gaznévides^ de Tlrak-Adjérni, expulsa de Bagdad^,poussèrent jusque dans les poss> des Grecs, et, après avoir battu Tempère Diogènes*, expulsèrent les Byzantins de lèrent les Fathimitesjusque dans leurs terre 1076 ap. J.-C.)*. Il ne resta plus aux Grecs de Trébizonde, protégée par de bons rempj autres cités éparses qui, comme Édesse® e curent sans sécurité au milieu de l'empire leur existence par les plus lourds sacrifie ! Fathimites, ils furent réduits à la région i Syrie, depuis l'extrême Sud jusqu'à Laodici i
1. Voy. ci-dessus, p. 202 et suiv. — 2. David, Syi p. 200 et suiv. — 3. Les Turcs Gazné vides, esclaves d( i s^étaient emparés du pouvoir dans le Khorassan, vers et avaient fait reconnaître leur autorité. par le khalifo I Guignes, Hist. des Huns, liv. IX, p. 160. —4. Les! à Bagdad, sous les khalifes abbassides, avec le titre c ils se prétendaient descendants des anciens rois Sassan Hist. des Arabes, p. 199. — 5. 1071 ap. J.-C. — 6 id., liv. X, p. 185 et suiv., 200, 208, 215. ^ 7. — 8. Guillaume de Tyr, coUect. Guizot, t. XVII, p. 377. — 10 Id., p. 185, 188. — 11. Id., p. 378
ils venaient de reconquérir Jérusalem sur les Turcs Orlakides^ lorsque les premières armées régulières de Croisés arrivèrent en Orient, sous la conduite de Godefroi de Bouillon et des princes les plus ardents de la chrétienté
(1096ap. J.-C).
A cette époque, lempire des Seldjoucides, parvenu à
l'apogée de sa grandeur, sous le règne de Malek-Schah, commençait à entrer dans sa période de décadence, en raison du partage qui s'en était fait, à la mort de ce prince (1092 ap. J.-C). Trois sultans, en effet, ceux dTconium*, de Damas^etd'Alep^, se partageaient les provinces syriennes; •ils vivaient, en outre, dans une indépendance à peu près complète vis-à-vis du chef de Tempire, le sultan de Perse. De plus, un émir très-puissant, ancien favori d'Alp-Arslan*, jouissait des mêmes prérogatives à Antioche et sur son territoire. Puis, au-dessous de ces princes de premier rang, s'étageaient une foule de petits seigneurs de second ordre, qui commandaient dans les villes et dans les châteaux, sous le litre d'émirs.
Mais, il s'en fallait de beaucoup qu'il y eût entre tons ces chefs un lien politique bien défini . « Ils n'étaient pas sou- « mis régulièrement les uns aux autres j>^ de plus, «comme » ils se jalousaient les uns les autres, dit Guillaume de.Tyr, » il y avait moins de danger à les combattre; car il ne leur » était pas facile de pouvoir ou de vouloir se réunir pour » repousser leurs communes injures'. » Tels étaient les Turcs que les Croisés devaient trouver dans l'Asie-MIneure et dans la Syrie.
Leur pays se trouvait couvert de villes fortes; mais, parmi celles-ci, la plupart étaient d'anciennes cités grecques ou romaines. Restaurées jadis par les Byzantins*, leurs mu-
i. De Guignes, liv. XI i, p. 133. — Originaires de l'Asie septentrionale, les Ortokides s'élaicnt répandus dans la Syrie, h peu près vers l'époque où les Seldjoucides envahissaient la Perse. — 2. De Guignes, liv. XI. — 3. Id.. liv. Xll. — 4. Guiil. de Tyr, id., p. 202. — 5. Id., t. XIX, p. 318. — 6. Voy. Procope, pass.
railles avaient été respectées par 1 On dit même que les khalifes abl leurs efforts pour les entretenir e il parait que, d'après leurs ordre antiques avaient reçu de nouvel] Depuis cette époque, les Turcs n plus de les fortifier davantage, et, l armées chrétiennes, ils venaient portes et leurs serrures^, approfondi sans doute, leurs brèches les plus <
Dans ces cités, la plupart peuplé Chrétiens grecs ou arméniens, les arabes se trouvaient en possessic milice et de défense des points fo tiens, ils y vivaient sous une dure la faculté de faire le commerce ou ture^. Il en résulta que, sauf dans ou Ton eut le temps de jeter de gr de défense, il fut impossible d'( sérieuse contre les fortes armées i sons turques, placées entre celles-( des villes, abandonnèrent les citade gées de défendre ou n*y firent qu( résistance. Quelques-unes s'en d après les premiei*s assauts ; d'autresi à prix d'argent; d'autres enfin fure les citoyens chrétiens, ou massacr
Dans les intervalles qui séparais les Turcs possédaient encore, répa de leur territoire, un grand nombi
1 . La ville d'Adana, citée par les histori avoir été relevée sur l'emplacement de l'a AbouHéiia rapporte qu'FIaroun-al-Raschid la sur Guill. de Tyr, t. XVII, p. 168.-2 t. XXI, p. 70.— 3. David, id,, p. 2r d'AIep. — A. Guill. de Tyr,'id., t. XVII 168, 169, 188, 189, 190; Albert d'Aix, id
hordjs, de ksours^, ou de cit^s de second ordre, où ils heibitalent beaucoup plus volontiers que dans les grandes villes populeuses, remplies de Chrétiens. Retirés dans ces châteaux plus ou moins bien fortifiés, ils maintenaient tout le pays dans leur plus grande dépendance. Ces bordjs, on les trouvait, pour la plupart, dans les montagnes, sur des hauteui-s escarpées, dans des lieux dîfiQciles; quelques-uns même se réduisaient à des cavernes ou des souterrains d'un accès malaisé, tels qu'on en rencontre beaucoup dans certaines régions syriennes^. Tancrède en força un certain nombre au début de la première croisade; ce sont ceux qu'ÂLBERX d'Aix nomme : le Château des Adolescents, le Château des Bergers^ le Château des jeunes filles^. D'après M. Michaud*, ce dernier était le même que celui qui est si souvent désigné dans les historiens des Croisades sous le nom de Château de Harene, et qui se trouvait à dix ou douze milles d'Antioche. « Tous ces » forts, dit Albert d'Aix, étaient situés dans les monta- » gnes. » Les Turcs qui y habitaient s'en faisaient des points d'appui pour dominer le pays, en surveiller tous les passages, lever des impôts sur les maisons de campagne' et rançonner les pèlerins, les voyageurs et tous ceux que la nécessité amenait jusqu'au pied de ces véritables repaires de brigands.
