‹ Essai sur les fortifications anciennes, ou introduction à l'histoire générale de la fortification des anciensChapitre 56 sur 72 · Division de l^espèce hnmaine en trois groupes. — La · texte numérisé non relu

Division de l^espèce hnmaine en trois groupes. — La

comparaison des divers idiomes humains les a fait classer, par quelques philologues, en trois groupes :

10 Les langues monosyUabiques ; ^0 Les langues d'agglutination; 3^ Les langues à flexion ^.

Aux termes de celle division philologique, je fais correspondre respectivement ceux de la classification anthropologique suivante :

\o Le groupe chamitique *; 2® Le groupe touranien; 3^ Le groupe aryo-sémitique.

Chacun de ces groupes se subdivise en sections et en soussections, c'est-à-dire en familles et peuples, dont les principaux seront mentionnés ultérieuremenl.

§ II. — GROUPE CHAMfTIQUE.

130. Composition du groupe diaiiiltiqne. -r- A une époque très-reculée, TOcéanie, toute l'Afrique, à l'exception de quelques régions du Nord, et toute l'Asie méridionale depuis les confins orientaux de la Chine jusqu'aux rivages du golfe Persique , semblent avoir été occupées par des populations au teint noir plus ou moins foncé, à la face prognathe, au crâne comprimé, au nez épaté, aux grosses lèvres, aux cheveux crépus plus ou moins laineux et au langage monosyllabique. C'est à leur ensemble que j'attribue la dénomination de groupe chamitique, à défaut de toute autre appellation plus satisfaisante.

Formé d'hommes qui semblent avoir eu entre eux de grandes conformités d'organisation, sinon une communauté d^origine, ce groupe paraît s'être développé autour de deux foyers principaux d'émanation : l'un, situé dans l'Afrique centrale, aurait produit la famille des Nègres ou famille nubio-soudanienne ; l'autre, situé dans l'Océanie, aurait constitué la famille des Noirs bronzés ou famille polynésienne.

i. Pour cette division, Gs. E. Lamé, Rev. contemp. 1863, 1. 1 et II; voy. ci-dessus, p. 37, 45, 136, 137, 165, 250 et passim. — 2. Il reste bien entendu que je n'attribue à cette expression et aux autres analo« gués aucun sens biblique absolu ; les acceptions génésiaques sont trop restreintes pour mon sujet.

Par des croisements successifs avec des Mongols ou Touraniçns ^ et des Aryas \ les Chamites polynésiens semblent avoir formé les Chinois^ chez lesquels l'élément autochthone chamitique, presque complètement absorbé, a néanmoins imposé à la population résultant du mélange les formes monosyllabiques de son langage primitif.

Dans dea circonstances analogues et avec les mêmes éléments ethniques, mais sous des proportions différentes, dans lesquelles la fraction polynésienne est restée prépondérante, se sont formés les fameui Dravidiens de Tlnde, dont les aïeux sont qualifiés de crichna ^ ou noirs dans les plus anciens livres sacrés de cette région. Les hymnographes des Védas les désignaient sous le nom de Dasyous, et Tautcur du Ramdyana les connaissait sous le nom de Rakchcaa» *. Chez eux, la langue avait conservé ses formes monosyllabiques originelles^ mais en se chargeant de nombreuses agglutinations touraniennes, par suite de la confusion des éléments ethniques qui avaient concouru à leur formation.

Dans les régions iraniennes^ les Chamiles disparurent presque entièrement après la conquête aryane, et ceux que Tahmouras n'extermina pas furent, comme le dit XAvesta^y « refoulés dans < les déserts et dans les mers » ; ils se retirèrent dans les lies de l'océan Austral, où ils se mêlèrent à d'autres Polynésiens autochthones. Avant leur dispersion et leur expulsion de l'Iran, ils formaient, dans cette contrée, ces fameuses légions de Dews notrs, dont parlent les auteurs persans. Les résistances qu'ils opposèrent à l'invasion aryanè contribuèrent sans doute à développer le dogme du dualisme mazdéen et à le faire accepter par les populations iraniennes. D'un cdlé se trouvait le principe du bien> avec Ormuzd et les Aryas; de l'autre, le principe du mal, avec Abriman et les Dews noirs. De là, peut-être, cette croyance au démon qui semble être venue de l'Ariane au monde moderne

i. Pour les rapports entre les Chinois et les Mongols, voyez Figuier^ Races, p. 266 et suiv. — 2. Pour les concordances entre les traditions iraniennes et celles de la Chine, voyez de Lanoye, Homme sauvage, p. 88; voyez aussi, pour les origines chinoises, H. Karz, Journ. asint. 1830, t. II, p. 430. — 3. Voy. ci-dessus, p. 522. — 4. Id., p. 549. *- 5. Id., p. 151.

