H. ^ LES CAVEHNES ET LES SOUTERRAINS
0. Abris donnés par les cavernes. — De vieilles légendes signalent dans certains pays Texistence de quelques cavernes jadis habitées^; ailleurs, des restes de poterie, des os, des condres, du charbon, des outils ou des armes de guerre témoignent suffisamment , par Içur présence dans
1. Homér., Odyss., XVII et passim. — 2. c Ensuite ils dressent (les
> Scythes) de très-longs pieux qu'ils inclinent pour les rapprocher par le
> haut, et sur ces pieux ils étalent leurs manteaux de laine foulée. » Hérod., IV, 73, trad. Giguet. — 3.-Vitruv., I,,2. — 4. Badin, p. 132 et passim.
063 grottes de leur antique fréqaentâtion par les hommes < . Dernièrement encore, le Jura bernois ouvrant ses flancs à l'exploration, y laissait découvrir une magnifique caverne de 32" de long sur 24° de large, où l'on a recueilli de vieux restes de Tâge de la pierre * .
Qui ne se rappelle Tanlique histoire des Cyelopes de Sicile^, trouvés par Ulysse au retom' de Troie? Quand le héros aborde près des coteaux de TEtua , EuRipmE ^ lui fait rencontrer Silène, le compagnon du gigantesque Polyphéme. « Où sont, dit Ulysse, les murs et les remparts élevés par les habitants? A qui ces montagnes servent-elles de retraites? Es^-ce aux bêtes sauvages? » Et Silène répond : « Il n'y a pas de murs, pas de remparts, ô étranger I Ces montagnes sont habitées par des Cyelopes, qui vivent dans des antres et n'ont pas de maisons. » Mais laissons là ces fictions^ mythologiques.
10. L'époque dn grand ours eu Occidexlt. — Le grand ours et les animaux contemporains ont disparu à une époque très-reculée qui limite la première période de Tûge de la pierre, dite é^o([ue du grand ours; ce fut probablement à la suite de quelque grand cataclysme terrestre.
Des physiciens exposent, qu'à une certaine époque, la chaleur centrale du globe cessa d'ocliauffer la croûte terrestre j qui resta désormais soumise à la seule influence calorifique des rayons solaires. Los points les plus refroidis de la surface condensèrent l'humidité de l'atmosphère , alors plus abondante qu'aujourd'hui. Aux pôles, d'immenses calottes de glace se formèrent à la faveur de la longue nuit semestrielle, qui y ramène tous les ans un froid inconnu à l'équateur, où le soleil retrouve régulièrement chaque jour son action bienfiiisante sur le sol.
Par des considérations astronomiques*, qu'il est inutile de développer ici, ces physiciens établissent que, dans une
1. Dadin , p. 33i et siiiv. — 2. Qiiiquprez. — 3. Hom., Oïlyss., IX — 4. Eurip., Cycl., I, IH. — 5. Voy. Rodior, Lchon, JouvcnceL
période de 21,000 ans, les deux pôles subissent successivement et alternativement un maximum de refroidissement et un maximum de réchauffement. Ce serait à Tépoque de ce plus grand réchauffement du pôle que des débâcles, produites par la fonte des glaces, viendraient, à de longs intervalles, à peu près réguliers, déterminer des cataclysmes terrestres, capables parfois de faire refluer sur les continents une partie des mers et d'y amener des déchirures, des phénomènes volcaniques et des bouleversements de toutes espèces.
Les animaux et les hommes de la première époque , dans l'Europe occidentale auraient en partie disparu à la suite d'une débâcle de cette nature.
A quelle race appartenaient ces hommes ? d'où venaientils? quel était leur langage? Personne ne peut le dire. On pense que la plupart d'entre eux habitaient les cavernes ; ils y vivaient; ils y enterraient leurs morts, et les ossements de ceux-ci s'y retrouvent aujourd'hui sous la couche durcie des stalagmites accumulées par le temps.
Certaines de ces grottes, creusées par les eaux dans les couches argileuses de la croûte rocheuse du globe , n'étaient que des lieux de passage ou de repos. Les populations sauvages ou nomades des premiers temps y ti*ouvaient un rcfuj^e contre les bêtes fauves, un abri contre les saisons.
Ou est saisi d'un vague sentiment d'appréhension k Tent^'ée de ces cavernes obscures , où l'on s'engage parfois en touriste, quand on songe, qu'à l'origine des sociétés, des familles humaines out dii souvent en disputer la possession aux bêtes féroces. Mais aussi quelle satisfaction intérieure n'éprouve -t- on pas à la découverte de quelque dessin grossier, tracé sur les murailles humides de ces antres ténébreux M On y assiste malgré soi à la naissance de l'ai-t. On y entend avec plaisir résonner sous la baguette du guide les nombreuses stalactites transparentes suspendues aux
i. On a trouvé don? la groUe de Massât (Ariégc) une ropréscntatioii du grand ours. Voy. Fi^tâor, p. 85.
voûtes; elles produisent de douces mélodies, qui se mélaut aux échos font penser aux origines de la musique ^
En cas d'attaque, les grottes défendues à l'entrée par des roches ou fles barricades^ abritaient les personnes et les troupeaux. Des compartiments secrets, soigneusement ménagés, souvent étages les uns au-dessus des autres', complétaient là défense de ces réduits obscurs, où Tenuemi ne pouvait pénétrer qu'avec de grandes précautions.
L'homme primitif, peu vâ(;u, mal armé contre les éléitients et les animaux, y conjurait le trop grand froid, s*y abritait contre l'excessive chaleur.
Dans les pays privés de ces reti^aites souterraines, les huttes de bois, de terre ou de pierre, installées le long des vallées, retranchées le mieux po6si()le, tenaient lieu de ces abris. C'est à des hommes qui vivaient au-»dessus du sol que semblent avoir appartenu les nombreux instruments de pierre retirés par M. Boucher de Perthbs du diluvium gris de Saint- Acheul et de Menchecourt, dans la vallée de la Somme *.
11. L'époque du renne en Occident. — Abris sous roches. — Plus tai-d à l'époque du renne, outre les cavernes appropriées convenablement à ses besoins nouveaux, l'homme rechercha les abris sous roches. C'étaient des espèces de cavités à l'air libre, naturelles ou artificielles, au-dessous de grands escarpements en surplomb, contre lesquels venait s'appuyer le toit fragile qui garantissait du froid et de la pluie. On cite parmi les plus célèbres l'abri sous roche de Bruniquel (Tarn-et-Garonne) *.
Les fossés protecteurs , les haies , les palissades , les cours
i . Dans la salle mystérieuse de la grotte de Han-sur-Lesse (Belgique) , le guide ne manque jamais d'offrir aux touristes la musique la plus agréable qu'il . soit possible d'entendre, en faisant. vibrer un groupe dethandelles stalactitiques donnant la gamme à la façon d'un harmonica. — 2. Hom. , Odyss. , IX ; Josué, X, 16. 17, 18 ; I. Rois, XXVI , 1 ; XXIV, 1,2, 3, 4 ; Figuier, p. 67 et suiv. — 3. Eurip., Cycl. , I, III. — i. Boucher de Pcrthes. — 5. Figuier, p.- 102.
<l*eau môme, auprès desquels ils étaient généralement établis , ne devaient pas manquer d'apporter leur concours à Torganisation de leurs dispositions défensives.