Les atalayats des fies Baléares et de TEspagne
Aux îles Baléares, les monuments; connus sous le nom d'atolayats ou talayots paraissent remonter èi une très-haute antiquité. De même que. les tombeaux mégalithiques de l'Algérie ont pu servir de postes d'observation et de combat aux anciens Berbères, peuples de la famille au langage agglutinant, de même les atalayats des Baléares furent peut-être les établissements analogues de l'antique famille basque, également agglutinante, qui, aujourd'hui, est refoulée dans les Pyrénées.
Ces atalayats sont constitués par des espèces de tours rondes en pierres sans ciment, inégales et non taillées, telles que M. Petit-Radbl a pu les prendre pour des monuments cyclopéens *.
Je trouve dans l'ouvrage de M. db Câmbrt une description détaillée de l'un de ces atalavats, elle est due à M. Armbstbong : « Il est bâti, dit l'auteur ^, sur une éminence et entouré d'une t muraille de grosses pierres plates, parfaitement bien liées h t leur extrémité, laquelle forme un plan circulaire .d'environ a 200 verges de diamètre ; au centre, de cet enclos est une c grosse masse de pierres brutes amoncelées les unes sur les a autres sans aucun mortier. Elles forment un cône d'environ t 30 verges de diamètre sur presque autant de hauteur. Il y a t une cavité dans la . base dont l'entrée regarde le midi et dans « laquelle un homme peut passer en se baissant.
t On a pratiqué tout autour dé la pyramide un chemin d'en- « viron trois pieds de large, par lequel nous montâmes au som-
1 . Diod., III, 48.-2. Yoy . ci-dessus, p. 251 .—3. De Cambry, Monum. celt. , p. 205.
« met; ei, quoique nous fussions au nombre de six, nous y « trouvâmes assez de phuîe pour y être à notre aise. >
L'usage de ces tours de garde s'était conservé, en Espagne, jusqu'à l'époque romaine; car Tite-Live rapporte que ce pays fourmillait de tours de pisé placées dans des lieux élevés, où elles constituaient, dit-il S des lieux dedéfense et des postes d'observation contre les pirates. Pline dit aussi* : « L'Espagne voit c les guérites d'Annibal et les tours de terre sur le sommet des « montagnes. »
On peut remarquer du reste que, dans les régions pyrénéennes, dans les qiontagnes où s'est réfugiée la famille basque, l'usage des donjons d'observation existait encore au moyen âge ; car ce sont les tours de ces pays qui ont servi de modèles à MM. deCau- MONT 3 et Dion ^ dans leurs études sur les tours à signaux et les donjons d'observation.
En admettant, comme l'indique le naturaliste latin, que quelques-unes des tours antiques de l'Espagne aient eu une origine punique, .il n'est pas invraisemblable d'admettre, toutefois, que les atalayats des Baléares, aient pu servir de modèles pour leur construction, sinon au point de vue du style, du moins au point de vue de l'idée.
Cependant, il n'est pas inutile de remarquer que cette espèce de tours était, avant même la conquête de l'Espagne par les Carthaginois, très-usitée dans les régions. syriennes. Nous savons en effet, par la Bible, que les Hébreux de la Palestine avaient coutume d'en élever : dans leurs champs pour- garder leurs vignes^, dans les plaines pour protéger leurs troupeaux*, et dans le désert pour. surveiller les Bédouins nomades ^. Ils les nommaient tours de garde, et celles-ci étaient également en usage dans le pays des Philistins^. Peut-^être les Tyriens en importèrent-ils l'emploi en Afrique, d'où celui-ci passa en Espagne, lors de la conquête carthaginoise, à moins qu'il n'eût été introduit déjà par les Phéniciens, qui avaient colonisé le littoral.
i. Tite-Live, XXII, 19. — 2. Pline, XXXV, 48. — 3. De Caumonl, Archit. milit., p. 604. — 4. Dion, Congr. archéol., 1867, p. 80. — 5. l8aïe,.V, 12, 5. — 6. Genèse, XXXV,'21; Voy.,'sur la tour Ader (turris gregis), Guérin, Palest. Jud., 1. 1, p. 216.— 7. IV, Roi», XVII , 9 ; II, Paralip., XXVI, lO,— 8. DI, Rois, XVIII, 8.
Quoi qu'il en soit, la tradition des atalayats des lies Baléares se trouva continuée en Espagne, peut-être sans interruption, depuis Tépoque primitive.
Ce sont les Arabes qui Ont nommé ces postes d'observatioii « atalaya » de « at-al-aya^ donna \œiU surveille » *. On en a fait atalayats et talayots. Ces sémites en conservèrent d'autant plus facilement l'usage qu'on employait les tours de signaux en Arabie depuis une très-haute antiquité. Cet usage s'est conservé chez les musulmans par l'emploi des minarets sur les mosquées. Le premier de ceux-ci, dit-on, fut élevé sur la grande mosquée de Damas par ordre du Khalife Walid I" (708-715 «p. J.-C). M. ViARDOT dit en effet, d'après Aboulféda» : « L tisage des ata- « layas ou signaux de correspondance était inlmémorial chez « les Arabesi Abou'l-Fédah rapporte qu'un roi de l'ancienne « dynastie des Homéirites ^ qu'on suppose avoir régné sur le « Yémen vers les époques de Ninus et de Salomon, fut sur- « nommé Zou'l-Minar (seigneur des mmarets, des phares), « parce que, dans une expédition au pays des Nègres, il fit « dresser des tours garnies de lanternes, afin de retrouver sa « route à travers l'océan des sables. »
D'un autre côté, M. de Bois-Aymé, en parlant des Arabes égyptiens du siècl^ dernier, dit k son tour que les paysans des déserta élèvent çh. et là, au milieu des champs et dans un but de protection contre les pillages des autres tribus, des mas* sifs de terre en forme de tours et surmontés d'une petite plateforme avec un parapet. Et il ajoute * : t Ces malheureux, Pœil « au guet et ne quittant point leurs armes, cultivent en trem- « blant la terre qui doit les nourrir. Aperçoivent-ils des Bé- « douins ennemis, ils chassent promptement leurs bestiaux au- «( près de la tour la plus voisine; ils grimpent dessus au moyen « de petites entailles creusées dans le revêtement extérieur, et, « du sommet, ils protègent leur propriété, en éloignant l'enc nemi à coups de fusil. » .