par }a voie sémitique. Ce démon, il est dépeint encore de nos jours avec le teint noir, de longues oreilles, le pied fourchu, la queue traînante, la voix brève et sifflante. On dirait un portraîl tracé à l'antique d'après le souvenir des vieux Chamiles noini de l'Iran, ordinairement vêtus de peaux de bêtes, sans doute. -

Quant aux Chamites soudaniens, déjà modifiés peut-être, dans l'Afrique septentrionale, par quelque infusion de sang berbère ou touranien *, ce fut par des croisements avec des Sémites assez denses qu'ils donnèrent naissance aux Nubiens , aux Ethiopiens et aux anciens Egyptiens , en un mot, k tous les noirs-bruns fortement sémitisés que la Btbk fait descendre de Cham par MesraM*. A cause de la prépondérance de l'élément sémitique dans le mélange, le type égyptien se rapprocha beau-* coup plus de celui des Sémites que de celui des Nègres ; mais le langage de la population résultante conserva, avec quelques tendances à la flexion sémitique ', les procédés monosyllabiques de la famille chamitique autochthone»

D'autres Sémites, moins serrés, poussèrent plus loin dans l'intérieur de l'Afrique; ils y produisirent, avec les Nègres, tous les demi-noirs du Soudan, les Fellans, les Halinkès, les Bama* naos ^, en un mot ceux que la Genèse fait dériver de Gham par Phulh (Fout, Foui, FouUane, Fellan) «.

En Asie, les fractions chamitiques les plus excentriques des deux familles principales formèrent encore, par des croisements, des peuplades fortement sémitisées. Les unes, désignées dans la Bible sous le nom de Gouschites, ou descendants do Gousch ou Ghus^ étaient encore très-puissantes dans la Mésopotamie lors de la fondation de Babylone ^, et c'était de Gousch directement que descendait le fameux roi Nemrod ®. Les autres, çon-* nues sous le nom de Ghananéens, les descendants de Gham pat Ghanaan^, vivaient dans une antiquité reculée vers les rivages du golfe Persique ^®. A une certaine époque, ils se transportèrent

1. Les monuments 4e la primitive Egypte ont des formes qui dérivent du tumulas touranien. C'est du reste à la famille berbère que semblent se rattacher les fameux Tamehous des inscriptions égyptiennes ; voy. ci-dessus, p. 176.— 2. Genèse, X, 6.-3. Cs. E. Lamé, id., t. I, p. 727. — 4. Voy. ci-dessus, p. 557. — 8. Genèse, id. — 6. Id. — 7. Voy. ci-dessus, p. 135.— 8. Genèse, X, 8.— 9. Id., X, 6.— 10. Voy. ci-dessus, p. 284.

en partie dans la Syrie et dans la Palestine; ils y trouvèrent les fameux Sait des inscriptions égyptiennes*, qui sont les mêmes sans doute que les géants aborigènes de la Genèse, les Emim^ les Réphaïm, etc., chez lesquels il y avait sans doute quelque peu de sang touranien autochthone et beaucoup de sang sémitique '.

Les Chananéens de la Palestine furent absorbés, dans la suite, par les Hébreux ; quant à ceux de Syrie, ils se fondirent dans les célèbres Tahis et Chétas des inscriptions égyptiennes ', populations berbéro -sémitiques , modifiées peut-être quelque peu aussi, dans certaines régions, par une infusion de sang pélasgique ou aryan, ce qui expliquerait la grande supériorité des Chananéens-Phéniciens sur ceux de Palestine dans l'art des constructions, supériorité que David et Salomon cherchèrent à effacer par les enseignements qu'ils sollicitèrent des Tyriens, sous les deux Hiram, supériorité aussi qui produisit les colossales murailles cyclopéenne^ d'Aradus *, tandis que celles des Chananéens du Sud étaient encore susceptibles, au temps de Josué, de s'écrouler, comme celles de Jéricho, devant des trompettes merveilleuses*, c'est-à-dire devant une attaque brusquée bien combinée.

