Voy. àeGobineati, In^âî. des races
vèreat parfois aussi des armées. Ainsi , Marins surpris par Jugurtha au fond de la Numidie (106), venait d'éprouver un cboc terrible, et il croyait la position désespérée, quand apercevant deux hauteurs escarpées , voisines du champ de bataille , il y mena ses soldats. L'ennemi , incapable de les y aborder, fut forcé d'abandonner le combat et le général romain put reprendre ses esprits ^ .
Un fleuve, un escarpement, un marais, une forêt auxquels une armée sait s'appuyer convenablement , à la condition d'eu éclairer les abords , peuvent souvent doubler ses forces en lui offrant la possibilité de livrer bataille au moment favorable ^ , et de profiter des fautes de l'ennemi. Et de plus, qui voudrait se lancer à sa poursuite en terrain marécageux ^ , ou s'aventurer sans regret dans une forêt, où, fractionnées forcément pour pénétrer dans les avenues, les troupes risqueraient de se faire écraser partiellement et successivement? César, ayant battu les Bretons au milieu de leurs bois (54), défendit à ses soldats de pousser trop loin lapoursuite, parce qu'ils ne connaissaient pas le pays ♦.
A la guerre, il n'y a pas de position désespérée ; il n'y a pas non plus de troupe désorganisée qui ne puisse trouver cette terre de salut , où toute poursuite doit infailliblement cesser. Voyons ces Éburons, refoulés vers la mer par l'armée romaine (53). N'abordèrent-ils pas à pied sec sur des Ilots de l'Océan que bientôt la marée sépara de la terre ferme ^?
Les peuples savent toujours à quels rivages aborde ordinairement l'ennemi, quelles routes il peut suivre, quels obstacles il doit rencontrer. L'Egypte était couverte contre les Nubiens par lé désert et par les cataractes d'Éléphantine et de Syène ^ ; mais bien mieux encore que le Nil lui-même, le crocodile la protégeait contre les brigands de la Libye et de l'Arabie, qui n'osaient traverser le fleuve à la nage''.
Cependant toute position a son côté faible , et rien n'est
i. Sali. Jugurlli., XCVIII et suiv. — 2. César, G. d. G., II, 9. — 3. Id., V, 51, 52. — - 4. W., V, 8, 9. — 5. César., G. d. G., VI, 31. — 6. Diod., I, 30. — 7. Id., I, 89.
impossible à un ennemi résolu. Le sentier d'Anopée fut fatal à Léonidas^ aux Thermopyles (480). César tomba sur les Helviens après avoir traversé les Gévennes*, couvertes de six pieds de neige (52). Quant à Grésus, il perdit Isa bonne citadelle de Sardes (546), rocher réputé inexpugnable, pour avoir publié de la. garder en un point. Là même, le roi Mélès^ avait négligé de faire traîner 1q lion enfanté par sa concubine (747). Inconcevable folie de ces Lydiens I qui purent oublier un seul instant que la fortifkaiiùn est une masse inerte, incapable de se défendre seule, qui demande à être continuellement soutenue par des hommes courageux, commandés par des chefs habiles^.
7. Les fortifications artificielles. — Dans les lieux oii la nature fut oublieuse, Thomme y suppléa par l'art. De la ces mille inventions de mille aspects divers , qui , sous des noms variés, ont abrité les peuples depuis Torigine , et qui, après avoir commencé peut-être par un pieu planté en terre, sont devenues des monuments qui entourent les capitales. Telles sont les fortifications artificielles.
8. Les habitations primitives. — Rien que le nom de certains peuples rappelle la manière de vivre des premiers hommes. Tels sont tous les Troglodytes de Thistoire^, descendants attardés dans la civilisation des premiers habitants des cavernes. Tels sont encore tous tes Ichthyophages connus , qui sont les fils de ces premiers pêcheurs du monde , qui longeaient les rivages de la mer, suivaient les cours d'eau et vivaient sur le bord des lacs, de coquillages et de poissons, s'abritant parfois sous des tas de roseaux ou dans des huttes grossières , faites de terre et d'herbes aquatiques. Les uns , dit DiODORE^, en parlant des Ichthyophages égyptiens, vivent dans des cavernes exposées au nord, pour se garantir
1. Herod., VII, 246. — 2. César, id., VII, 8. — 3. Les Tclmessims devins de la Carie, avaient déclaré que la ville ne serait jamais prise, si l(>lion élait porté sur les remparts. — 4. Cs. Tit. Liv., XXVI, 42, Siège de Carlhagène.— 5. Diod., 111,31 et suiv.; Hérod., IV, 183.-6. Diod., III, Kicrsi.iv.
de la chaleur ; les autres, dans des huttes faites de côtes de cétacés arc- boutées et garnies d'herbes marines ; ceux-ci , sous l'ombrage d oliviers touffus , rapprochés et entrelacés ; ceux-là dans des trous, creusés sous des amas d*algnes durcies et cimentées par le sable de la mer; d'autres enfin dans des cavités inabordables, au* sein de rochers à pic baignés par les eaux.
Mentionnons aussi ces vastes dépôts coquillers du littoral danois, les Kjoëkhen moèdding^ où se retrouvent les traces les plus évidentes du passage de certains Ichthyophages de Tâge de la pierre * .