Enfin on pouvait encore distinguer, au milieu du pays turc, une troisième catégorie de forteresses. Celles-ci n'étaient, à proprement parler, que des tours de garde, et les sultans n'y entretenaient que de faibles garnisons pour la sûreté de leurs états. On les rencontrait surtout en grand nombre dans «les environs d'Alep et de Damas. Guillaume DE Tyr rapporte, en efTet, que le roi de Jérusalem, Baudouin II, ayant pénétré sur les terres du sultan de Damas, s'empara de deux de oes tours, dont l'une renfermait une
1 . C'est par analogie avec les établissements analogues de l'Algérie moderne que j'emploie celle dénomination. — 2. Guill. de Tyr, t. XVil, p. 364 ;, t. XVIII, p. 468. — 3. Albert d'Aix. t. XXI, p. 136. — 4. Michaud, Hisl. des Croisades, t.I, p. 248. -^5. Les Croisés appelaient ces maisons co^a/ex.
garnison de quatre-vingt-seize Tui de vingt seulement (1126 ap. J.-( dit plus loin que Josselin, comte quatre ans plus tard, à faire miner i construite en briques dures, dans; trouva enseveli sous les décombre suite d*un éboulement subit, et qu coup de peine à len retirer (il 30 aj
Les places de la catégorie des i pouvaient réellement avoir aucune!
armées de l'Occident; de sorte que l^liqué des forteresses turques, il i:
lesquelles les sultans osèrent placer Nicée etAntioche.
Toutes deux étaient capitales d( de princes du premier rang ^ ; la pn passer pour la clef de TAsie-Mineii de la Syrie. Nicée, remarquable ] tiques^, ses murailles épaisses, ses d'eau, portait sur sa double encei » dix tours de brique ou de pii nommée la Reine de lOrient « donn » ceux qui la regardaient, par le i » fortes tours, que Ton y corn » soixante^. »
Le sultan dlconium et Témir admirablement les services que ces leur rendre ; ils y flrent entrer to disposaient ; et celles-ci les défend incomparable. Pendant que les prii
1. Guill. de Tyr, t. XVÏII, p. 290. — Arslan, sultan d'iconium, résidait à Nicée, (1092 ap. J.-C). — 4. Nicée, foiidée par Lysimaquc (300), devint très-importante soin — 5. Guill. de Tyr. t. XVII, p. 127 ; Miel p. 266. — 7. Yoy. ci-dessus, p. 205, 314.
leurs fortes murailles les assauts les plus furieux*, les Turcs faisaient appel à tous les croyants de TAsie et les soulevaient, au nom de Tislamisme menacé, pour les jeter, par masses innombrables, sur les armées chrétiennes. Ils ne réussirent cependant pas à sauver leurs capitales, car leurs armées succombèrent devant la bravoure des Croisés.
Vaincus à Dorylée, après la reddition de Nicée*, battus sous les murs d'Antioche, après la surprise de cette ville *, les Seldjoucides restèrent désormais impuissants à arrêter la marche des Chrétiens sur Jérusalem, et ceux-ci purent
1 . Les Croisés devant Nicée et devant Anlioche donnèrent la mesure de leur incapacité poliorcétique. Ils étaient, il est vrai, bien près d'entrer dans Nicée, quand cette place se rendit aux envoyés d'Alexis Comnène; mais ils restèrent neuf mois devant Autioche et ne la prirent que par le crime d'un traître. Ils ne purent, du reste, en forcer la citadelle ; et celle-ci ne leur fut rendue que par capitulation, après la défaite de Kerboghâ. Le comte de Toulouse resta de même deux mois devant la petite ville d'Arcfaas sans pouvoir s*en emparer. Toute la science poliorcétique des Croisés se bornait alors à bloquer les places et à essayer de faire quelques brèches aux murailles soit au moyen des machines appelées truie et renard, soit en détachant quelques soldats intrépides, qui s'avançaient jusqu'au pied des murs, pour les attaquer avec des crochets de fer. Pendant que ces opérations s'exécutaient, les assiégeants écartaient les défenseurs des murailles, au moyen de machines à projectiles nommées mangenneatix (manganes), qui lançaient des petites pierres, à peu près grosses comme le poing. (Voy. Guill. de Tyr, t. XVll,p. 13i 135, 1 40, UO; Albert d'Aix, t. XXI, p. 83, 8i, 89). L'art de la construction des machines était, du reste, peu développé, à cette époque, dans les armées chrétiennes. Devant Nicée, ce furent deux Allemands et un Lombard qui se distinguèrent le plus dans cette matière. Au si^e de Narrah, le comte de Saint-Gilles se servit cependant do tours roulantes à ponts-levis, analogues aux hélépoles de l'antiquité (voy. Guibert de Nogeot, collect. Guizot, t. IX, p. 219); mais jusqu'à Tarrivée des Génois, qui débarquèrent à Joppé, pendant le si^e de Jérusalem, ces machines mobiles restèrent fort imparfaites. « Ceux-ci, dit Guillaume de Tyr (t. XVil, p. 434), j» avaient une grande habitude de tous les travaux de constraction et de » machines, et ils rendirent de grands services aux Croisés, en leur ensei- » gnant des procodes plus prompts. » A partir de ce moment, les tours roulantes parurent dans tous les sièges. — 2. GuiH. de Tyr, t. XVII, p. 126 et suiv. — 3. Id., p. 326 et suiv.
