‹ Essai sur les fortifications anciennes, ou introduction à l'histoire générale de la fortification des anciensChapitre 28 sur 72 · Aug. Tliierry, id., t, I, pass · texte numérisé non relu

Aug. Tliierry, id., t, I, pass

contribuèrent particulièrement à la développer. Déjà, au début du XIV* siècle, les rois de France, pour arrêter les progrès de la puissance anglaise dans la Guyenne, avaient bâti l'enceinte de la ville de Domme^, espèce de haslide^^ vivant sous la protection d'un chateau-fort du même nom, que les seigneurs, auxquels il appartenait, avaient cédé h la royauté à la fin du XIIP siècle (1280 ap. J.-G.)^ Le pape Jean XXII, natif de Cahors, fit aussi dresser autour de sa ville natale une bonne enceinte de murailles (1316-1334 ap. J.-C). Celles-ci ont beaucoup d analogie avec les murs d'Avignon, construits plus tard, du moins en ce qui concerne la forme carrée de leui^s tours , élevées suivant la méthode italienne^. Mais on remarque dans les appareils un certain désordre qu'on ne retrouve pas à Avignon. L'emploi de la brique, résultant de la cherté de la pierre dans le pays'^, donne aussi aux constructions militaires de Cahors un cachet tout particulier. « La brique joue un grand rôle dans » les constructions caducciennes;.les remparts (de Cahors) » sonty presque sur toute leur étendue , construits avec des » pierres inégalement taillées et des briques posées sans » ordre et sans régularité®. »

Parmi les principaux travaux de fortifications qui furent exécutés sous Philippe de Valois et Jean-le-Bon, en vue des guerres anglaises, on peut citer, dans l'Artois, la construction des remparts de Bapaume (1335 ap. J.-C), bâtis par Eudes IV,^ duc de Bourgogne, et fidèle allié des rois de France^, puis la restauration de la cité d'Arras, ordonnée par le roi lui-même en 1350^; dans la Bourgogne, la forti-

1. Verneilh, Congr. archéol., 4865, p. 402. — 2. Un grand nombre de bastides furent élevées au Xlll*^ siècle; c'étaient des villes neuves, de plan régulier, qui tiraient ordinairement leur protection d'une forteresse voisine. Dans le principe, elles n'étaient pas nécessairement très-fortifiées; mais il est probable cependant que, par mesure de précaution, on les entourait de fossés et de palissades. Voy. de Caumont, Arcbit. civile, p. 192 et suiv.; Congr. arch., 1863, p. 48. — 3. Vemeilh, id. — i. Viollct-Leduc, p. i2i. — 5. Congr. arcb., 1863, p. 303. — 6. Id., p. 383. — 7. Guilbcrr, t. 111, p. 337. — 8. Id., p. 321.

flcation de la ville de Nuits (1361 ap. J.-C.)*; dans la Normandie, le redresseraent des murs de Dieppe (1339 ap. J.-C), avec Targent enlevé par les habitants au siège de Southarapton^; la restauration, aux frais de la commune dj liouen-^, du rempart oriental de la ville (1346 ap. J.-C), qui n'avait pas été compris dans les travaux exécutés sous Louis IX * ; la réparation des murs de Caen , que le roi d'An^'leterre, Edouard III, venait d'endommager fortement (I346ap. J.-C.)^, etc., etc.

D'autres constructions du même temps furent entreprises dans le but de garantir les villes des incursions des Routiers, des Malandrins, des Tardvenus et de tous les avenluriei-s enrôlés dans les armées de l'époque , que les traités de paix laissaient parfois sans moyens d'existence. Ces mercenaires se jetaient assez volontiers sur les provinces riches que la guerre n'avait pas encore désolées, et ils s'y livraient aux plus affreux désordres. Nous voyons, en effet, en 1345, les habitants d'Auxonne, ville entourée jusque-là d'un simple fossé ^', s'enfermer dans une muraille, bâtie aux frais de la commune, pour éviter le retour de ravages semblables à ceux qu'ils venaient de subir à la suite du passage des Tardvenus".