Les musulmans de la Perse ^ de nos jours, construisent éga-
1* Lavallée, Espag.j Univ. pitt., p. 36; Yoy. De Prangey, p. 202. — 2. d'Herbelot, fiibl. orient., au mot Menar.'^S. Yiardot, t. II, p« 200. --'4. HimyariCes» yoy. ci^dessus, p. 102.— ^5« Ck>nimi8s. d'Egypte, Etat mod., t. I, p. 589. -^. Dans l'AfghaAistan, aux dflvlrons â« Udrat«
lement encore des tours de garde de la même espèce pour servir de refuges aux habitants des campagnes, lors des incursions des Turcomans. Ces tours sont bâties de telle manière qu'un homme ne peut y pénétrer qu'en rampant sur les genoux et que chacune d'elles peut contenir environ huit à dix personnes. « D'autres tours, plus élevées et plus considérables que celles
< dont il vient d'être questioui mais aussi beaucoup moins nomt breuses, dit M. Febriea ^, ^'élèvent sur les éminences qui c dominent et permettent-de découvrir au loin le pays et les « voies de communieatiA>n/Des vedettes restent là continuellec ment en observation pour signaler les bandes de Turcomans
< et donner l'alarme à temps, quand elles arrivent. »
Les musulmans Hézarohs, tributaires du khànat de Khoundouze* (Turkestan)« ont aussi des tours pour les besoins de la défense de leurs villages, c Chaque village, dit en effet M. Du- « BEux*, est défendu par une haute tour, percée de meurtrières « et capable de contenir dix à douze hommes. Il y a dans cha- « que tour une grosse timbale sur laquelle ou frappe pour Tac larme en cas de besoin. Les timbales des tours voisines c répondent aussitôt à ce signal, et, en un instant, les Hézarchs, c réunis en armes, peuvent se porter, au nombre de quelques
< centaines, sur le point attaqué. >
Au moyen âge, les Turcs, en Syrie, possédaient également, comme nous l'avons dit précédemment ^, un certain nombre de tours isolées, pour la surveillance du pays. Ces établissements portent encore aujourd'hui Je nom de bordjs. Les Croisés adoptèrent le môme système de défense, et ils relièrent leurs principales forteresses, au moyen de fortins intermédiaires, dont les ruines, reconnues de nos jours, portent encore, dans ces contrées, les noms de Bordj-ez-Zara, Bordj-Maksour, etc^ etc. ^.
101. Les Auraghes de la Sardai^e et les mai^ellos de la Corse. —H ne serait pas impossible que les nuraghes de la Sardaigne eussent eu, dans l'origine, une destination analogue à celle des atalavats des Iles Baléares ^.
Quant aux marteUos de la Corse, ils furent certainement éta-
1. Ferrier, Voyage en Perse, etc^ 1. 1, p. 199.-«8. Dabenx, TarUrie, UdIv. pin., p. iOa.*- 3. Yoy. cidessus, p. 4S0.^ 4« Rey, Monnm. des Croisés, etc., p. i02.-^5. Petit-Radel» p. XXXIV «t 103.
blis pour servir de postes d'observation et de to^rs de sigaaux; leur nom même, du reste, est celui de l'ingénieur Martello, qui inaugura ce système de défense dans le pays *.
102. Les fortifications du Mexique. — Il ne m'appartient pas d'apprécier les rapports qui, dans une antiquité plus eu moins reculée, ont pu exister entre l'ancien continent et le nouveau. On ne peut cependant considérer les violents cataclysmes rappelés par le Manuscrit Troano ■ et les mouvements oscillatoires terrestres des Petites Antilles et du Yucatan, sans songer infailliblement aux Atlantides de Platon ^.
D'un autre côté, rhistoire américaine signale de nombreuses migrations de peuplades du Nord, du VII® au XII" siècle de notre ère, et leur arrivée, dans cet intervalle, vers les régions centrales du continent américain. Venaient- elles, chassées par des révolutions qui avaient eu leur foyer principal dans le nord de l'Asie ou de l'Europe, ou descendaient-elles seulement des contrées les plus septentrionales du Nouveau-Monde ?
Quoi qu'il en soit, soit qu'on considère le langage des tribus indigènes de l'Amérique centrale, soit qu'on étudie les monuments que l'antique civilisation de ce vaste continent a laissés sur le sol, on est surpris de l'espèce de mélange qu'on y rencontre. On dirait que chacune des races humaines qui ont pris naissance sur le vieux continent a mis le pied dans le Nouveau et y a marqué son passage par des signes particuliers susceptibles de l'y faire soupçonner.