Enfin les Chamites méridionaux de l'Afrique et de l'Océanie s'étaient mélangés entre eux de proche en proche, et peut-être, du reste, sans autre loi que celle du hasard, il en résulta toutes les variétés des hommes du Sud qui, d'un point à un autre, passent du noir foncé au bronzé, tantôt brusquement et tantôt seulement par degrés insensibles.

131. Tendances dn groupe chamitiqne. — C'est seulement chez ces derniers représentants du groupe chamitique qu'on peut espérer retrouver les caractères primitifs de la race ; car, n'ayant été mélangés qu'entre eux, ils ont conservé plus facilement leurs tendances originelles.

i. Id.,p. 283. —2. Les nombreux monuments mégalithiques de la Palestine, ainsi que les étranges ailées de blocs de pierre signalées dans la plaine de Moab par M. de Saulcy (Mer Morte, 1. 1, p. 318, 321 ; t. II, p. 49, SO), peuvent faire penser que la famille touranienne a primitivement occupé ces contrées; Cs. LeHon, Homme fossile, p. 136. — 3. Voy, ci-dessus, p. 182, 183, 287, 289. — Â. Id„ p. 288. — 5. Id., p. 290.

G'^st aussi chez ceuxJà que se rencontrent, sans contredit, à l'époque moderne, les sauvages les plus complets, les peuples les plus voisins de l'état de nature, les hommes vivant de la vie bestiale la plus repoussante avec toutes ses horreurs et toutes ses monstruosités. Rien, du reste, n'indique, pour eux, la préexistence d'une civilisation plus avancée, à laquelle aurait succédé l'état de barbarie dans lequel ils se trouvent; et l'on peut dire de la plupart d'entre eux ce qu'on a si souvent répété» en parlant des hommes primitifs : tous plus ou moins sauvages, ils naissent, comme les foétes, dans les bois et dans les cavernes ; comme elles, ils se nourrissent de mets grossiers ^ Chasseurs ou pécheurs, sans abri déterminé, sans demeure assurée,^ ils s'arrêtent où les portent leurs instincts, où le hasard les conduit, où les besoins de leur estomac se trouvent satisfaits. Insouciants du lendemain, ils vivent au jour le jour; cannibales par besoin, par habitude ou par passion ^, ils font parfois la chasse à l'homme comme à la bête fauve.

Tel est le genre d'existence des plus grossiers des Chamites. Pour eux, point de respect pour la vieillesse, point de culte rendu aux morts; l'homme qui ne peut plus suffire h son existence devient un être à charge aux autres, pour lequel il n'y a plus qu'à mourir; on l'exécute, quand il ne succombe pas h la faim de sa propre volonté. La plupart n'ont pas de religion ; mais quelques-uns cependant croient aux mauvais esprits et aux sorciers '.

Insensibles aux productions de l'art, ils ignorent le plus souvent l'usage même de la poterie *; ils n'ont de goût que pour le tatouage et l'horrible déformation de leur propre corps, qu'ils mutilent avec toute la rage dont ils sont capables ^.

Pour les Européens, ils constituent un sujet d'horreur et de dégoût, ce qui empêchera toujours toute fusion directe des deux races, et leur malpropreté se trouve surtout rehaussée par les graisses fétides et les substances dégoûtantes dont ils se couvrent le corps, en même temps que de vêtements sales.

1. Vitrave, II, 1.— 2. Voyez, pour les instincts de cannibalisme des Yitiens, Lubbock, p. 366. — 3. Id., p. 335 et suiv.; de Lanoye, Homme sauvoge, p. 25 et suiv.^— 4. Yoy. ci-dessus, p. 551. — 5. De Lanoye^ id., p. 68.

Venus peut-être les premiers sur la terre, dans Tordre chronologique des créations humaines, ils sont restés les derniers sous le rapport de l'intelligence et des aptitudes sociales. Tantôt doux et tantôt cruels, ils ont quelquefois Fesprit de famille, mais ils n'ont jamais soupçonné l'esprit de nation ^

Ils ne sont pas imperfectibles cependant, et nous en avons vu quelques-uns devenir, à la longue, tant soit peu agriculteurs ou commerçants K Mais c'est surtout au contact d'autres familles humaines que les transformations de ce genre se sont accomplies, et il y a cela de remarquable chez eux que, lorsqu'ils se sont fondus avec d^autres éléments ethniques, ceux-ci ne se sont nullement affaiblis dans le mélange. Bien plus, les familles métisses, dont les Ghamites ont formé l'une des composantes, ont généralement conquis dans l'histoire de nombreuses pages brillantes, n'en prendrait-on à témoin que les anciens Egyptiens.