pénétrer facilement sur les terres d partir de cette époque, les sultans s refoulés dans- leurs montagnes et pe n'avaient nullement Tintentionde séj n'eurent plus qu'une seule préoccup plus de mal possible aux armées qi temps à autre sur TOriont musulnK turbulents leur en laissaient le tempi grecs de Constantinople cessaient n harceler, ils couraient sur les pèleri lorsque, fatigués d'une longue march déjà à moitié épuisés. Le royaume c nium se maintint avec un certain éc XIIP siècle ; mais après la mort du ap. J.-C), il commença à déchoir et i tous les états voisins, aux mains des de l'Asie, les Mongols (1294 ap. J.- Kaikobad (Ala-Eddin) qui, l'an 611 J.-C), avait fait entourer sa capital la haute muraille percée de douze p El-hadj -Mehemmed-edib-ben-Mehei temps (1682 ap. J.«G.),il ne restait p] Les fortifications de la plupart d( Syrie avaient été réparées sous le Billah (1063 ap. J.-C.)^ Ce prince, Tyr', « nomma des gouverneurs (éi » gés de commander dans les villes n:
» qui se trouvaient au milieu des ter » rendit toute cette contrée tributs » habitants de chaque localité de rel » de construire de fortes tours dan » parts. » Ce fut en vertu de ce dôcre
1. Guill. de Tyr. t. XVII, p. 377 et suiv Seldjoucides d'Iconium, voy. de Guignes, liv. dl-Hadj, trad. Bianchi, Société do Géogr., Reci — 4. Guillaume de Tyr appelle ce khalife I 5. Id., t. XVIII, p. 37.
Jérusalem sévirent contraints de rétablir à leurs frais une grande partie des murailles de cette cité. Us fuirent, dit-on, aidés dans cette œuvre de restauration par les aumônes que leur adressèrent les banquiers de Tîle de Chypre, de la part de l'empereur de Constantinople.
Quand les Croisés parurent devant les villes syriennes des Égyptiens, le khalife n'était pae en mesure de se porter à leur rencontre, et les émirs-gouverneurs se souciaient peu de tenir la campagne avec les faibles troupes, qui formaient les garnisons de leurs places fortes. Ces circonstances permirent aux armées européennes de changer la tactique suivie jusque-là, de négliger les villes fortifiées et de s'avancer le plus vite possible sur Jérusalem, où devaient être tentés les plus grands efforts.
Titus n'avait pas tellement détruit les murailles de la ville sainte *, qu'elles n'avaient pu être assez bien restaurées par les Byzantins. Les Arabes de la conquête en effet avaient été obligés de les assiéger pendant quatre mois et la ville ne s'était rendue que par capitulation (636 ap. J.-C.)^. Les Fathimites, nous venons de le dire, les avaient fait réparer tout récemment, et, soit à cette époque, soit précédemment, on les avait complétées par un avani-mur, ce qui fit dire à Albert-d'Aix^ «que les murailles intérieures de la cité » étaient plus antiques que les barbacanes, » Malgré toutes ces défenses accumulées, Jérusalem succomba avant que les Égyptiens eussent pu venir à son secours, et quand les Musulmans fathimites furent culbutés dans les plaines d'Ascalon (12 août 1099) ^ il y avait déjà près d'un mois que la ville sainte était au pouvoir des Chrétiens*. Godefroi
i. Voy. ci-dessus, p. 328. — 2. Id., p. 204. — 3. Albert d'Aix, t. XXI, p. 328. — 4. Id., p. 365 ot suiv. — 5. Les Croisés pénétrèrent dans Jérusalem au moyen de trois tours mobiles à ponts-Ievis, qu'ils poussèrent contre les murailles intérieures, après avoir comblé le fossé et renversé Tavanl-mur au moyen d'un bélier. Celui-ci était, paraît-il, dressé sur un bâtis tellement lourd , qu'il devint difficile de le faire mouvoir pour laisser passer la tour roulante, à travers la brèche, et qu'il fallut Tincendier pour rendre le passage libre. (Voy. Guill. de Tyr, t. XVII, p. 438; Albert d*Aix, id., p. 328).
de Bouillon, aussi, avait eu le tei d'épines et d'inaugurer le royai restait aux princes de ce nouv puissance les sultans seldjoucid garantir leurs possessions syri( tentatives des empereurs grecs < chasser les derniers Fatliimites ganiser solidement sur les terre sivement accroître leur domaine.
Deux places fortes, Édesse et lièrement chargées de veiller à h des frontières du Nord; et quai:
Damas , en attendant qu'on pût !
chercha à se les attacher par Redouan, fut assez fidèle à ses en Damas, Tothteghin, savait très intérêts particuliers l'y poussaier ses armées à celles des Francs, p:
Seldjoucides de Perse , il n*en fi un ennemi très-redoutable pour I il pouvait s'attendre à voir, d'ii envahis par les Chrétiens, il s'ét mencement de son règne, de faii sa capitale, Damas (1106 ap. J.-(l construisit autour de la forteresi de résidence aux khalifes Om briques crues. Ce furent ces ni Conrad III allèrent inutilement tard (1147 ap. J.-C). Au dire :
étaient généralement bas, sans incapables de soutenir le choc di :
Mais ils se trouvaient, sur un( étendue , défendus par des mass
1. De Guignes, id., liv. XII, p. 105 suiv. — 3. De Sacy, Abd-Allatif, p. 444 — 4. Voy. ci-dessus, p. 209.' — 5. Gui
murailles de terre et remplis d'habitations pouvant servir de tours de défense. Ces vergers constituaient pour la place de Téri tables fortifications, excellentes, du reste, à cause de la guerre de chicane qu'on pouvait y entretenir.