Les idiomes holophrastiques * des Indiens de l'Amérique présentent en effet des caractères communs aux langues monosyllabiques des familles chinoise et nubio-soudanienne. Ils offrent des procédés ordinaires aux langages agglutimants du nord de l'Asie et de l'Europe. Le mongol, le tarlare, le finnois, montrent ainsi avec le tépéhuane, le huaztèque, le maya, des ressemblan*
i. Bescherelle, Diclionn. franc.— 2, De Bourboarg, Miss, scientif. du Mexique, etc.^ 1. 1.— 3. Voy. ci-dessus, p. 37.-4. Dans ce langage, les mots sont formés de monosyllabes^ dont aucun n'a de sens isolément, mais. qui réunis représentent une ijlée. C'est quelque chose comme la langue des signaux sémaphorigues. Voy. Duponcean, Langues de TAmérique, et E. Lamé, Rev. contemp., 1863, t. Il, p. 65.
ces frappantes et quelquefois complètes *. Enfin on remarque encore dans ces idiomes cerlaines tendances à la flexion, comme dans les langues aryanes et sémitiques f .
Le même mélange se présente, quand on considère Tarchitecture militaire antique de ces pays. Si Ton trouve en effet, au Mexique, des citadelles en ruines pouvant faire, songer un instant aux acropoles de la famille pélasgique ou aux oppida gaulois; si Ton rencontre, aux Etats-Unis et au Pérou, des enceintes de forteresses, comme savaient en construire les peuples d'origine aryane; si l'on voit, surtout dans les régions centrales de l'Amérique, dans le Guatemala, au Mexique et dans le Yucatan, des temples-forteresses, qui ont quelque analogie avec ceux, de l'Egypte ancienne, non-seulement par leur destination supposée, mais encore par leurs formes architectoniques et leur décoration, on peut s'arrêter à chaque pas: on reconnaîtra de nom breuses terrasses défensives, qui rappellent les tumuli et les monticules des familles agglutinantes de l'ancien continent.
Bien plus, on peut retrouver, dans les ruines des antiques cités mexicaines, la tendance à la. dispersion des habitations, que nous avons indiquée tacitement pour les peuples agglutinants, en laissant supposer l'antique fréquentation des monuments mégalithiques par les hommes des époques primitives. On y retrouve, — cette conjecture étant supposée vérifiée,— la même préoccupation de rendre toutes les habitations susceptibles d'être défendues isolément, en les .établissant sur des terrasses distinctes; On y constate, comme chez les peuples finnois et tartares, l'absence d'enceintes, continues, englobant, toute l'étendue des agglomérations; d'habitations. On y reconnaît en outre cet instinct des familles agglutinantes qui, multipliant les tours de signauxj pouvaient. aussi en faire des postes de combat. Cet instinct est . suffisamment constaté, . chez les anciennes tribus mexicaines, par les nombreuses iriîg'ie* que supportent tous lés points élevés et qu'on rencontre infailliblement au pied de toutes les terrasses; sur lesquelles, se. trouvaient des habitations'; on en voyait sur tous les passages qui, de l'iiUé-
. i. Cs. Guillemin^Tarayre, Commis, scient. duMexiqtre, t. III, p. 45i; de Larenaudière, Mexiq.,'UQiv. pitt./p. 7; Ma]te<Bran, édit. Gortam bert; t. VI, p. -28.-^2. E. Lamé, la. ' . ., . ,
rieur, conduisaient à Textérieur de ces demeures des anciens Mexicains.
L'une de ces vigies est décrite comme il suit par M. Guillbmin-Tarayrb : « Une vigie, dit le savant explorateur*, occupe c le sommet de la rive gauche (du Rio de las Casas Grandes au t Mexique); elle est construite en plate-forme à triple étage et à « base carrée; chacune des assises a 1<",35 de hauteur et elles « sont assemblées en pierres sèches. >
C'était sur les terrasses que se trouvaient les callt ou pyramides de pierre, à gradins, qui formaient les soubassements des habitations primitives, dont le toit, supporté seulement par des piliers, se composait de chaume ou de nattes, avec des tentures rejoignant le socle et formant des portières^ qu'on ouvrait ou fermait à volonté.
Comme, selon l'usage de tous les peuples du monde, les formes des temples et des tombeaux, demeures des dieux et des morts, devaient inévitablement dériver de celles des habitations des hommes, c'était encore sous cet aspect, avec des terrasses colossales à gradins, que se montraient les plus grands monuments religieux du Mexique, les théocallt (theocalis).
Ces grands temples paraissent avoir eu h la fois une destina^^ tion militaire et religieuse, t Le monument de Xochicalco, dit c à ce sujet M. Batissier^, est cité comme un des plus vieux du « Mexique. C'est un gigantesque rocher auquel on a donné une c forme conique et qui est divisé en cinq assises revêtues de r maçonnerie. Il est entouré d'un fossé profond qui a quatre « milles de circonférence (7380"»). Ses pierres de parement sont (( polies avec soin et ajustées avec un art admirable. De vastes c chambres ont été taillées dans le roc. Le sommet de la cola line présente une plate-forme oblongue , couronnée par un c mur de deux mètres de hauteur; au centre s'élève un théoc calis. M. DB HuMBOLDT^ pcuse avec raison que ce monument c avait tout à la fois une destination religieuse et militaire, en c d'autres termes, que c'était un temple tortiflé. »
Quant aux acropoles mexicaines, comme celles de la Qu^
I. Gaillemin-T^rayre, Gomiiits. seient. du Mexique, t. III, p. 34$, 356, 361 et 8Qiv.-*S. Id.» p. 344, 36Q.— 3. Batissier, p. 72; de Lare<naudiôre, p. 46.— 4. de Hamboldt, Voyage aaz régions équiQoxialet*
madaS faut«il en attribuer l'origine à quelque fraction de la famille aryane, égarée dans le nouveau monde; ou faut-il simplement reconnaître, dans leur construction, la marque d'un progrès dans la civilisation de ces contrées, qui, lors de la conquête espagnole, semblaient déjà présenter une certaine décadence, ayant succédé elle-même à un état de prospérité antique * î
Quoi qu'il eh soit, les murailles continues de ces citadelles suivent, en général, comme dans les acropoles pélasgiques et étrusques, les sinuosités des rochers, sur lesquels elles sont établies ^. Comme les forteresses de l'Asie centrale, comme celles des Grecs byzantins, elles présentent souvent des enceintes multiples.