La Providence, du reste, connaît seule le rôle que les Cha-^ mites ont été appelés à jouer dans le monde f Mais il semble que, jetés les premiers dans les régions méridionales des continents terrestres, à une époque où les ardeurs d'un climat peu tempéré nécessitaient encore, pour l'espèce, une organisation plutôt forte qu'active, ils y aient constitué une race de préparation, destinée h acclimater plus lard, en se laissant absorber par elles, des formations humaines plus vives mais plus délicates, auxquelles de longues périodes séculaires devaient être nécessaires pour acquérir les énergies indispensables à l'acclimatation, sans perdre les qualités de finesse et de sensibilité qui les distinguent.

132. La fortification chez les Ghamites purs. — S'il en est ainsi, l'espèce d'insouciance chamilique en matière d'orgainsations défensives s'explique suffisamment. Condamnés d'avance à l'absorption, les Ghamites ne pouvaient, en effet, posséder l'instinct de confédération, cet esprit si essentiel aux peuples qui veulent vivre. Limités tout au plus à la vie de tribu, ils n'ont, par suite, produit d'eux-mêmes, nulle part, aucune de

i . Voy. Tréroaux, Le Soudan, p. 4; Figuier, Races, p. 548.--2.Voy. ci-dessus, p. 555.

ces grandes organisations défensives qui font la sûreté des Etats et qui d'ordinaire contribuent à la conservation des nationalités.

Pour les Chamites purs, le salut devant les invasions s'est toujours trouvé dans la fuite I Qu'on les appelle Dasyous, Rakchasas, Dews noirs, Sauvages du Sud ou Nègres de l'Afrique, ils n'ont jamais eu pour retraites que les montagnes, pour forteresses que les rochers I C'est là que les Védas les font toucher aux nuages et qu'ils sont confondus avec les Asouras ' ; c'est de là qu'au Soudan ils regarderont toujours passer les invasions du Nord, quand ils n'auront pas été emportés dans leur torrent «• Là encore, Tahmouras a été les rechercher pour en extirper la race de l'Ariane ^\ c'était là aussi qu'Indra, accompagné de ses marouts védiques, allait sans cesse les combattre pour assurer le repos des Ary as-Hindous de la conquête; il rompait les portes de leurs cavernes en même temps qu'il forçait celles des vilks de fer des Asouras *.

Mais si, par loi de nature, les Chamites devaient fatalement ignorer l'art de défendre l'accès de leur territoire dans les invasions, ils ne pouvaient cependant pas rester sans défense contre leurs agressions réciproques. Il y allait, en effet, de Tanéantissement rapide et complet de la race, si les sauvages n'avaient été doués d'un certain instinct particulier de précaution qui fait qu'isolés, errants, sans autre appui que celui de leurs armes, ils savent admirablement utiliser toutes les fortifications naturelles et se mettre en garde, d'une manière simple, contre leurs attaques réciproques et contre les surprises des bêtes fauves. , . . .

Les plus grossiers, chasseurs ou pêcheurs, obligés de s'étenâve et de se disperser pour vivre, n'ont, à la vérité, que des xlemeures passagères, trous, cavernes ou huttes informe^ s^ns fortifications d'aucune espèce. Mais, comme ils savent admirablement ne dormir que d'un œil t Combien ils ont l'ouïe fine et exercée t Quelle habileté ils possèdent dans la science des indices t Combien aussi ils savent s'accommoder à merveille de toutes les retraites que la nature place inopinément sur leur

1. Voy. ci-dMsua, p. ^^ *- 2. Trémaux, id., p. 7. — 3. Voy. cidessus, p. 151. — 4. Id., p. 521.

route, pourvu que Taccès de celles-ci soit difficile ou que leurs entrées soient dissimulées. On les trouve blottis, la nuit, dans le creux d'un arbre, au sommet de quelque buisson entouré de broussailles ^ ou dans des fentes de rochers inabordables, si ce n'est par des sentiers qu'eux seuls connaissent I

D'autres, moins nomades, il est vrai, ont des cabanes protégées par des haies de roseaux, simple sauvegarde contre lés animaux*. Certains, dans le même but, relèvent leurs cases sur des monticules^; plusieurs les dressent sur pilotis au sein de plaines marécageuses *. Telle est toute l'organisation défensive d'une hutte de sauvage : derrière la clôture fragile qui l'entoure et qu'on ne peut cependant traverser sans fracas, le Chamite qui sommeille s'éveille au moindre bruit. Déjà il s'est emparé de ses armes et a eu le temps de se reconnaître quand l'agresseur se trouve à sa portée.