Ces détails donneraient une bien faible opinion de la valeur des fortifications seldjoucides au XIP siècle , si nous n'apprenions, d'un autre côté, que les Turcs savaient bâtir beaucoup plus solidement, quand les matériaux de construction ne leur faisaient pas défaut. On lit, en effet, dans Guillaume de Tyr' que le sultan Tothleghin, en 1121, avait fait élever à Gérasa^ sur les ruines d'une ancienne ville ^, <r une citadelle construite à grands frais et bâtie en grandes » pierres carrées. » Cette forteresse, dressée avec des matériaux antiques, provenant des ruines, fut rasée Tannée sui->vante par Baudouin II, quand ce prince , après s'en être emparé, eut reconnu que les Chrétiens a ne pourraient » jamais s'y maintenir sans de grandes dépenses et des » fatigues continuelles. »
Je ne raconterai pas les sièges entrepris par les Chrétiens pour expulser les Fathimites de la Syrie ; ceux-ci s'y maintinrent jusqu'au milieu du XII* siècle, époque 'à laquelle succomba la ville d'Âscalon , leur dernière citadelle impor^ tante (1153 ap. J.-C.)^
Pendant longtemps encore, après Tinauguration du royaume de Jérusalem, le pays fut continuellement sillonné par des bandes de Turcs et d'Arabes qui ne cessaient de désoler les campagnes ; on dit même que, pénétrant à la faveur de la nuit dans les villes remparées, par les brèches des mu* railles, ils allaient parfois jusque dans les maisons égorger les habitants chrétiens^. Ce fut cependant au milieu de tout ce désordre que s'établit Tempire chrétien d'Orient; il s'organisa avec le système féodal pour régime social.
Déjà, deux dès chefs les plus ardents de la Croisade avaient formé les principautés d'Antioche et d'Édesse, dans les ré-
1 . GuiU. de Tyr. t. XVill, p. 221 . •- 2. Voy. ci-dessus, p. 330, — 3. Guill. de Tyr. t. XiX, p. 72.-- 4. Michaud. t. I, p. 503; t. II, p. 2, 89 et paft8.
gions du Nord. Le roi de Jérusale vassaux, les confirma dans la poss états , puis il fonda le comté de 1 i domaine royal toute la partie i syrienne. Il résulta de cet état de c i en quatre régions, et chacune d'elle:
en un grand nombre de sections c la concession à titre définitif fut i chevaliers désireux de se fixer di Chacun d'eux put désormais exerc i dans ses domaines, à la conditioc hommage de fidélité et de dépei i sûreté de l'état et de fournir pou:
déterminé d'hommes d'armes, nom i ments d'organisation militaire du r Les ordres religieux qui, dans !; puissants, furent également associé!
générale, et bientôt les frères T; commandèrent dans les villes et ( les barons. Il y eut parfois de i moines au sujet des commandemen intervenir pour trancher leurs difFé côté, on les vit souvent, pour soulai; accepter d'eux le partage de la seig ceux-ci, faute de ressources suffisai sants à faire face à toutes les dépeni fications des places confiées à leur {;
1. J. de Vilry, t. XIV, p. 88. — 2. Voyc; salem, Michaud, t. II, p. 537. — 3. En 1: appelé pour trancher le dilTi^rend survenu er taliers, au sujet du château de Zibel (Djebleli priété (le cette forteresse et de son t€(ritoii Rey, Monuments, etc., p. 19. — 4. Honfron de la ville de Pan<^ade, c fatigué des dépci > sollicitudes continuelles que lui donnait Tyr (t. XiX, p. 102), en céda la moitié aux ment du roi (1157 ap. J.-C.)-
On construisit peu d'enceintes de grandes villes sur le sol syrien pendant l'occupation chrétienne, car les chevalier n'avaient généralement qu'une médiocre confiance dans de vastes étendues de remparts, qu'il fallait défendre avec beaucoup de monde et où ils étaient moins sûrs de faire de bonnes résistances que dans des forteresses plus restreintes. Du reste, la plupart des villes populeuses au pouvoir des Chrétiens étaient situées sur le littoral, et elles possédaient des fortifications arabes ou byzantines, qui les mettaient à l'abri d'un coup de main. Tant que les colonies chrétiennes ne furent pas trop pressées par les Musulmans, les vieilles enceintes de leurs villes suffirent amplement à les protéger. Ce ne fut que plus tard, au milieu du XIIP siècle, lorsque ceux-ci eurent acculé les Chrétiens à leurs dernières cités de la côle syrienne, qu'on songea à rebâtir de toutes pièces les murailles détruites par ces infidèles et que les Croisés donnèrent la mesure de leur talent dans l'art de la construction des remparts des villes, en relevant ceux de Sidon, de Césarée, de Jaffa et de Ptolémaïs (1250-1254 ap. J.-C.) *.
Cependant, dès le début même de la conquête, on procéda à la réparation des fortifications des places dont on s'était emparé^. Mais comme à cette époque les seigneurs n'avaient à leur disposition , pour ces restaurations , qu'un nombre limité de bras, l'étendue de la plupart des cités occupées fut considérablement réduite. Guillaume de Tyr^, en eifet, rapporte qu'à Ramla et à Joppé (JafTa)'', villes que les Musulmans avaient abandonnées à l'approche des Croisés, on se contenta de relever les citadelles, ou du moins on ne restaura que les parties des remparts absolument indispensables à la sûreté des garnisons qu'on laissa à leur garde (1099 ap. J.-C). Le reste ne fut remis en état que plus tard,
1. Joinville, Hist. de Saint-Louis, édit. Michel, p. 193. — 2. Albert d'Aix, t. XXn, p. 88. - 3. Guill. de Tyr. t. XVII, p. 398, 432. — 4. Baudouin I<v en 1103 fît faire d^importantes réparations à cette place; elle put «résister avec yiccès aux entreprises des Égytiens en 1115 et 1122; elle ne succomba qu'en 1187 sous les armes de Malek-Adel, qui la ruina de nouveau ; voy. (îumn, Palcsl, t. 1, p. 19.
im
quand de nouveaux colons furent venus repeupler ces cités et quand celles-ci eurent repris leur importance primitive. Les historiens font mention de ces diverses restaurations, dont j'aurai plus d'une fois Toccasion de reparler ultérieurement.