Mais, à côté de ces acropoles qui, semblables aux kasbahs des Arabes, occupent ordinairement les positions fortes et élevées des grands centres d'habitations agricoles éparses, à côté, dis-je, de ces oppida mexicains, où une population nombreuse pouvait venir s'abriter en cas de danger, se trouvaient des terrasses étagées, f espèces d'ouvrages avancés, dit M. Guillemint Tarayrb^, qui étaient destinés à empêcher l'approche. » Il suffisait, en effet, de couper les escaliers qui y conduisaient, pour en défendre l'accès et aussi pour disputer ces postes à l'ennemi, un à un et pied à pied.
Mais U y a lieu de remarquer que cette tendance à garnir les enceintes d'ouvrages extérieurs n'est nullement aryane. L'histoire ancienne du vieux continent, en effet, ne mentionne que quelques rares sièges, dan.s lesquels on a fait usage des positions avancées, extérieures aux enceintes. Ce n'était que tout à fait accidentellement qu'on les utilisait; car on ne peut regarder, véritablement, que comme des exceptions les retranchements en terre exécutés devant Thèbes contre les Lacédémoniens de Cléombrote et d'Agésiias (379) ^, l'occupation de la Roche-
1. Guillemin Tarayre, id., p. 384 et pi. Y. -2. Brasseur de Boup« bonrg, îd.^ 1. 1, p. 28.-3. Voy. générai Doutrôlaine, Archives de U commias. soient, du Ifeiiqne^ t. UI, p. :|04 et aoiv.; Rapport «ur les ruiQea de Mitla.— 4. Goillemin Taïayre, ido p« dS£(. -^5. Xénoph., Hist. gr,, V, 4.
Blanche, au siège de Gergovie pariCésar (82) *, la tour de Massada, dressée par Hérode- le Grand devant la place forte du même nom 2, et les quelques travaux organisés par les défenseurs, au* siège d'Aquilée sous Julien (321 ap. J.-C.) 3. On ne peut considérer, non plus comme des constructions habituelles les con&e-gardes indi^}xées par PmLON <, lesquelles n'ont peutêtre jamais été mises en pratique nulle part. Ce fut seulement au moyen âge que les ouvrages extérieurs et les dehors des places fortes prirent une certaine extension, par la construction des barbacanes^ et ensuite par celle des boulevards ou bastillons^.
Si donc on analyse le mode d'agencement des ouvrages constituant les anciennes forteresses mexicaines, il semble qu'il y a. à, la fois du touranien et de Taryan dans leurs dispositions •d'ensemble. C'est toutefois sous toutes réserves, jusqu'à plus amples renseignements sur la matière, que j'avance cette opinion^
103. Les enceintes des. États-Unis. -—Toutefois, l'étude des nombreuses enceintes de terre ou de pierre,, signalées. par MM., Squibr et Davis aux États-Unis, me conduit directement à des conclusions analogues. Ces travaux* dans un mémoire de ces savants explorateurs^, ont été classés [en, deux .catégories.: les enceintes défensives et les enceintes diies sacrées et diverses *.
Les premières sont toujours établies dans des positions naturellement fortes, et plusieurs d'entre . elles, outre lès remblais qui limitent leur tèrre-pleih . intérieur, comportent aussi l'emploi des murs de pierre, comme dans les enceintes pèlasgiques.
i. César, G. d. G., VU, 36, 44; Napol. III, J. César, t. Il; p. 275.— 2. Josèphe,;G. d. J., VII, 8. — s: Am'm; Mai-cel., XXI,i2.>- i.iVôy. Prévost, Elud. hist., p. 22. — S. Espèce d'ouvrage avancé, ordinairement en forme de tour ronde, qu'on reliait à l'enceinte par un chemin couvert.' Voy: Viollet-Le-Duc, Barbàcane'de Carcassonne ■ p: 33,- 4 7 et pass! — 6. Voy. ci-dessus, p. 477. — 7. Les parties intéressantes de ce mémoire, en ce qui concerne mon sujet,' ont été extraites par M; Lubbock. Ce sont ces fragments qui me servent ici. — 8. Cs. Lubbock, p. 200 et suiv.
