‹ Essai sur les fortifications anciennes, ou introduction à l'histoire générale de la fortification des anciensChapitre 44 sur 72 · Genèse, XI, 4.-2. Hérod., IV · texte numérisé non relu

Genèse, XI, 4.-2. Hérod., IV

< ancêtres et si lu les outrages, lu verras si nous saurons les « défendre. »

Evidemment, les barbares se sentaient trop faibles pour résister à Darius en rase campagne, et ce n'était pas derrière les remparts, mobiles de leurs chariots de . transport qu'ils pouvaient tenter la fortune du combat avec espérance de succès. Mais ils croyaient cependant pouvoir donner, sans crainte, un rendezvous à l'ennemi dans une certaine région de leur pays. C'était dans celle où reposaient leurs ancêtres, dans celle où régnaient de vastes terrasses tumulaires, comme le Longovaia-Mogutla ^, dont les hautes e* larges plates-formes pouvaient leur donner l'avantage du commandement et leur permettre de dominer leurs ennemis comme sur des tours.

Ces tumuli, dont l'usage remonte au moins jusqu'à l'époque néolithique, qu'on peut voir en Angleterre sur presque toutes les collines, dilLuBBocK*, qui pullulent aux Orcades, dans le Danemark, dans toute l'Europe septentrionale, dans les steppes de la Sibérie et jusque dans l'Amérique, ces tumuli qu'on retrouve dans les stations mégalithiques du nord de l'Algérie, ces tumuli encore qui semblent marquer ainsi sur la surface du globe les, étapes de la grande famille humaine parlant des langues d'agglomération, ne peut-on pas penser qu'ils ont pris naissance des circonstances mêmes de la vie guerrière primitive ? Lorsqu'aux premiers âges du monde, l'homme sauvage n'avait pas encore inauguré les armées et que, le plus souvent, il combattait pour lui seul, défendant simplement sa vie et ses biens, où devait-on retrouver le, cadavre du guerrier mort en combattant, lorsque l'ennemi, .fier de sa dépouille, l'avait abandonné sur le sol encore fumant de sang? N'était-ce pas forcément sur le tertre naturel au sommet duquel il avait dû se porter pour attendre son adversaire, sur le monticule où il avait dû prendre position pour faire bon usage de ses arines ? Car la loi du commandement est éternelle : pour combattre avec avantage^ il faut dominer l'ennemi.

Au pied de cette éminence naturelle, le brave recevait la sépulture des mains de la famille qu'il venait de protéger. ^Et

i. Voy. ci-dessus, p. 529.-2. Lubbock, L'Homme avant l'histoire, p. 86,

puisque ceux qui mouraient avec gloire gisaient de la sorte sous des éminences, est-il étonnant que la sépulture tumulaire soit devenue en si grand honneur chez les nations primitives î

Lors de la formation des sociétés, quand le goût des honneurs et du luxe remplaça la simplicité primitive, quand les familles songèrent à se distinguer, les unes des autres, l'industrie humaine fit succéder aux monticules naturels les tumuli artificiels. Les ' princes, les grands, les rois, furent ensevelis sous des massifs élevés qui devaient témoigner devant la postérité de la haute considération des peuples pour ces hommes puissants. Les plus humbles n'eurent que des tombelles, quand ils n'allèrent pas reposer dans les grands tumuli de famille au dans les nécropoles communes.

. A défaut de villes, à défaut de villages, la nécropole, chez les peuples primitifs, devint la cité, la patrie, le clocher; et les hommes de cette époque pouvaient déjà faire dire à leurs ennemis comme Idanthyrse à Darius : « Nous n'avons pas de villes ; mais nous saurons défendre les tombeaux de nos ancêtres. »

Du reste, quelques-uns de ces tumuli n'ont-ils pas servi de soubassement à la demeure fragile des hommes qui les ont élevés ? Ces mêmes hommes n'ont-ils pas vécu dans les abris tumulaires où ils ont été ensevelis plus tard? Ces questions, qui méritent réflexion, ne sont pas encore vidées, t Les Indiens des t bords de l'Amazone, dit Lubbock ^ enterrent leurs morts sous « leurs maisons, sans toutefois abandonner ces dernières. > Ne serait-il donc pas possible que les tumuli, à l'origine, tout en constituant, par leur ensemble, de vastes nécropoles, aient servi également '(l'assiette à des constructions fragiles, que le temps a fait disparaître? Quoi qu'il en soit, du reste, ils pouvaient former, par leur réunion, parleur élévation même, de véritables réduits fortifiés, utilisables dans les guerres de tribu à tribu. Us constituaient certainement d'excellents postes d'observation et de magnifiques tours de combat.

