IV. — LES EAUX
48. Les constmotions lacnstreft des temps antôhistoriques. -^ U semble que la Providence aurait dû réserver quelque coin de terre isolé aux hommes désireux de vivre seuls sans craindre les étrangers ; mais cette sécurité n'est pas de ce monde. Il parait cependant qu'aux époques antéhistoriques, pendant la période d'enfance de l'art delà navigation , quelques peuplades avaient réussi à s'isoler assez complètement, en s'installant dans des bourgades lacustres*.
1. Vioilet'Lcduc, p. 177.-» 2. Prévost, id., p. 63.-3. L. .Bonaparte, id.,, p. 104. — 4. La première dëcoarerte des stations lacustres a été faite en 1853 dans le lac de Zurich, par M. le docteur Relier, qui donna, l'année suivante, les résultats de ses observations dans les Mémoires de la Société archéologique de Zurich. Depuis cette époque, on a publié un 'grand nombre de travaux sur le même sujet.
Les villages, établis sur les lacs à quelque distance dii rivage, n'étaient reliés à la terre ferme que par des ponts sur pilotis faciles à couper \ et l'étranger ne pouvait y aborder que sur des embarcations légères, des pirogues creusées dans des troncs d'arbres 2. Ces retraites se trouvaient par conséquent parfaitement assurées contre les bétes féroces ; elles formaient en outre d'excellents asiles contre les attaques des hommes. Elles ressemblaient ainsi, aux nids aquatiques des oiseaux du lac Fezara, dont parle El Bekri. « L'oiseau » de l'espèce appelée keikel (grèbe?), dit l'historien, construit » son nid sur la surface de l'eau, et lorsqu'il aperçoit sur le )> rivage un animal, il pousse devant lui jusqu'au milieu du » lac, le nid qui renferme ses petits^ ».
Au fur et à mesure que l'industrie humaine se développa, les villages lacustres s'éloignèrent des rives, dont ils paraissent en effet avoir été moins distants à l'âge de la pierre qu'aux époques suivantes^.
Les stations lacustres étaient très-nombreuses en Suisse , où quelques-unes avaient acquis du reste un développement vraiment extraordinaire'^; mais on en rencontrait également beaucoup dans d'autres régions de l'Europe, piarticulièrement en Irlande, en Ecosse, en Angleterre, en Danemark, etc.®. On en a retrouvé plusieurs aussi, il y a peu de temps, dans les gorges des Pyrénées^.
Elles se distinguent en Suisse en deux espèces principales, et sont connues en France sous les noms de ténevières et de palaûttes.
Les ténevières^ formées avec des pilots épais®, enfoncés dans des amas de pierres transportées, présentent l'apparence
1. Troyon, Habit, lacustr., p. 37 et pass. — 2. Desor, les Palaûttes, p. 10. — 3. El-Bekri, Irad. de Slane, p. 141. — i. Desor, p. 9. — 5. La station de Wangen , dans le lac de Constance , ne comprenait pas moins de 40,000 pilots. Voy. Figuier, Hom. prim., p. 269. — 6. Troyon, id., pass. — *1. Monit du !29 nov. i»71. — 8. D'après M. Desor (p. 10), les pilots des ténevières du lac de Neucbàtel mesurent de 0i»,25 à 0>n,30 de diamètre, tandis que ceux des palafiltes n'est ordinairement que de On»,l!2
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d'îlots artificiels et submergés. Elles se rencontrent dans les régions où le fond des lacs est rocheux*.
Quant aux palafittes, elles sont dressées sans le secours des empierrements, les pieux se trouvant tout simplement enfoncés dans la vase ^.
Je n'insisterai pas d'avantage sur le mode de construction de ces cités lacustres , qui sont décrites avec leurs moindres détails dans de nombreux ouvrages** ; je m'abstiendrai également de nommer les objets divers trouvés au milieu de ces débris d'habitations aquatiques. Il ne me resle qu'à signaler certaines stations lacustres de l'Irlande qui portent le nom de crannoges* et ressemblent beaucoup aux ténevières de la Suisse. Mais les îlots sur lesquels elles reposent sont naturels ; l'industrie humaine les a seulement relevés au-dessus de l'eau pour les rendre habitables. Il paraît eu outre certain que ces stations irlandaises étaient encore fréquentées par les populations du Nord au commencement du XVIP si^^cle de notre ère ^,