Il en est ainsi à Bournevilie, dans le comté de Ross (Ohio). D'après MM. Squibb et Davis, le «Fort Hill », dans le comté de Highland (Ohio), serait encore une construction du même genre et à laquelle il faudrait attribuer une antiquité de plus de mille ans. Enfin, l'enceinte de « Clark's Work ^ » analogue, par sa situation, aux précédentes, est encore aryane, si Ton veut, par sa position et ses formes générales; mais elle est touranienne par ses détails intérieurs, dans le sens que j'ai indiqué plus haut et sous les mêmes réserves. Elle renferme, en effet, dans son intérieur, « plusieurs tertres et plusieurs enceintes », et, au milieu de chacun de ses côlés, qui ont 850 pieds de longueur (260™), — l'enceinte est carrée et en terre — c se trouve une « porte ayant 30 pieds de largeur (9«»), défendue par un petit « tertre^ »
Quant aux enceintes de la seconde catégorie, on leur a surtout dénié un rôle militaire, parce que, formées d'un remblai de terre, elles ne comportent pas de fossés, lorsqu'elles affectent la forme carrée ou rectangulaire, ou parce que leur fossé se trouve à l'intérieur du remblai, quand elles prennent un contour circulaire. Cette dernière disposition est précisément celle que j'ai déjà signalée précédemment, à propos du monument mégalithique d'Abury, dans la Grande-Bretagne, el j'ai dit, à ce sujet, que la position du fossé ne semblait pas devoir exclure l'idée d'une antique occupation défensive de l'ouvrage *. C'est aussi l'opinion de M. Lubbogk, pour les enceintes américaines, et ce savani signale un village moderne, dans lequel les fortifications sont établies dans des conditions analogues.
On refuse également une destination militaire à ces enceintes, parce qu'elles sont ordinairement placées < dans les vallées <i larges et unies et très-rarement sur les hauteurs et aux en- « droits où le terrain est accidenté, » C'était ordinairement dans ces conditions qu'étaient situées les stations que j'ai appelées les cités-nécropoles de l'âge mégalithique, dans l'Europe occidentale et en Algérie.
Un autre caractère commun avec les éléments de ces soidisant cités-nécropolesy c'est qu'au lieu de présenter, comme les forteresses de la première classe, des formes irrégulières,
i . Dans le comté de Ross (Ohio). -* 2. Yoy. ci-dessus, p. 34.
s*adaptant aux eaprices du tei^rain» celles de la déuidème classe sont généralement très^tégulières, portant toujours dans leurB contours des formes géométriques.
Enfiii, comme pour les ouvrages des staliotis mégalithiques, ces enceintes sotit t le plus sôuveiit.par groupés », quelquesunes seuleoient se trouvant isolées.
Tous tes travaux ont donc essentiellement le cachet touranîen, si c'est véritablement aux ancêtres delà famille tartarofinnoise qu'il faut attribuer la construction des cités-nécropoles mégalithiques. Ils sont accompagnés dé tertres, de tuihuli, de monticùlfes, tous accessoii^s qui semblent militer êh faveur dé nion opitlion.
Peut-être, eii comparant les ruines des deux continents, trouvera-t-on des analogies plus frappantes encore? C'est à souhaiter; car la question de l'organisation défensive des tribus essentiellement guerrières de l'époque mégalithique a encore bien besoin d'être éclaircie. Ces tribus, dans l'esprit de la plupart des archéologues, paraissent avoir été plus préoccupées de leurs morts et de leurs dieux que d'elles-mêmes, ce qui me semble l'inverse du bon sens pratique, dans des pays où des abris solides ne devaient pas être de luxe et où les attaques mutuelles de» hommes devaient être assez généralement à l'ordre dû jour»
104k Lm ettCdiAtM ^éM^èàaèiÉh *^ Comme c<)iiipiéâient d« ce que je viens die dire sur les fortere^es américaines-, j'ajx)Ule>^ rai encore ici quelques mots pour signale^» en passant, les enceinteB péruviennes^ Les plus importantes sont attribuées aux Incas> et elles indiquent, sinon le préexistence d'une aiitl^' que civilisation au Pérou, du moins un grand progrès, VeW lé temps où ces coilstructions furent élevéès>
On a parfois avattcé que Mah^co-Càpac élAît vèhu d'un autre contihent, ce qui pourrait justifier, Juisqtt*à un certain point, l'éclat des constructions qu'il fit entreprendre ; mais s*il faut, avet quelques historiens, répoussei^ absoluîheftt tetlé supp'ôSitîon, on ne doit pas M^ins reo^nttalire qu'il y a, etol^è les tltadelie* péruviteoftes et les antique» aérôpoles dé l'Europe de bien grandes analogies.
C'est à Man€œ€àpao lui-même qu'on atlribu^ la oônsttnltlion
de lA fomeuRe ville de Guzco* Jusque-là, disent les historiens ^, les Péruviens vivaielît dans la plus honteuse barbarie, faisant des bois et des cavernes leurs demeures ordinaires. « La fondai t tion de la ville de Guzco, l'un des premiers actes du législat teur, en réunissant les tribus autour d'un centre commun, fat vorisa puissamment Tœuvre de régénération; c'est ainsi que c fut fondé Tempire des lAcas ou seigneurs du Pérou, du moins € si Ton en croit la tradition des Indiens, perpétuée par les ré« t oits des historiens espagnols* * (XI" siècle ap. J.^C).