Après le traité de Brétigny (1360 ap. J.-C), la Grande- Compagnie s'organisa en Bourgogne* et y promena ses bandes; il fallut que les villes se hâtassent de se mettre en état de défense. Aussi pense-t-on que ce fut vers cette époque qu'oa dressa les premières murailles des faubourgs de Sémur en Auxois^, dont les défenses furent complétées plus tard par Philippe-le-Hardi, frère de Charles V et duc de Bourgogne. Ce même prince fit également réparer les murailles de Chalon-sur-Saône (1368-1370 ap. J.-C.)^^

1. Guiibert, t. V, p. 52. — 2. Froissart, t. I, p. 72; Guilberl, t. V, p. 510. — 3. Id. , p. ^31 , 444. — 4. Voy. ci-dessus, p. 459. — 5. Les faubourgs de Caen n'étaient pas fermés, dit Froissart (t. I, p. 223); voy. Guilbprt, id., p. 626. — 6. Id.. p. 41. — 7. Bande de Lorrains, de Brabançons et d'Aliennands ; voy. 11. Martin, l. V, p. 233. — 8. Froissart, t. I, p. 450 et suiv. ~ 0. Guiibert, t. V, p. 90. — 40. Id., p. 179.

La Grande-Compagnie poussa jusque dans la Provence et menaça Avignon, dont Benoît XII venait, depuis peu (1350 ap. J.-C), de faire commencer la magnifique enceinte, ce qui enf:agea Innocent VI à faire continuer les travaux de fortification avec aclivité. Carpentras, vers le même temps f.l3G2 ap. J.-C), eut aussi une enceinte de murailles, dont Innocent VI, avant sa mort, avait ordonné la construction^

Les fortifications d'Avignon constituent, entre toutes, le plus beau modèle de Tarcbitecture militaire des villes au XIV*-' siècle ; les remparts de cette place formaient une che-

mise d'arrêt, moins forte il est vrai que celle du château qu'elle englobait, mais suffisante sans doute pour mettre la ville à Tabri d'un coup de main^. Les appareils y sont trèssoignés et los mâchicoulis en pierre qui régnent sur une partie d\i pourtour de l'enceinte, où ils remplacent avantageusement les hourds de bois usités aux XII* et XIII* siècles, donnent à celle-ci une apparence grandiose que ne ])Ossédaient pas encore les constructions analogues des époque^ précédentes^.

Lorsque Jean-le-Bon eut perdu la bataille de Poitiers (1350 ap. J.-C), Paris, la capitale du royaume, se mit immédialement en état de défense contre les Anglais. Cette fdis, ce fut la bourgeoisie, sous les ordres d'Etienne Marcel, prévôt des marchands , qui prit l'initiative des travaux de fortification. On demanda, il est vrai, l'autorisation du régent, duc de Normandie^, mais ce ne fut que pour la forme. « Si (l^^lienne), dit Froissart^, mil ouvriers en » œuvre, quant qu'il en put avoir et recouvrer de toutes

\ . Guilbert, t. V, p. 109. — 2. La ville avait été dém.inlcléc en i226, a|)rcs le siôçc de Louis VIII; voy. Nicolas de Bray, collecl. Guizot, t. Xï, p. 4<i2. Le clK\tcau des Papes, sur le rocher des Doms, fut bâti sous Jean XXII (i316-133i ap. J.-C). — 3. Voy. VioUel-Leduc, p. 12Gctsuiv. — A. D'après le continuateur de Guillaume de Nangis. Froissant dit, au contraire, par erreur, que ces fortifications furent élevc^es contre le régent on 1357 ; mars il confond ces travaux avec ceux qui furent faits à cette époque pour compléter les premiers de 1350. — 5. Froissart, id., t. 1, p. 377.

» parts, et fit faire grands fossés autour de Paris, et puis

» chaingles (enceintes), murs et portes; et y ouvroit-on

» nuit et jour. Et y eut, le terme d'un an, tous les jours

» trois mille ouvriers. Dont ce fut un grand fait que de

» fermer sur une année et d'enclore et avironner de toute

>} défense une telle cité comme Paris est et de tel circuit. Et

)> vous dis que ce fut le plus grand bien que oncques le

)> prévôt des marchands fit en toute sa vie; car autrement j!