Les temples antiques, surtout, révèlent par leurs formes laspect des premières habitations des hommes, que la superstition seule distinguait alors de la bête fauve ; car les lieux de repos fréquentés par les dieux d'or ou de sandal de Tantiquité, qui parfois s'égaraient sur la terre, n'ont jamais manqué de ressembler à ceux des hommes. Il en fut toujours de même des tombeaux. Pour les uns et les autres, les formes primitives se conservèrent longtemps, grâce aux religions , dépositaires sacrées de toutes les traditions.
Dans le principe , la terre hérissée de forêts offrit sous leurs verts ombrages des asiles tout créés. L'arbre séculaire, patrimoine légué de génération en génération, devint le témoin des peines et des joies de la famille. Il fut l'autel du dieu vénéré, quand il ne fut pas ce dieu lui-même*. Pline rapporte que de son temps les habitants des campagnes continuaient à entourer certains arbres de leur culte ^; c'est ce qui a lieu enclore aujourd'hui dans l'Inde où certains figuiers ne se plantent qu'avec accompagnement de cérémonies religieuses*. Tout, du reste, rappelle l'antique fré-
1. Du danois kjoëkken, cuisine, et moedding, rebuts. Voir Morlot, Hcv. arch., 1850, t. II. — Les débris culinaires forment dans quelques endroits el particulièrement entre Viborg et Havnœ , près du golfe de Manager en Jutland, des amas profonds et étendus, qu'on ne peut attribuer qu'à une aggloméralioa d'habitants. Voir Eugène Beauvois. — 2. Beulé, Hisl. art. gr., p. 11). — 3. Plin., Xli, 2. — 4. Le Vala et l'Acvatha, figuiers màlc et femelle ; Maury, p. 1 i6.
quentation des bois par les hommes, et le culte connu du chêne chez les Gaulois et les Germains*, et les bois sacrés de la Grèce et de Tltalie*, et les noms même des nombreuses divinités sylvestres de Tantiquité'.
Quant aux instincts troglodytiques de certaines races anciennes, ils sont suffisamment prouvés par les temples souterrains de Tlnde ♦ et de la Nubie ^ et par les restes de quelques antres fameux chez les Grecs ^ et chez les Romains''. Même dans un siècle déjà très-remarquable par son architecture (1400 à 1339), Ramsès II Meïamoun continuait à faire cVeuser des Spéos à Ipsamboul , à Derr et à Ibrim^. Il suivait en cela la tradition de ses prédécesseurs, et songeait sans doute à Tépoque terrible , où les rois de rÉgypte expulsés de la patrie par les Hycsos^, furent forcés de revenir à la vie primitive et de chercher des refuges dans les rochers au delà des cataractes^
Par se$ tentures et par ses voiles, le temple de Salomon rappelait le tabernacle de Moïse dans le désert*^. C'était le symbole de la vie nomade , Timage de la tente , dont on retrouve aussi le souvenir dans les pagodes de la Chine, avec leurs pilier3, leurs toits convexes et leurs pointes recourbées**.
On a dit que Tarchitecture grecque avait trouvé ses plus belles proportions dans l'heureuse transformation d'une cabane *2; il en fût sans doute de même chez tous les peuples*
1. La forêt des Sennoos« Tac. germ., XXXIX; la forêt Hercynie, Claud., Laud. stilich., I, 228. — 2. Dodone, Olympie. — 3. Dryades, Hama* dryades, Faunes, Sylvains, etc. — 4. Élephanta, Ellora, Salcette. — 5. Les plus fiuneux sont ceux d'ipsaroboul, dans lesquels certains compartiments ont de 20 à Sun» de longueur. — 6. L*antre de Trophonius. — Y. L'antre de la Sibylle de Cumes , près de Naples. — 8. Il y a quatre spéos à Ibrim : le premier est dû à Thoutroes 1er ; le deuxième à Thoutmes Ili ; le troisième à Aménophis II; le quatrième à bamsès II. Voir Badin, li« part., ch. I^»*. — 9. D'après M. Mariette, Hist. d'Égypt., p. 65, Tinvasion des Hycsos remonte à Tannée 2214 av. J.-G. L'occupation dura 511 ans. Voy. de Lanoye, p. 47.— 10. Cs. m, Rois, VI; II, Paralip. lll; Exod., XXXVI et suiv.; Norab., Il, 51, et X, 33. — 11. Hope; Batissicr, p. 62. — « 12. Quatrcm. de Quincy, au mot architecture.
La pierre, le bois, la terre furent les premiers éléments des constructions, que chacun allia à son goût suivant ses besoins. Mais le luxe, compagnon inévitable de Torgueil humain, distingua bientôt la demeure des grands de la cabane du pauvre, en appelant à son secours le marbre et les métaux * . Il devint difficile de retrouver les formes de la hutte primitive dans celles des palais des rois , les seuls monuments qui aient résisté au temps. Cependant, chacun de nous a rencontré sur sa route, dans les campagnes, cette cabane conique, abri du laboureur, formée de quelques perches inclinées contre un arbre et recouvertes de chaume. Cette hutte rustique parait aussi vieille que le monde*. Peut-être fut-elle le premier essai de ce styk pyramidal , si répandu dans lantiquité , qui se retrouve partout , dans les stèles , dans les obélisques et dans les tombeaux. Vitruve ^ croit avoir retrouvé les formes des premières demeures des hommes dans les habitations des Phrygiens, des Golchidiens, etc.; je lui laisse le soin de les décrire à sa guise. Je m'arrête, ayant montré rhomme naissant aux prises avec les saisons, cherchant à se fortifier contre elles, en se créant des abris.