La citadelle de Gutco comprenait une triple enceinte de mu« railles >. Gelles*ci étaient formées de pierres énormes , taillées en forme de polyèdre à neuf fkces > réunies entre elles sans ciment) et tellement disposées lés unes sur les autres que les Joints n'eussent pas permis le passage d'une aiguille ^,
On cite encore , parmi les forteresses les plus remarquables, celle de Canard
Avant de se prononcer sur les véritables rapports qui peuvent exister entre ces fortifications et celles de l'ancien continent, il fendrait être plus instruit que je ne le suis sur l'archéologie péruvienne» Je me borne donc ici à signaler une analogie^ en pas^ sant.
lûd. lAÈ belft>dis des xrilles &u moyen à^è. — Au moyen âge, en France, les communes nouvellement émancipées s*empressèrent de dresser des befftoh, peut-être à Timltalion des minarets arabes, pour servir d^observatoires destinés à veiller k la sûreté de la ville. Une cloche, nommée ft)wm, s'y trouvait établie î elle était mise en branle, pour convoquer les bourgeois dans les circonstances graves. Ces beflVois étalent généralement établis au-dessus A^^hôtek de vilk, et ceux-ci, aux XIlI^ et XÏV* siècles , se trouvaient assez ordinairement au-dessus des portes de l*enceinle. Tel celui de Bordeaux, qui , commencé en 1246, ne fut toutefois achevé qu'au XV« ou au XVI« siècle*. On en rencontrait cependant d'autres à l'intérieur des villes , comme oelui de Cambraii dont il est déjà question dans les annales lo-
i. 1^. Lacroix, Pérou. Univ. pttt., p. 364, 368 et suiv.— !l. Batissierj p. "73. — 3. F. Lacroix, Id.^ p. 353. -^ 4. Batissier, id. -* 8, De Caamont, Arch. civile, p. It3.
cales avant l'année 1226. Plus t^rd celui d'Ârras» monument très-remarquable, fut également dressé dans la ville même (1510 ap. J.-C); il en fut de même de celui de Saint-Quentin.
106. Les tours dans les fortifications anciennes. — On a trop souvent répété, je crois, que les tours des villes anciennes étaient destinées à flanquer les approches des enceintes, à la manière des bastions des fortifications modernes ^ La tour, dans la fortification de l'antiquité, paraît n'avoir constitué qu'un point élevé d'où le défenseur pouvait facilement surveiller l'ennemi; qu'un poste avantageux de combat , où l'assiégé dominait l'assiégeant. Pourquoi, en effet, .aurait-on attaché autant d'importance à la hauteur des tours que le faisaient les anciens, si elles n'eussent eu pour but que de procurer un flanquement. On sait qu'au delà de certaines limites de hauteur, nos bastions modernes eux-mêmes ne remplissent plus leur rôle flanquant*. Il en eût été à peu près de même pour les tours * , et les élever considérablement au - dessus des courtines eût été amoindrir énormément leur action flanquante, si véritablement cette action avait été recherchée. C'était donc seulement pqur dominer l'ennemi que les anciens élevaient des tours sur les enceintes des murailles.
Gomme ils n'auraient pu, sans grands frais, exhausser de la même manière toute la fortification, ils se contentaient de l'action des tours établies de distance en distance, les épargnant dans les endroits peu abordables^, les multipliant, au contraire, dans ceux que l'ennemi pouvait accoster plus facilement. Elles dépassaient ordinairement très-peu les alignements extérieurs des courtines, mais assez cependant pour servir de contre-forts aux murailles.
Ce ne fut que dans la basse antiquité qu'on eut l'idée de recommander l'emploi de la tour comme pièce flanquante de la fortification; et, encore, est-il douteux que ces principes aient
i. Cours lithographie de rÉcoIe de Metz, Fortification existantei p. 42 (1858-1860). — 2. Pour un relief donné de flanc, il y a un minimum de courtine, et inversement, pour une courtine donnée, il y a nn maximum de relief de flanc. — 3. Les tours anciennes ne portaient pas de mearlrières, du moins avant Ârchimède. — 4. Diod. II, 7.
reçu une application immédiate, du jour où ils ont été préconisés*.
g vu. — LES RAVINS ET LES FOSSÉS.
107. Ravins, fossés et levées de terre. *^ Les ravins, sans doute, donnèrent l'idée des fossés artificiels, dont la terre, relc» vée en bourrelet sur les bords, constitua une plate forme sur laquelle le défenseur pouvait dominer son adversaire dans le combat, condition essentielle de toute bonne organisation protectrice. Ce rempart fut excellent dans tous les ten^ps, et dut être employé de bonne heure par tous les peuples, pour la protection des villes naissantes', pour l'exécution des retranchements des camps et pour la défense des habitations isolées.
108. JjcB sanvages chasseurs des mers du Sud. — * Cependant, s'il faut juger de ce qu'ont été les demeures de tous les hommes primitifs par celles des peuples océaniens ^, ces habitations ne devaient présenter qu'un luxe médiocre dans leur or*
1. Yitrave, I, ë; Philon de fiyzance, trad. deRochas^ p. 29. — • 2. On dit qn'Ârgos, fondée par Inachus (vers 1920)^ ne fut entourée^ dans le principe, que par une levée de terre et un fossé (Voyez Le Bas, Hist. anc, IV, II). — 3. Les îles du Grand Océan austral et des mers voisines renferment des hommes qui paraissent être les intermédiaires entre les nègres de l'Afrique centrale et ceux des habitants de la presqu'île indienne que l'influence aryane n'a pas complètement modifiés. Ce sont ces derniers que le Rig^Véda désigne sous le nom de Dasyous (Yoy. ci-dessus, p. ee), et que h Ramayana appelle les RakchasaS (Voy. de Lanoye, Homme sauvage, p. 26; id.^ Le Nlger^ p. Ul). Gomme les nègres, comme les anciens Egyptiens, comme tous les peuples de la grande famille Nubio-Soudanienne, les naturels des lies du Sud ont un langage monosyllabique. Par là, ils se rattachent tant soit peu aux Chinois, qui possèdent également une langue procédant par des monosyllabes (Voy. E. Lamé, Rev. contemp. 1863^ t. II, p. 43). Ges indigènes présentent toutes les colorations de la peaUi depuis le noir foncé des Andamans, des Vitiens, des Papouas, jusqu'au bronzé des habitants du Dekan (Voyez, Tour du Monde, 1860, 1. 1, p. 90; Lnbboek, p. 358). Les Néo-Calédoniens oni la peau d'un noir fuligineux, couleur chocolat clair (Tour du Monde|1861» t. J, p. 131); les Australiens possèdent une teinte jaunâtre plutôt que noire (Bouillet, Dict. hist. au
gaiiisation défâ^sive. Il faut dire ^ du re^te » quâ la (dupMTt àm insulaires du Sud vivent encore à Tétat sauvage à Tépoque a^ tuelle; ils ne subsistent que de racines et de plantes non cultivées^ ils se nouriiasant en outre du produit de leur chasse et de leur pêche.