D'un auti*e côté, en raison même de l'organisation féodale de l'empire, de très-nombreux châteaux s'élevèrent' immédiatement sur tous les points du territoire. Quand les seigneurs ne trouvèrent pas, comme à Saint-Âbraham (Hébron)* ou à Tibériade^, de vieilles forteresses à occuper, ils en bâtirent de nouvelles. Au moven de ces châteaux-forts, ils dominèrent tout le pays et levèrent des impôts sur les citoyens des villes, dont ces redoutes étaient voisines, en même temps que sur les habitants des campagnes comprises dans les fiefs, dont ils étaient titulaires. Ainsi Tancrède, rapporte Raoul de Caen ^, fit construire le fort deBezan: « Il pillait toutes les placés des environs, dit rhistorien, i> enlevant les charrues, transférant le joug de la tête des » bœufs sur celle des paysans, enlevant les marchandises » sur les chemins et bloquant les portes des villes. »
Peu à peu, des colons chrétiens, tirant protection de ces forteresses, s'établirent tout à l'entour dans les campagnes, en se mêlant aux indigènes, musulmans ou chrétiens de Syrie, habitants des casaux (casales)^, espèces de fermes, de villages et de maisons de campagne, sur lesquels les seigneurs prélevaient les redevances, qui constituaient leurs revenus. Grâce à la bonne entente, que les princes furent, dans la suite, très- habiles à ménager entre ces éléments hétérogènes de population, qui se partageaient ainsi le sol des fief^, il s'opéra entre tous une véritable fusion. Celle-ci, au milieu du XII'' siècle, à Tépoque de l'apogée de la puissance chrétienne en Orient, s'accusait déjà très-nettement par le mélange des langues, par l'emploi d'une espèce de monnaie
I. Albert d'Aix, t. XXil, p. 1*2. — 2. Id., p. 136. -^ 3. R. de Caen, t. XMIÎ, p. 561. - 4. J. de Yiiry, t. XIV., p. 88; G. de Tvr. l. XIX,
p. Mt.
iateriiatioaâle et parfois même par des allianœs^ Ainsi s'effectua progressivement l'organisation féodale du royaume latin de Jérusalem.
Cependant, d'autres colons, artisans ou commerçants, s'étaient installés au pied des châteaux, dans des espèces de faubourgs, qui s'étaient formés peu à peu. Quelques-uns de ceux-ci' furent entourés de murailles, quand ils eurent pris un certain développement ; mais il y a cela de remarquable qu'ils restèrent généralement indépendants du château protecteur et qu'ils ne furent presque jamais liés à sa défense par leurs fortifications. Au lieu de tirer protection des enceintes de faubourgs, comme l'eût fait une citadelle renfermée entièrement à l'intérieur d'une ville, dont les remparts lui eussent servi de première enceinte, les châteaux des Croisés, bâtis d'ordinaire à l'une des extrémités de la place, comme à Kalaal-esch-Schekif (Beaufort des Croisés)', quand il n'en était pas entièrement séparé, comme à Kalaat- Sahioun (Saône) ^, conservaient par rapport à celle-ci une entière indépendance. Ils restaient ainsi maîtres de leurs communications avec la campagne^ quand la cité bâtie à leur pied venait à succomber avant eux. Aussi les remparts de faubourgs consistaient-ils le plus souvent en de simples murailles crénelées de peu d'épaisseur, flanquées seulement de saillants carrés au lieu de tours ^, ce qui explique pourquoi on n'en retrouve plus aujourd'hui que de faibles traces, tandis que ceux des châteaux sont encore en grande partie debout. D'ailleui*s, le châtelain se désintéressait parfois, sans doute, de la construction *de ces fortifications^, dont quelques-unes manquaient de solidité, ayant été dressées par des mains inexpérimentées, par des artisans ou des laboureurs, trop pauvres pour pouvoir en bâtir de meilleures.
3. Voy. Rcy, Monuments, etc., p. 8 et suiv. ; Foulcher de Chartres, l. XXIV!— 2. Rey.id. p. 127 cl suiv., et pi. XIH.— 3. ld..p. 105 et suiv., et. pi. XII. — 4. Id., p. 180. :— 5. Id., p. 133.~6. Cetle Ici, évidemment, n'était pas générale, et l'on remarque au contraire dans certaines places, comme à Karak, les précautions prises par les constructeurs pour pourvoir k tous les besoins des habitants; voy. Rey, p. 133.
Aussi Guillaume DE Tyr * a-t-il pu dire, en parlant de la forteresse que Baudouin III avait fait élever sur les ruines de l'ancienne ville de Gaza (1149 ap. J.-G.): « Il'la donna » aussitôt aux frères chevaliers du Temple, pour être pos- )) sédée par eux à perpétuité. Ce fort ne put occuper toute la » colline sur laquelle la ville avait été bâtie. Ceux qui s'y » réunirent pour fixer leur résidence, voulant se mettre plus » en sûreté essayèrent de fortifier tout le reste de la colline, » en la fermant par des portes et en construisant un mur; » mais ce mur était bas et peu solide, » Quand Saladin se présenta devant cette place, il eut bientôt ruiné la défense du faubourg; et, comme le commandant du château avait refusé l'entrée de sa citadelle aux habitants, ceux-ci furent massacrés jusqu'au dernier par l'impitoyable sultan (1170 ap. J.-C).