Comme nous l'avons dit^ c'est dans les pays jadis occupés par les peuples de la grande famille agglutinante, Tartaro- Mongols, Scytho-Touraniens, Ougro-Finnois, Basco-Berbèresj qu'il faut reporter le premier usage dei^ tumuli. Chez .tous ces

i. Lubbock, L'Homme avani l'histoirei p. 9t.

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peuplesi la nécropole fut la première forteresse, ou du moins, si les forteresses n'existaient pas encore, les nécropoles, à la fois villes et tombeaux, pouvaient en tenir lieu.

On trouve cependant aussi Tusage des tumuli chez les peuples de race aryane; mais ce fut vraisemblablement un emprunt fait à la famille agglutinante. Lorsque les Aryas, naissant au centre du monde, vers le point où se touchaient et se confondaient les hommes du Nord et^ les hommes du Sud, les Toura« niens d'une part et les . Nubio-Soudaniens de Tautre, lorsque ces Aryas, dis-je, s'intercalèrent- comme un coin dans la masse humaine primitive, pour se répandre dans le monde, en refou* lant les hommes qui les y avaient précédés, ils durent vraisemblablement adopter quelques-unes des coutumes des autochthonés ou indigènes. Hector, Patrocle*, Dercennus», Alyattes', furent enterrés comme des barbares; et les sommes folles qu'Alexandre consacra à la mémoire d'Ëphestion^ ne servirent^ à son insu, qu'à perpétuer un vieil usage touranien.

Chez les Indo-Ënropéens, ces tumuli, ce me semble, furent simplement accidentels; ils ne formèrent pas de cités nécropoles, comme chez les agglutinants ; car la grande famille à langage à flexion, dès son installation dans les différents pays où elle s'établit après sa première division, paraît avoir fait immé« diatement usage des forteresses ou des abris naturels fournis par les eaux et par les bois.

Ce n'est pas à dire pour cela que les tumuli, chez quelques peuples, n'aient pas dû servir parfois à la guerre. Au contraire, l'histoire de la famille indo-caucasique est là pour nous rappeler l'emploi qu'on en fit quelquefois comme tours de surveillance et comme postes élevés de combat.

Xénophon, en effet, rapporte qu'au commencement du IV' siècle avant l'ère chrétienne, Tissapherne et Pharnabaze, en campagne contre les Grecs à la tête desquels se trouvaient Dercyllidas et Pharax, faisaient précéder l'armée perse, dans la Carie, par les éclaireurs, qui s'installaient sur des buttes tumulaires, nombreuses dans le pays, afin d'observer les mouvements de l'armée ennemie, c Les deux chefs grecs, dit l'historien ^

1. Homère, Iliade, XXIII.— Î. Virgile, Enéide.— :3. Hérod., 1, 93.- 4. Diod., XVII, il5.— 5. Xéaoph., Hist. gr., IH, S.

« étaient en marche S suivis de rËi*raéfe en désordre, tu qu'où c croyait les ennemis en route pour Éphèse ; quand» totit à coup, <c ils aperçoivent des sentinelles sur des buttés tumulairés ; ils c gravissent aussi sur les buttes et sur quelques tours qui se « trouvaient de leur côté, et aperçoivent en bttttiille, sur la route « qu'ils devaient suivre eux-mêmes, toute Tatmée perse qui se « trouvait dans ces contrées » (399).

Vingt-six ans plus lard (373), au siège de Corcyre, les habi* tants s'établirent de même sur des buttes tumulairës, extérieures à la place; ils lancèrent de là des flèches sur les Xaoédémo' niens de Mnasippe et repoussèrent ainsi leur assaut *.

Nous avons aussi des exemples historiques de remploi des tertres à la guerre parmi les nations agglutltiatites. MaAco* Polo dit en effet , en parlant de la bataille que le grahd khân des Mongols, Koubilaï, empereur de la Chine, livra, ati XIII* siè* cle de Tère chrétienne, h soh oncle Naian t t Quand l'aurore du • jour de la bataille fut venue, apparut le grand khân sur un t tertre au-dessus de la plaine. Naian était sous sa tente, bien « tranquille avec ses soldats, ne pouvant croire qu'on Vînt de si r loin les attaquer, ce qui était cause qu'ils ne faisaient garder « leur camp et n'avaient placé de sentinelles tii en avant ni en ar- « l'ière. Le grand khàn était sur tin tertre, sur une tour roulante « portée par quatre éléphants; au-dessus était son enseigne, si < haute qu'on la voyait de toutes parts > (1264-1298 ap.

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