i(Ç3 c^b^iQ& des Veddaba ou Bédaba deQeyku^ ksimUes dos Miucopies ou habitants dea îles d'Andaman*, oellea dea Australiens *, et en général celles de toutes lea peuplades océa*» niennas qui passent pour être enoore, à Tépoque moderne, trèa* voisines dQ l'état de nature, ne présentent aucune espèoe do fortiQoatioQ défensive ^
Ces demeures, du reste, se réduisent oi^inairem^t à dp simples constructions très-fragiles, en branches d'arbres, en morceaux d'écorce, en feuilles de palmier, en tiges d^ bambou^ en fougères, etc., etc. Elles n'offrent, le plus souvent, que Tabri absolurnent indispensablQ h la famille, et, quelquefois «âme seulement. Teapace strictement néoeasaire h m sçul individu», Ainsi, CooK rencontra ^ Botany-Bay des oabanes de sauvages qui, disait<*il^, étaient juste assea hautes pour qu'un homme pût s'y tenir debout, mais qui n'étaient pas assez larges pour lui permettre de s'étendre de tout son long dans aucun aens^ ; v Elles c avaient la forme d'un four, rapporte le navigateur, et elles f étaient faites de baguettes flexibles, épaisses h peu près comme t le pouce d'un homme. I^a demeure, ajoute-t-il, est formée en c enfonçant dans le sol les deux bouts de ces baguettes et les « couvrant ensuite de feuilles de palmier et de larges morceaux t d'écoroe; la porte n'est qu'un vastq trou pratiqué à l'une de« » extrémités »,
Pu reste, les sauvages chagseuri^ ue peuvent vivre qu'à la con-.
9U)t Kouv^Up-UoUande) i de aorte que quelques sateurs distiofuiei, parmi toutes ces peuplades, deux races distinctes d'homme» : le race qpire et celle qu'ils sppelient la race polynésienne (Voy. ^ Lubboeki p. 358 ; Tour du Monde, 1860, t, I, p. 94).
1, I^ubbock, p. 340.^8, Id.»p. 340.^^3. Id.« p. 348.-^4. D'après Copk, les Tasmaniens» quand on les déoouvrit^ ne possédaient pas de maisons (Lubbock, p. 357). ->^ 5. Id., p. 348. '^ 6, Cette observation ^t importante à npier pour répondre k ceia qui objeetent ^le certains dolmens, formés de quatre pierres, sont trop petits pour avoir jamais pu servir d'habitations.
4itiftn de ne pa$ tropgpoupqr \mr^ ^m^^m; 9t il iflup fftut, par t0t^, un vA^to ei^p^oa pour subvenir h lenx^ iiw>m quotidiens de nourriture ^ Aussi, ne doit-on pas s'attendre à reneoi^^rer çihm 0UX d^ vépiiibb^ vUlagf^s aggioméréa, oomme peuvent en paaséde? seulement la^ paupladea qui s'adoiment tant soit peu M'agriouUoFai
lie besoin qae ces chasseurs éprouvent Gontinuellemeait de 8e déplacer, pour subvenir à lanv e^istanee, les empêche de dresser des dfflaeurea solides. IVailleurs, ils portent ordinaipement- sur eux toutes leurs richesses t les armes pour les hommes, les bijoux et les ornements pour les femmes) ils n*ont rien de bien précieux, et quand ils abandonnant une demeure passagère, 9s la laissent vide.
Quand les voyageurs modernes les découvrirent, ils purent e^nstater que, chas la fdupart de ces sauvages, l'usage de la poterie était encore inconnu^; ils se servaient de plats ^e bois et dd Boix de poco, dont ils faisaient des Qoupesi*. Quanta leurs uatfflisiles, asses rares dç reste, ils n'étaient hits que < de « pierre, d'os, d'éoaille ou de bois' >,
Lorsque, chez les chasseurs, la voûte d'un arbre recourbé et entouré de broussailles à la manière de certains Bedahs de Ceylan*', ne suffit pas k leur procurer un abri; quand ils ne passent pas simplement la nuit sous des buissons, comme quelques Maories signalés par Cook *; lorsque la fente d'un rocher ou le creux d'un arbre ne leur donne pas un asile assez sûr; c'est dans des huttes fragiles et grossières qu'ils se garantissent des attaques des bêtes fauves et des surprises des cannibales. Quelque défense sylvestre, broussailles, haie de roseaux ou abatls d'arbres, en interdit feulement l'entrée, de manière à permettre h Thabitant de se reconnaître avant la lutte, quand il est menacé pendant son sommeil.