Parmi les châteaux qui furent élevés par les Croisés en Syrie dans la première moitié du XIP siècle, c'est-à-dire pendant la période de conquête et d'installation, quelquesuns eurent pour principale mission de surveiller les villes insoumises, de lever des impôts, à leur détriment, dans les campagnes qui en dépendaient, et d*empêcher les habitants de sortir de leurs murs pour faire du butin. On peut ranger dans cette catégorie le château de Bezan, bâti par Tancrède, pour bloquer la ville de Caiphas et désoler ses environs (llOO ap. J.-C). « Affligée de ces maux, » dit Raoul de GAEN^ elle « succomba enfin, quoiqu'elle fût défendue et » par la mer et par ses tours. » Dans le même but, Raimond, comte de Toulouse, fit construire auprès de Trir poli le château du Mont des Pèlerins (1103 ap. J.-C.)^. Tyr devait également être surveillée de la même manière par le château de Toron (Tibnin), élevé par le seigneur de Tibériade, Hugues de Sainl-Aldemar (1107 ap. J.-C.)''. Baudouin P', quelques années plus lard (1116 ap. J.-C), voyant
1. G. de Tyr, t. XIX, p. 272. — 2. R. de Caen, id. — 3. G. de Tyr, t. XVIII, p. 101; la ville de Tripoli ne fut réduite qu'en 1109. -- 4. Id., p. 133.
que cette ville maritime était encore occupée par les eanemis, fit relever, non loin d'elle, une ancienne forteresse macédonienne qui tombait en ruines. Les Chrétiens la nommèrent Scandalium (Iskanderoun, Alexandrion). « Le roi, » dit Guillaume DE Tyr*, fit rebâtir cette forteresse dans » rintention de pouvoir attaquer les Tyriens avec plus de » succès et de les harceler sans relâche. » Béryte vit aussi devant elle s'élever un château, le Mont-Glavien (1125 ap. J.-C.)^ et Rafanée sur l'Éleuthère eut le Mont-Ferrand (1127 ap. J.-G.)^. Mais l'exemple le plus remarquable de ces forteresses de surveillance des villes musulmanes insoumises fut sans contredit celui d'Ascalon.
Cette ville, magnifiquement remparée par les Byzantins et par les Arabes*, était regardée par les Fathimites comme le principal boulevard de l'Egypte contre les Chrétiens d'Orient. Aussi les khalifes du Kaire y entretenaient-ils de très-nombreuses garnisons et avaient-ils mis tous leurs soins à maintenir les fortifications de cette place dans le meilleur état possible. « Les princes (chrétiens), dit Guil- » LAUME DE Tyr', formèrent le projet de construire des forts )) dans une certaine circonférence autour de la ville, afin » de pouvoir plus facilement rassembler les chevaliers et
1. Guill. de Tyr, p. 189; J. de Vitry, t. XIX, p. 66; voy. de Saulcy. Mer Morte, t. I. p. 45, 69; la ville de Tyr ne fut réduite qu'en 1123. —
2. G. de Tyr, id., p. 28-i ; Foulcher de Chartres, t. XXIV, p. 252. —
3. G. de Tyr, id. p. 291, 368. — i. Voyez, pour la description de cette ville, Guill. de Tyr, t. XIX, p. 21, et pour ses ruines, Guérin, Palestine, Judée, t. Il, p. 136 et suiv. Les murs retrouvés par M. Guérin étaient revêtus extérieurement d'un appareil très-régulier de pierres moyennes; l'intérieur se trouvait rempli d'un blocage de moellons et de mortier ; de plus, la maçonnerie était traversée, de distance en distance, par des fôts de colonnes formant parpaings et dépassant les parements de Oin,10àO<n,15. Un avant-mur qui régnait autour de la ville , comme l'indique Guillaume de Tyr, a été retrouvé également sur quelques points. Cette fabrique a tous les caractères de Tépoque byzantine ; les Arabes avaient dû faire cependant de nombreuses retouches à ces murailles , et il est probable que les couronnements, qui ont disparu entièrement aujourd'hui, étaient presque entièrement de leur fiicon. — 5. G. de Tyr, t. XVIII, p. 363.
» d'être mieux à portée de résister aux incursions des » ennemis, b En conséquence, quati'e forteresses furent successivement élevées aux environs de la grande cité musulmane; elles prirent les noms de Gibelin (Beit- Djibrin— 1136ap.J.-C.)*, lbelio(Yebneh-lU3 ap. J.-C.)*, Alba Spécula ou Blanche Garde (TelI-ès-Safleh — 1144 ap. J.-C.]^ et Gaza (1149 ap. J.-G.)*-
D'autres forteresses, élevées également pendant la première moitié du XII* siècle, furent destinées, soit à surveiller les contrées où les Chrétiens ne possédaient encore aucun autre point fortifié, soit h reculer les limites de leurs possessions. Parmi celles-ci , les plus remarquables furent celles de Mont-Réal, de Krak, de Belvoir et de Saphed '.
« A cette époque (1115 ap. J.-C), dit en effet Guillaumb » DE Tyr ^ le peuple chrétien ne possédait au delà du Jour- M dain aucuu point fortifié. Le roi (Baudouin I*'), désirant » reculer les limites de sou royaume de ce cAté, résolut de » faire construire, avec l'aide du Seigneur, un fort dans la » troisième Arabie, autrement appelée Syrie de Sobal, et 11 d'y établir des habitants, dont la présence servît à défen- « dre le territoire adjacent, tributaire du royaume, contre » les invasions de l'ennemi... Ayant trouvé une colline qui M lui parut propre à l'exécution de ses projets, il y fit 0008- » Iruire une forteresse que sa position naturelle et les tra- M vaux d'art qu'il y ajouta rendaient également redoutable; » et dès que les ouvrages furent terminés, il assigna cette » résidence à des compagnies de gens de pied et de » chevaliers, qu'il enrichit par la concession d'un vaste » territoire. La nouvelle ville fut entourée de murailles, de » tours, de remparts avancés, de fossés ; on l'approvisionna » avec soin en armes, en vivres et en machines de guerre, » elle roi, pour lui donner un nom qui rappelât la dignité
1. Cs. GuériB, l. Il, p. 307, 331 à 340. —2. Id., p. 58; G. de Tjr, 1. XVIll.p. 438.-3. H., t. XIX, p. 439; GuÉriD, id,, p. 90.- i. Id., p. 178; G. de Tyr, 1. XIX. p. 26 el suiv. — 5. J. de Vjirj, t. XIV, p. 88. — 6. G. de Tyr, t. XVIII, p. 177,
vinrent de nouveau gémir sous le poids des murailles de la nouvelle redoute (1149 ap. J.-C).
