EAUX ET BOIS
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« d'une quantité de grandes et de petites chaumières, entassées « sans ordre et sans symétrie, les unes à côté des autres. Gon- « struites en feuilles de nipa, elles sont élevées sur des pilotis « de 2™,50 à 3™,00. » Madame Pfeiffer a également retrouvé le même genre d'habitations chez les Battacs, puis h Madagascar*.
62. Les marécages et les lagunes. — L'histoire a conservé le souvenir d'un certain nombre de peuplades qui ont su utiliser les marais pour leur défense. Les Nerviens, en effet, avant de se porter à la rencontre du conquérant de la Gaule *, avaient pris le soin, à défaut de places fortes, de faire entrer dans les marécages du pays de Mons (?) ^ leurs femmes, leurs enfants et les vieillards (58). Plus tard, au IV« siècle (396 ap. J.-C), nous voyons encore les brigands de la Flandre prendre leurs quartiers dans les marécages des environs de Cassel et commettre d'affreux dégâts dans toutes les régions environnantes *. A peu près vers le même temps, des chrétiens, voués à la vie érémitique, choisissaient les marais de la Bretagne comme leur refuge; ils espéraient y trouver plus de tranquillité qu'ailleurs*. Enfin, au IX» siècle, Murman, chef des Bretons, vivait, on se le rappelle^, dans une entière sécurité d'esprit, au milieu des marécages qui entouraient sa demeure champêtre (818 ap. J.-C).
Quelques villes anciennes, du reste, étaient réputées asiles sûrs, à cause des marais et des défenses aquatiques dont elles étaient entourées. Telle Ravenne, où l'empereur Honorius se croyait beaucoup plus en sûreté qu'à Rome (410 ap. J.-C.) : « Cette ville, entre des marais, le Pô et la mer^ dit Jobnandès ^, « n'est accessible que par un seul côté». Chez les Perses, Nichapour rappelait, par son nom même, les conditions de son établissement au milieu d'une plaine couverte de roseaux. C'était une place de première importance; après avoir été détruite par Alexandre, elle fut reconstruite par Sapor I®', deuxième roi de
i. Ida Pfeiffer, édit. Belin de Laaaay, 1 81, 287. -*2. César, G. d. G.^ II, 16.— 3. Napoléon UI, J. César, t. n,;p. 107.— 4. Guilbert, Villes de France, t. III, p» 381. — 5. Guilbert, id., t. I, p. 90. —6. Voy. cidessua, p. 38i.— 7. Jorn. XXIX.
k dynastie sassanide (vers 250 ap. J. -G. ) ^ Enfin, on se souvient que César dut attaquer la ville de Bourges par le point le plus élevé de l'enceinte (24~) 2, parce que les travaux de siège étaient impossibles ailleurs, à cause des marécages» Pendant que s'exécutait cette opération, Vercingélorix, de son côté, se retranchait dans les marais de Dun-le-Roi (53) ^.
Quant aux lagunes de TAdrialique, elles devinrent le refuge des peuplades du nord de l'Italie, qu'Attila avait effrayées par la prise d'Aquilée (452 ap. J.-G.)^. Cette région, dit Constantin PoRPHYROGÉNÈTE *, étdit alors déserte et sans culture. A peine y voyait-on seulement, de temps k autre, quelques pécheurs et des oiseaux de mer ^. C'était un bon asile, comme on le voil. Aussi la magnifique Venise, fondée sur les soixante-douze îles de cette espèce d'archipel, pouvait-elle déjà, sous Justinien (697 ap. J.-C), s'annoncer comme une puissante république. Elle avait donné successivement asile à tous ceux que les inx'asions des Huns, des Ostrogoths et des Lombards avaient antérieurement refoulés '•
53. Les ties. -^ Il serait presque inutile d'insister sur la valeur des refuges fournis par les îles, car leur excellence comme asiles était une vérité déjà reconnue par la Genèse indoue, dans une haute antiquité. C'était en effet dans Ttle de Ceylan qtie le livre sacïé fixait la demeure du premier couple humain, Adima et Héva. A cette époque, dit le texte, le reste de la terre était encore inhabitable ^«
Du reste, les grands conquérants de Tantiquité attachaient tant d'importance à la prise de possession des îles, qu'ils ont rarement négligé d'en faire mention sur leurs monuments, témoin Thoutmèsllï (vers 1600) « et Sennachérib (703-679) «^
1. Ni ou iVtfï, roseau, en persan moderue ; Ferrier, Voyagé en Perse, t. I, p. 199.— â. N;.poléon 111, id., t. II, p. 254 ; J. César, G. de G., VII, 13.— 3. Napoléon lïl, id".— 4. Jorn., XLII.— 5. Consl. Porphyr. de adtninist. imp. XXVIil. »— 6. Sabeîlicus, Hist. Venet., 1. 1, p. 41. — 7. Am. Thierry, Attila, t. I, p. 200. — 8. Voy. L. Jacolliot, la Bible éanft rinde, p. î33.-^9. «Je suis vfnu, je t'ai accordé de frappa les « habitants des lies ; «eux qui résideRt au milieu de la mer sont atteints vx par tes ragisseavenls. Je leur ai montré ta majesté semblable à un (( vengeur qui s'élève sur le dos de la victime. » (Stèle de Thostmès Ut, k Karnak); voy. deRougé, Rev, archéol.,i86i,t. II, p. 199.— iO.<iDans
Les îles dé Flster servirent de dernier reftrge au foi de» Tri»* ballietts, a4)tecfué& par Alexandre (335) S celles de T-Océan wst Eburons refoulés par César (53)*. L'île des Bataves toi égaler Baent la dernière retraite de Civilis (10 ap. J.-C.)*; (piantà rite de Mena, ïéy généraux romains ne considérèrent jamais ht conquête de la Grande-Bretagne comme accomplie, tant qu'ils n^eurent pas fait rentrer sous Ifeur loi les druides bretons, cpA y séjournaient, et tous ceux qui, impatients de lia domination romaine, étaient venus se réfugier dans celte îte sacrée^. Ce ftrt au^i dans une île, sur la Loire, que Cbildéric !«*, marchant à la rencontre des armées romaines, trouva le comte Paul. Le lieutenant d'iEgidius s'y était réfugié après la défection d'Odoacre, son allié passager, et la perte de la ville d'Angers (464 ap. J.-C.)*. Enfin, on se rappelle que les Normands, après avoir séjourné pendant longtemps dans les lies Orcades ®, s'établi* rent, au IX^' siècle, dans les lies de presque toutes les rivières de France ou de la côte maritime, à Noirmouliers', à Oissel*, à' Saint-Florent*, dans la Gamargne ^*, etc., etc. « Les pirates, « dit M. Depping ^^ ont toujours aimé à s élabUr dans les îles, c parce que les faibles moyens dont ils disposent suffisetit pour « défendre de petits territoires entourés de mers. »