Pour ces sauvages, le fossé et la levée de terre sont déjà des
i. D'après Sohoolcrâftj cité par Lnbbock (p. 49î$), a dans une pojnv « lation qni vit du produit de la chasse, chaque chasseur a besoin éû « moyenne de S0,0Û0 acres r^, c'est-à«dire d'un reoiangie de fX) kiionr. de longueur sur 10 kiiom. de largeur. — 2. Lnbbock^ p. 461. — 3. Id„ p. 883.-4. Id., p. 376. — 3, Vov. çi-dessuç, p. 497. — 6. Çook, i" voyage, édit. française, 4829, t. Iif, p. 9!.
ouvrages trop considérables, qu'ils n'ont ni le temps, ni les moyens, ni la volonté de créer autour de leurs habitations passagères.
Ils sont très-habiles à tendre des embûches, à se servir de leurs armes, à dépister l'ennemi, à interroger les indices ; mais ils abandonnent facilement leurs demeures à la moindre alerte ; ils courent se réfugier daus les bois ou dans les rochers, jusqu'au moment où tout danger parait passée
Leur esprit n'est nullement tourné vers l'architecture', qui fait l'ornement des pays civilisés. Aussi ne trouve-t-on chez eux, qu'à de rares exceptions près', aucune ruine, aucun reste de monuments pouvant faire supposer qu'ils aient jamais connu une civilisation plus avancée *,
109. Les Bppahs de la Nouvelle-Zélande. — Mais toutes les fois que, chez les sauvages océaniens, on aperçoit quelque trace d'agriculture, quelque tendance à l'état d'agglomération résultant d'une situation nouvelle; quand, de chasseurs, ils deviennent quelque peu agriculteurs, immédiatement l'art de la fortification apparaît, et, avec celle^i, les fossés, les levées de terre ou les palissades défensives.
M. LuBBOGK, en effet, dans un tableau qui résume admirablement ses observations sur les sauvages modernes', mentionne, entre quinze peuplades sauvages, quatre groupes qui se livrent plus ou moins à l'agriculture. Sur les quatre, il y en a trois qui possèdent des fortifications; celles-ci sont inconnues aux douze autres peuplades.
« Les villes fortifiées des Vitiens, dit-il d'après M. Williams*, « ont un rempart de terre de 6 pieds environ d'épaisseur, re- • vêtu de grosses pierres, surmonté d'une palissade de roseaux < ou de troncs de cocotier, et entouré d'un fossé bourbeux. >
1. Cook, 1*' voyage, t. IV, p. 86. — 2. De Lanoye, Homme sauvage, p. 68. — 3. Les seals monuments qu'on rencontre parfois^ dans les îles des mers du Sud, sont connus sous le nom de Moraîs ; le moraï que Ck>ok trouva à Taïti, et qui passe pour le plus considérable de ceux que Ton tonnait^ fut élevé à Tépoque où ce navigateur accomplissait ses voyages. C'était un tombeau; voy. Lubbock, p. 339. — 4. Id. p. 338. — 5. Id. p. 458.— 6. Id. p. 3S9; Williams, Yiti et les Vitiens, t. I, p. 48.
Quant aux Maories ou Néo-Zélandais, Cook a donné, sur l'organisation défensive de leurs vilIages^ ou Eppahs, les renseignements les plus circonstanciés. Parmi les nombreuses descriptions qu'il en a faites, celle qui suit m'a paru la plus complète.
• Il est appelé Warretouwa », dit le célèbre navigateur en parlant de Tun de ces eppahs ^ < et il est situé sur un promontoire
« ou pointe élevée qui s'avance dans la mer Deux des côtés,
c lavés par les flots de la mer, sont entièrement inaccessibles; c deux autres sont contigus à la terre; il y a, depuis la grève, « une avenue qui conduit à un de ceux-ci, qui est très-escarpé; « l'autre est plat. On voit sur )a colline une palissade d'environ
< dix pieds de haut, environnant le tout, et qui est composée de « gros pieux , joints fortement ensemble avec des baguettes
< d'osier. Le côté faible, près de la terre, était aussi défendu « par un double fossé, dont l'intérieur avait un parapet et une « seconde palissade; les palissades du dedans étaient élevées « sur le parapet près du bourg, mais à une assez grande dis- « tance du bord et du fossé intérieur pour que les Indiens pus- « sent s'y promener et s'y servir de leurs armes. Les premières c palissades du dehors se trouvaient entre les deux fossés, enc foncés obliquement en terre, de manière que leurs extrémités « supérieures étaient inclinées vers le second fossé. Ce fossé c avait vingt-quatre pieds de profondeur, depuis le pied jusa qu'au haut du parapet (7",30). Tout près, et en dedans de tt la palissade intérieure, il y avait une plate-forme de vingt
• pieds d'élévation (6°»,i0), de quarante de long (IS'^jSO) et de « six de large (1">,80); elle était soutenue par de gros poteaux et c destinée à porter ceux qui défendent la place et peuvent de là c accabler les assaillants avec des dards et des pierres, dont il « y a toujours des tas en cas de besoin. Une autre plate-forme c de la- même espèce, et placée également en dedans de la pa-
< lissade, commandait l'avenue escarpée qui aboutissait à la « grève. »
110. Les peuplades de l^AfHque aastrale. — - En général, les peuplades de l'Afrique australe sont complètement étrangères h la notion de la fortification. Leurs habitations , de l'es-