c( Les quatre angles de cette tour », dit en effet M. Rey\ à propos du donjon de la forteresse dont il s'agit, <c pre- » sentent à leur base une particularité fort curieuse : les » deux assises inférieures de chacun d eux sont formées de » blocs énormes provenant à coup sûr de quelque édifice » antique. Leur longueur est d'environ cinq mètres sur une » épaisseur moyenne de un mètre cinquante et une largeur )) de deux mètres. Ces pierres me paraissent avoir été des- » tinées à fortifier contre la sape les angles morts de la tour » qui n'étaient susceptibles que de peu de défense et aux- » quels le mineur devait chercher à s'attacher. »
Quant aux revêtements extérieurs des murs de cette forteresse, ils se composaient de gros blocs taillés en bossage et à joints ciselés, d'après une méthode très-anciennement suivie en Syrie et dont les Croisés avaient apprécié toute la valeur^. A ce sujet, M. Rey dit encore : « On avait dès lors » reconnu en Terre Sainte combien il était difficile d'enta- » mer les assises de pierre ainsi parementées, soit au moyen » de la* sape, soit à l'aide d'engins propres à battre les » murailles. »
Le royaume de Jérusalem, arrivé à l'apogée de sa grandeur sous Foulques d'Anjou, commença à entrer dans sa période de décadence après la mort de ce prince (1 145 ap. J.-C). A cette époque, en effet, Zenghi (Sanguin)^, fils d'un ancien Seldjoucide d*Alep dépossédé par le sultan de Damas, avait reconquis l'héritage de son père'* et venait en outre
1. Rey, id., p. 116, 117. — 2. Au sujet des constructions à refends et bossages de ia Syrie , il s'est élevé entre MM. Renan et de Saulcy une discussion dont j'ai déjà parlé (voy. ci-dessus, p. 301); Renan, Miss, en Phénicie, p. 47 et suiv. ; de Saulcy, T. S., t. Il, p. 85 et suiv. M. Rey a adopté ici l'opinion de M. Renan, qui paraît indiscutable du reste, pour la plupart des forteresses citées. — 3. Voy. ci-dessus, p. 219, note 3. — 4. De Guignes, liv. XII, p. 83; liv. XIII, p. 152. Sanpin avait été nommé atabek de Mossoul par Mahmoud 1er, en 1127 ap. J.-C.
de s'emparer d'Édesse et de son territoire (1144 ap. J.-C.)*. Son fils Nour-Eddin (Noradin) entra bientôt dans Damas (1154 ap. J.-G.)^ et réunit dans ses mains tous les débris épars de Tempire des Seldjoucides de Syrie. Enfin, le roi de Jérusalem, Amaury, favorisa par ses expéditions inutiles en Egypte les projets ambitieux de TAyoubite Salah-Eddin (Saladinj ; de sorte que, quand celui-ci eut renversé les Fathimites d'Egypte (1171 ap. J.-C.)^, et quand il eut privé le fils de Nour-Eddin de la plus grande partie de son héritage (1174 ap. J.-C.)*, le royaume chrétien d'Orient, déjà diminué par la perte de la principauté d'Édesse, se trouva tellement enserré et écrasé par les Musulmans qu'il n'exista bientôt presque plus et qu'il fallut en entreprendre la restauration par une nouvelle Croisade (1191 ap. i.-C).
Dans cette période de quarante ans environ, qui marque le temps de la décadence précédant la chute, les forteresses chrétiennes se multiplièrent considérablement sur les frontières, ou, du moins, on commença à les lier davantage entre elles pour les faire entrer dans un système combiné de défense. On y réussit tellement bien, du reste, qu'il n'y eut plus bientôt un seul passage, le long des frontières, qui ne fût couvert, soit par une ville, soit par un château, soit simplement par une tour de garde ^.
Déjà Foulques d'Anjou, dans les dernières années de son règne, avait, dans ce but, fait bâtir ou restaurer un grand nombre de forteresses®. Sous Baudouin III, on avait relevé et consolidé les murailles de Panéade (1156 ap. J.-C.)^ et bâti, sur l'ordre du roi, un fort aux environs d'Antioche (1161 ap. J.-C.)*. Amaury, à son tour, avait fait construire
i. Guill. de Tyr, t. XVIII, p. 454, 456. Zenghi, dans l'attaque de cette ville forte, mit en pratique un procédé dans l'application duquel les Turcs paraissent avoir excellé ; c*était celui qui consistait à faire brèche aux murailles par la mine , à remplir les excavations avec de grandes pièces de bois et à y mettre le feu; voy. G. de Tyr, t. XVUI, p. SIS, 227 et pass.— 2. de'Guignes, liv. Xlil, p. 178. — 3. Id., p. 214. — 4. Id., p. 224. — 5. Cs. Rey, id., p. 2 et suiv. — 6. Michaud, t. 11, p. 120. — 7. Guill. de Tyr, t. XIX, p. 106. — 8. Id., p. 162.
le fort de Daroun du côté deTÉgypte (1170 ap. J.-C.)* et Baudouin IV avait également ordonné la construction d'un fort, au Gué de Jacob ^, pour protéger la Galilée. A la même époque encore, on avait relevé les murailles de Jérusalem, qui tombaient de vétusté, et des contributions avaient été levées sur le peuple, pour l'exécution de cette restauration (1178 ap. J.-C.)^. Mais ce furent surtout les ordres religieux qui exécutèrent les grands travaux de défense du royaume, durant la période qui précéda la chute de Jérusalem (1145-
1187ap. J.-C).
Un grand nombre de châteaux, du reste, dont les seigneurs, sans doute, étaient devenus incapables d'assurer désormais Tentretien, avaient été concédés aux moines à titre de propriété définitive. Les Hospitaliers avaient ainsi acquis, dès Tannée 1145, le château des Kurdes, qui devint le fameux Krak des Chevaliers (Kalaat-el-Hosn)^. De la même manière, en 1167, Boémond d'Antioche leur avait cédé le toron de Boldo', espèce de petit fort avancé du château de Margat (Merkab) , que les frères acquirent également par cession le l*'' février 1186*. Il en avait été de même pour les chevaliers du Temple ; et les documents historiques de répoque nous apprennent j^ue, dès Tannée 1183, ils possédaient aussi à titre définitif la ville de Tortose et son territoire, lesquels faisaient partie, auparavant, des fiefs du comté de Tripoli^.