» elle eût été depuis courue, gâtée et l'obée par trop de fois. »

Commencés en 1356 par Etienne Marcel; ces remparts ne furent achevés qu'en 1360 par Hugues Aubriot, prévôt royal, sous la direction duquel s'éleva, neuf ans plus tard (1369 ap. J.-C), la fameuse forteresse de la'Bastille^ sur remplacement de Tune des portes de l'enceinte d'Etienne. Charles V comptait sur cette redoute', non-seulement comme sur un bon réduit en cas d'attaque de l'étranger, mais encore comme sur une forteresse susceptible de tenir en respect la turbulente population de la capitale. Ce prince fit également compléter les défenses de la tour du Louvre,' dressée par Philippe- Auguste. « Il la fit réparer, dit M. le capitaine » Bureau ^ et entourer de bâtiments massifs, garnis de vingt }) toui's renfermant un arsenal, des magasins, une chapelle, )) etc., le tout défendu par une ceinture de larges fossés dans )) lesquels on fit entrer la Seine. »

Mais les soins du roi ne se portèrent pas seulement sur la capitale; sa sollicitude s'étendit aussi sur un très-grand nombre de villes que Du Guesclin venait de retirer une à une des mains de l'étranger. « Son règne, a dit M. De M Chateaubriand^, fut un règne de réparation et de recom- » position de la monarchie. » On travailla en effet , sous ce prince, à la restauration d'une foule de places qui avaient souffert des guerres anglaises , et non-seulement le roi ordonna les travaux, mais les apanagistes en firent autant sur leurs terres.

Charles V n'était encore que dauphin de France, pendant

1 . Bureau, Enceintes de I^aris, {i. 23, !2i. — S. Chateaubriand, Études historiques.

la captivité du roi Jean, qu'il ordonnait déjà ou permettait le relèvement des murailles de La Charité-sur-Loire (1356 ap. J.-C.)*, de Nevers (1358 ap. J.-C.)^ de Saint-Denis (1358 ap. J.-C.)^, etc. Devenu roi, il fit construire des enceintes nouvelles à Louviers-* et à Bayeux (1377 ap. J.-C.)^; on travailla aux fortifications de Troyes (1368 ap. J.-G.)^, de Bourges^ et de Poitiers^. Il en fut de même à Limoges^ et à Brives-la-Gaiilarde (1373 ap. J.-C.)^®. Dans la Lorraine, le comte de Bar, nommé duc depuis 1354, commença les fortifications de sa capitale en 1367, et ces travaux se continuèrent dans les années suivantes *^ Dans l'Ile-de-France, Mantes <2, Saint-Gormain (1370 ap. J.-G.)*^ et Melun** eurent aussi de nouveaux remparts. Enfin, outre un très-grand nombre de constructions qui furent également entreprises sous ce règne '^, on continua le château de Vincennes, commencé par Philippe de Valois. Moitié château, moitié place d'armes, cette forteresse fut sans contredit l'une des plus belles de l'époque; elle se distingue surtout clés anciens châteaux féodaux par une grande régularité de plan^®. Située en plaine, contrairement aux règles admises précédemment, on pressent qu'elle n'est que le poste avancé d'une grande ville située en arrière et presqu'une villa fortifiée ou maison de plaisance , dont les rois doivent désormais affectionner le séjour.

Gomme le château de Vincennes, du reste, les châteaux du XIV® siècle présentent des formes plus régulières que ceux des époques précédentes. Les appartements d'habitation s'y entremêlent davantage avec les ouvrages de défense, qui

1. Guilberl, t. IV, p. ^47. — 2. Id., p. 226, 229, 230. — S. Id., t. Vi, p. 733.-4. Id., t. V, p. 571. — 5. Id., p. 679.-6. Id., t. III, p. 20. -^ 7. Id., t. IV, p. 171. Ce fut le duc de Berry, Jean, frère du roi, qui fit compléter les remparts de Bourges. — 8. Id., p. 326. Le duc Jean fit aussi construire la nouvelle enceinte de Poitiers. — 9. Id., t. VI, p. 236. — 10.. Id., p. 269. — il. Id., t. IV, p. 598. — 12. Id., t. VI, p. 752. — 13. Id., p.759. — U. Id., p. 796. — 15. Voy. Christine de Pisan, Vie de Charles V, 2e partie, chap. xi, xn. — 16. De Caumont, Archit. milit., p. 596; Viollef- Leduc, p. 130 et suiv.