Quelques-uns, enfin, plus avancés encore, sont devenus tant soit peu agriculteurs; ils ont su acquérir quelques richesses et ont appris k les soustraire à la convoitise des tribus voisines. Autour de leurs cases grossières, ils ont essayé l'emploi des palissades * ou des fossés et des levées de terre *, fortifications simples qu'ils dressent parfois avec beaucoup d'intelligence, mais qui n'ont qu'une faible valeur défensive. Qu'on aille à la Nouvelle-Calédonie, à la Nouvelle-Zélande, dans toute l'Afrique, partout où les Chamiles ne sont mélangés qu'entre eux, on ne trouvera pas de fortifications qui dépassent celles-là t C'est là que s'arrête toute la science dés constructions militaires des Chamîtes purs. Jamais ils n'ont abordé ni le mur de pierre, ni môme le mur de pisé î Pour rencontrer celui-ci, il faut pénétrer chez les peuplades de mélange, comme le sont les Soudaniens ou Chamites sémitisés.

g m. — GROUPE TOURANIEN.

133. Composition du groupe touranien. — Toute J 'Europe, l'Afrique du Nord et les régions occidentales et septentrionales de l'Asie semblent avoir été peuplées, à une époque fort reculée

1. Id., p. 497.— 2. id., p. 551.— 3. Id., p. b&é. — 4. Id., p. 481. ^ 5. fd., p. 504. — e. Id., p. tm.

aussi, par une race d'hommes de teint clair, d'une conformation crânienne hrachycéphale ou à tète courte S et qui, autant qu'on peut en juger par les débris qui en subsistent encore, dans un état plus ou moins grand de pureté, tels que les Sibériens, les Mongols >, les Lapons', les Basques^, les Kabyles, etc., devaient s'entendre entre eux dans des idiomes d'agglutination. C'est à l'ensemble de cette formation humaine que j'attribue le nom de groupe touranien*

Comme le groupe chamitique, celui dont il s'agit ici peut se diviser en deux sections ou familles principales : la famille iartaro'/innoise * et la famille basco-berbère, La première étendait ses ramifications dans tout le nord de l'Europe et de TAsie, du Japon aux Iles-Britanniques et à la Gaule septentrionale; la seconde, par Gibraltar et l'isthme de Suez, reliait l'Ibérie espagnole à l'Ibérie du Caucase, en peuplant le midi de la Gaule, l'Italie et la Grèce, l'Afrique septentrionale, la Syrie et l'Asie Mineure.

A cette race touranienne brachycéphale appartenaient incontestablement tous les hommes de l'époque néolithique de TEurope septentrionale, tous ceux qui ont construit les plus anciens des monuments mégalithiques de cette région : les dolmens, les cromlechs, les tumuli, les alignements, etc., etc.

Mais il serait difficile sans doute de décider si les hommes de l'époque paléolithique de M. Lubbock étaient les ancêtres des Touraniens mégalithiques, h^s crânes d'Engis et de Neanderthal ^ sont, en effet, trop incomplets et trop isolés pour fournir des indications précises, et permettre de tirer de leur examen des conclusions inattaquables. Le premier, dit Huxlet ', est « un crâne humain qui rentre dans la moyenne et qui aurait « pu être celui d'un philosophe ou contenir le cerveau inintellî- « gent d'un sauvage ». L'autre, par ses ressemblances simiennes, tendrait tout au plus à fournir quelques arguments aux partisans de la théorie du transformisme de Dabwin^. Quant aux

I. Yoy. ci-dessus, p. 30. — 2. Gs. Le Hon, p. 47.-3. Sven Niisson, p. 244. — 4. Le Bon, p. 122, 123. — 5. Cette famille est aussi appelée Ougro-JaponaUe et Sqftho-Mongolique. — 6. Lubbock, p. 330, 331. — 7. Id., p. 332; Huxley, Man*s place in Nature, p. 156. — 8. Un savant très versé dans h s éludes anthropologiques me dit an jour:

dix-sept crânes d'Aurignac, ils sont perdus à tout jamais sans retour; ceux-là auraient sans doute apporté quelque éclaircissement sur la matière )

Cependant, Tun des crânes du Trou du Frontal^ découverts à Furfooz, près de Binant (Belgique), est c franchement brachy- « céphale* », ce qui laisse supposer qu'à \ époque du renne ^ c'est-à-dire pendant la seconde période de Tâge paiaeolithique, il y avait déjà des Touraqiens dans cette région >.