Malgré tous les efforts qui furent tentés pour retarder la chute de l'empire, comme des principes de dissolution existaient à Tintérieur, lorsque des forces extérieures vinrent troubler son équilibre, les obstacles qu'on mit sur la pente ne purent empêcher l'accident de se produire. Aussi, lorsque Saladin, vainqueur à Tibériade, fut entré dans la ville sainte (1187 ap. J.-G.)®, le sultan ayoubite fut bientôt
1. Guill. de Tyr, t. XIX. p. 270; J. de Vitry, t. XIV, p. 74; Guérin, id., t. Il, p. 224 ftl suiv. — 2. Gaill. de Tyr, t. XIX, p. 361. — 3. Id., p. 358. — 4. Rcy, id. p. 59. — 5. Id., p. 20. — 6. Id., p. 26. — 7. Id., p. 80. — 8. Bernard-lc-Trésorier, Giiizot, t. XX, p. Hl et suiv.
maître de toute la Syrie, malgré ses forteresses. Une seule ville, Tyr*, arrêta cependant sa marche, et permit aux Chrétiens de se maintenir dans un tout petit coin de la côte syrienne*^, en attendant les secours, qu'allaient leur apporter de l'Occident Philippe-Auguste et Richard Cœur-de- Lion(119i ap. J.-C).
Saladin promena ses armes victorieuses dans la Palestine et dans la Syrie, s'emparant de toutes les forteresses qu'il trouvait sur son passage. Quelques châteaux cependant, défendus par les frères du Temple ou de l'Hôpital, comme Tortose, le Krak des Chevaliers et Margat (1188 ap. J.-C), purent, grâce à la valeur de leurs défenseurs et grâce aussi aux remparts solides, dont ceux-ci les avaient dotés depuis peu de temps, échapper à la fureur du vainqueur de l'Orient^.
Au début de ses courses, le sultan avait pris la résolution de faire réparer les murailles de toutes les villes et châteaux, qu'il avait enlevés aux Chrétiens^. Mais il changea bientôt d'avis à la nouvelle de la Croisade de Frédéric Barberousse. Il fit alors démanteler un certain nombre de forteresses, et en particulier le château et la ville de Giblet (Byblos), celui de Laodicée et encore celui de Barut (Beryte) (1190ap. J.-C.)'. Il voulait éviter ainsi l'effet d'un retour offensif appuyé sur ces places de guerre. Puis, quand, après la prise de Ptolémaïs et le désastre d'Arsur (Antipatris) , il fut efTrayé de la marche rapide du roi Richard, l'ordre de démolition fut général (1191 ap. J.-C). Le prince anglo-normand, s'avançant dans la Palestine, n y trouva plus que des forteresses ruinées, Joppé, Ramla, Gaza, Ascalon et tous les forts de la Judée®. U les releva autant que possible, rétablit les murailles de Joppé, et, au mécontentement de ses barons, commença la restauration d'Ascalon (1192 ap. J.-C). Vépouse de Syrie, sur laquelle le sultan avait pleuré.
1. Bernard-le-Trésorier , id., p. 143 et suiv. — 2. Les Chrétiens n'occapaient plus qu'Antioche , Tyr et quelques parcelles de la côte syrienne. —3. Voy. Rey, id., p. 3i, 62, 80. — 4. G.dcNangis, t. XIII, p. 64,68. — 5. Rey, id., p. 218. - 6. Micliaud, t. H, p. 471, 474.
eu en ordonnant la ruine, retrouva ainsi Tintégrité de ses remparts^. « C'était un singulier spectacle, ditMiCHAUD*, » que celui de deux armées qu'on avait vues si redoutables )> sur le champ de bataille, ne cherchant plus de nouveaux )) combats et parcourant un pays ravagé par leurs victoires, » Tune pour renverser, Tautre pour rebâtir les tours et les » cités. »
Cependant Saladin, dans la ville sainte, préparait une résistance désespérée ; des ouvriers venus de Mossoul y exécutaient, sous sa direction, des travaux considérables', auxquels deux mille prisonniers chrétiens étaient en outre employés'*. Le sultan distribuait encore des tâches pour le travail, quand arrivèrent les propositions de paix du roi d'Angleterre. On les accepta dans l'espérance de gagner du temps pour reprendre des forces avant de recommencer la
lutte (1192 ap.J.-C.)*.
Mais la mort de Saladin amena la désorganisation de l'empire des Ayoubites (1193 ap. J.-C), par suite des divisions qui survinrent entre ses héritiers. Puis tous les fléaux, la peste, la famine, les tremblements de t^re, désolèrent les cités. Malgré les efforts de Malek-el-Afdhal (Malek-Adel), pour réunir tous les débris épars de cet empire', celui-ci ne cessa de marcher à sa décadence (1193-1218 ap. J.-C). De leur côté, les colonies chrétiennes ne vivaient que de trêves avec les Musulmans. Elles n'attendaient plus de secours sérieux de l'Europe; et, quant aux Croisés que celle-ci leur envoyait encore de temps à autre, ils ne réussissaient d'ordinaire qu'à réveiller contre elles l'ardeur des Sarrasins.
Il n'y avait plus de grandes guerres entre les deux états; mais ceux-ci n'en vivaient pas moins l'un et l'autre dans un malaise très-pénible, épuisés tous les deux, par des luttes
1. Michaud, id., p. 472.-2. Id., p. 474.-3. Id., p. 479.-4. Id., p. 496, d'après Boha-Eddin. — 5. Id., p. 511. —6. Après la mort de Malek-Aziz, sultan du Kaire, Malek-Adel, sultan de Damas, prit le titre de sultan d'Egypte et de Syrie (1199 ap. J.-C); voy. Marcel, Egypte inod.» p. 147.