sont de plus en plus restreints, au bénéfice des premiers. On voit que les seigneurs se civilisent et que le goût du confortable commence à naître. Les constructions d'ailleurs prennent un aspect plus élégant, auquel contribuent surtout les couronnements des murailles avec leurs mâchicoulis, leurs moucharabys^ leurs échauguettes et leurs créneaux percés de meurtrières. Elles procèdent encore du style ogival, comme les murailles d'enceinte des villes, mîiis ce style n'est plus pur et il entre dans sa période de décadence. L'arc brisé disparaît peu à peu et se trouve remplacé par la ligne droite, de sorte que les ouvertures simplement rectangulaires succèdent aux baies surmontées de Togive. Les donjons se distinguent de moins en moins des autres tours, résultat auquel on arrive insensiblement par leur multiplication, comme au château de Saint-Lam-ent, près de Saint-Céré (Lot)^. ,

Les châteaux les plus remarquables du XIV® siècle ont été décrits par M. De Caumont^. Je citerai seulement ceux de Glisson, de Baynac, de Bourdeille, de Turenne, de Puyvert, de Montmajor, et enfin celui de Pierrefonds, lequel marque, avec celui de Montbard, le point de passage du X1V« au XV* siècle. « Les murs et les tours, dit M. De Caumont^, en )) parlant de Pierrefonds, sont en pierre de taille de grand » appareil et oflrent un choix de matériaux très-remarquable. » On avait même lié les pierres des angles avec des cram- )) pons de fer pour donner plus de solidité à x^ette partie des » murailles (1390 ap. J. -G.). »

La hauteur des murs de cette forteresse indique suffisamment qu'à la fin du XIV* siècle l'artillerie de siège n'avait pas encore atteint le degré de puissance nécessaire pour forcer l'abaissement définitif des défenses en maçonnerie des murailles des fortifications. Avec dehautes

1 . Mâchicoulis isolé porté sur deux consoles, comme on en voit déjà des exemples au XIII*) siècle, dans les remparts d'Aigues>Morles et dans le château syrien de Kalaat-el-HosnouKrak. — 2. Dion, Gongr. arch., 1867, p. 81. —3. De Caumont, Arch. milil., p. 565 et suiv. — 4. Id., p. 597.

murailles, dont les épaisseurs furent progressivement augmentées , dans les constructions nouvelles , la défense resta supérieure à lattaque pour quelque temps encore ^

II était fort difficile à l'attaque d'amener devant les places fortes une artillerie suffisante, et, du reste, les boulets de pierre des canons primitifs ne réussissaient qu'à détériorer les couronnements des murs, sans faire beaucoup d'effet sur le corps même du massif en maçonnerie. Au contraire , Tartillerie de place , posée à demeure ûxe , agissait , même avec ses médiocres projectiles , sur les machines de bois de lattaque, de manière à les désorganiser facilement. Sous le feu des nouveaux engins, les assaillants se trouvèrent bien plus écartés des principales fortifications des places qu'ils ne l'avaient jamais été jusqu'alors avec les anciennes machines balistiques du moyen-âge. Ce fut lorigine de la défense éloignée des places fortes, qui précéda., désormais, dans tous les sièges, l'action de la défense rapprochée, la seule qui eût été employée jusque-là. « Us s'en vinrent devant le Ques-^ » noy » , dit Froissart^ en parlant des hommes du duc de Normandie, « et appiaoehèrent la ville jusques aux barrières » (palissades)^, et firent semblant de l'assaillir; mais elle » étoit si bien pourvue de bonnes gens d'armes et de grand » artillerie qu'ils y eussent perdu leur peine. Toutes voies', » ils escarmouchèrent un petit devant les barrières, mais on » les fit retraire ; car ceux du Quesnoy descliquèrent canons » et bombardes qui jetaient grands carreaux » (1340 ap. J-C). C'était cependant un des premiers essais de lartillerie de place, et les projectiles, comme on le voit, étaient encore bien défectueux.