On n'a pas, à la vérité, trouvé de crânes dans les Kjoëkkentnoëddmgs du Danemark ^, lesquels correspondent vraisemblablement à une époque de transition entre les deux âges de la pierre; mais l'indécision cesse tout à fait pour la période de la pierre polie : la race prédominante, dans l'Europe occidentale^ était alors brachycéphale^.

En conséquence, la classification humaine que j'ai adoptée ne peut être appliquée sûrement qu'à partir de l'époque néolithique. Du reste, la race palaeolilhique, qu'elle ait été dolichocéphale, brachycéphale ou même simienne, ne présente qu'un bien faible intérêt pour mon sujet, attendu qu'il n'existe nulle part de trace de fortifications pouvant lui être attribuées. Les hommes de l'époque semblent avoir vécu exclusivement, soit dans des cavernes, soit dans des abris sous roche ou dans des huttes grossières^, à l'état de chasseurs ou de pêcheurs, isolés ou réunis en faibles groupes, comme le sont encore les sauvages du Sud des temps modernes.

Par des croisements avec les Chamites polynésiens, c'est-à-

Croyez-vous au Darwinisme? Et, en même temps, il me montrait deux photographies : Tune représentait la plus affreuse guenon des colonies ; l'autre, la plus brillante peut-être des hétaïres de la capitale. Tout en essayant de me persuader que la seconde de ces créatures dérivait de l'autre par une suite de sélections non interrompues, je me rappelle avoir fait à mon interlocuteur une réponse assez tiède. Je n'ai pas découvert depuis les relations qu'il pouvait y avoir de l'une à l'autre.

4. Le Hon, p. 70 et suiv. -^ 2. M. Pruner-Bey rapporte la peuplade antique de Furfooz à la famille Ligure, celle que nous avons appelé» Basco-Berbère ; voy. Le Hon^ p. 73« — 3. Figuier, Homme primitif , p. 222; Lubbock, p. i91. — 4. Le Hofli p. 122. — 5. Voy. ci-dessus, p. 22 et suiv.

dire avec des noirs bronzés, et par des infusions subséquentes de sang aryan, les Tburanlens du Nord j>àrâlssent avoir donné naissance aux Chinois, comme je l'ai admis précédemment *. Mélangés encore avec des Chaiiiités purs, ils ont fait les Mongols et leè Japonais; mais ils ont perdu leur langage d'agglutination dans la première de <ees fusions chamiliques, lesquelles ont produit le teint jaune de la formation résultante, tandis qu'ils ont conservé les- formes agglomérantes de leur langue dans les deuxaiitreà. Fortement mélangés d'Aryans, chez les Chinois, ils n'ont apporté aucun obstacle au perfectionnement graduel du peuple; au conti-aire, celui-ci a donné à rOrîent sa civilisation la plus antique, plus ancienne peut-être que celle des Egyptiens à l'Occident. De la Chine, cette civilisation s'est étendue étt Japon, et quand, à une certaine époque^ de nouvelles alluvions de Touraniëns se répandirent encoi'e sur le Japon *, crile^-ci furent impuissantes à faire rentrer le pays dans la barbarie pri^ mitive. Malgré la révolution qui s'ensuivit, la voie du progrès continua à être pan^ounae, et le Japon, à notre époque, présente l'exemple d'une des nations des plus policées de l'Asie orientale.

Par un mélange d'Aryans et de Touraniëns, se formèrent les tribus scythiques •, les plus avancées du groupe dans l'Asie centrale aux époques historiques. Celles-ci se rencontraient également dans les régions orientales de l'Europe, où, plus fortement mélangées sans doute èe facteurs ethniques aryans-, elles constituèrent tous les Scythes européens dont parle Hièro-

Page 1