Ce qui, dans les fortifications de l'époque, souffrait le plus de l'action de la nouvelle artillerie, c'étaient les portes. Depuis qu'on avait appris à lancer contre les places assiégées des projectiles incendiaires, ces accessoires devaient, en effet,

1. Voy. L. Bonaparte, Passé et Avenir, etc., t. I, p. 75. — 2. Froissart, t. I, p. 98. — 3. L'usage des palissades ou lices s'était perpétué et les combats qui se livraient près de ces défenses portaient ntéme un nom particulier, paleti${\A.y p. 75).

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résister fort mal, et ils réclamaient en conséquence de grands soins de protection. Aussi, à la fin du XIV* siècle , commença-t-on à couvrir les portes par dos ouvrages en terre et bois qui prirent le uom de bonleverls ou boulevards*. Dans le même temps on apprit à blinder avec de la terre les maisons des villes pour parer aux effets des incendies par le bombardement^ ; enfin on^perça les murailles d'ouvertures rondes ou canonnières^, de manière à faire plus sûrement usage de la nouvelle artillerie, qui , des étages supérieurs des tours, où on la plaçait jusque-là, descendit dans les parties basses préparées pour la recevoir.

Mais ce ne fut véritablement que vers le milieu du XV* siècle que s'opéra la transformation radicale de Tart de construction des forteresses. Jusque-là, la féodalité continua à dresser ses châteaux sur le même plan que précédemment et les tours, ainsi que les courtines, conservèrent leur élévation ordinaire. Il semblait du reste qu'on ne dût renoncer qu'avec regret au grand commandement >que les anciens ouvrages donnaient sur la campagne, ce qui neut pas de véritable inconvénient, d'ailleurs, tant que les boulets ne firent pas aux murailles plus de mal que « des boules de » neige'', » et tant qu'on ne sut pas faire brèche de loin aux remparts.

Mais lorsque les frères Bureau eurent créé la véritable artillerie et substitué le boulet de fer à celui de pierre, lorsque les nouveaux engins devinrent plus mobiles, les anciennes fortifications restèrent complètement insuffisantes, ce qui justifie du reste la rapide campagne de Charles VII contre les places dont les Anglais s'étaient emparés précédemment avec beaucoup de peine, et que le roi de France reprit toutes en un an et six jours, après avoir entrepris soixante sièges*.

Les châteaux, devenus des nids à projectiles devant les canons, avaient cessé de remplir leur rôle. Du reste, Louis XI,

1. Voy. le siège de Ghàldlcrault 'en 1371 ; L. Bonaparte, t. if, p. 68. — 2. Siège d'Oudeiiarde en 1389; Froissart, t. 11, p, 80. — 3. L. Bonaparte, id., p. 69. — 4. Id., p. 80. — 5. Id., p. 97 et suiv..

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en fondant la monarchie absolue, les rendit bientôt inutiles à la féiloalité. Ils tendirent, tout en conservant quelques dispositions extérieures rappelant 1 ère féodale , à se transformer en maisons de compagne ; il n'y eut plus que des manoirs, h partir du XVI® siècle. On s'était efforcé cependant de les munir d'épaisses murailles, comme à Ham* et à Hasbain^; leurs dehors s'étaient étendus ; leurs tours percées inférieurement d'embrasures rectangulaires laissaient libre le tir du. canon, tandis que des murs de chemise, percés eux-mêmes d'ouvertures, devaient garantir le mieux possible les parties basses des fortifications principales et que quelques plateformes extérieures, munies de pièces à barbette , donnaient un feu rasant d'artillerie sur les glacis de la place ^. Mais toutes ces prétendues améliorations, appliquées également aux enceintes des villes, n'étaient que des palliatifs; il devenait évident qu'une modification complète allait être indispensable; la révolution de l'art de la construction des forteresses s accomplit au milieu du XVI® siècle par l'adoption du système hastionné.

On ne parvint toutefois aux formes nouvelles qu'après de nombreuses hésitations et des essais en tous sens. Les ingénieurs suivirent des voies différentes pour la recherche, et ce furent surtout ceux de l'étranger qui se distinguèrent dans cette œuvre de transformation des forteresses. Parmi ceux-ci, Léonard de Vinci, Michel-Ange, Albert Durer, artistes de premier ordre, cherchaient à conserver les anciens tracés et ne pouvaient s en séparer qu'à grand'peine. D'autres, San Michel, les deux San Gallo et Giorgio Martini, architectes distingués, marchèrent plus franchement dans la voie de la transformation radicale ; c'était à leur système que l'avenir réservait le succès -*.

Mais la guerre ne chômait pas au XVP siècle, et tant bien

1. Bàli sous Louis XI (1401-1483 ap. J.-C). Ses murs avaient iO"» dYpaisseur. — 2. Bàli sous Charles Vlll (1495 ap. J.-C.)- Les murs portaient 6m d'épaisseur. Voy. L. Bonaparte, id., t. II, p. 103. — 3. Viollct- Lcduc, p. 156 et suiv. — i. Cs. Prévost, Élud. Iii&t., p. 70 et suiv.

que mal, pendant que s'accomplissait cette période de pénible élaboration ) il fallait cependant faire rendre aux anciennes fortifications tous les services dont elles étaient encore capables. On slagénia à trouver des remèdes aux défauts des vieux remparts, et, de tous côtés , des efforts furent tentés dans ce sens, pour parer au mal le mieux possible.

On renforça les courtines par des terrassements, des bois, des fasci nages, des lits de pierre, opération qui, dès lors, s'appela remparer ou bastionner^ les murailles; on n*eut recours à ce moyen qu'avec mesure, parce qu'on s'était aperçu : que, lors de l'exécution des brèches, la chute des murailles | dans les fossés entraînait ordinairement Celle des remparts j situés en arrière, ce qui rendait la brèche beaucoup plus accessible ^.

Les ouvrages flanquants prirent^ de leur côté ^ une importance plus considérable, pour éviter les angles morts dans les fossés. A cet effet, on augmenta la saillie des tours sur l'enceinte et leur diamètre, et on les ouvrit du côté de la place pour faciliter l'introduction du canon dans leurs étages inférieurs^.

Bientôt apparaissent les moineaux ou capanmii*, destinés également au bon flanquement des fossés , lors des assauts par les brèches, qu'on sait désormais pratiquer à distance. C'étaient des ouvrages bas, et reliés à l'enceinte ^ qui fonctionnaient à la manière des caponnières de l'école allemande moderne. Us étaient d'abord en bois ; on les construisit plus tard en maçonnerie et même en fer.

Les dehors, à leur tour, se développent « pour mieux garantir les ouvrages en arrière. Alors apparaissent les fausses-braies^, espèces d-avant-murs en maçonnerie et terrassés, qui constituent un chemin de ronde défensif au pied de la muraille principale et donnent un feu rasant en avant des

i . L expression n*a pas encore le sens qu'elle doit prendre plus lard. — 2. L. Bonaparte, id., p. 104. *- 3. Viollet-Leduc, p. 160 et suiv. — 4. Voy. Prévost, Élud. liisl., p. 55, 63. — 5; Viollcl-Lcduc, p. 175.

contrescarpes des fossés. Puis viennent les braies *f murs analogues , établis en avant des fossés ; elles remplacent les lices et protègent les murailles en arrière des feux de l'artillerie, en forçant celle-ci à relever son tir ou à opérer la démolition de Tobstacle. D'autres ouvrages, les jmntoni, espèces de redans détachés ou reliés à l'enceinte, se montrent surtout en Italie; ils protègent également les escarpes^. Enfin les boulevards, nommés aussi bastilles ou bastiHons^^ se multiplient en avant des portes, des poternes et de tous les points gui exigent une défense spéciale.

Insensiblement les dehors prirent une importance de plus en plus considérable, et lorsqu'on eut appris à les relier convenablement entre eux, le frant bastionué prit naissance de lui-même. Les bastillons ou bastions^ ouvrages simplement ouverts dans le principe, devinrent les pièces flanquantes des courtines qui servirent à les lier entre eus. Les règles de construction du tracé bastionné se développèrent peu à peu jusqu'à Vauban; mais la révolution qui avait inauguré le système nouveau était déjà accomplie au milieu du XVP siècle.

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